‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 22 sur 188 · Chapitre sixième 5i · texte numérisé non relu

Chapitre sixième 5i

servage dans le domaine royal et consaci'cra par suite un progi'ès social considérable.

Aussi pouvons-nous appliquer sans crainte à la paroisse de Douillet le tableau général tracé récemment par un éminent historien pour l'Ouest de la France (1). Au commencement du XIV" siècle la population est au moins égale à la population actuelle ; de toutes parts se construisent de nombreux hameaux dont les maisons, faites de terre et de lattes entrecroisées, couvertes de chaume, éclairées par d'étroites ouvertures ou par des portes qu'on laisse ouvertes, diffèrent peu des habitations rurales d'il y a quelques années ; le mobilier lui-même est h peu près semblable à celui de nos jours, et « on ne couche plus sur la paille que dans les cachots ». L'usage du linge, des habitudes de propreté plus grandes indiquent en même temps un accroissement sensible de l'aisance et de la prospérité publiques.

Les preuves matérielles de ces progrès se trouvent d'ailleurs dans l'église paroissiale pour laquelle un nouvel agrandissement marque régulièrement chacun des développements de la vie locale. Du XIII" au XIV" siècle, l'église de Douillet reçoit ainsi plusieurs augmentations successives : D'abord un chœur attribué à tort au XIP siècle (2), car il se terminait par un chevet carré, percé d'une large fenêtre, disposition fréquente dans les églises rurales du XIII" siècle, tandis qu'à l'époque romane la plupart se terminent par des absides ; ce chœur communiquait avec la nef par une porte ouverte dans le mur de fond de l'église primitive, mais si étroite que le peuple pouvait à peine entrevoir le maître autel ; de chaque côté de la porte deux petits autels , dédiés à la Vierge et à saint Jean, étaient adossés à la muraille. On élève ensuite sur le côté Sud de l'église deux chapelles ; l'une à la hauteur du chœur, chapelle Saint-René, devenue chapelle du Rosaire au XVII» siècle; l'autre immédiatement au-dessous, chapelle Saint-Jean, qui appartenait aux seigneurs fondateurs temporels de la paroisse. Malheureusement ces diverses constructions n'offrent aucun caractère architectural.

Il en est tout autrement d'un petit monument que la première moitié du XIV» siècle voit s'élever dans la nef, comme pour résumer les efforts et les idées de la période qui nous occupe. C'est un tombeau arqué, en saillie sur la muraille, construit vers 4340, à la mémoire d'un descendant de l'ancien fermier du chapitre, Juliot Boteveile. Il se compose de trois statues, une Notre-Dame entre deux personnages à genoux, supportées par des culs de lampe à un mètre environ

(1) Siméon Liice, Hist. âe Bertrand du GûescUn, Paris, Hachette, p. 55.

(2) Chroniques de Douillet, p. 9

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au-dessus du sol, et surmontées d'une élégante arcature en arc brisé, trilobé, que renferme un gable triangulaire. Dans le tympan compris entre les lignes de l'arc brisé et les rampants du gable la scène de la résurrection des moi'ts, sculptée en relief. Au sommet une statue du Dieu de majesté dans l'attitude du juge suprême, et dominant tout l'ensemble.

Les statues, inférieures comme exécution aux autres parties du monument, ne sont pas l'œuvre d'un sculpteur expérimenté ; mais, cette réserve faite et malgré leurs défauts au point de vue artistique, elles sont intéressantes au point de vue iconographique et ne manquent pas d'un certain style. La vierge, debout et non plus assise comme au siècle précédent, porte sur le bras gauche l'enfant Jésus, qui tient dans une main un oiseau et de l'autre semble tirer à lui le voile de sa mère : le bras droit de la vierge est brisé ; sans aucun doute il portait un sceptre ou une fleur ; la robe et le manteau sont bien drapés. — Cette Notre-Dame, caractérisée par le mouvement de hanche très accentué qui se retrouve dans toutes les statues de l'époque, offre dans toute sa pureté le type du XIV° siècle ; elle a une analogie frappante avec les vierges en marbre blanc de l'église de Vivoin (Sarthe) et de la cathédrale de Coutances, ainsi qu'avec la statue de N.-D. de Bermont devant laquelle Jeanne d'Ai'c, dans son enfance, pria si souvent (1). La statue placée à droite représente une femme dans l'attitude de la prière, à genoux, les mains jointes, son livre d'heures près d'elle ; vêtue d'une tunique sans ceinture qui permet d'entrevoir le surcot au cou et aux bras, elle a pour coiiîure le chaperon en forme de bonnet phrygien, avec mentonnières. Le personnage, agenouillé à gauche, les mains jointes lui aussi, est vêtu d'une robe sans ceinture et à capuchon; la tête est nue ; les cheveux longs, relevés sur la nuque, laissent apercevoir une tonsure. Ces statues, peintes toutes les trois, sont en pierre dure comme le tombeau entier, qui parait construit avec cette pierre de Bernay employée aux XIII" et XI V° siècles dans les travaux de la cathédrale du Mans. Des peintures, aux couleurs riches et éclatantes, dont nous avons retrouvé des fragments, décoraient le fond du monument qui devait être entièrement peint (2).

Mais la partie architecturale est de beaucoup supérieure par la pureté du style, la perfection des détails et des proportions. Toutes les lignes sont d'une exécution irréprochable ; les moulures arrondies, d'une régularité parfaite ; les

(1) Il faut eneore citer une statue du Louvre (salle des .Sculptures de la Renaissance n» 70) et une autre à Saint-Germain-des-Prés.

(2) On peut rapprocher ce tombeau d'un tombeau arqué du même genre qui existe dans une des chapelles de la cathédrale de Tours, et aussi du tombeau de Marie de Bueil dans l'égUse de Château l'Ermitage (Sarthe).

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