Chapitre neuvième iil
sures des fenêtres, profondes de 0'" 60' environ, avec revêtements en pierres de taille également, sont garnies chacunes de deux bancs de pierre ; les cheminées sont immenses et leurs manteaux supportés par des corbeaux à moulures ou par des colonnettes. La charpente est conçue sur le même plan que celle de l'église, et repose comme elle sur des tirants et des poinçons ; les jambettes et les esseliers courbes, rendus apparents par l'absence de douves, forment par leur ensemble un élégant berceau ogival. Il est évident toutefois que les parties supérieures du manoir n'ont pas été achevées.
Le logis de Corbon, habité comme nous l'avons vu par noble homme Georges de Coi'bon, dut subir lui aussi des remaniements importants, car les ouvertures actuelles datent de la Renaissance.
D'une manière générale d'ailleurs nous serions porté à croire que la plupart des logis seigneuriaux de la paroisse se transformèrent plus ou moins h cette date. La petite noblesse rurale ne fut jamais plus nombreuse, et, en outre de ceux que nous avons précédenmient cités, la plupart des manoirs sont habités par leurs seigneurs : Courtoussaint par monseigneur François de la Vayrie (1) ; la Droulinière par noble homme Martin de Courtallain, époux de damoiselle Mai'ie de Loudon, seigneur de Courbayer et de la Droulinière (2) ; la Boute veillère par damoiselle Michelle de Saint-Denis (3); les Roches par Jean de Lavergne et damoiselle de Crux son épouse ; la Courbe appartient à Pierre II Chapelain de More, lieutenant de la prévosté du Mans, et à damoiselle Renée Piau qu'il a épousée vers 1520 (4) ; Launay aux enfants de Guyon Defay et Anne Martin ; la Beauce à monseigneur Ambroise de Bellert ; Lorière à Bertrand du Cormier et à son fils Pierre. Or tous ces seigneurs, dont quelques uns occupaient un rang assez élevé, jouissaient encore d'une incontestable influence et savaient fort bien conserver leurs pi'érogatives. A partir de 1533 par exemple, nous sommes en mesure d'affirmer que les plaids et assises de Courtoussaint sont tenus avec une parfaite régularité. Chaque année les officiers de la justice seigneuriale, Thomas
(1) Arch. municipales du Mans.
(2) Titres Diiplossis-Chatillon. — Sur les familles de Courlalain et de Loudon : l'abbé Ledru, Kotes sur Jean Vrfe C/iHoipagHa, Mamers, 4883, p. 20. — Moulard, Notes sur les familles de Loudon t't Morin de Loudon. ilamers 1880.
(3) Famille descendant sans doute des anciens seigneurs de Saint-Denis-sur-Sarlhon,. dont les membres se retrouvent au XVI" siècle dans tous les environs d'Alençon.
(4) Arch. municipales du Mans. — Le Joyant. Généalogie ms. D'après ce dernier document la Courbe aurait appartenu ensuite à leur fille Gatienne, tandis que d'après les Arch. niun. elle serait devenue la propriété de Marie, épouse de Louis Le Tourneur ; Gatienne étant morte fille il est possible que la Courbe ait appartenu successivement aux deux sœurs.
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Chosnay bailli , Jean Le Maire, Guillaume Leiouet ou Abraham Mauboucher lieutenants, Etienne Le Rouge sergent, Guillaume Husset et Etienne Fouscher recors , citent par devant eux les sujets qui doivent rendre aveu ou dénombrement, et en cas de défaut ils n'hésitent pas à prononcer la saisie des terres. Nous voyons ainsi comparaître beaucoup de tenanciers qui nous sont déjà connus : les Bcloeier, les Busson, les Juille, les Gayne du Genetay (1), les Deret, les Lefaucheux, les Chaignon, les Carré, les Saillant, le seigneur de Semallé, noble homme marquis Morin écuyer , acquéreur d'un pré mouvant de la seigneurie , la dame de la Di'oulinière, damoiselle Marie de Loudon veuve de Martin de Courtallain , le seigneur de Douillet lui-même Antoine Ferquin, le procureur de fabrique, Florent Le Maire procureur de Jacques Le Roy et de Jeanne Ferquin acquéreurs de la Gaulï'ardière, enfin les maîtres des forges de l'Aune (2).
