DE DOUILLET-LE- JOLY
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sentiments de toi profonde qui animaient alors « les paroissiens de monsieur saint Pierre de Douillet ». Non contents de subvenir aux besoins de leur paroisse, ils étendent leurs libéralités aux paroisses voisines, à tous les lieux de pèlerinage de la contrée, même à monsieur saint Julien du Mans le patron du diocèse (1), et au sanctuaire le plus célèbre de tous, le Mont-Saint-Michel. LeXV» siècle est en effet par excellence l'époque des pèlerinages. Loin de se ralentir pendant l'invasion anglaise, cette forme de dévotion semble avoir été pratiquée avec plus d'ardeur qu'aux siècles précédents , à ce point que le duc de Bedford trouva moyen de battre monnaie en accordant à prix d'or des sauf-conduits aux pèlerins (2). Nous voyons par l'exemple de Jean Cosnard que les habitants de Douillet obéissaient h ce sentiment général, à cette tendance caractéristique de leur temps.
Leur pays était parsemé de chapelles de dévotion où des foules nombreuses se rendaient chaque année le jour de la fête du patron. Saint-Michel-de-la-Courbe semble avoir été pour eux le premier de ces sanctuaires, ce qui est naturel puisque la chapelle était située sur le territoire même de Douillet, et que la dévotion à Saint- Michel était devenue prédominante en France à la suite des succès de Jeanne d'Arc, attribués à la protection de l'archange, le saint français, opposé à saint Georges, le saint anglais (3). Puis venaient la chapelle de Sainte-Marguerite-des- Chardonnerets, à la limite de Douillet et Sougé ; Saint-Eutrope chapelle de la commanderie de Grateil, à quelques pas de la Sarthe, vis-à-vis Saint-Michel-de-la- Courbe ; Saint Denis dans la paroisse de Saint-Aubin-de-Locquenay (4). Enfin, en outre de ces chapelles spéciales, beaucoup d'églises étaient le centre d'une dévotion particulière, comme saint Martin à Sougé , sainte Marie-Madeleine à Assô, sainte Barbe à Fresnay, sainte Avoise à Saint-Ouen-de-Mimbré. Tous ces sanctuaires étaient le but de voyarjes nombreux de la part des gens du commun, et le jour de la fête du patron ces voyages devenaient une occasion de distraction, en même temps qu'un acte de foi. C'était un lieu de réunion, un rendez-vous où se retrou-
(1) Ce legs nous ferait croire que Jean Cosnard faisait partie de l'antique confrérie de St-Julien établie dés le XIII' siècle dans le diocèse pour la conservation et l'ornementation de la cathédrale ; dés 1413 il existe à Assé une confrérie spéciale dite de Saint-Julien. Semaine du fidèle, XV, p. 280.
(2) S. Luce. Le Maine sous la domination antjlaisc, p. tt.
(3) S. Luce. Jeanne d'Arc et le culte de S' Michel, dans la Revue des Deux-Momies du \" décembre 1882.
(4) Encore aujourd'hui les voijarjes à la cliapelle Saint-Denis sont en usage à Assé, et donnent lieu à de singulières superstitions ; ainsi pour être efficaces ils doivent être faits la nuit par neuf personnes, marchant en silence à la suite l'une de l'autre, conduites en tête et en queue par deux guides qui seuls peuvent parler dm-ant le trajet.
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valent les parents et les amis disséminés dans les paroisses voisines ; après la messe on dinait ensemble, on échangeait les nouvelles, et à la nuit chaque groupe reprenait le chemin de son village. Lès manants, arrachés ainsi quelques heures à l'isolement de leurs champs, apprenaient par là même à entrer en rapport les uns avec les autres, à comparer les événements ; ils faisaient en quelque sorte leur éducation sociale sous l'influence bienfaisante du sentiment religieux.
Qu'on ne dise pas du reste que nous généralisons trop vite. Le testament de Jean Cosnard n'est pas une exception, et les conséquences que nous en tirons sont confirmées par d'autres documents. Ainsi quelques années plus tard, en 1495, deux autres paroissiens de Douillet, Jean Busson et sa femme Vincende, qui avaient déjà racheté en 1460 de leur suzerain, Guillaume de Beaugencé, seigneur de Courtoussaint, une rente de quatre deniers que celui-ci avait droit de percevoir sur un de leurs champs (1), laissent à leurs enfants en mourant un bordage entier, celui de la Corbclière au fief de Courtoussaint, à charge de donner chaque année un pain bénit de vingt deniers tournois « pour être départi par charité le jour de « saint Julien en l'église de Douillet, et de fournir d'huile la lampe du chanceau de « ladite église, durant que le sacre sera sur l'autel, à la feste dudit (2) ». Or, cette famille Busson établie depuis longtem^DS à Douillet et qui compte parmi ses membres plusieurs ecclésiastiques (Jean Busson, précédemment curé de Douillet, Pierre Busson, fils du propriétaire de la Corbelière), est parvenue comme Jean Cosnard à une condition supérieure à celle des hommes de labour, et doit être rangée elle aussi dans la classe des propriétaires ruraux. Il en est de même encore pour la famille Belocier, dont un membre dresse l'acte de partage du lieu de la Corbelière entre les quatre enfants de Jean Busson, et pour Jean Deret, fils de Colas Deret qui achètera le 4 février 1500, de Jean Chouin « paroissien de Douillet » le champ de la Castille près l'Etricherie, moyennant sept livres tournois et cinq sols de vin de marché, et à charge de faire chaque année une rente de trois sols tournois à la fabrique (3).
Nous croyons donc pouvoir dire en conséquence que, dans une paroisse rurale comme Douillet, deux sentiments principaux avaient dirigé les efforts des gens du commun depuis leur affranchissement ; le sentiment de la famille qui les avait poussés à force de travail et d'économie, h augmenter leur patrimoine, à améliorer la condition de leurs enfants autant que le permettaient les dures exigences du régime féodal ; le sentiment religieux qui leur faisait un devoir de
(1) .^U-ch. de la Sarthe E, 233.
(2) Aj'ch. paroissiales.
(3) Arch. paroissiales.