‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 15 sur 188 · Chapitre cinquième · texte numérisé non relu

Chapitre cinquième

anlii[uilé pour revêtir la robe blanclic ilcs églises, elle semble coïncider avec la ibiulatioii lie nouvelles cliapelles à Monlreuil-le-Chélil', Moilrou, Saiut-Christophedu-Jambet et Ségrie, attribuée par la tradition et la reconnaissance des populations à la reine Berthe. Bien plus, s'il est permis, comme nous l'avons tenté, de mettre ici d'accord l'histoire et la légende (i), ou au moins d'admettre le passage dans les landes des Berçons de l'épouse divorcée de Robert le Pieux, il faut bien reconnaître, par une conséquence forcée, que l'influence de cette princesse bienfaisante et malheureuse se sera étendue sur les paroisses voisines, entre autres sur celle de Douillet, une des plus rapprochées de Monlreuil-le-Chétif, d'où partait « la bonne reine Berthe », montée sur un âne, pour répandre dans tous les environs ses aumônes et ses encouragements.

Mais des événements d'un autre genre ne tardent pas à agir profondément sur l'esprit des populations de notre territoire. A la même époque s'organise le régime féodal, né des faiblesses du pouvoir central qui entraînent la fusion de la souveraineté avec la propriété, et de l'état de guerre perpétuel qui force les faibles à se grouper autour des plus forts. Bientôt le sol du pays est divisé en une multitude d'états indépendants, et le Maine, enclavé par suite de cette division entre des états plus puissants, devient une proie souvent disputée par la ruse ou les armes. Sur toutes les frontières s'élèvent des forteresses, sur tous les points favorables à la résistance se construisent des châteaux, à l'abri desquels viendront se réfugier les habitants des campagnes.

Située sur les confins du Maine et de la Normandie et dans la partie de la vallée de la Sarthe qui ouvre une route naturelle aux invasions venant du nord, la paroisse de Douillet se trouva comprise dans la zone frontière du comté du Maine, et par suite enserrée dans un réseau de forteresses. A l'Est, sur un rocher escarpé que baigne la Sarthe, les vicomtes de Beaumont construisirent le château de Fresnay ; au S-0, sur la lisière de la forêt, les barons de SiUé élevèrent celui de Sillé-le-Guillaume ; enfin au N. Geoffroy de Mayenne bâtit pour son fidèle allié Giroie la forteresse de Saint-Cénei'y. Le domaine de Douillet devint-il alors, lui aussi, la demeure d'un seigneur féodal? Nous ne saurions le dire. Si un château fort ne s'éleva jamais sur l'emijlaccment de l'ancienne villa, nous voyons au XI° siècle un seigneur nommé Raoul de Dollet, figurer comme témoin dans une charte du Cartitlaire de Saint-Vincent (2).

Quant à l'ensemble du territoire de Douillet, placé au centre d'un triangle

(1) Robert Ti'iger. La légende de la reine Berthe et la fondation des étjlises de Moitron, Ségrie, Saint-Christophe du Jambet et Fresnay. Mamers, 1883. in-S".

(2) Cartidaire de Saint- Vincent, copie de la Bibl. du Mans, n"» 805 et 73. « De aiiiiuitione terrée Arnulfi de Monte Barbato, quai vocatur AUiandres », 4

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dont les trois forteresses précédentes occupaient les sommets, il ne tarda pas à ressentir, dès le milieu du XI« siècle, les contre-coups funestes des luttes acharnées que se livrèrent les diverses maisons féodales et surtout des longues guerres entre les Manceaux et les Normands. Tour à tour et à plusieurs reprises, Guillaume le Conquérant s'empara des châteaux de Saint-Cénery , Fresnay et Sillé ; ses troupes parcoururent la contrée en tous sens et la ravagèrent affreusement. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail de ces guerres, dont les épisodes peu variés ne consistent qu'en sièges et en trahisons. Rappelons seulement le fait célèbre qui les domine.

