Chapitre sixième
animaux fantastiques, qui les terminent à la partie inférieure, sont d'un excellent dessin ; les trèfles intercalés de chaque côté entre les lignes principales du monument, sont dignes d'un grand édifice ; enfin la scène de la résurrection, tant par le mouvement des personnages que parleurs expressions de confiance et de ferveur, n'est pas moins remarquable. Toute cette partie du monument est évidemment rœu\Te d'un artiste habile qu'on aura fait venir de loin, et on peut la comparer sans crainte aux sculptures des cathédrales. Elle présente en particulier beaucoup de rapports avec les gables qui ornaient alors les fenêtres, et il serait peut-être permis de croire que le tombeau des Bouteveile est du à un de ces artistes appareilleurs, employés à l'oi'nenientation des grandes fenêtres des cathédrales.
Quoi qu'il en soit, ce tombeau est daté d'une façon certaine par l'inscription suivante, en belles capitales du XIV" siècle, encastrée dans le mur au-dessous de la statue de la vierge :
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En reconstituant la seconde date à l'aide de la première et en se rappelant que le mot rouvaisons est synonyme de rogations, on lit ainsi cette inscuiption : « -J- Ci gisent les corjis de feu Guillaume Bouteveile et de Esdeline sa femme ; et « trépassa le lundi apriis la conception de Notre Dame Vierge, l'an 1338, et « lui le vendredi devant les rogations, l'an 1340. Dieu ait merci de eux (1) a.
(i) Cette inscription et le monument entier ont clé interprétés de la façon la plus malheureuse dans les Chroniques de Douillet et la plupart des travaux qui ont reproduit ce dernier manuscrit. La traduction donnée plus récemment yar la. Semaine du fidèle .X, p. 375, est également erronée.
54 Douillct-le-Joly avant il89
Cet intéressant tombeau fut donc élevé à la mémoire de deux membres de cette famille Bouteveile déjà établie au XIII" siècle dans la paroisse de Douillet. Ce fat peut-être un témoignage de reconnaissance pour les services rendus au chapitre dont les Bouteveile étaient en quelque sorte les hommes d'affaires dans la région ; ou simplement un hommage de piété filiale de Jean Bouteveile qui habitera encore la Bouteveillère en 1416. Il est possible aussi que Guillaume et sa femme aient mérité par quelque don important l'honneur d'être ainsi inhumés dans l'intérieur de l'église. Dans tous les cas, il est à remarquer que Guillaume Bouteveile n'est ni gentilhomme, ni ecclésiastique. C'est un de ces clercs, véritables hommes d'affaires, qui parviennent vers la fin du règne de Philippe-le-Bel k prendre une place importante dans la société.
Et maintenant l'idée qui inspira le plan du monument est facile à saisir L'attitude suppliante des deux défunts rappelle les luttes de leur vie et leur pieuse confiance dans la Vierge qui doit intercéder pour eux près de Dieu. Cette confiance ne doit pas être trompée : aussi la partie supérieure du tombeau représenie-t-elle la scène si aimée du moyen-âge, la résuiTection des morts et le jugement dernier ; les morts sortent de leurs cercueils pleins d'espérance dans la miséricorde du Sauveur, qui domine tout l'ensemble et parait les rassurer en leur montrant les plaies, d'où a coulé le sang de la rédemption. En un mot ce qui frappe surtout dans cette composition, c'est une idée de miséricorde ; la Vierge sourit, l'enfant joue ; le juge suprême semble rempli d'indulgence ; pas un damné, pas un démon, à l'exception des dragons refoulés à la partie inférieure (1).
Ce tombeau fut inspiré par la foi profonde et le symbolisme mystérieux que le moyen-âge seul connut, et auxquels nous devons les plus belles sculptures de nos cathédrales. Il résume à la fois la doctrine catholique entière, et Waistoire de Douillet du XITP au XIV« siècle. Par sa composition en effet il prouve la puissance du sentiment religieux ; par la pureté de son architecture il révèle les progi'ès accomplis dans les arts; enfin par l'importance de ce souvenir consacré à la famille Bouteveile il indique la formation d'une classe intermédiaire qui grandit chaque jour grâce à une longue période de tranquillité, et surtout grâce à l'abolition du servage auquel l'Eglise a porté un coup décisif.
(1) Transporté sous la tour lors de la reconstruction de 1878, et restauré par les soins de la commission des monuments historiques de la Sarthe, le tombeau de Guillaume Bouteveile est aujourd'hui la principale richesse de l'église, au point de vue archéologique.
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