Chapitre troisième
d'infirmités précoces. Ces circonstances contrarièrent d'une façon regrettable les efforts de sa piété, et ne lui permirent pas de déployer toujours l'activité nécessaii'e ; il n'en fut pas moins, lui aussi, très aimé de ses paroissiens.
Vers la même époque, c'est-à-dire le 27 novembre 1807, le colonel Auvray, reconnaissant le besoin urgent de placer à la tête de la commune un homme énergique et influent, nomma maire le vicomte de Montesson qui fut installé le 15 janvier 1808. C'était un choix heureux, car M. de Montesson, qui avait reçu une britlante éducation, ne manquait pas de talents administratifs, et c'était en outre le meilleur moyen de le disposer favorablement à l'égard de la commune en supprimant du même coup les susceptibilités qui s'étaient élevées jusque là entre lui et l'administration municipale.
Aussi dès le 8 décembre 1807, cédant aux instances répétées de M"»" de Montesson, M. de Montesson offrit à la commune de lui rendre l'église sous certaines conditions. Approuvé par le conseil municipal le 9 mars 1808, par le sous-préfet de Mamers, M. Contencin, le 2 avril, par le préfet .\uvray le27 avril, et par un décret impérial daté du camp de Madrid 21 décembre 1808, cet offre ne fut transformé en acte définitif que deux ans plus tard. Aux termes de la donation, passée le 23 mars 1810, devant M'^ Hatton, notaire à Fresnay, M. et M'"" de Montesson abandonnaient gratuitement l'église à la commune, se réservant toutefois la propiiété de l'ancienne chapelle dont ils jouissaient avant la Révolution, et sous la condition expresse que l'église ferait retour à leurs héritiers en cas de suppression du culte, « la présente donation n'étant faite qu'en faveur du culte catholique ».
Malheureusement M. de Montesson, qui avait déjà fait preuve dans cette affaire d'une prudence excessive , ne sut pas se montrer généreux jusqu'au bout : de vieilles rancunes contre l'ordre de choses sorti de la Révolution, et contre certains membres du conseil municipal, le rendirent intraitable sur la question du presbytère. Il garda les anciens bâtiments, si vastes et si agréables par leur disposition , forçant la commune à acheter pour le desservant la maison Galpin, célèbre par les méfaits des Chouans, mais peu convenable pour un presbytère. Cette acquisition, autorisée par décret du 9 décembre 1809, coula 5i30 fr. ; elle fut payée à l'aide d'une souscription publique, des centimes additionnels de 1805, 1806 et 1807, et des 1660 fr. accordés pour les ravages de la guerre civile.
En même temps, une difficulté d'un autre ordre s'élevait entre les communes de Douillet et Mont-Saint-Jean et le maitre de forge de l'Aune M. Lhermenault, au sujet des ponts du Ferret, que ni les uns ni les autres ne voulaient entretenir.
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Commencée dès l'année 1808, portée en 1810 devant le conseil de préfecture, cette affaire devait se prolonger pendant près de quarante ans ; c'était encore une conséquence indirecte de l'incertitude et du trouble que la Révolution avait jetés dans les esprits, peut-être aussi du souffle belliqueux qui animait alors la nation. A défaut des combats et des victoires dont les récits exaltaient si vivement les imaginations, les populations de nos contrées cherchaient dans de nombreux procès la satisfaction de leur amour propre ou de leurs intérêts. Cette fois au moins les conseils municipaux des deux communes appuyèrent énergiquement leurs maires et marchèrent à l'ennemi avec beaucoup d'union.
Bientôt hélas ! arriva l'heure des grands désastres. A peine remise des ébranlements de la Révolution, la commune de Douillet allait subir de nouveaux chocs. A la funeste campagne de 1812 répond dans les environs de Sillé et de Mont-Saint- Jean, c'est-à-dire à quelques pas même de Douillet, une tentative d'insurrection ; quelques Chouans reprennent les armes et agitent tout le département pendant le printemps de 1813. Puis surviennent des revers décisifs, les angoisses de l'invasion, et la chute foudroyante de l'empire. Enfin à ces émotions politiques déjà si profondes s'ajoute pour les habitants de Douillet l'impression pénible que leur cause la mort subite de leur curé. Depuis longtemps sous le coup d'une attaque de paralysie, M. Gaisneau était parti le 16 juillet 1814, à l'exemple de M™" de Montesson, pour les eaux de Bagnoles ; il revint à Douillet l'avant-veille de l'Assomption, en apparence bien rétabli, mais huit jours après il était frappé instantanément d'une attaque d'apoplexie et mourait quelques minutes plus tard.
Il fut remplacé par M. Pieri'e Constant Couzon, né à Montaudin (Mayenne), ordonné prêtre en 1812, vicaire de Fresnay depuis deux ans seulement. Les vides creusés dans le clergé par la Révolution forçaient en effet les évêques à abréger tout à fois la durée des études et celle des vicariats des jeunes prêtres : il fallait pourvoir aux besoins les plus pressants, et placer à la tête des paroisses des ecclésiastiques souvent sans expérience suffisante. M. Couzon fut du nombre de ceux-ci ; malgré des qualités réelles et un excellent cœur, son ministère devait se ressentir de sa jeunesse.
Il est juste de dire que les circonstances étaient singulièrement difficiles. Le retour de l'empereur, l'insurrection royaliste qui en fut la contrepartie, l'immense désastre de Waterloo, la restauration des Bourbons, l'occupation du pays par les alliés , en un mot les mémorables événements de 1815, causaient dans tout l'Ouest une série de secousses politiques et administratives très funestes pour les moindres communes. A Douillet, comme dans l'arrondissement de Maraers tout entier, on maudit surtout les Prussiens qui occupèrent la région et s'y firent détester ; leurs