Chapitre septième
partie sur les marches du Maine qu'ils durent abandonner jusqu'au recouvrement do la Normandie en 1450. Ambroise de Loré lui même, appelé par Charles VII à des fonctions importantes ne devait plus revenir avant sa mort dans son pays natal. Falstolf, « lieutenant et gouverneur du baillage d'Alençon, des pays d'Anjou et comté du Maine », réunit au titre de capitaine de Fresnay celui de baron de Sillé ; il reçut le commandement en chef de la région et fit occuper le château de Fresnay par ime garnison de trente-quatre lances à cheval, neuf à pied et cent vingt-sept archers, soit deux cent soixante hommes. C'était plus que suffisant pour contenir les campagnes environnantes privées de leurs défenseurs, ruinées et dépeuplées dans une proportion elïrayante.
A dater du mois de février 4434, la paroisse de Douillet subit donc exclusivement, pour la troisième fois, la domination anglaise. Examinons quelle dut être sa situation pendant cette triste période.
Bien que nous ne puissions invoquer aucun document particulier, il est incontestable tout d'abord que la paroisse de Douillet, par suite de sa position géographique , eut beaucoup à souffrir de la guerre. Cela résulte du voisinage des forteresses de Fresnay, Sillé et Saint-Cénery, des combats livrés dans la région et de l'acharnement de la lutte racontée plus haut. La garnison de Fresnay y lit sans doute, comme partout ailleurs, de fréquentes excursions, «. pillant les paysans, » enlevant leurs provisions et leurs chevaux, mettant et imposant de grosses » sommes de deniers sur les paroissiens par manière de taille ou d'appatis (1) ». En outre de leur solde en effet, qui était généralement de « douze deniers d'esterlins, monnaie d'Angleterre », par jour pour chaque lance à cheval, de huit deniers pour chaque lance à pied et de six deniers pour chaque archer, et qui était prélevée « sur les cens, rentes, prouffis et émoluments du pays conquis », les hommes d'armes anglais percevaient sur le plat pays « les regards accoustumés » c'est-à-dire diverses prestations en nature. Souvent même, lorsque les finances du roi d'Angleterre étaient épuisées, ils étaient autorisés à vivre entièrement sur les paroisses et villages voisins de Fresnay, comme nous l'avons vu au mois d'août -1429. Dans ce cas, à la vérité, les vivres fournis par les paroisses devaient être déduits de leurs tailles et appatis, mais presque toujours le capitaine laissait commettre les plus grands excès, donnant lui-même l'exemple de l'arbitraire et du vol. C'est ainsi qu'en 1431 le roi d'Angleterre ordonna de retenir sur les gages de Guillaume Oldhall et de la garnison de Fresnay une somme de 1002 liv. 6 den. tourn. « pour \ivres et provisions indûment extorqués aux manans et habitants
(l) Arch. mun, du Mans.
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» de la comté du Mayne, vicomte de Beaumont et bailliage de Saonnois (1)». Ce Guillaume Oldhall était d'ailleurs coutumier du fait, car il avait fallu déjà lui faire rendre gorge en 1430, lorsqu'il était capitaine de Bonsmoulins. (2) Le voisinage de pareils hommes était désastreux pour une paroisse , et Douillet ne lut point épargné.
Tout était de bonne prise pour ces aventuriers anglais : chevaux, bestiaux, blés, vins, chars, foins, avoines, même les personnes. Le moindre prétexte suffisait pour faire un manant prisonnier ; c'était un crime de défendre ses biens ou sa vie, de s'absenter du pays, de secourir les blessés « armagnacs », de vendre du sel non gabelé etc. On jetait les malheureux dans les prisons de Fresnay, Beaumont et Sillé, où « ils estaient mis dans la basse fosse, en fers et en seps, très dure- » ment traictiez et en dangier de finer misérablement leurs jours, s'ils ne poioient » une grosse rançon (3) ». Une damoiselle prise en liS.â par un ai'cher de Fresnay est vendue au Mans plus de deux cents salus d'or (4). Parfois encore « des gens de labour, auxquels « on avait impousé qu'ils estaient brigans, estaient occis en » leur lict, sans procès leur avoir fait, ni leur ouvrir autrement voye de justice ». Les marchands, « rançonnés de jour et de nuit n'osaient plus aller par le pays, » pour double de corps et de bien » Enfin des terres, manoirs et fiefs, appartenant à des gens d'église ou à des gentilshommes étaient confisqués, et leurs meubles volés.
Avec un pareil système les villages voisins de Fresnay furent bientôt ruinés et dépeuplés. Aux \-iolences des gens de guerre, qui empêchaient d'ensemencer les terres , s'ajoutèrent la misère et l'émigration ; de sorte qu'il se trouva des paroisses réduites au curé, à trois ou quatre ménages et à quelques femmes veuves. Celle de Hellou par exemple , située à mi-chemin entre Alençon et Saint-Cénéry, « estoit dutout demourée déserte , dit un document de 1445 , dépopulée et » déhabitée, sans ce qu'en icelle y put y avoir personne demouré n'y qu'aucun » labour n'y recollecte fait », et cela pendant huit années consécutives (5).
A Douillet cependant il dut subsister toujours un centre de population, car plusieurs aveux sont rendus au seigneur de Courtoussaint en 1419 et 1425 ; et dans les plus mauvais jours de l'invasion le curé semble être resté à son poste. Nous voyons ainsi le chapitre autoriser en 1419 Hugues de Meiza,
(1) Arch. nat. K. etc.
(2) Bibl. nat. Fs. Fr. etc.
(3) Arch. nat. JJ. etc.
(4) Bibl. nat. Fs. Fr. etc.
(5) L'abbé P. Saint-Cénénj-le-Géré, p. 116. — Arch. de la Sarthe E. 114.