‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 146 sur 188 · Chapitre quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre quatrième

du conseil général : ce Messieurs, écrit le maire Douillet, dans un moment de » trouble ou d'agitation sociale la majorité peut se trouver égarée, mais au milieu » du repos et de la prospérité elle doit avoir de la sagacité et du discernement » dans les affaires qu'elle est appelée à juger. Elle doit, vous le savez messieurs, » laisser de côté l'intérêt personnel, même celui d'une commune seule, et n'envisager » que l'intérêt général, etc » (1). Malgré ces énergiques réclamations, malgré deux tentatives répétées auprès de l'administration, la demande des communes de Douillet et de Saint-Georges ne fut pas prise en considération ; le chemin de Fresnay à Yillaines fut ouvert par Sougé et Saint-Paul. C'était un échec grave, une défaite fâcheuse pour Douillet et les communes de la rive droite qui en souffriront longtemps. Aussi était-il nécessaire de rappeler au moins les efforts désespérés des défenseurs de Douillet, de montrer avec quelle clairvoyance ils avaient envisagé la question, avec quel soin ils avaient fait valoir les intérêts qu'on leur avait confiés. En dernier lieu, la commune poussa même le dévouement jusqu'à offrir l'abandon des terrains, le versement d'une somme importante à la première réquisition, et des engagements individuels de doubler les taxes des prestations de 1839, 1840 et 1841. Grâce à ces sacrifices, grâce à ceux de Saint- Georges, on économisait près de 60000 fr : mais on se heurta à une véritable coalition d'intérêts privés, « et la majorité marcha contre l'évidence, sans même » écouter la minorité, ce qui arrive toujours lorsqu'on craint la puissance du bon » droit ■» (2).

Cette défaite n'empêcha pas d'ailleurs la commune de Douillet d'entreprendre la reconstruction du chemin de Saint-Georges, à l'aide des ressources créées par la loi de 1836 : le système des prestations en nature seul souleva quelques réclamations, comme trop onéreux à la classe laborieuse et profitable plutôt aux propriétaires ; les habitants eussent préféré un surcroit d'impositions sur le principal des quatre contributions directes. Or ces sacrifices en faveur de la voirie étaient d'autant plus méritoires, que le 29 janvier 1836, à 11 h. du soir, un épouvantable ouragan avait causé de grands ravages dans la commune, arrachant les arbres, broyant les couvertures.

Mais la vie locale, dirigée avec intelligence, était désormais trop développée pour être ralentie par des accidents momentanés. Au contraire ses progrès s'accentuent de jour en jour. Ainsi le conseil municipal réclame avec insistance l'établissement d'un service postal journalier entre Fresnay et Douillet, tandis que trois ans auparavant la même question lavait trouvé d'une indifférence absolue.

(1) Arcliives de la mairie.

(2) Lettre du maire de Douillet au sous-préfet.

S84 Doiiillet-le-Joly depuis il89

Puis il décide, d'accord avec la fabrique, la construction d'une tour à l'église, pour remplacer le pinacle « dont la grande ancienneté ne permet pas la répara- » tion ». D "après le plan, la tour devait être ronde, de cinquante pieds de hauteur, surmontée d'un clocher en ardoises de trente pieds, que terminait une croix en fonte de huit pieds. Approuvés par l'administration, les travaux furent adjugés 2735 fr. le 7 novembre 1836, et exécutés sous la surveillance de M. Triger, « qui » les dirigea avec zèle et intelligence, comme il l'avait fait pour le chœur, secondé » par le maire M. Michel Le Roy » (1). La première pierre fut posée par M. le curé Ripault le 10 mai 1837, en présence du conseil municipal, du conseil de fabrique et d'une grande partie des habitants. Comme il arrive d'ordinaire, le devis fut dépassé, et les dépenses s'élevèrent à 4,273 fr. Mais grâce au dévouement de ses habitants et de ses protecteurs, la paroisse de Douillet n'eût pas de peine à trouver cette somme. La fabrique fournit 1722 fr. ; le gouvernement 400 fr , sur les démarches personnelles de Ms"" Bouvier qui écrivait le 23 juillet 1838 au préfet de la Sarthe : « On m'a recommandé dernièrement » l'église de Douillet.... En ce qui me concerne je porte un intérêt mérité au » desservant, et je verrai avec satisfaction qu'il soit aidé dans son généreux » dévouement, autant que justice due à tout le monde le permettra ». Bien plus, à la suite d'une demande directe à la vénérée reine Marie-Amélie, le roi lui-même accorda sur sa cassette un secours de 200 fr. Enfin la commune contribua pour 123 fr, M"» de Montesson pour 450 fr, et les habitants pour 692 fr, sans compter les charrois gratuits estimés 600 fi-ancs.

Pour garnir le clocher il fallait des cloches; M. Ripault ne pouvait être embarrassé pour SI peu. Le 26 mai 1837 il partit pour Ballon avec l'adjoint Jean Chédor, et y acheta d'occasion, pour 910 fr., une cloche pesant 614 li^Tes. Suivant leur habitude, le gouvernement, M"" de Montesson et les paroissiens s'empressèrent d'acquitter la note.

Vers le même temps la commune, fière de son rapide développement et de l'augmentation progi'essive de sa population, se donne une subdivision de pompiers : créée par arrêté préfectoral du 2 novembre, cette subdivision comprend trente hommes, sous le commandement d'un sous-lieutenant. Toutefois, comme il n'y a pas de médaille sans revers, le bourg est décimé l'année suivante par une épidémie de fièvres typhoïdes, et il se produit quelques difficultés entre la commune et plusieurs particuliers au sujet de la propriété des landes du Valaugu ; la querelle ne se terminera qu'en 1841, à la suite d'une ordonnance royale qui autorisera une transaction.

(1) Chroniques f' 67.

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