La Renaissance avait eu en effet pour conséquence à Douillet, en provoquant un accroissement de prospérité , non seulement de donner une plus grande impulsion aux constructions et aux affaires de tous genres, mais encore de développer l'industrie ; dans les premières années du XVI» siècle le moulin de l'Aune s'était transformé en une forge importante. Cette forge bâtie, dit-on, par un nommé Nepveu « qui avait foit ruyner l'ancien moulin (3) », fut saisie vers 1530 par les officiers de Courtoussaint pour défaut d'exhibition de contrat en profit de fief, et baillée en commission, par la cour du Mans, à « honnête homme Olivier Daulmouche, dit Gaudemer, et à Pliilippe Busson. Olivier Daulmouche l'exploita de 1534 environ à 1537, date à laquelle il est déjà mort et remplacé par sa veuve. Celle-ci céda bientôt son droit d'exploitation au sieur Michel Feron qui acheta d'autre part, cette même année 1537, les droits que possédaient aussi sur la forge ou le fourneau « noble homme maistre Eustache Le Verrier et damoyselle Françoise Amy, par suite du décès de Gabriel Amy père de cette dernière ». Michel Feron paya pour cette portion seulement une somme de 1400 liv. tournois ; il mourut sans doute peu après, car en 1540 la forge de l'Aune sera exploitée par sa veuve
(1) Ce nom doit être remarqué. La famille Gaisne de Bourmont, rendue célèbre dans notre siècle par les JjriUants états de service du maréchal de Bourmont, est originaire du Maine et possédait au XVI» siècle une terre du nom du Genetay, dans les environs de Sillé. Les Gayne du Genetay en Douillet se rattacheraient-ils donc à cette famille? L'abbé Esnault. Lea livres de famitle dans le Maine, Le Mans, 1883, p. 8.
(2) Arch. de la Sarthe E. 233.
(3) Cliartrier du château de Douillet. Il pourrait bien y avoir confusion avec Roland Nepveu mari de la veuve Michel Feron, qui n'exploita la forge que plus tard.
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Jeanne Columbelle ijui épousa en secondes noces « honneste homme Roland Nepveu » et par son fUs Michel Feron (1).
De même, et en outre des moulins hlarcts et « fouleret sur lesquels nous ne reviendrons pas, le moulin h papier du seigneur de Douillet existe certainement ù l'époque où nous sommes arrivés, et il est même, parait-il, réputé « une des meilleiu-es papeteryes du Plaine (2) ».
La période qui s'étend de 1529 à 1540 fut donc sous tous les rapports, et pour toutes les classes de la société paroissiale, une période de prospérité ; bien plus on peut dire que c'est l'époque où la Renaissance produit à Douillet ses plus heureux résultats. Il est à peine utile d'ajouter que l'élément paroissial proprement dit ne reste pas en arrière, et il se développe d'autant mieux que la réforme naissante n'est pas venue encore troubler d'une manière sensible une des populations les plus catlioliques du Maine.
Dès Tannée 1537 un gentilhomme, mcssire Christophe de la Vayrie, de la famille des seigneurs de Courtoussaint, a succédé comme curé à M" Chantepie (3). Peu après, sans doute api-ès la mort de François de la Vayrie, il devient lui même seigneur de Courtoussaint et il réunit ainsi à l'autorité spirituehe du pasteur l'influence sociale du gentilhomme. Il est entouré en outre d'un nombreux clergé dont les membres, recrutés dans les familles du pays, servent en quelque sorte de liens entre la noblesse et le Tiers État. Tels sont : maîtres Michel Gayne vicaire en lôol, Philippe Laine, Jean Fouscher, Jean Juillé, Michel Lefaucheux, Michel Horeau , Jean Girard , Ambroise Cliappeaux , Guillaume Levrard, Jean Dagron et René Russon, prêtres. Enfin et par une ilernière conséquence de la prospérité générale, les dons à la fabrique ne se ralentissent pas. Le compte de Pierre Lhuissier , procureur en 1535 et en 1536 , mentionne ainsi des legs nouveaux de la part de Pierre Deret, de Rertrand du Cormier seigneur de Lorière, de la dame de la Douteveillère, de Guillaume Charbonnier, de Jeanne Deret etc ; le compte de Pierre Lhuissier fut examiné le 30 novembre 1537 dans une assemblée de fabrique où se trouvent réunis en grand nombre , autour
(1) Ces origines de la forge de l'Aune sont assez obscures : elle semble avoir étO d'abord entre les mains de plusieurs personnes, car en 1535 Gabriel Amy et Olivier Daulniouclie sont qualifiés en même temps « sieurs lies forges de l'Aune ». — Arch. paroissiales, tome I n" 2. — .Vrcli. delà Sarthe E. '253.
