‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 43 sur 188 · Chapitre huitième · texte numérisé non relu

Chapitre huitième

situation très avantageuse au double point de vue de la position géographique et de la variété des cultures.

De la seigneurie de More relevait en outre le flef de la Courbe, situé en aval, sur le bord de la Sarthe, et la belle prairie de la Coursure, près Fresnay (1).

Au XlIP siècle More appartenait ;i ce Philippe de More dont la veuve épousa en secondes noces le baron de Sillé. A la fin du XIV' siècle, le procureur de fabrique soutient « en l'assise du Mans » un procès contre la dame de More, qui refuse de payer la rente de 8 sols léguée sans doute à la fabrique par son ancêtre, et obtient en 1408 un jugement contre ladite dame (2).

Nos documents ne nous permettent pas toutefois de déterminer l'origine de cette famille de More. Etait-ce une branche de la puissante famille de Moyre que l'on trouve aux XIIP et XIV" siècles à Ancinnes, à Colombiers et dans tous les environs de l'abbaye de Perseigne (3) ? Se rattache-t-elle plutôt aux de More, seigneurs du Val au Ribay (Mayenne), de Bresteau, Tennie, la Ségussonnière, Tailhert et Lunay à Ségrie, de Chauffour à Crissé (i) ? Nous ne saurions le dire jusqu'ici, mais il n'en est pas moins certain qu'il existe à Douillet jusqu'au XVP siècle une famille de More.

Seigneurie de la Courbe. — Ce fief relevait à foi et hommage delà seigneurie de More.

Le manoir est situé à l'extrémité Est de la paroisse, sur la rive gauche de lu Sarthe, au centre d'une presqu'île formée par une de ces courbes nombreuses que la rivière décrit entre More et Fresnay. Cette presqu'île occupe le fond d'un vaste cirque que domine à l'Ouest le plateau compris entre les vallées de la Sarthe et de rOrthe, et qui constitue, comme nous l'avons dit, la région orientale du territoire

(1) Arch. paroissiales de Fresnay.

(2) Arch. paroissiales.

(3) G. Fleiiry, Cartulaire de Pcrseltjne, Mamers, 1880, in-4" p. 113, 11 i, llô, 102, 199. — Dom Rigault, Cartulaire de la Couture. Le Mans 1881, in-i», pl69.

(4) Sur ceUe famille: archives de la Sarthe K, 7G, 97, 118, 178, 189,203, 208, 2G2, 206 etc. S. d'Elbenne, Les sires de Braitel, dans la Revue liist. du Maine, I, p. 248. — L'abbé lilin, Vie d'Henri More, Laval, 1856 ; — de Mande, Armoriai etc. En 1450 Ambroise et Olivier de More sont nommés procureurs de Marie du Cormier, veuve de Montesson. — Chartrier du château de Douillet. Bien que par une coïncidence singulière les Chapelain de More, du Mans, aient possédé le fief de la Courbe en Douillet au XVI" siècle, nous ne pensons pas qu'ils aient jamais été en possession de notre seigneurie de More ; le fief ilu grand More, dont ils tirent leur nom, eit situé dans la paroisse de Saint-Ouen-sous-Ballou. — Le Joyant, Généalogie ms., communiquée par M. l'abbé Esnault.

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de Douillet ; c'est en ce point seulement que les limites de la pai'oisse franchissent la Sarthe, coupant la presqu'île à sa gorge, et rattachant ainsi à Douillet le manoir de la Courbe avec les prairies environnantes.

Assez éloignée des coteaux de la rive droite pour ne pas être atteinte des hauteurs voisines avec les armes du temps, défendue de trois côtés par la Sarthe, large et profonde dans cette partie de son cours, la terre de la Courbe était naturellement à l'abri des ravages des aventuriers ; d'autre part l'étendue des prairies rendait facile l'élevage des bestiaux. Il n'est donc pas surprenant qu'on ait songé à créer en cet endroit un centre d'exploitation important, et tout semble indiquer qu'il y eut au moyen-âge une grande métairie dans la pi'esqu'ile de la Courbe. Antérieurement aux Ijùliments actuels il existait en effet un ensemble de vastes constructions, aujourd'hui rasées, mais dont les fondations encore apparentes ont fourni quantité de pierres, entre autres les matériaux d'une maison bâtie dans le bourg en 1778. La tradilion, qui rend merveilleux les faits les plus simples, rapporte « que le château de la Courbe contenait cent chambres et communiquait au moyen d'une galerie souterraine avec la commanderie de Grateil située à quinze cents mètres au Nord ». D'après les observations et les fouilles du propriétaire, M. Guy, il faut réduire à quarante environ le nombre des appartements, et attribuer à une cause violente, telle qu'un combat ou un incendie, la destruction de cet immense « logis », car on a retrouvé dans les débris des poutres calcinées. La date de cet événement est inconnue ; elle doit être ancienne puisque des arbres énormes ont poussé leurs racines entre les pierres, et qu'une couche de terre épaisse a recouvert les murailles. Il serait possible d'ailleurs que la Courbe eut été ravagée et détruite pendant la guerre de Cent ans, dans un de ces nombreux combats qui se livrèrent entre Fresnay, Grateil et Assé.

La seigneurie de la Courbe comprenait dans sa mouvance la métairie de la Grande Courbe située dans la presqu'île, la rivière « autant qu'elle ceignait et environnait ladite terre », le moulin de la Courbe aujourd'hui détruit, une partie du bois des Laires et la métairie de la Petite-Courbe, sur la rive droite de la Sarthe, en Douillet (1).

Vers la fin du XV" siècle la seigneurie de la Courbe appartenait à noble Jean Bouchard, escuier, seigneur de Groutel à Champfleur, de Loisardière et des Hallais à Thorigné (2) Très probablement fils de Berthelot Bouchard, escuier, seigneur de

(1) Titres de propriété de la Courbe, communiqués par M. Guy, de Fresnay. — Ai'ch. muu. du Mans.

(2) Thorigné-en-Cliarnie, canton de Sainte-Suzanne, arr. de Laval (Mayenne).

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