‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 131 sur 188 · Chapitre deuxième · texte numérisé non relu

Chapitre deuxième

royalistes du pays. Il dénonce pour le même motif un grand nombre d'agents municipaux du canton, et en première ligne « le nommé Chatelais de Douillet, » protecteur connu des prêtres réfractaires , protégé du président Contencin », proposant de le remplacer par le citoyen Antoine Galpin, qui serait lui-même suppléé, comme assesseur du juge do paix, par le citoyen Le Sage, ancien adjoint de Douillet. « Je me serais fait un reproche sanglant, ajoute en terminant le » dénonciateur, j'aurais cru manquer essentiellement à mon devoir, trahir le » patriotisme qui m'anime, et me rendre indigne de l'estime des républicains de » Fresnay, que je suis jaloux d'emporter avec moi, si avant de les quitter je ne » vous eusse instruit de la mauvaise composition de leur administration (1) ». Ce réquisitoire ne tarda pas à porler ses fruits. Le 1°'' novembre, un arrêté du Département suspendait les citoyens Rigault-Beauvais, Chatelais et Besche, les remplaçant provisoirement par les citoyens Brilland, Antoine Galpin et Le Sage. Le 14 décembre, un arrêté du Directoire destituait définitivement les suspects, et consacrait les choix faits par les administrateurs de la Sarthe (2).

En même temps le gouvernement envoyait à Fresnay un nouveau Cdinmissaire, le citoyen Posté, policier ardent, que l'historien a le droit et le devoir de juger sévèrement. Dès son arrivée, Posté veut faire du zèle. Il ordonne des patrouilles, annonce au commissaire du Département que le chouan Croizet parcourt les environs avec huit ou neuf brigands, et qu'un prêtre rebelle se cache dans la commune de Douillet. « Je vous promets, a-t-il soin d'ajouter, de ne rien » négliger de ce qui peut me mettre à portée d'arrêter cette jieste de la société (3) ». Puis dès le mois de janvier 1798 il adresse au Département un Compte décadaire très complet qui nous fait connaître avec précision la situation réelle des environs de Fresnay à cette date.

« L'esprit du canton de Fresnay est en général mauvais, écrit-il tout d'abord, » surtout celui descommunesdeMontreuil, Saint-Georges, Saint-Ouen, Saint-Aubin. » On ne compte pas un seul républicain dans cette dernière, grâce à l'influence d'un » ci-devant noble, nommé Perrdchel, iKjmine fin, rusé et riche. Les contributions » sont perçues de la façon la plus arbitraire, par des êtres sans pudeur et sans » proliité. Les lois sont exécutées avec une extrême lenteur. Des prêtres l'éfrac-

pour l'ancien curé de Saint-Cyr-en-Pail, n'était pas prêtre comme on a voulu le dire. Il avait été tué vers la tin de 1795 dans une rencontre près de Sillé. Dom Pioliu. Hist. de l'E'jlisc du Mans. IX, p. 290-291.

(t) Arch. de la Sarthe, L. 19 : 9.

(2) Arch. de la Sarthe. Ibid.

(3) Arch. de la Sarthe, L. 21 ; 21.

ê54 DoiiUlet-îe-Jolij depuis i780

» taires circulent clandestinement et achèvent de gâter l'opinion publique ; il » faudrait selon moi forcer cette vermine à abandonner le pays, et pour cela faire » de fréquentes fouilles dans les maisons soupçonnées de leur donner asile. Il » faudrait encore assembler, sous quelques prétextes plausibles, le plus grand » nombre possible des habitants des campagnes dans le bourg de chaque com- » mune les jours consacrés au repos, et là leur tenir des discours h leur portée ; » leur dire dans leur langage que le gouvernement a pris des mesures pour » mettre un frein à la cupidité des percepteurs ; leur prouver qu'ils ont été, qu'ils ï sont et seront toujours la dupe des prêtres insoumis, s'ils en souffrent dans » leurs foyers. J'ai employé ces moyens dans les communes de Douillet et de » Saint-Georges, et je n'ai pas eu lieu de m'en repentir. J'ai au contraire eu la » satisfaction de sentir s'échauffer par dégrés l'esprit d'une partie des habitants, » de les entendre répéter avec âme et feu les chansons patriotiques que j'avais » entonnées, et finir par me promettre de chasser de leurs foyers les prêtres et » les nobles qui oseraient calomnier la Répubhque... L'instruction publique est » ici dans un abandon total. Trois agents municipaux seulement sont bons: ceux » de Fresnay, Douillet et Saint-Georges... Les grandes routes sont dans le plus » mauvais état possible. Plusieurs fabricants de toile sont établis en ce canton. » Lorsque cet objet de commei'ce est recherché, l'artisan par son assiduité et son » économie se procure une honnête aisance ; mais depuis un an et demi » ce travail est complètement tombé : plusieurs ouvriers ont totalement y> cessé » (1).

Comme on le voit, la situation du pays était loin d'être brillante et la République avait beaucoup à faire pour tenir les promesses de la première heure. En outre il nous faut constater qu'à la suite du changement de l'agent municipal et de la destitution de M. Chatelais, la situation particulière de la commune de Douillet s'était sensiblement modifiée. Notre commune était devenue le théâtre des exploits du citoyen Posté, auquel les dernières élections avaient fourni un point d'appui pour travailler l'esprit public. Aussi à dater de cette époque trouve-t-on beaucoup plus souvent le nom de Douillet sous la plume de l'illustre commissaire. « Dans ce moment, écrit-il par exemple le 4 février, je pars pour la commune de » Douillet avec le commandant de la force armée stationnée ici, pour y organiser la » garde-nationale ; cette organisation presse » ('2). Et un peu plus tard, le 8 février : « Trois agents seulement, dont celui de Douillet, m'ont promis de » m'envoyer le tableau des jeunes gens compris par leur âge dans la première

(1) Arch. de la Sarthe. Ibid.

(2) Arcli. de la Sarthe. Ihicl.

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