Chapitre huitième
« de son domaine de la Bouguelière, sis en \a. paroisse de Douillet, et lui est tenu « faire, en outre ladite foy et hommage, quarante sols tourn. de service chascun « an au terme de Toussaint (1) ». Il faut donc bien reconnaître qu'en 1485 la Bouglière fait partie des fiefs de Saint-Berlhevin, appartenant alors à la famille de Beauveau et mouvant de la seigneurie d'Orthe, laquelle relevait elle-même de la baronnie de Sillé.
Mais la Bouglière ne tardera pas à être réunie dans les mêmes mains que Courtoussaint, car dès la fin du XV« siècle la famille de la Vayrie possédera ces deux terres sous la suzeraineté du baron de Sillé. Nous ne pouvons malheureusement établir avec certitude à quelle partie du Maine se rattachait ce François de la Vayrie qui apparaît ainsi pour la première fois en 1485 dans l'histoire de Douillet. Etait-il de la même famille que Jérôme, François et Joachim de la Vayi'ie, théologiens célèbres au siècle suivant, et par conséquent originaire du pays de Nuz dans le Bas-Maine (2)? Appartenait-il à une famille plus modeste dont le point d'attache eut été la terre de la Vayrie, près d'Orthe, ou mieux encore le domaine de la Vayerie, h Mont-Saint-Jean, dépendant du fief de Moidan et par suite des fiefs de Saint-Berthevin (3). Nous l'ignorons jusqu'ici (4), mais il est présumable au moins que François de la Vayrie était parent de René de la Vayrie curé de Fresnay à la fin du XV" siècle.
3° La Bouteveillère
Sur le même versant de la vallée de l'Orthe que la seigneurie de Douillet, à dix-huit cents mètres au Sud-Ouest du bourg, s'élevait le manoir de la Bouteveillère, centre d'une terre moins importante que les précédentes, mais qui relevait elle aussi de la baronnie de Sillé (5). Son histoire est difficile à éclaircir, car il existe dans la paroisse de Mont-Saint- Jean une autre terre nommée la Bouteveillère dont le voisinage fait naitre d'inévitables contusions.
Aux termes de l'aveu d'Antoine de Beauveau rendu en 1485 au seigneur d'Orthe, la Bouteveillère (de Mont-Saint-Jean) eut fait partie, comme la Bouglière,
(1) Arch. du château de Lucé, communiqué par M. V. Alouis.
(2) Haureau. liist. liu. du Maine, 1852. III, p. 360. — Dom Piolin, Hist. de l'Eglise du Mans, V, p. 619. Le pays de Mtz était situé sur la rive gauche de la Mayenne, au nord de la ville de Mayenne.
(3) Arch. du château de Lucé.
(4) On retrouve encore aux XV« et XVII" siècles une famille de la Vairie à Bazouges-sur-le-Loiri S. de la BouiUerie. Bazoufjes-sur-le-Loir, son église et ses fiefs, Mamers, 1884, p. 62, 77, 91 etc.
(5) Arch. de la Sarthe, E, 226.
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des fiefs de Saint-Berthevin. — Il n'en est pas moins possible qu'elle ait appartenu originairement à la même famille que la Bouteveillère de Douillet. Nous avons signalé en effet dès le XIII» siècle l'existence dans le pays d'une famille Bouteveile qui prit à ferme les dîmes du chapitre à Douillet, et nous avons vu élever au siècle suivant à la mémoire d'un de ses membres, Guillaume Bouteveile, un tombeau remarquable dans l'église de Douillet. Or, Guillaume Bouteveile était sans doute propriétaire de la Bouteveillère de Douillet dans les premières années du XIV'' siècle. En 1416 un de ses descendants, Jean Bouteveile, rend de nouveau aveu pour cette terre.
Quoi qu'il en soit, il existait anciennement à la Bouteveillère une chapelle aujourd'hui détruite, mais dont on a conservé plusieurs statues : elles offrent certaines analogies avec celles du tombeau de l'église. L'une d'elles, une statue de Saint-Jean, placée depuis un temps immémorial au-dessus de la cheminée principale de la ferme, a sa légende : « Un dimanche matin qu'un garçon de labour et une femme étaient restés seuls à garder pendant la messe, le garçon, raconte-t-on, voulut utiliser son temps et se mit à raccommoder ses sabots. La femme lui en fit reproche, lui demandant comment il osait travailler ainsi le dimanche, pendant la messe ! — Pourquoi pas ? reprit le garçon en riant et montrant la statue ; personne ne peut m'en empêcher, pas même le petit saint que voilà ! — Au même instant la statue quitte brusquement sa niche, saute sur la table, et les yeux s'animant tout-à-coup jettent à l'incrédule un regard irrité. Le malheureux s'enfuit, la femme tombe à genoux, et leur maitre seul peut, à son retour de la messe, remettre en place la statue merveilleuse ».
A la fin du XV« siècle la Bouteveillère appartient à daraoiselle Michelle de Saint Denis.
4° Seigneurie de la Droulinière.
Cette seigneurie, à la différence de celles de Douillet, Courtoussaint et la Bouteveillère, ne relevait pas directement de la baronnie de Sillé. Au XV« siècle, elle était tenue à foi et hommage simple de la seigneurie d'Orthe, dont le seigneur était lui-même vassal du baron de Sillé (1).
Le manoir de la Droulinière s'élevait à l'extrémité Sud-Ouest de la paroisse, sur le même versant de la vallée de l'Orthe que les fiefs de Douillet et de la Bouteveillère : il a été depuis longtemps transformé, et les bâtiments actuels n'offrent aucun intérêt archéologique.
(1) Arch. de la Sarthe, E. 227-304. — Titres Duplessis-Châtillon, communiqués par M. l'abbé Esnault.