‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 57 sur 188 · Chapitre neuvième iit · texte numérisé non relu

Chapitre neuvième iit

Dès cette époque par exemple, la taille, devenue permanente depuis environ un siècle, est fixée chaque année pour la paroisse par l'autorité royale qui s'est substituée sous ce rapport aux seigneurs, dans les pays d'élections comme le Maine ; c'est même, on peut le dire, la première forme sous laquelle le pouvoir central se manifeste directement à la paroisse, le premier lien administratif qui vient rattacher, en dehors de tout intermédiaire, la communauté au gouvernement royal. Dans l'intérieur de la paroisse, la taille est « cueillie », sur les non privilégiés, par des collecteurs que choisissent les paroissiens. Jean du Lierre remplit, en même temps que les fonctions de procureur de fabrique, celles qui seront dévolues plus tard au procureur syndic ; c'est - à - dire qu'il représente la communauté au point de vue admmistratif. C'est lui que les collecteurs font assigner pour la garantie des procès contre les habitants mal imposés ou insolvables ; c'est lui qui fournit « le papier à faire le taux de la paroisse ». En d'autres termes il y a encore confusion entre les affaires de la fabrique et les affaires administratives ; l'assemblée de la paroisse est aussi assemblée de la communauté, et l'agent de la fabrique ne diffère pas de celui de la communauté. Donc nous avions raison de présenter l'assemblée de fabrique comme le premier germe de la vie municipale, et c'est elle qu'il faut considérer toujours comme le centre de l'histoire paroissiale, centre où se trouvent fusionnés tous les éléments de la société locale.

Le compte de Jean du Lierre nous montre ensuite que la dévotion à Saint- Michel, si répandue au siècle précédent, tient encore une place spéciale dans les habitudes religieuses des habitants de Douillet. En 1527 en effet il consacre un article particulier aux sommes reçues à l'occasion du jMi-doii de Saint-Michel, par l'entremise de Lucas Belocier, René Lesné et autres « qui cueillaient ledit pardon » ; ces sommes furent employées la même année à quelques réparations à la chapelle Saint-Michel-de-la-Courbe, lieu ordinaire du pardon. Il est vrai que le désastre de Pavie, la captivité de François I<"', la famine et les désordres qui en avaient été la conséquence, étaient venus rappeler aux populations que la protection de l'archange leur était plus nécessaire que jamais, pour obtenir une paix devenue indispensable.

Vers le môme temps néanmoins les habitants de Douillet partent en guerre k leur tour, ou mieux ils s'engagent dans un procès avec le seigneur de Corbon, noble homme Georges de Corbon, écuyer, seigneur de la Couldrière (1), fils aine et principal héritier de Pierre de Corbon. Georges de Corbon avait fait inhumer « en la chapelle Notre-Dame estant au dedans de l'église de Douillet » deux de ses

(1) Commune de Saint-Gemmes-le-Robert (Mayenne).

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enfants, sans le consentement et volonté des paroissiens, et sans leur avoir rien payé pour le droit d'ouverture de l'église, sous prétexte que son père était fondateur de cette chapelle. L'assemblée de la fabrique, se croyant forte de son droit, résolut de lui tenir tête et le fit assigner devant l'official, lui réclamant 50 sols tourn. d'indemnité. Il faut croire cependant que la cause était douteuse, car, à la suite d'un voyage au Mans du procureur, Jean du Lierre, et d'une consultation de trois avocats en cour d'église, les parties consentirent à transiger : Georges de Corbon et son vassal le seigneur des Roches, Jean de Lavergne, obtinrent le droit de faire enterrer gratuitement les membres de leurs familles dans la chapelle Notre- Dame, « d'y faire célébrer prières et oraisons », enfin d'y placer leurs bancs, à charge de l'entretenir à leurs frais «en bonne et suffisante réparation», etdepayer à la fabrique, le seigneur de Corbon une rente annuelle de dixsols, le seigneur des Roches une rente de deux sols six deniers , « pour estre es prières des paroissiens le jour de Pasques ». Cette transaction, dont les bases avaient été publiées dès le mois de décembre 1527 au prône de la messe par maitre Pierre Hamelin, vicaire de Douillet , fut approuvée par l'assemblée de fabrique le 14 janvier 1528 et la paix fut définitivement signée, en présence de maitre Jean Belocier, prêtre, par le seigneur de Corbon, M" F. de la Vairie procureur du curé, Jean du Lierre et Lemarié notaire en la cour de Sillé (1).

