Chapitre premier
s'avance en éperon dans la vallée et sur laquelle se sont plus tard groupées les maisons du village. Du sommet du plateau que couronnent deux taillis (1)^ et qui est coté 161™, on aperçoit au Nord les deux versants do la vallée de l'Ortlie ; au Sud la forêt de Sillé ; la vue est arrêtée à l'Est par une crête que suivent aujourd'hui les limites de la connnune. Un petit ruisseau (2), sorti de l'un des taillis, descend de ce point vers l'Orthe dans laquelle il se jette à mille mètres à peine de son confluent avec la Sarthe, après avoir sillonné profondément le plateau et creusé, dans la direction Ouest-Est, un étroit vallon semblable à une tranchée ouverte par la main de l'homme. Enfin un autre ruisseau (3), ou mieux un torrent dont le cours est parallèle au précédent, mais qui tombe directement dans la Sarthe , limite notre territoire à l'extrémité Nord ; là encore les pentes sont abruptes et terminées par un escarpement de rochers (4).
Le sol de Douillet n'existait pas à l'époque primitive. Les plus anciens terrains sont des terrains de transition, notamment des schistes cumbriens qui ne contiennent encore dans cette contrée que peu ou point de fossiles ; ils constituent en grande partie les deux plateaux principaux. Le plateau oriental, par exemple, otTre des gisements de schistes tabulaires ; le plateau occidental des gisements de schistes argileux ou feuilletés à son sommet, et à mi-côte une veine de schiste ardoisier que l'on exploite depuis un temps immémorial sur le territoire de Sainl- Georges-le-Gaultier.
Les terrains secondaires, qui correspondent à une époque plus calme de l'histoire du globe et à une amélioration sensible des conditions de la vie, sont l'eprésentés par un seul gisement d'oolithe inférieure, et par une veine de calcaire très friable, ou marne sèche, signalés sur les hauteurs du plateau oriental ; on rencontre dans ces terrains, qui appartiennent à la grande divi.sion des terrains jurassiques, des débris fossiles assez nombreux, mais mal conservés.
La période tertiaire, pendant laquelle la surface de la terre reçut à peu près sa forme actuelle, n'a pas laissé de traces sur le sol de Douillet dont la formation ne fut achevée que pendant la période quaternaire, contemporaine de l'apparition de l'homme. Cette dernière époque est représentée par des alluvions anciennes et des alluvions modernes. Les premières constituent les pentes inférieures du plateau oriental, et très probablement le fond de la vallée de la Sarthe ; c'est une couche composée de débns hétérogènes enlevés aux roches qui bordent le cours
(1) Bois des Boulais et de Corbeau.
(2) Ruisseau du Valaugu.
(3) Ruisseau de Conloinje.
(4) Rochers de More.
6 Douillet-Ie-Joly avant il89
supérieur de la rivière, de cailloux de toutes gi'osseurs mêlés à des sables et à des argiles. Les alluvions modernes offrent, sous la forme d'une argile assez compacte, une couche superficielle dans les vallées et les ravins (i).
Le sol de Douillet fut ainsi définitivement constitué à l'époque quaternaire. A ce moment le climat était devenu sensiblement semblable au climat actuel, et la végétation déjà très puissante était formée par la plupart des essences forestières que nous connaissons. Une vaste forêt couvrait la conti'ée ; entrecoupée de bruyères et de landes sur les hauteurs, de marécages et d'étangs dans le fond des vallées, elle se composait principalement, comme tous les bois d'une altitude inférieure à 600 mètres, de chênes, de charmes, de châtaigniers et de bouleaux ; on y voyait aussi des ormes et des érables, mais pas encore de hêtres. Les ruisseaux au cours rapide, grossis par des pluies fréquentes, se frayaient avec peine un passage à travers les racines ou les troncs renversés, et cette masse impénétrable avait pour seuls habitants d'innombrables bêtes fauves.
L'homme désormais pouvait paraître sur ce point ; la Providence avait achevé avec une admirable prévoyance la formation de cette portion infiniment petite du sol qui lui était destiné.
Comme on le voit, ce sol offrait par lui-même des avantages de plusieurs sortes. Coupé en deux parties par une vallée abondamment arrosée, sillonné de nombreux ruisseaux, il contenait tout à la fois des prairies faciles à améliorer, des étangs remplis de poisson, des bois peuplés de gibier, et surtout des terrains schisteux particulièrement favorables à la culture des céréales.
Situé en outre à l'entrée d'une des principales vallées de la rive droite de la Sarthe, il formait la tête d'une des routes naturelles qui conduisent de la vallée de la Sarthe vers les massifs montagneux de la forêt de Sillé ; l'accès de cette route était même d'autant plus facile que la Sarthe est guéable à l'endroit où elle reçoit les eaux de l'Orthe (2). Cependant nous devons reconnaître que cette heureuse situation géographique n"a pas ici l'influence qu'elle exerce parfois, et que l'homme semble avoir pris possession de la vallée en descendant son cours plutôt qu'en le remontant. La vallée de l'Orthe, il est ATai, s'ouvrant vers le nord et aboutissant, sur l'autre rive de la Sarthe, à un plateau couvert de bois, ne pouvait guère attirer le courant civilisateur parti au contraire du Sud, et principalement de Subdunum l'antique capitale des Cénomans. Ce ne sera que plus tard , lorsque le pays aura été défi'iché et peuplé , que la vallée de l'Orthe deviendra la route naturelle de communication entre Sillé et la vallée de la Sarthe.
(1) .1. Triger. Carte géologique du département de la Sarthe. — M. Hédin. Statistique géologique et minéralogique du canton de Fresnay. Le Mans, Pellechat, 1882, in-8.
(2) Gué de yioré.