Vers l'année 4071, après avoir chassé de leur ville la garnison normande, que Guillaume le Conquérant alors en Angleterre ne pouvait secourir, les habitants du Mans formèrent entre eux une association jurée, qui s'organisa sous des chefs électifs et prit le nom de Commune. Par force ou par crainte, l'évêque du Mans et Geoffroy de Mayenne, tuteur du jeune comte du Maine, ainsi que la plupart des seigneurs, prêtèrent serment à la Commune ; quelques barons seuls s'y refusèrent et Hugues de Sillé fut du nombre. Les membres de la Commune envoyèrent aussitôt des messagers dans tous les environs, et rassemblèrent une multitude de paysans qui vinrent attaquer avec fureur le château de Sillé; l'évêque et les prêtres de chaque paroisse marchaient à leur tête, de gré ou de force, avec les croix et les bannières. L'entreprise échoua par suite de la trahison de Geoffroy de Mayenne qui aida la garnison du château à disperser la multitude des vilains. Or, qu'on veuille voir dans cet événement une révolution politique ou une simple émeute, il est évident qu'il surrexcita vivement les esprits dans les campagnes voisines de Sillé, et particulièrement sur le territoire de Douillet qui relevait au point de vue féodal, comme nous le dirons plus loin, de la baronnie de Sillé. Une telle prise d'armes montre que les populations rurales commençaient à avoir conscience de la liberté civile qui leur appartenait de droit, et qu'elles étaient prêtes à lutter à la fois contre les Normands pour l'indépendance de leur pays, et contre les barons pour l'indépendance de leurs personnes. Elle montre encore que le sentiment religieux dominait quand même au-dessus de ces tendances diverses, et que l'élément paroissial avait déjà une grande consistance, puisque les conjurés avaient attaché tant d'importance à l'alliance du clergé. En mettant ainsi à leur tête les prêtres de leurs paroisses, les vilains des environs de Sillé proclamaient à leur insu que la meilleure garantie contre l'oppression féodale était pour eux la doctrine de l'Évangile ou l'intervention bienfaisante de l'Église. Ces idées, qu'il était utile de signaler dans leur germe, exerceront peu à peu une action salutaire sur la situation morale du pays et amèneront un jour la formation dans chaque paroisse d'une classe libre, intelligente et forte.

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Ce résultat néaiiinoins iu> i)i>uvait être obtenu de si tôt : les réxulutions violentes ne fondent rien de duraljle, el la brusque tentative des paysans sur le ehàteau de Sillé n'aboutit i\\\i\ une répression énergique. Définitivement uiaitre de l'Angleterre, le Conquérant accourut dans le Maine avec une aimée d'aventuriers de race anglaise, « heureux de marcher contre les Manccaux connue à un acte de vengeance nationale ». Ils enlevèrent le château de Fresnay et plus lard celui de Sillé, se livrant avec frénésie dans les campagnes voisines à tous les genres de dévastation, « coupant les arbres, bridant les hameaux, faisant au Maine tout le mal qu'ils auraient voulu faire à la Normandie (i) ».■

Ces excès se renouvelèrent dix ans plus tard, lorsque le vicomte de Fresnay, Hubert, se fut allié au comte d'Anjou contre Guillaume le Conquérant ; on |)eut même dire, (ju'à dater de cette époque jusqu'à la lin du siècle, la contrée fut perpétuellement désolée par la guerre. C'est à peine si la prédication de la première croisade et le passage dans le Maine, au mois de mars 109G, du pape Urbain II, suspendirent pendant quelque temps les combats qui se livraient tour à tour sous les murs de Fresnay, de Sillé et de Saint-Cénery. Enfin la moi-t de Guillaume Le Roux, survenue le '2 août 1100, rendit la paix à la province qu'elle fit rentrer sous la domination de son souverain légitime le comte Ilélie.

Dès lors et pendant la plus hjnguo paitie du XII" siècle, le territoire de Douillet et ses environs jouirent d'un calme relatif. Les guerres privées, entravées par les croisades, devinrent moins fréquentes et surtout changèrent de théâtre, de sorte que nos campagnes n'eurent plus à supporter que quelques secousses isolées. Aussitôt, ver* le milieu du siècle, se produisit un nouvel élan du sentiment religieux. Commencé dans le Maine avec le calme qui suivit la mort de Guillaume le lîoux, développé par le succès de la première croisade et favorisé par l'épiscopat de deux grands évêques, Tlililebort et Guillaume de Passavaiil, il se ivvèle à nous par le départ de plusieurs seigneurs pour la croisade, et par une organisation plus complète de l'administration ecclésiastique.