L'année suivante 1529 un traité de paix d'un autre genre, le traité de Cambrai, rendait le calme à la France entière pour une période de quatorze ans. A peine troublée en 1536 par une tentative d'invasion sans importance pour le Maine, cette longue tranquillité hâta le développement de la prospérité publique et permit à la Renaissance de produire ses plus brillants effets. Or cette fois encore la noblesse et la paroisse de Douillet ne tardèrent pas à suivre le mouvement général.

Antoine de Ferquin, qui est entré en possession de la seigneurie à la mort de son père et vient d'épouser Renée d'Orcisses, fille de Guy d'Orcisses écuyer et de Madeleine de la Palu, s'empresse tout d'abord d'étendre ses possessions. En 1529 et 1530 il achète ainsi plusieurs vignes au clos de la Baste, dont l'une lui est vendue 19 liv. tourn. par Bertrand du Cormier seigneur de Lorière et damoiselle Guyenne Moreau son épouse ; puis en 1531 le pré du Haut-Plessis etc.

(1) Arch. paroissiales.

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En même temps sa sœur, Jeanne Ferquin, mariée à Jacques Le Roy, sieur des Vallettes, gentilhomme breton , entreprend la reconstruction du manoir du Plessis, qui prend dès lors le nom de Plessis-Breion. D'après les traditions, ce nouveau « logis » aurait eu l'importance d'un château. Le bâtiment principal, flanqué en son milieu d'une tourelle ronde contenant un bel escalier de pierre, éclairé par de larges fenêtres presque carrées, occupait le fond d'une vaste cour. Cette cour était fermée par un mur d'enceinte épais et élevé, « garni de couleuvrines », auquel s'appuyaient à l'intérieur de larges galeries qu'on voyait encore en 1800, et qui donnaient accès à la chapelle située dans l'angle nord-ouest. De profonds fossés complétaient le système de défense, entourant le château et la cour où on ne pouvait pénétrer que par une porte et une poterne ouvertes au sud de l'enceinte et munies de deux ponts-Ievis (1). Enfin, derrière le manoir s'étendait un vaste jardin enclos de murs qui subsistent encore en partie. Aujourd'hui il ne reste plus du manoir du Plessis que la moitié du principal bâtiment, l'autre moitié, ainsi que les galeries, ayant été abattues vers 1807 ; le mur d'enceinte est également rasé et les fossés comblés. Cette destruction est d'autant plus regrettable que la description précédente s'accorde parfaitement avec l'architecture de la Renaissance, et permet de croire que le Plessis-Breton, à l'époque de sa splendeur, était le plus complet des logis seigneuriaux de la paroisse.

Toutefois il existe encore au Plessis quelques détails intéressants : un écusson aux armes des Le Roy et des Ferquin, pensons-nous, de belles cheminées, puis deux inscriptions gravées sur ardoises. L'une reproduit simplement un verset de l'Ecriture : « Unam petit a Domino » ; l'autre est ainsi conçue : « yEdes patrias colajjsa^ vetustate nohilis Jacobiis Rex et Johanna de Ferquin conjux reficiunt, ^534 ». On peut en conclure que les principales constructions étaient commencées à cette date, mais non terminées, car une troisième inscription, en partie détruite, portait : « Nobilis Thomas Rex et 01. de More conjux opiis perficiunt (2) ». Thomas le Roy était fils de Jacques, mort avant 1545 et auquel survécut plusieurs années la damoiselle de Ferquin ; il vécut dans la seconde moitié du XVI« siècle et fit achever le Plessis sans doute de 1570 à 1589. Jacques Le Roy et Jeanne de Ferquin devaient jouir d'une fortune assez considérable, puisque les dépenses de la construction du Plessis ne

