Chapitre quatrième S
exigeait des populations rurales une instruction plus générale. Aussi, dès son arrivée au ministère, M. Guizot fait-il voter la célèbre loi du 28 juin 1833. Comme toujours lorsqu'il s'agit de réformes véritablement utiles, la commune de Douillet est une des premières à l'appliquer. Elle n'avait d'ailleurs à se préoccuper que de l'instruction des garçons, celle des filles étant assurée dans des conditions exceptionnelles par l'établissement des sœurs. Sans le secours d'aucune subvention et à l'aide d'une imposition extraordinaire qu'elle eut l'intelligence de prélever dans l'intérêt public, elle constitua à l'instituteur dès l'année 1834, en sus des rétributions scolaires, un traitement annuel de 200 fr., plus une indemnité de logement de 120 fr ; cela lui permit d'exiger du titulaire plus de dévouement, plus de temps et de capacité. Sur ces entrefaites, le sieur Bruneau s'étant retiré après seize ans d'exercice, le conseil accepta pour le remplacer le sieur François Bigot.
Mais ces diverses améliorations furent accompagnées cette même année 1834 d'un événement tragique qui causa dans toute la paroisse une véritable émotion. Le 6 septembre, vers 10 heures du soir, deux incendies considérables éclatèrent simultanément , à cent cinquante mètres de distance , dans le bûcher du presbytère et dans une meule de paille dépendant de la métairie du Boisfade, avec une violence telle qu'on put craindre longtemps la destruction d'une partie du bourg. Tous les habitants étaient couchés ; heureusement qu'un passant attardé aperçut les flammes et donna l'alarme. On sonne aussitôt le tocsin, on bat la générale, la population du bourg, les habitants de la campagne, les pompiers de Fresnay accourent en toute hâte, et après trois heures d'efforts on arrive à se rendre maître du feu. Jamais le bourg de Douillet n'avait couru pareil danger ; si le vent avait été vif au nord, les deux tiers des maisons, ainsi que l'église et le château, étaient perdus. On ne tarda pas du reste à découvrir la cause du sinistre, évidemment dû à la malveillance ; la coupable, ancienne domestique de M. Ripault, fut arrêtée sur le champ et condamnée le 22 décembre par la cour d'assises de la Sarthe aux travaux forcés à perpétuité. Les dégâts au presbytère s'étaient élevés à 1500 fr. environ. Le gouvernement, prenant en considération les sacrifices faits par la commune pour la garde-nationale et l'instruction primaire, accorda une indemnité ; MM. Le Roy, Ripault et Triger prêtèrent à la commune sans intérêts les sommes nécessaires pour terminer les réparations, de sorte que le mal ne tarda pas à être réparé. Mais il resta de ce fait une impression profonde, encore subsistante dans l'esprit des témoins qui survivent.
Quelques mois plus tard, un auti-e crime venait causer à la commune de Douillet, comme à la France entière cette fois, une émotion non moins imprévue. Nous voulons parler de l'attentat Fieschi survenu le 28 juillet 1835. L'indignation
SS2 Douillet-le-Joly depuis '1789
fut particulièrement vive h Douillet, où la monarchie constitutionnelle fut toujours très populaire. Le conseil municipal et les officiers de la garde-nationale se hâtèrent de voter une adresse au Roi dès le 2 août suivant : « Sire , lui » disaient-ils, nous nous empressons d'exprimer à Votre Majesté et à votre » illustre famille toute l'indignation que mérite l'exécrable attentat commis à » Paris le 28 juillet dernier. Que Votre Majesté et les Princes, qui ont, pour le » bonheur de la France, si miraculeusement échappé au danger, veuillent bien » recevoir, avec le regret des pertes que la France vient d'éprouver, l'expression » bien sincère des sentiments d'amour et de fidélité de tous les habitants de cette » commune, dont nous sommes les interprètes » (1). Louis-Philippe et son gouvernement méritaient, il est vrai, cet attachement des habitants de Douillet, car ils firent beaucoup pour eux, et en général pour toutes les campagnes.
L'année suivante, par exemple, survient la grande loi du 21 mai 1836 sur les chemins vicinaux, dont les conséquences furent si considérables pour le développement de l'agriculture et du commerce. Accueillie avec joie par la commune de Douillet qui avait déjà fait d'importants sacrifices pour la voirie, cette loi donne aussitôt une impulsion puissante à ce service. Ainsi dès le mois de juin, le conseil municipal soutenu énergiquement par le maire, M. Le Roy, le percepteur, M. Triger, et tous ceux qui s'intéressent à Douillet, entreprend une campagne en règle pour réclamer le classement par Douillet du chemin de grande communication de Fresnay à Villaines. « Par Douillet, dit-il, on évite la construction du pont » du Gué-Ory, on favorise les voituriers qui charroient du minerai, on facilite » l'exploitation des ardoisières de Saint-Georges et de Saint-Gei'main, on permet » à l'agriculture de se procurer plus aisément la marne si utile au sol schisteux » de la rive droite de la Sarthe. De plus, le trajet n'est pas plus long, le chemin » est fait de Fresnay à Douillet, aux trois quarts de Douillet à Saint-Georges, et » une demie lieue plus loin il entre dans la Mayenne. Enfin une population » beaucoup plus nombreuse se trouve de notre côté, tandis que de Saint-Paul à » Avorton il y a deux lieues de désert. Nous nous résumons donc, ajoute la » délibération, en affirmant qu'il n'y a ni avantage, ni nécessité, que la direction » soit par Sougé ; qu'au contraire il y a moins d'obstacles et plus d'éconnomie » par Douillet, sans parler d'un intérêt général et majeur. C'est pourquoi nous » proposons pour l'exécution de ce dernier tracé le maximum des centimes addi- » tionnels et des prestations » (2). Quelques jours plus tard, nouvel effort auprès
(1) Registre des délibérations du conseil municipal.
(2) Rerjislre des délibérations du conseil municipal.