(2) Ciiartier du château de Doudlet.
(3) Arch. paroissiales, I, n» 2. Si M» Christophe de la Vayrie appartenait à la famille de la Vayrie du Bas-Maine, dont une branche posséda les seigneuries de la Cesrerie à Desertines et de la ViUayne à Larchanipt, il portait : « d'azur à six macles d'aiyent posées 2 et i n he Paige, I, p. 350. iSur la famille de Cliantepie, voir ^'aint-Marlin-de-Prcaux. Maniers, 1884, p. 28.
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d'Antoine de Ferquin et de M" Christophe de la Vayrie, prêtres, gentilshommes et manants (1).
Malheureusement à partir de 1539 un manque absolu de pluies, des chaleurs excessives et une cruelle famine donnèrent naissance à des maladies contagieuses qui éprouvèrent les campagnes. Puis en 1541 les hostilités furent reprises avec Charles Quint, et il follut se préparer à la guerre. L'arrière ban de la sénéchaussée du Maine fut convoqué au Mans le 11 octobi'e 1542, et au nombre des nobles passés en revue par Christophe Perot, sénéchal du Maine, commissaire du Roy, en présence de « messire François de Meslay, chevalier, seigneur de Cerisay, commis pour conduire ledit arrière ban au pays de Picardie », se trouvait le seigneur de Douillet, Antoine Ferquin. Le Maine fut dès lors occupé à plusieurs reprises par des garnisons de gens de gueri'e, qui commirent sur différents points de grands dégâts ; la misère reparut, et il y eut un temps d'arrêt dans le développement de l'aisance publique.
Cela n'empêcha pas toutefois les habitants de Douillet de faire refondre leur grosse cloche, à l'aide d'une souscription publique et des ressources de la fabrique. Deux paroissiens, Guillaume Hamelin et Pierre Lefaucheux procureur de fabrique, furent envoyés au Mans pour acheter 400 liv. de métal, qu'ils payèrent 80 liv. à un marchand nommé Gallopin ; le vin de marché et les dépenses de leur voyage s'élevèrent à 70 sols ; les frais de transport du Mans à Douillet à 30 sols ; les droits de coutume payés à la prévosté du Mans à 20 deniers. Puis la fabrique passa un marché avec un fondeur appelé Moyst qui s'engagea à fondre la cloche moyennant 7 livres 10 sols. ; de plus 24 sols furent déboursés « pour le vin qui fut beu et autres despenses en faisant ledit marché ». Le procureur de fabrique paya en outre : « 3 sols à ceux qui descendirent la cloche du pinacle ; 5 sols pour achapt du suif destiné à graisser l'intérieur du moule ; 3 sols 4 den. pour la peine de celui qui aida le fondeur à faire le mortier de terre glaise mêlée de bourre et de poil de veau, pour ledit moule ; 25 sols pour le charbon ; 7 sols 6 deniers pour la peine du charpentier qui fit la charpente à pendre la cloche, sans y comprendre le bois qui fut donné par défunt Coisnon ; 5 sols pour le vin qui fut donné à ceux qui aydèrent à souffler le jour que la cloche fut fondue; 20 sols enfin à sept personnes qui la remontèrent au pinacle de l'église (2) ».
(1) Arch. paroissiales I, n» 2.
(2) Ibid. n» 3.