‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 24 sur 188 · LA PAROISSE DE DOUILLET DE 1350 A 1450 LA GUERRE DE CENT ANS · texte numérisé non relu

LA PAROISSE DE DOUILLET DE 1350 A 1450 LA GUERRE DE CENT ANS

Roljert de Sillé et Marie de Maillé. — Ravages des Anglo-navarrais. — Les Ferquin, seigneurs de Douillet. — Armagnacs et Bourguignons. — Ambroise de Loré et la lutte pour l'indépendance nationale ; événements militaires de 1417 à Ii3i. — Situation de la paroisse de Douillet sous la domination anglaise jusqu'à la reprise de Fresnay par les Français.

VEC l'année 1346 s'était terminée pour les environs de Douillet, comme pour toute la France, la période de calme et de progrès que le XIII"- siècle avait vu s'ouvrir. Cette époque ayant permis à la société parois.siale de se constituer définitivement, l'heure était venue de provoquer l'union des unités locales pour former peu à peu une société nationale, ou mieux la Patrie franraise. Or pour dégager ainsi l'idée de nationalité, pour effacer les préjugés et élargir les horizons au delà des limites de la paroisse, il fallait une lutte longue, pénible, acharnée, qui donnât à chacun conscience de sa valeur, qui unit dans un même but toutes les intelligences et tous les efforts.

Cette lutte était commencée depuis quelques années déjà lorsqu'en 1340 le désastre de Crécy vint tout à coup jeter l'effroi dans les moindres villages. Douillet cependant ne fut atteint directement par les calamités du temps que deux ans plus tard, au moment de la fameuse peste noire de 13i8, qui causa dans toute la contrée de terribles ravages et fut suivie d'une famine désastreuse.

Plus heureuse que bien d'autres, notre population eut au moins sous les yeux un grand exemple pour soutenir son courage. La baronnie de Sillé, de laquelle dépendait en majeure partie le territoire de Douillet, était alors possédée par le jeune baron Robert de Sillé, et Robert venait d'épouser cette admirable jeune fille, Marie de Maillé, que l'Église devait plus tard placer sur ses autels.

56 Douillet-le-Joly avant i789

Doués de toutes les vertus chrétiennes, les jeunes seigneurs firent des prodiges de charité et de dévouement pour secourir leurs vassaux. Le château de Sillé fut ouvert à toutes les infortunes ; les pauvres y trouvèrent d'abondantes aumônes, les malades des soins dévoués, tous sans distinction des encouragements plus précieux encore que les secours matériels (l). Cette noble conduite des suzerains exerça sur la situation morale du pays une bienfaisante influence, car l'exemple est d'autant plus puissant qu'il vient de plus haut, et c'est un bonheur pour une population d'avoir à sa tête en pareil cas de grands cœurs et de vaillants chrétiens ; comme une troupe bien commandée, elle supporte mieux le choc de l'épreuve et elle ne perd pas l'espoir.

Les désastres, hélas ! ne tardèrent pas à se précipiter ; à la défaite de Crécy succéda celle de Poitiers ; aux ravages de la peste noire et de la famine, ceux non moins terribles des Anglo-navarrais. Vers 1357 une de ces bandes d'aventuriers s'empara du château de Beaumont-le-Yicomte (2), puis de la ville de Sillé, après un combat dans lequel périrent quarante-six gentilshommes, vassaux de Robert de Sillé. A partir de ce moment la contrée comprise entre les forteresses de Beaumont, Fresnay et Sillé devint le théâtre d'invasions périodiques. En 1359 le célèbre Robert Knolles enlève de nouveau Sillé, fait Robert prisonnier et saccage les terres de la baronnie ; à la même époque Fresnay est occupé par une garnison anglo-navarraise (3). La paroisse de Douillet se trouve dès lors en proie à tous les excès que commettent les grandes compagnies, et ces excès sont si affreux « que la vie des campagnards n'est plus qu'une angoisse de tous les instants. Traqués comme des bêtes fauves, ils sont sans cesse sur le qui vive, et à la moindre alerte ils courent se cacher avec leurs familles dans les rochers et dans les bois (4) ». En vain en 1360, le traité de Brétigny stipule l'évacuation de Fresnay : les Anglonavarrais n'acceptent aucune loi , et il faut les dures leçons que leur inflige Bertrand du Guesclin pour leur faire lâcher prise.

Ce n'est même qu'après l'avènement de Charles V en 1364 et surtout après la victoire de Pontvallain en 1369, que les environs de Fresnay et de Sillé recouvrent quelques années de tranquillité. C'est une conséquence des succès dus à l'admini.stration éclairée de Charles V ; c'est un moment de répit entre les défaites de la première heure et les désastres qui précéderont la lutte suprême.

A cette époque, c'est-à-dire en 1373, la seigneurie de Douillet est entre les

(1) Barassé et Janvier. Vie de Jeanne Marie de Maillé. Tours 1872, in-12, p 28 et s.

(2) Dom Piolin. Histoire de VÉijlise du Mans, V. p. 18.

(3) S. Luce. Hist. de Bertrand du Guesclin p. 498.

(4) Ibid. p. 342.

Page 1