Chapitre cinquième Wl
associant ainsi dans un suprême hommage la mémoire des deux amis d'enfance, du saint prêtre et du vaillant officier, dont la disparition causa de si unanimes regrets.
Les années 1854 et '1855, pendant lesquelles l'attention publique se tourna presque exclusivement vers celte terre de Crimée, où les soldats de la France luttaient si courageusement, n'apportèrent aucun fait intéressant à riiistoire de Douillet. M. Ripault continua, comme toujours, la série de ses améliorations, procurant à son église avec l'aide de M. Le Sage des fonts baptismaux en marbre, faisant exécuter au presbytère des travaux d'aménagement jusqu'à concurrence d'une somme de 2000 fr. dont 500 accordés par le gouvernement, obtenant pour le seconder dans ses vieux jours le concours d'un jeune prêtre rempli de zèle et de dévouement, M. l'abbé Julien Lechesne précédemment vicaire à la Pallu. Quant à la commune, elle s'impose extraordinairement pour acheter un jour une maison d'école, et poursuit peu à peu l'achèvement de son réseau de chemins vicinaux. Le prolongement du chemin de Montreuil vers More et Sougé devient surtout l'objet de ses efforts : d'abord ce chemin répond à des besoins urgents, ensuite c'est une protestation contre la direction donnée au chemin de Sougé à Sillé et contre la construction du pont de Monay si défavorable à Douillet. Mais de toute cette période le fait dominant est la mort de Ms'' Bouvier, survenue à Rome le 29 décembre 1854. Elle produit effectivement à Douillet une émotion toute particulière, par suite de l'intérêt que le grand évéque avait montré à la paroisse en venant la visiter plusieurs fois, et de la vénération profonde dont les habitants l'entouraient.
En 1856 la première conséquence grave de la prédominance donnée aux communes de la rive gauche de la Sarthe se fait sentir pour Douillet et Saint- Georges. Les chemins de Fre.snay à Villaines et d'Alençon à Sillé, devenus les deux lignes principales de la vicinalité dans cette partie du canton de Fresnay, se croisant dans le bourg de Sougé, celui-ci prend de l'importance aux dépens de ses voisins. Il devient chef-lieu de perception, et Douillet, en perdant son percepteur auquel la résidence de Sougé est imposée, perd du même coup définitivement le seul fonctionnaire public que l'administration contemporaine lui eut donné. Cela n'empêche pas, il est vrai, le nouveau percepteur do Sougé de présenter au mois d'août un projet, très soigneusement étudié, pour la réorganisation du bureau de bienfaisance de Douillet. Ce bureau, l'un des premiers du canton, existait d'une manière permanente depuis 1853, et non-seulement il secourait les indigents de Douillet mais aussi ceux de Montreuil, à tel jioint que le conseil municipal pouvait éciire au préfet avec une légitime fierté : v La commune
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i de Douillet, à toutes les époques qui ont présenté des difficultés de quelque » nature qu'elles fussent, n'a jamais manqué de prendre l'initiative dans le canton » pour la générosité, la charité et l'esprit d'ordre de ses habitants. Seule, par un » sentiment d'humanité, elle est venue au secours de la commune de Montreuil » qui ne peut se subvenir par elle-même. Nous regrettons que cet exemple n'ait » pas stimulé la générosité des autres communes aisées en faveur de celles qui ne ï pouvaient se suffire » (1).
M. Ripault lui aussi, bien que très âgé et infirme, s'efTorçait de soutenir autant que possible l'ancien prestige de Douillet. Ainsi au mois de mai 1858 il provoque encore une grande fête religieuse à l'occasion du baptême d'une seconde cloche, nommée Mane-Françoisa-Anloiiiette-Uenée-Rohertine par le vénérable curé et Madame Gustave Triger. Cette cloche est bénite solennellement le 5 mai par M. l'abbé Dubois, doyen du chapitre, assisté de M. l'abbé Bataille , chanoine du Mans , et de plusieurs autres ecclésiastiques ; en présence de toutes les autorités de Douillet , de M. Trotté de Laroche , ancien président du conseil général de la Sarthe , et ancien maire du Mans , de M. Gustave Triger , ancien élève de l'Ecole polytechnique, inspecteur des lignes télégraphiques, et d'un nombre considérable d'habitants.
