‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 32 sur 188 · Chapitre septième · texte numérisé non relu

Chapitre septième

sous la retenue de « noble homme messire Robert Roos, conseiller du roy », seize lances à cheval et vingt-neuf archers, du nombre « d'aucuns gens de guerre » qui nagaires vivaient sans gages sur les paroisses » ; cette mesure a pour objet de débarrasser les environs des routiers les plus dangereux et aussi d'aider à la garde du pays (1).

L'heure approchait en effet où les Anglais, par suite d'événements politiques et militaires survenus en dehors du Maine, allaient être obligés d'abandonner la province. Le IG mars 1448, après de longues négociations , ils évacuèrent Le Mans qu'une armée française était sur le point de prendre d'assaut, puis Beaumont etSillé. Fresnay seul resta entre leurs mains (2).

Messire Jean de Montagu, chevalier, bâtard de Salisbury, en reçut le commandement avec une retenue de sept lances à cheval, sept à pied et quarante deux archers, soit quati'e-vingt-quatre hommes. Dès le mois de mars 1449 il était remplacé par l'ancien maréchal de la garnison, Osberne Mundeford, qui avait pris une part importante à la reddition du Mans comme bailli du Maine, capitaine du Mans et de Beaumont. Osberne Mundeford s'empressa de renforcer sa retenue de quinze lances à cheval et soixante sept archers, ce qui l'éleva au chiffre total de 196 combattants, mais il fut fait prisonnier peu après à Pont-Audemer, et la gai'de de Fresnay demeura confiée à deux lieutenants André Trollops et Jannekin Baker. Ceux-ci, se voyant menacés par l'armée française, parvinrent à concentrer autour d'eux quati-e ou cinq cents hommes. Les Français n'en mirent pas moins le siège devant la place le 13 mars 1450 (3) avec des forces imposantes et une artillerie nombreuse ; dix jours plus tard la garnison capitulait et se repliait sur Falaise après avoir payé une rançon de 2000 salus d'or.

Cet heureux événement mit fin à la domination anglaise dans les environs de Fresnay et en délivra pour toujours la paroisse de Douillet. Ce fut en même temps pour elle, comme pour la contrée entière, le signal d'une réorganisation générale ; les terres furent ensemencées, les ruines disparurent, les populations reprirent courage, et bientôt on vit se produire dans chaque village un nouveau progrès social.

(1) Bibl. nat. Fs. Fr. — Arch. nat. K etc. — Annuaire de l'Orne, pour 1874.

(2) Stevenson. — Lellers and papers of the Wars of the English, London 1861, II p. 430. — k. Souhert. Négociations relatives à l'évancation du Maine dans la Revue du Maine VIII p. 221. On a dit que cette même année 14i8 le duc d'Alençon, Jean II, s'était emparé de Fi'esnay, mais qu'il ne sut pas garder sa conquête : cela nous semble douteux.

(3) Arch. nat. K. etc. Cette date doit être préférée à celle du 21 mars 1451 donnée par M. A. Joubert. L'armée française fut devant Fresnay du 13 au 26 mars 1450 (nouv. st.).

Douillet-Ie-JoJy avant il 89

La lutte que nous venons de raconter avait eu en effet de gi'ands résultats. D'une part, en nécessitant l'alliance de toutes les provinces et de toutes les communautés d'habitants, en les groupant autour delaroyautépour chasser l'envahisseur, elle avait consommé et consolidé l'unité nationale. D'autre part, en unissant dans un même effort toutes les classes de la société, en leur fournissant l'occasion de s'estimer réciproquement sur les champs de bataille, elle avait effacé bien des préjugés, donné aux gens du commun une plus grande place dans les affaires publiques et préparé ainsi l'avènement des temps modernes, la substitution au régime féodal d'un état social plus perfectionné.

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