Chapitre sixième
fois aucune incertitude n'est permise ; nous sommes en présence du seigneur de Douillet, le premier dont le nom soit parvenu jusqu'à nous.
Les Tragin posséderont en effet la seigneurie de Douillet pendant tout le XIV" siècle, et il est probable, bien qu'on ne puisse préciser la date, qu'ils étaient établis dans la paroisse depuis longtemps. D'après un Mémoire du XYI" siècle, ils auraient même reçu directement le fief de Douillet du baron de Sillé, dont « Guillaume Ti-agin aurait anciennement épousé la fille (1) ». — C'est une des familles les plus anciennes et les plus nombreuses du Maine. On trouve des Tragin dans le Cartuluire de Saint-Vincent (\ès le XI« siècle ; en 12G8 Thibaut Tragin est déjà seigneur de Moire la Tragin à Coulombiers, et depuis ce moment les membres de la famille apparaissent sur tous les points de la province : à Douillet, à Saint- Geoi'ges-le-Gaultier, à Andouillé, à Cossé-le-Vivien, à Marolles, à Souvigné-sur- Même etc. Ils portaient « d'argent à trois fasces de sable (2) » .
Jean Tragin n'est connu jusqu'ici que par la transaction précédente conclue avec le chapitre ; nous pouvons ajouter qu'il vécut dans la seconde moitié du XIII" siècle, et que l'époque de sa mort se place entre les années 1298 et 1314, car à cette dernière date la seigneurie de Douillet sera entre les mains de Fouquet Tragin, son fils sans doute.
Cependant, bien que la seigneurie soit ainsi possédée par une puissante famille, l'élément féodal ne peut absoi-ber l'élément ecclésiastique. En outre des droits importants qu'y exerce le chapitre, un des principaux personnages du diocèse, Guérin de la Chapelle, parait à ce moment dans l'histoire de Douillet. Chanoine du Mans et procureur du chapitre en 1272, archidiacre de Passais en 1280 (3), Guérin de la Chapelle était-il originaire des environs de Douillet ou propriétaire dans notre paroisse? Nous ne saurions le dire. Toujours est-il qu'à l'occasion de la mort de ses parents, l'église du Mans reçoit un don de 15 sols, dus à la Purification par « Jamet Borraut et Jehanne la Borraude , paroissiens de Doillet (i) ».
De même, les moines de la Couture perçoivent dans la paroisse plusieurs
(1) Cliartrier du château de Douillet.
(2; liellée. Inventaire des archives de la Sarthe, II, p. 349, III p. 4i. — Rôle des finances pour les francs fiefs, dressé en i314, Bibl. nat. S. V. 17820 fol. 27. — Le Guicheux. Chron. de Fresnaij, p. 411. — L'abhé Charles. L'Eglise et la paroisse de Souvigné-sur-Même, Maniers 1876, p. 31. — Essai sur Saint-Georges-de-Lacoué, Arras, 1878, p. 43 et 44. — S. d'Elbenne. Généalogie Ms. de la famille Tragin.
(3) livre Blanc, p. 232, 237, 439.
(4) Martyrol. Eccl. Cen. au III des ides de février. — Biljl. du Mans.
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dîmes, entre autres sur les terres dépendant de la seigneurie de Courtoussaint, dont l'existence au XIII« siècle est prouvée par là même (1), et quatre deniers de rente dus le lendemain de Pâques par le curé de Douillet au prieuré de Saint- Sauveur de Fresnay, que les anciens vicomtes du Maine avaient fondé antérieurement à l'année 1100.
C'est ainsi que se révèle peu à peu, sous son véritable aspect, la situation de la paroisse et de la seigneurie de Douillet au XIIP siècle. Un seul détail manque encore ; c'est le nom du curé qui ne se trouve pas dans nos documents avant le XV" siècle. Mais cette omission provient de l'importance même qu'avait alors le curé dans la société paroissiale. Ses fonctions et sa dignité étaient en effet si respectées, son influence si pi'épondôrante, qu'on le désignait toujours par le seul mot de persona, et ce titre qui implique une haute considération suffisait pour éviter toute confusion. Ainsi dans le Bôle des finances, dressé en 1314 pour les trancs-fiefs et pour les acquêts des gens de main-morte, le receveur s'est contenté d'écrire : « [Reçu] de la Persone de Douillet pour 20 sous de rente acquis de (' Fouquet Tragin.... 6 liv. (2) », comme on écrirait aujourd'hui: « Reçudel'évêque du Mans ». L'individualité disparait devant la fonction ; qu'il soit de famille noble ou roturière, le curé est toujours une des plus hautes autorités du village, et ce n'est que plus tard, lorsque son influence commencera à diminuer, que l'on prendra l'habitude de le désigner nominativement comme les autres ecclésiastiques.
Ce même Rôle des finances de 1314 mentionne encore deux autres rentes de 20 sols, achetées au fief de la Corbelière par Guillaume .Tari'y et André Le Comte. On est amené à en conclure que la division territoriale, qu'ilsera possible d'étudier avec précision au XV« siècle, est sans doute complète, puisque des terres de moindre étendue, la Corbelière, la Bouteveillère, la Tousche, la Courteille, se groupent autour des fiefs plus importants tels que les seigneuries de Douillet, de More, de Corbon et de Courtoussaint, que nous avons rencontrées antérieurement. D'autre part, ces accujisitions faites par des roturiers montrent qu'il se forme peu à peu, grâce à l'abolition du sei'vage, une classe de petits propriétaires ruraux qui s'élèvent par le travail à une condition moyenne. Ce fut en effet une des conséquences principales de l'influence religieuse du règne de saint Louis de transformer sur un certain nombre de points les serfs en tenanciers libres, et de préparer la célèbre ordonnance de 1315 , qui abolira définitivement le
(i) Cartulaire de la Couture, p. 239 et 240.
(2) Rôle des finances, t. 27 ; nous devons à l'obligeance de M. labbé Charles la communication de ce document, copié jadis à la Bibl. Nat. par M. G. de Lestang.
TOMIiEAU DE GUILLAUME ROUTEVEILE. - 13i0
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