‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 56 sur 188 · Chapitre neuvième iii · texte numérisé non relu

Chapitre neuvième iii

Au reste l'assemblée de fabrique, cjvii tend parfois déjà à devenir une assemblée de communauté, garde son indépendance vis à vis du curé, et vis à vis du seigneur. Le 28 décembre 1512, maitre Jean Hamelin, prêtre et procureur de fabrique, Guillaume Hamelin, Jean Le Breton, Pierre Galpin, Jean Girard, clerc, se faisant fort de tous les autres paroissiens, baillent à Jean Chanson un des champs de la fabrique, situé près du pont, à charge de deux sols tournois de rente au jour de Noël. Ce bail était consenti à la suite d'une mise h l'enchère annoncée « en plein prosne de l'église parrocliial » par trois dimanches consécutifs, et il comportait un abandon très large, car l'année suivante la veuve et le fils de Jean Chauson le passeront en toute liberté à un autre paroissien, Jean Champdavoine. Or ni le curé, messire Jean Chantepie, ni le seigneur, messire Pliilippe Ferquin, ne prennent part à cet acte, preuve évidente de l'indépendance absolue de l'assemblée de fabrique.

Messire Jean Chantepie, il est vrai, nous est peu connu. D'après les Chroniques il appartenait à une famille noble du Maine, dont une branche posséda la seigneurie de Saint-Paul-le-Gaultier (1). Pendant le cours de son ministère il fut témoin de plusieurs donations nouvelles faites à la fabrique et à la cure, entre autres celles du champ du Cormier légué par Paul Agin , d'une maison et d'un jardin au Tertre-Guilouard, du champ du gros Courtil, d'un journal de terre près Lorière donné par Jean Juille « pour avoir la prière le Vendredi benoist », du grand clos de la Croix Boutin légué par Ambroise Boutin, etc. Il eut également à soutenir un procès « en cour royale du Mans » relativement au lieu des Prêtrises qui faisait partie du temporel de la cure ; un de ses prédécesseurs, « meu d'affection charnelle », avait baillé ce bordage, au dessous de sa valeur l'éelle, à plusieurs membi-es de sa famille qui avaient cherché ensuite à le prescrire ; M" Chantepie exigea la résiliation, puis finalement en 1515 se décida à transiger : le bail fut renouvelé moyennant la reconnaissance formelle du droit du curé, le paiement d'une rente annuelle de quatre liv. dix sols, et une redevance de six boisseaux de blé à la fabrique. M" Chantepie avait eu pour vicaire Julien Monlouveau, dont le nom vient s'ajouter à ceux de Pierre Busson, Jean Hamelin, Jean Belocier, Jean Girard, Guy Chaignon, Philippe Laine, Pierre Hamehn vicaire en 1527, Mathurin Lepennetier, pour compléter la nomenclature des prêtres de Douillet au commencement du XVIa siècle. *-

(1) En 1622 Georges de Pannart, écuyer, seigneur de Saint-Paul, possède le fief de Chantepie en Thubœuf. — D'autre part Jacques de Chantepie est seigneur du Bu et de Chahin à Sougé-le- Bruant : il porte « d'azur à la croix d'argent chargée d'une pie de sable, cantonnée de quatre besans d'or. » — Le Guicheux, Chroniques de Fresnay, p. 490. — CauvJu. Armoriai.

1ÎI2 DouiUet-le-Joli) avant il89

Si le curé, par suite de la rareté des documents, tient peu de place dans l'histoire de la paroisse à ce moment, il en est de même du seigneur. Tout ce que nous savons en effet à son sujet, c'est que la seigneurie de Douillet appartenait, dans les premières années du siècle, à Philippe Ferquin, fils de Jean II. Il avait épousé Rose Bourel et en eut cinq enfonts : Antoine qui lui aura succédé dès 1529, Hardouin, Jeanne, Renée et Charles (1) ; sa sœur Perrine, qui avait épousé en 1488 Roland Le Maire, était encore en 1515 dame de Brantalon (2).

C'est donc toujours aux affaires de la fabrique qu'O faut revenir pour retrouver les traces les plus intéressantes de la vie paroissiale. Le premier compte de la fabrique actuellement conservé, dressé par le procureur Jean du Lierre pour la période qui s'étend de 1525 à 1530, vient d'ailleurs rendre la moisson plus abondante (3). Il fait connaître les rentes dues à la fabrique ; les pains bénits « laissés en charité » à l'église de Douillet ; les redevances de vin « pour communier les fidèles le jour de Pâques », de froment pour faire des pains d'hosties, d'huile pour entretenir la lampe, de cire pour renouveler le cierge devant le crucifix ; puis certaines recettes extraordinaires, curieuses à signaler, telles que : le lin de la bo>-te vendu 10 sols en 1526 et 13 sols en 1527 ; le blé de la boyte vendu en 1526 à ban d'église aux parties enchérissant la somme de 42 sols et de 61 sols en 1527 ; les deniers trouvés dans le tronc ou « boueste de Nostre-Dame », 25 sols en 1526 ; les sommes données par les paroissiens « pour avoir la prière au prosne », par le seigneur de Lorière pour faire entei'rer deux de ses enfants dans l'église, par les héritiers du seigneur de l'Asnerie pour le luminaire de son enterrement et l'ouverture de l'église etc. Tous ces détails révèlent avec une saveur pleine de naïveté le fonctionnement normal de la vie paroissiale ; ils nous montrent tous les paroissiens, seigneurs et ^-ilains, groupés autour de leur égHse, soumis aux mêmes règles pour les affaires religieuses, et s'efforçant de témoigner leur foi par des générosités proportionnées à leurs ressources.

Le chapitre des dépenses est encore plus instructif. En outre des sommes payées pour l'entretien des cloches, le luminaire aux grandes fêtes, l'achat des ornements tels que « des étoles paiées au Mans 2 sols 6 den. par messire Pierre Belocier », « la "visitacion du doyen et de l'archidiacre, le voiage de celui qui est allé quérir le Saint-Cresme », les réparations à l'église etc, il donne de précieux renseignements sur plusieurs affaires de la communauté, sur ses rapports avec le seigneur et le pouvoir central.

(1) s. d'Elbenne. Généahjie rns.

(2) Arch. de la Sarthe E. 203.

<3) Arch. par. Tome I, n» 1.

Page 1