CHAPITRE V
LA PAROISSE DE DOUILLET AUX XIc ET Xlle SIECLES
Reconstruction do l'église après l'an mille. — Découvertes de sarcophages. — La reine Ueithe. — Établissement de la féodalité. — Guerres avec les Normands. — La Commune. — Les croisades. — Dévelo])pement de l'élément paroissial. — Dessèchement subit de la Sarthe à Fresnay en 1168. — Guerre entre Philippe-Auguste et Jean sans Terre : le roi de France est-il venu à More, en la paroisse de Douillet '.'
ALGRÉ les prodiges qui avaient glacé d'effroi les populations, malgré les prophéties qui annonçaient la fin du monde, l'an mille ne vit s'accomplir aucune des catastrophes prédites. « Aussitôt, disent les chroniqueurs, les peuples, ressentant en eux-mêmes comme une vie nouvelle, se laissèrent aller à des transports de joie. A une morne stupeur on vit succéder une activité extraordinaire, et l'humanité rassurée se remit à vivre, à travailler et à bâtir ». — - La première moitié du XP siècle fut dès lors marquée dans toute la France par un grand mouvement de renaissance sociale, qui se produisit sous deux formes distinctes : d'une part la réorganisation de la société religieuse, accompagnée d'une reconstruction générale des églises ; d'autre part l'établissement de la féodalité, suivie de la construction des châteaux.
Nous trouvons h Douillet et dans les environs, comme partout ailleurs, les conséquences de ces importants progrès de rji,lat social (1). En premier lieu effectivement, d'après une tradition conservée dans les Chroniques, l'église de Douillet aurait été reconstruite au XI" siècle. Peut-être, ainsi que nous l'avons déjà dit, ne consistait-elle auparavant qu'en une simple chapelle en bois , comme
VU II est bon de se rappeler en effet que l'établissement du régime féodal fut un progrès, étant donnée la situation déploraJjle du pays à la fin duX' siècle. Un régime organisé, si défectueux qu'il soit, est toujours préférable à l'anarcliic, et le système féodal, c'est-à-dire le groupement des faibles autour des plus forts, était alors le seul possible.
Douillet-le-Johj avant il89
on en voyait à celte époque sur divers points du Maine. Dans tous les cas il est possible de faire remonter au XI" siècle les murs de la nef, aujourd'hui disparus, tels qu'ils existaient encore en 1874. L'appareil de la muraille du sud principalement, les petites fenêtres dont elle était i)ercée, sortes de meurtrières longues et étroites ouvertes à une hauteur considérable au-dessus du sol , le pinacle qui surmontait le pignon de la façade, enfin la porte occidentale entourée d'un rang de denticules aigus, rappelaient sous tous les rapports le type ordinaire des églises rurales de l'ère romane secondaire.
Il est certain du reste que la paroisse de Douillet avait au XP siècle une importance relative. Nous en avons pour preuve la découverte récente de plusieurs de ces cercueils en pierre, si usités depuis l'époque mérovingienne. Enfoui à une profondeur de 0'" 75'" environ, non loin des murs de l'église, le mieux conservé de ces cercueils, dégagés en 1877, est en grès roussard, en forme d'auge rétrécie aux pieds ; sa longueur extérieure est de 2™ 15 ; sa largeur à la tête est 0"> 77"^, aux pieds de 0™ 35'^ ; la hauteur totale extérieure de 0™ 30'. Il était orienté de l'est à l'ouest, les pieds à l'Orient, la tète à l'Occident. Tous ont du être fouillés à plusieurs reprises, car ils ne contenaient que de la terre remuée, leurs couvercles étaient brisés, et ils n'ont fourni aucun des objets que l'on retrouve souvent dans les sépultures (1). Nous ne pouvons donc leur assigner de date même approximative ; toutefois ils ne doivent pas être postérieurs au XI" siècle, à partir duquel les cercueils présentent généralement une niche carrée ou ronde à l'emplacement de la tête et des parois bombées. Semblables aux cercueils découverts à Saint-Cénéry et à Sougé-le-Ganelon, ils offrent l'aspect des tombes les plus fréquentes à l'époque barbare (2).
Quoi qu'il en soit, la reconstruction de l'église de Douillet au XP siècle ne serait pas un fait isolé dans la contrée. Sans rappeler ici l'expression pittoresque de Raoul Glaber, d'après lequel le monde entier secouait alors les haillons de son
(t) Plusieurs autres sarcophages avaient été trouvés avant 1844 comme le constate Desportes dans sa Bibliographie du. Maine, p. 50. — D'autres encore avaient été dégagés en 1863 à l'intérieur même de l'église, mais dans le chœur et le transept, c'est-à-dire dans les parties les moins anciennes auxquelles ils étaient sans doute antérieurs. II n'en a été découvert aucun dans la nef qui occupe l'emplacement de l'église primitive, et cela se conçoit sans peine, puisqu'il fut interdit en Gaule du \1' au XI" siècle, d'inhumer dans les églises.
(2) Un grand nombre de cercueils du même genre ayant été découverts dans le Jlaine, il nous est impossible de donner ici la bibliographie de cette question, V. entre autres : l'abbé P. Saint-Cénerij etc, p. 47. — iloulard, Chroniques de Songé, p. 17-2, — de Caumont, Arch. reiig. — ISabhéCochtl, la Normandie souterraine e\c. — Horstein. Les sépultures. — M. de Lasteyrie, Cours d'archéologie professé à l'Ecole des Chartes etc.