(t) Chroniques de Douillet {"i: en 183C il a été trouvé dans les murailles un certain nombre de pièces d'or anciennes.

(2) Un fragment de cette inscription, que nous avons nu, nous permet de rectifier une erreur de lecture de l'auteur des Chroniques. L'inscription porte Thomas Rex et non Jacobus Rex.

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les empêchent pas d'acheter 1250 liv. la métairie du Pin-Hallay à Mont-Saint-Jean, par acte passé le 16 août 1536 au manoir de.s Valetles, pays de Bretagne ; puis le 5 avril 1539 celle de la Gauffardière en Douillet, qu'ils paient 1000 liv. tourn. Ils possédaient eu outre la métairie de la Bourdonnière à Mont-Saint-Jean, que Jeanne de Ferquin devenue veuve agrandit par l'acquisition de plusieurs pièces de tei're, faite en son nom en 1545 par noble Florent Le Maire son procureur, et, croyons-nous, son cousin germain. Florent Le Maire devait être le fils de Roland Le Maire et de Perrine Ferquin, dame de Brantalon ; il possède cette dernière terre dès 1539 (1).

Mais la reconstruction du Plessis-Breton ne fut pas un fait isolé, et l'influence de la Renaissance se fit sentir sur d'autres points encore de la paroisse. C'est en effet à cette époque que doivent se rattacher certaines modifications apportées à la nef de l'église et aussi la construction du manoir actuel de More, qui appartenait alors à Pierre de Laval, seigneur de Lezay, de la maison de Montmorency- Laval, fils de Guy de Laval, seigneur de Lezay, et de Claude de la Jaille (2).

A l'église on remplaça les étroites ouvertures du XII" siècle, percées dans la muraille nord de la nef par des fenêtres plus larges , amorties par des arcs surbaissés, ou arcs en anse de panier ; puis on refit la charpente et la voûte. Cette charpente, comme celle d'un grand nombre d'églises rurales du même temps, se composait de tirants et de poinçons apparents, à arêtes abattues ; des jambettes et des esseliers courbes tenaient lieu de contrefiches, et supportaient des douves en bois formant une voûte en arc brisé.

Quant au manoir de More, il peut être cité comme l'exemple le plus parfait de l'architecture civile de la Renaissance dans la paroisse de Douillet, au moins sous le rapport de la solidité de la construction, plus soignée assurément que celle du Plessis. C'est un vaste bâtiment rectangulaire à un étage, avec une aile moins importante en retour d'équerre, construit au sommet du mamelon qui domine le confluent de la Sarthe et de l'Orthe : le bâtiment principal est parahèle au cours de rOrthe et percé du côté de la vallée de quatre fenêtres à meneaux de pierre d'un excellent .style, du côté de la cour d'une porte basse, amortie par un arc très surbaissé , et surmontée d'une fenêtre haute, étroite , partagée par une seule traverse horizontale ; deux fenêtres du même genre éclairent au premier étage l'aile parallèle à la Sarthe, l'une du côté de la rivière, l'autre du côté de la cour; tous les angles sont en pierres de taille bien appareiUées. A l'intérieur, les embra-

(1) Ghartrier du château de DouiUet. — Arch. de la Sarthe, E. 233.

(2) Moulard. Chroniques de Soitgé p. 313. — A Renée, Madame de Montmorencj, Paris, 1858, p. 308 etc. — A. Duchesne. Hist. généalogique etc.

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