Ce devait être, hélas, le dernier effort de M. Ripault. Atteint depuis longtemps déjà d'une cruelle paralysie, il fut enlevé à la reconnaissance de ses paroissiens quelques jours plus tard, le lundi 7 juin 1858, à l'âge de 65 ans. Cette mort était une grande perte pour la paroisse et aussi pour la commune. Modèle du prêtre catholique, entièrement dévoué aux intérêts spirituels et matériels d'une population qu'il avait élevée, doué d'un zèle intelligent et d'une ardeur extrême pour le bien, M. Ripault exerçait à Douillet l'influence la plus salutaire et la plus incontestable. Ses oeuvres sont trop nombreuses pour qu'il soit possible de les résumer ; rappelons seulement qu'au dire de tous, il fit « un bien inappréciable » pendant les ti'ente-hitit ans qu'il habita Douillet. Prêtre, administrateur, historien, professeur, il avait réparé tout le mal causé par les désordres de la Révolution, cicatrisé toutes les plaies morales, transformé la paroisse... D'après son désir, il fut enterré dans la chapelle de la famille Triger, près de ce jeune officier du génie qui avait été un de ses élèves préférés. Sa sépulture fut faite le mercredi 9 juin par son vieil ami M. l'abbé Dubois, en présence de tout le clergé du canton et delà population entière.
Monseigneur Nanquette n'ayant pas cru devoir accéder à la demande des habitants qui désiraient pour remplacer ;\I. Ripault le vicaire qu'on lui avait
(1) Registre des délibérations du Conseil municipal.
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adjoint depuis deux ans, M. l'abbé Lechesne (1), transféra à Douillet, par décision du 9 juin, M. l'abbé Hamclin, curé de Saint-Rémy-de-Sillé. Né h Conlie en 181 4, ancien vicaire de Pontvallain, Brùlon et Saint-Clément de Craon, M. Hainelin fut installé le 20 juin. C'était un prêtre pieux et studieux mais d'une mauvaise santé; les forces et l'activité lui manquèrent pour soutenir le rôle vraiment considérable de M. Ripault, et l'ère des grands travaux, des œuvres importantes, fut momentanément fermée pour la paroisse de Douillet.
Au contraire, la commune faisait à la même époque de nouveaux efforts. M. Triger, admis à la retraite et revenu à Douillet, avait été immédiatement nommé maire par arrêté préfectoral du 15 mars 1859: son premier soin fut d'imprimer une nouvelle impulsion aux deux services qui avaient toujours été de sa part l'objet d'une sollicitude particulière, l'instruction primaire et la voirie. C'est ainsi d'une part que la commune achetait enfin une maison d'école et y faisait exécuter, sur les plans de V administration, des travaux d'aménagement considérables pour y installer la mairie, l'instituteur et l'école des garçons ; d'autre part qu'elle complétait son réseau vicinal, désormais arrêté d'une manière définitive. Dès la fin de 1860, les chemins n" 1 de Saint-Georges à Fresnay et n" 3 de Montreuil à More étaient entièrement terminés et entretenus ; le chemin n" 2 de Douillet à Mont-Saint-Jean présentait 2,563 mètres entretenus , 665 mètres de terrassement et 951 mètres seulement à l'état de sol naturel, sur une longueur totale de 4,179 mètres ; le chemin n" 4 de Montreuil à Assé olTrait sur le territoire de Douillet, entre les marnières et le moulin du Pré, une longueur de 1,800 mètres terminés et entretenus.
