‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 20 sur 188 · Chapitre sixième · texte numérisé non relu

Chapitre sixième

Douillet des dispositions aussi favorables que son premier mari. Par un testament daté de 1283, elle donnera ses biens à l'abbaye de Champagne, demandant à y être ensevelie près de la première femme du baron de Sillé, Agnès : bien plus en •1290, après avoir épousé le sire de Courtarvel, elle léguera de nouveau à l'abbaye de Champagne tous les biens acquis au cours de son dernier mariage dans les paroisses de Poillié et de Vimarcé, s'en réservant seulement l'usufruit pendant sa vie; puis en qualité d'exécutrice testamentaire de Philippe de Morie, elle transportera à cette même abbaye de Champagne la rente que celui-ci avait laissée à l'église de Douillet, sous prétexte que le curé dudit lieu négligeait de remplir les obligations correspondantes à ladite rente (1). Cette sorte de révocation implique, comme on le voit, des dispositions peu bienveillantes : peut-être résulte-t-elle d'un de ces conflits fréquents au moyen-âge entre les curés et les seigneurs, entre l'élément paroissial déjà fort et l'élément féodal trop puissant. Elle semble avoir été atténuée plus tard par un compromis ou un nouveau legs, puisque la métairie de la Courteille paiera jusqu'à la Révolution, pour les seigneurs de More, une rente annuelle à la fabrique de Douillet. En tous cas, que les torts fussent du côté du curé ou du côté de la dame de Courtarvel, les progrès chaque jour croissants de l'influence ecclésiastique n'en furent point entravés.

Au contraire le chapitre intervient bientôt à son tour pour la fortifier encore dans la paroisse de Douillet en rachetant des dîmes tombées précédemment aux mains des laïques. Par un acte du 21 mars 1284, passé devant le doyen de Fresnay, Guillaume de Flaye chevalier, et Alice sa femme, vendent ainsi au chapitre pour une somme de 120 liv. tourn. les dîmes qu'ils avaient droit de percevoir à Douillet sur le blé, le vin, les pailles ; ainsi que la grange dimeresse, « et toutes les autres « apartenances que ledit chevalier avait en la vile de Doillet». — Ils font ratifier cette vente par leur fils aine Jean de Flaye, et ils la confirment par un second acte, (en français) du 4 nov. 1284, dans lequel le prix de vente n'est plus que de 110 livres (2).

Il est assez difficile malheureusement de déterminer l'origine de cette famille de Flaye, qui pouvait occuper un rang important au XIII" siècle dans la noblesse de Douillet. L'absence de textes et l'éloignement des paroisses ne permet guère de la 1 attacher à la famille de Flaye établie dès le XI" siècle à Fiée, près de Chàteaudu-Loir (3), ou à celles de Jean de Flacé de Connerré (1228) et de Nicolas de Flae, chanoine du Mans en 1240 (4). Peut-être serait-il préférable de chercher son

(1) .\rch. de la Sarlhe, série II. — Bilarci, Inventaire sommaire, p. 86, n»' 421 et 425.

(2) Livre Blanc ou Chartularium insignis Ecclesix cenomanensis, Le Mans, 1869, in-i" p. 319.

(3) L'abbé Charles. SaiiU Guingalois, Le Mans 1879, p. 32 et 105.

(4) Livre Blanc, p. 270, 271, 333, 449.

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lieu d'origine dans les environs de Sillé ou de Fresnay. Un document du XIII» siècle, publié dans le Cartidaire de la Couture, place dans cette dernière région une terre nommée Fiée (1) ; en 1484, Jean de saint Rémy, écuyer, est seigneur de Courtoussaint à Douillet, de Montigné à Monlbizot, et de Fiée (2) ; au XVI" siècle le chapitre de Sillé rend aveu pour 22 sous de rente au fief de Flye (3) ; en un mot plusieurs indices tendent à faire croire à l'existence d'une seigneurie de Fiée, réunie à un moment donné dans les mêmes mains que celle de Courtoussaint, et qui pourrait être le berceau de la famille de Flaye, propriétaire des dimes de Douillet.

Quoi qu'il en soit de cette question accessoire, le jour même où le chapitre acheta ces dimes àmonsour Guillaume de Flaye, le 4 nov.1284, il les affei'ma pour dix ans à deux habitants de la paroisse, Guillaume Renier et Juliot Boteveile. Le fermage annuel de 12 liv. tournois devait être payé en la ville du Mans, moitié à la Chandeleur, moitié à la Saint-Jean-Baptiste, et les deux fermiers s'engageaient « à tenir hostage personnel en ladite ville sanz en partir jusqu'à tant que le (I chapitre se tenist por bien poié (4) ». Ils renonçaient aussi à toute exception de droit, même au privilège « de croix prise ou à prendre (5) ». Il est à remarquer que cet engagement ne fut pas désavantageux pour Juliot Boteveile qui devint bientôt un personnage ; ses descendants posséderont à Douillet un manoir de leur nom, la Bouteveillère, et au siècle suivant on élèvera à la mémoire de l'un d'eux, à l'intérieur même de l'église, un tombeau intéressant dont nous parlerons plus loin. En outre, il est très possible que Juliot Boteveile appartint à une famille du même nom, habitant au Mans le faubourg Saint- Vincent, et fut parent de Geoffroy Bouteveile moine à l'abbaye de Saint-Vincent en 1292 (G).

Quelques années plus tard, en 1298, le chapitre qui cherchait à reprendre de tous côtés ses anciennes possessions, recouvrait encore des droits de justice sur les paroisses de Teille et de Lucé d'un autre écuyer de Douillet Jean Tragin. (7) Cette

(1) Carlulaire de la Couture, Le Mans, 1882, in-4° p. 239. Fiée est ici traduit par Fyé.

(2) Arch. de la Sarthe. E. 59, 227. Plus tard, un Jacques de Saint Rémy sera (jualiné seigneur de Fyé et Montigné. Arch. de la Sarthe E. 59. — Pesche, Dictionnaire, art. Montbizol. Fiée et Fyé doivent-ils donc être identifiés ?

(3) Arch. de la Sarthe, G. 469.

(,i) Livre Blanc, p. 321.

(5) Les croisés ayant obtenu, entre autres privilèges, des délais spéciaux pour payer leurs dettes, trouvèrent difficilement des prêteurs : de là dans les contrats une clause de renonciation à ces privilèges, clause qui ramenait les parties au droit commun.

(6) Arch. de la Sarthe H, 96, 105. — Livre Blanc, p. 222.

(7) Martijrol. Eccl. Cenom. Ms. de la bibliothèque du Mans. Cet acte est de 1298 et non de 1292 comme on l'a imprimé par erreur.

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