‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 154 sur 188 · Chapitre cinquième 30 i · texte numérisé non relu

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lui permettront de réaliser plus tard (1). — D'autre part, le maire, M. André Desartre, succombe à son tour en 1867 ; membre du conseil municipal dès 183 i, adjoint depuis 1852, il appartenait à une des familles les plus honorables du pays et administrait la commune depuis 1861. Il est remplacé par M. Julien Corbin, membre du conseil municipal depuis 1848, dont l'administration aussi sage que prudente est encore présente à tous les esprits. Enfin vers la même époque, en 1867, M. J.-B. Pasquier succède comme instituteur communal à M. Aubry et sait dès son arrivée conquérir les sympathies de la population.

Ainsi donc, on peut résumer la situation de la commune de Douillet h. la veille des grands événements de 1870^ en disant que l'administration municipale est exercée par des hommes pruilents, essentiellement honorables, ennemis de toute division, de toute intrigue, fidèles aux traditions qui ont fait jadis la gloire et l'honneur de la commune ; l'administration ecclésiastique par un pasteur dévoué, actif, prêt à reprendre cette série de grands travaux dont la paroisse de Douillet semble avoir le privilège. — Toutefois, malgré ces éléments de bien incontestables, la vie communale s'est affaiblie, ou mieux étiolée, pendant les vingt dernières années. La population a diminué ; de 1220 âmes en 1844 elle n'est plus que de 105!} en 1870 ; l'industrie de la toile souffre ; les bras, indispensables à l'agriculture, deviennent de plus en plus rares , le bourg a perdu son titre de chef-lieu de perception ; l'esprit de clocher, qui est à une commune ce quel'esprit de corps est à un régiment, tend à disparaître ; avec lui s'évanouiront les dernières lueurs du mouvement local et de la gaieté champêtre.

Or, cet affaiblissement regrettable de la vie communale provient à Douillet de plusieurs causes, les unes générales, les autres particulières. — Parmi les premières, que nous n'avons pas à examiner, nous citerons le grand mouvement d'émigration des campagnes vers les villes provoqué par la centralisation impériale, le déplacement des populations rurales qui se précipitent vers les grandes lignes de chemin de fer devenues les principales artères du pays, les coups portés aux industries locales par les traités de 1860 et le triomphe du travail mécani(iue, à l'agriculture par l'invasion d'un lu.\.e déréglé et d'un jpédantisme ridicule, eu un mot cette prépondérance extrême donnée aux villes sur les campagnes comme jadis aux derniers jours de la civilisation gallo-romaine.... — Parmi les .secondes, nous placerons en premier lieu les avantages faits, dans le canton de Fresnay, aux

(1) Vers cette époque, le 21 juin 18G8, un jeune prêtre de la paroisse, M. l'abbé .\lphonse-Louis Bréteau célébrait encore sa première messe. Né à Douillet le 2 janvier i8i5, ordonné pré le 8 juin 18f)S, M. Bréteau sera successivement vicaire de la Chapelle-d' Aligné, de Ségrie, de Lucliô et de Gesnes-le-Gandelain. Curé de Meurcô le 15 mai 1878, il est mort le 15 janvier 1883.

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communes de la rive gauche, qui eurent la bonne fortune d'obtenir les grandes lignes vicinales. Nous placerons ensuite les directions données aux lignes de fer du Mans à Brest et à Caen : car la commune de Douillet eut la mauvaise chance de se trouver rigoureusement sur la bissectrice de l'angle formé par ces deux voies en partant du Mans, à quatorze kilomètres de la ligne de Normandie et à seize kilomètres de la ligne de Bi'etagne !

Quoiqu'il en soit, les habitants de Douillet, incapables de lutter contre les faits accomplis ou les injustices de la destinée, étaient exclusivement préoccupés de leurs paisibles travaux et surtout de la grande sécheresse qui menaçait leurs récoltes, lorsqu'éclata comme un coup de foudre la funeste guerre de 1870. Nous passerons rapidement sur la première partie de la lutte, sur la stupeur qui accueillit à Douillet, comme dans la France entière, la nouvelle de nos désastres, sur les mesures générales qui en fui'ent la conséquence : rétablissement de la garde-nationale, organisation de la garde-mobile, proclamation de la République. Ces événements n'excitèrent d'ailleurs dans notre commune qu'une consternation profonde et ne modifièrent en rien l'administration municipale. Le conseil resta ce que l'avaient fait les élections de 1865 et du 7 août 1870; le maire, M. Julien Corbin, et l'adjoint, M. René Bozo, conservèrent également leurs fonctions. Ce n'est qu'au moment où l'armée prussienne aja'ive aux frontières du département que la commune ressent directement le contre-coup de l'invasion.