Ce fut donc avec des regrets sincères que les habitants de Douillet apprirent, le 17 mars 1801, la mort de leur maire, auquel ils avaient témoigné en maintes circonstances tant d'estime et de confiance. Depuis 1810 date de son arrivée à Douillet, M. Robert-Pierre Triger n'avait cessé, il est vrai, de mettre à leur service toute son activité, tout son dévouement, toutes les ressources de son intelligence et de son expérience. Tour à tour administrateur, comptable, architecte, et au besoin instituteur, il avait lui aussi exercé une salutaire influence sur la population au milieu de laquelle il avait vécu, et par là même il avait contribué pour une large part au développement de la vie locale. Enfin toujours sur la brèche pendant quarante-cinq ans, il avait défendu avec le plus complet désintéressement les
(t) Né à Saint-Jean-d'Assé, le 25 août t8'20, ordonné prêtre le 5 juin 1852, puis vicaire de la Fallu, M. l'abbé Lechesne en quittant Douillet, où il laissa les meilleurs souvenirs et de vifs regrets, fut nommé vicaire de Précignô. Curé de S'-Mars-d'Outillé en 1860, de lieaufay en 1875, il sera frappé subitement dans la force de l'âge, le 1" janvier 1883.
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intérêts de cette commune de Douillet à laquelle il avait, pour ainsi dire, consacré sa vie entière (1).
Mais si la disparition de MM. Ripault et Triger creusait dans les rangs des habitants de Douillet deux vides difficiles à combler, il leur restait au moins tout un ensemble de traditions et d'exemples qu'ils s'efforcèrent de suivre. L'adjoint, M. André Desartre, nommé maire par arrêté du 22 avril 1861, se garda d'apporter aucune innovation importante dans l'administration de la commune. Le curé, M. Hamelin, développa purement et simplement les pieuses semences répandues par son prédécesseur ; il établit un pèlerinage paroissial annuel au sanctuaire de N.-D.-du-Chêne de Saint-Martin-de-Connée , procura à ses paroissiens le sacrement de confirmation que Ms'' Fillion vint administrer à Douillet en 1863, inaugura la fête annuelle de l'adoration perpétuelle, fit refaire sur un modèle uniforme les bancs de l'église etc.
Sur ces entrefaites, au mois de mars 1864, Madame la vicomtesse de Montesson, née Eulalie Vaillant de Savoisy, meurt à Châtillon-sur-Seine, laissant par son testament 500 fr. à l'église et 400 fr. aux pauvres de Douillet. C'est un événement grave pour l'histoire de la terre de Douillet, car M'"" de Montesson, qui en avait reçu la propriété par contrat de mariage et qui n'avait pas d'enfants, lègue ce domaine à un neveu de son mari, M. Louis-Auguste de Rincquesen, descendant du dernier seigneur de Douillet avant la révolution, M. Louis-Pierre-Joseph de Montesson, par une de ses filles, Louise-Marguerite de Montesson, dame de Montaupin. La famille de Montesson disparait par là même des annales de Douillet, où elle occupait une si large place depuis trois siècles.
A partir de ce moment, les dernières années de l'Empire s'écoulent dans un calme absolu pour les habitants de Douillet, que les morts précédentes et l'absence de M. de Rincquesen, retenu dans le département du Pas-de-Calais, laissent entièrement à eux-mêmes. Toutefois cette période se signale encore par un double changement de curé et de maire. M. l'abbé Hamelin, mort le 1" juin 1865 après avoir administré la paroisse pendant sept ans, est remplacé le 11 du même mois par M. l'abbé Cénéric François Moulinet, qui prend possession de la cure de Douillet le 18 juin suivant. Né à Youvray-sur-Loir le 7 mai 1825, ordonné prêtre le 25 mai 1850, ancien vicaire de Laigné-en-Belin et de Saint-Calais, le nouveau pasteur s'empresse d'abord d'achever les œuvres commencées par son prédécesseur, puis il entreprend quelques améliorations au presbytère, tout en méditant pour son église l'exécution de projets considérables, que son activité et son zèle
(1) M. Robert-Pierre Triger était né à Mamers, le 7 mars 179^2: son aieul maternel, Pierre Jlichel Caniusat, ancien avocat au bailliage de Mamers, avait été élu maire de la ville en 1789.