N'ayant malheureusement aucun document sur l'histoire féodale de Douillet à cette époque, nous ne sommes pas en mesure d'apprécier dans quelles proportions ni sous quelle forme les croisades mirent en mouvement nos populations. Piappelons seulement qu'en 1159 cent huit seigneurs de la contrée prirent la croix dans l'église N.-D. de Mayenne, exemple (jui fui encore suivi plus lai'd [lai' d'autres barons : on trouve parmi eux un membre de la famille de Montesson, à laquelle appartiendra dans la suite la seigneurie de Douillet (2).

(,1) A. Tliierry. Lettres sitr l'hisloive de France. Paris, Ganiier, in-t-2, p. 229 et '2111. (2) L'abbc Pointeau. Les croisés de Mayenne en 1158. — Borel cl'.\utrive. Annuaire de la noblesse pour 1863, p. 216. — La noblesse d\t Maine aux croisades etc.

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Au contraire les progrès accomplis vers le même temps par l'élément paroissial sont mieux accentués dans l'histoire de Douillet. Ainsi, dans le courant du XII» siècle, le seigneur donne le terrain nécessaire pour bâtir un presbytère ; il contribue ensuite à la construction des bâtiments, et prend en conséquence le titre de fondateur temporel de la paroisse. Désormais les curés furent forcés, en prenant possession, de lui rendre une déclaration par laquelle ils reconnaissaient tenir de lui le presbytère et ses dépendances (1). La seigneurie de Douillet semble donc constituée, et les Chroniques nous disent, « qu'un logis seigneurial » existait déjà sur l'emplacement du château actuel.

De même, on commence à entrevoir les traces d'une hiérarchie nouvelle dans l'administration ecclésiastique. Fresnay, qui a pris une grande importance depuis la construction de son château fort et les guerres du XI" siècle, est devenu le chef-lieu d'un doyenné. Dès l'année 1126, on voit figurer comme témoin dans une charte un prêtre qualifié decamis de Fraleniiaco ; ce qui autorise à penser que la division en archiprêtrés et doyennés est dès lors un fait accompli. L'ancienne suprématie des bourgs publics avait disparu en effet dans l'anarchie du X" siècle, et la prépondérance religieuse aussi bien qu'administrative était passée aux agglomérations fortifiées, qui offraient en cas de guerre un asile aux populations. Là, furent institués de bonne heure des curés principaux ou doyens, cliargés de correspondre avec l'archiprêtre, de servir d'intermédiaires entre l'autorité épiscopale et le clergé des campagnes. Leur juridiction s'étendait sur plusieurs paroisses, et il n'est pas douteux, d'après toutes les traditions, que la paroisse de Douillet ne fit alors partie de la circonscription du doyen de Fresnay.

En l'année 1168, au mois de fé\Tier, un événement singulier vint mettre en émoi cette circonscription tout entière. La Sarthe se dessécha subitement au pied du château de Fresnay, de telle sorte que pendant une heure et demie on put passer à pied sec dans un endroit où les chevaux ne pouvaient auparavant traverser la rivière qu'à ia nage. — Ce phénomène, alors inexplicable, causa dans toutes les paroisses situées sur les rives de la Sarthe une vive émotion : comme au Mans, où il s'était produit un fait analogue en 820, on crut à un prodige annonçant quelque catastrophe prochaine et le pays entier fut saisi d'effroi. — Il est probable, ainsi que nous venons de le montrer ailleurs (2), que ce dessèchement subit provenait simplement d'une secousse du sol, car il coïncide avec un tremblement de terre signalé par Robert de Torigny dans sa Chronique du Mont Saint-Micliel et par un dominicain anglais duXIII" siècle, Nicolas deTreveth. Aussi

(1) Chroniques, f»s 9 et 11.

(2) Robert Triger. — Les dessèchements subits de la Sarthe au Mans et à Fresnay en 890 et 1 lOS, Le Mans. 1881. in S».

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