Vers la fin de novembre, par exemple, une vive émotion se répand dans toute la contrée par suite de l'entrée de l'ennemi à Bellème, Mamers et la Ferté-Bernard. Depuis le 17 en effet, le corps d'armée du grand duc de Mecklembourg, parti de Chartres et de Houdan, s'était avancé méthodiquement vers l'Ouest, poussant devant lui les troupes peu nombreuses et sans cohésion du généi'al Fiereck. Vainqueur le 21 à Bretoncelles et à la Fourche, il avait occupé toute la lisière du département de la Sarthe, menaçant à la fois Alençon et Le Mans, où il pouvait arriver dans quelques heures. Le mercredi 23 novembre le bruit se répand que les hulans s'avancent sur Fresnay. Aussitôt l'ingénieur attaché au génie de l'arm^ée de Bretagne requiert le maire de Douillet « de faire prévenir immédiate- » ment à son de caisse tous les habitants valides qu'ils doivent se trouver le » lendemain, à 6 heures du matin, avec pelles, pioches ou haches sur la route » départementale de Fresnay à Sillé, à l'embranchement du chemin de Douillet, » afin de couper la grande route qui peut être utilisée par l'ennemi. Les Prussiens » sont à vos portes, ajoute l'ordre de réquisition ; la France a besoin du dévoue- » ment de tous ses enfants et compte sur leur concours patriotique (1) ». Il n'en

(1) Arch. de la mairie de DouiUet.

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faut pas davantage pour provoquer une panique. Un certain nombre d'habilants songent déjà à battre en retraite, et le jeudi 24 le bourg est traversé par plusieurs familles qui fuient l'invasion, emmenant avec elles dans la Mayenne leurs bestiaux et leurs fourrages. 11 est juste de dire, bêlas, que les campagnes de la Sarthe, désarmées et abandonnées à elles-mêmes sans direction et sans organisation, étaient incapables d'opposer une résistance efficace à des troupes disciplinées.

Cette fois cependant on en fut quitte pour la peur. La concentration au Mans de l'armée de Bretagne arrêta la marche des Prussiens, ou plutôt ce mouvement sur Le Mans n'était alors qu'une feinte de leur part, dans le but de tourner l'armée de la Loire, ou d'attirer vers l'Ouest une partie de cette armée que le prince Frédéric-Charles devait attaquer au centre. La commune de Douillet reprit donc son aspect habituel jusqu'au mois de janvier, se bornant le 3 décembre à voter une imposition extraordinaire de 1709 fr. pour l'armement de la garde nationale mobilisée, et à fournir, le 31, onze voitures attelées pour le service du 21» corps.

Mais ces derniers jours de répit devaient être de courte durée. Le 12 janvier 1871 les Prussiens entrent au Mans, et l'armée de la Loire se replie sur Laval. Le 14, le bourg de Douillet est traversé par la gauche du 21« corps qui bat en retraite sur Mayenne en utilisant tous les chemins compris entre les routes de Beaumont à Sillé, et de Beaumont à Fresnay et Villaines-la-Juhel. Le soir, la deuxième division (général Collin) occupe Montreuil-le-Chétif ; la division de Bretagne (général Gougeard) Mont-Saint-Jean (1). Le curé de Douillet, M. l'abbé Moulinet, recueille au passage un sergent de mobiles mourant, qu'il gardera trois mois chez lui et auquel il sauvera la vie à force de soins et de dévouement ; la supérieure de l'établissement des sœurs , M'"" Marie Béchet, ainsi que bon nombre d'habitants du bourg, s'empressent de suivre cet exemple, et apportent aux souffrances de nos malheureux soldats tous les soulagements qui sont en leur pouvoir.

Le 15, les Prussiens paraissent à Fresnay et à Sougé, se dirigeant vers Alençon ; toutefois un fort détachement, appartenant b. la 17» division du XIII" corps ( grand duc de Mecklembourg) , reste à Fresnay d'où il envoie des reconnaissances de cavalerie dans les communes voisines (2). Le 17, quatre hussards arrivent ainsi pour la première fois dans le bourg de Douillet ; ils reviennent les

(1) Général Chanzy. — La deuxième armée de ta Loire, Paris, Pion, 1876. in-8 p. 350. — Pour la désignation de la droite et de la gauche, le corps d'armée est toujours supposé face à l'ennemi.

(2) Dans ses ordres de mouvement pour le 15 janvier, le grand duc de Mecklembourg prescrivait en effet à lu 17» division de suivre le mouvement de la 22'" sur Alençon, par la grande route du Mans à Alençon en portant une colonne sur Fresnay et Assé. //is^oice c/e ia <j(ii(,'rri; /■;■«/*«allemande, par le grand Etat-Major prussien, II» partie, p. 861.

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