Chapitre quatrième
Par compensation à la vérité, les premiers mois de 1839 voient se trancher une grosse question qui avait soulevé bien des agitations depuis trois ans : celle de la direction du chemin de Saint-Georges, que les uns voulaient conduire jusqu'au haut du bourg dans la crainte de nuire à ragglomération, et que les autres voulaient au contraire faire partir au bas du bourg pour éviter la côte. Le 8 avril, dans une délibération orageuse, six voix contre cinq adoptent le tracé par le haut du bourg, que le maire proposait. Cette décision permet au moins de pousser plus activement la construction du chemin de Douillet à Saint-Georges, qui sera bientôt terminé jusqu'à la croix de la Courteille
Quelques jours plus tard, les 21 et 22 avril, grande fête religieuse. Ms' Bouvier, assisté de M. l'abbé Dubois, venait administrer le sacrement de confirmation à Douillet. L'illustre prélat fit son entrée solennelle le dimanche 21 h 5 h. du soir, escorté d'une troupe d'habitants à cheval qui étaient allés l'attendre aux limites de la paroisse. Reçu au bas du bourg par les autorités, il se rendit processionnellement à l'église entre deux haies de gardes-nationaux, et procéda immédiatement à l'érection d'un chemin de croix. Le lendemain il confirmait 643 personnes , dont 424 de Douillet , et consacrait le rétablissement de la confrérie du Rosaire, qu'il avait autorisé le 17 janvier sur la demande de M. Ripault.
L'année 1840 ne présente peut-être pas de faits aussi importants que les précédentes. Elle ne se signale guère que par un premier élargissement de la rue du bourg dans sa partie supérieure, la continuation du chemin de Saint-Georges de la croix de la Courteille au pont de Bêche, la création d'un garde champêtre cantonnier, une disette de fourrages désastreuse pour les cultivateurs, la location d'un nouveau local pour la mairie, enfin le remplacement du maire M. Michel Le Roy, démissionnaire, par M. Jean Ghédor, et le renouvellement de la moitié du conseil, lequel n'en reste pas moins composé des mêmes membres.
En 1841, le 3 janvier, une lettre de l'agent-voyer d'arrondissement soulève la question intéressante d'un chemin de Sougé à Montreuil par More, proposant sur ce dernier point la construction d'un pont comme celui de Saint-Léonard, avec piles en pierre et tablier en bois. Un peu après, le 15 avril, le même agent soumet à la commune l'idée d'un chemin d'Assé à Montreuil par Corbon, la Beauce et les Etricheries. Ces projets ne peuvent malheureusement être poursuivis dans le moment, et la commune se contente d'achever le chemin de Saint-Georges en réclamant pour son entretien le concours des voisins, « qui le dégradent en allant à la marne ».
A la même date, en exécution d'une circulaire mémorable de Ms"" Bouvier du
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l'i" avril 1835, M. le curé Ripaulf commence la rédaction des Chroniques de Douillet. Puis le 4 juillet, jour de la fête patronale, on inaugure en grande pompe les reliques de Saint-Pierre, que M. l'abbé Dubois a obtenues du pape Grégoire XVI pour sa paroisse natale, lors de son voyage à Rome dans l'hiver de 1840. Jamais en effet la pensée du vénérable vicaire général ne s'éloignait longtemps de Douillet : à Rome comme à Paris, à Paris comme au Mans, il avait sans cesse en vue les intérêts de ses compatriotes et s'efforçait de les servir, au point de vue spirituel et au point de vue matériel.
Ainsi ce fut lui encore qui, un des premiers vers 1842, encouragea M. Ripault dans son projet d'élever un calvaire au haut du bourg, et qui obtint de Ms'' Bouvier la promesse de revenir lui-même à Douillet bénir ce calvaire. Grâce à sa générosité, au zèle de M. Ripault et au dévouement inépuisable des paroissiens, on parvint à réunir pour cette nouvelle œuvre une somme de 990 Ir. M. l'abbé de Dreux-Brezé, depuis évêque de Moulins, dont la famille habitait Mont-Saint-Jean, offrit le plus bel arbre de ses bois : deu.x habitants, Joseph Sérisay et Marie Chauveau donnèrent le christ, de telle sorte que la cérémonie de la bénédiction put être fixée au lundi 19 juin 1843. Mf Bouvier arriva le matin avec M. l'abbé Dubois et son secrétaire particulier. Bien que souffrant il présida lui-même la procession, qui fut, malgré la pluie, une des plus belles que Douillet ait jamais vues. Sur tout le parcours s'élevaient des arcs de triomphe ; les maisons étaient tendues et ornées de guirlandes ; le christ, escorté d'un détachement de quarante hommes d'élite de la garde-nationale, entouré des membres du conseil municipal, du conseil de fabrique et suivi d'une foule immense, fut porté en triomphe par des notables, du presbytère à l'église et de l'église à l'emplacement définitif. Là, l'évêque, assisté d'un nombreux clergé, le bénit suivant les règles liturgiques et y attacha plusieurs indulgences spéciales. Enfin l'enthousiasme provoqué par cette imposante cérémonie fut encore accru par les guérisons subites de deux enfants atteints depuis longtemps de fièvres lentes ; mais ces faits sont trop délicats pour qu'il nous soit permis de les préciser davantage, et nous renvoyons sur ce point au récit détaillé qu'en donne dans ses Chroniques M. Ripault, témoin oculaire (1). Nous ferons remarquer toutefois à cette occasion de quelle vénération exceptionnelle les populations de notre contrée entouraient Mf Bouvier, qu'elles considéraient comme un saint et un apôtre dans toute la force du terme.
Malheureusement les derniers mois de cette année 1843, si honorable pour les habitants de Douillet au point de vue religieux, furent attristés par une
(1) Chroniques f» 78.