‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 59 sur 188 · Chapitre neuvième i2i · texte numérisé non relu

Chapitre neuvième i2i

Mais la refonte de la grosse cloche ne fut pas, hélas, la seule dépense extraordinaire que les paroissiens de Douillet eurent alors à subir. Peu après en effet, l'année qui suivit la mort de François I'^''' et l'avènement de Henri II, un triste événement venait tout-à-coup jeter l'émoi parmi eux et leur imposer des frais de. justice : le jour de la fête des Innocents 1548, messire Bertrand Hamelin, prêtre, était assassiné à la porte même de l'église, dans le cimetière. Nous ignorons quels furent l'auteur et le motif de ce crime ; serait-ce une vengeance privée ou un acte de fanatisme regrettable provoqué par l'expansion des doctrines de la réforme ? Sur l'ordre des paroissiens une information fut faite par Mathurin Guillon et Georges Busson notaire royal à Douillet, et portée aussitôt par un messager aux gens du conseil de la Chambre d'oftîce de monseigneur du Mans ; puis le procureur de fabrique, Pierre Lefauchcux, se rendit au Mans, exprès et à cheval, afin d'obtenir une commission de ladite chambre pour reconcilier le cimetière. Cette commission fut envoyée au doyen de Fresnay qui vint alors en personne procéder à la reconcihation.

A part cet incident du reste, il faut reconnaître que les guerres avec Charles- Quint et l'agitation intérieure provenant de la réforme, qui marquèrent tout le règne de Henri II, ne semblent pas avoir exercé de contre-coups sensibles sur l'histoire de Douillet. De 1547 à 1559 la paroisse présente un aspect régulier, paisible, moins'brillant qu'au milieu du règne de François P'', mais que ne troublent pas encore les discordes civiles. M« Christophe de la Vayrie, toujours titulaire de la cure, fait approuver à i'évêque vers 1549 l'échange d'une pièce de terre dépendant de la cure, au fief de Courtoussaint, contre un autre champ au fief de Douillet, contigu aux terres du presbytère, et qui lui est cédé par Antoine Ferquin. L'église est visitée suivant la règle par l'archidiacre et le doyen de Fresnay. Sauf une légère difficulté au sujet du legs Guillaume Charbonnier, tranchée d'ailleurs par une transaction, la fabrique continue apercevoir ses rentes. Elles sont grossies par la vente, aux enchères publiques, des noix du cimetière, du lin et des gerbes de la boete ; par le produit du tronc, les aguillanneufs (1), les droits d'ouverture de l'église pour les corps i< de la damoiselle de Courtimont et de M" Bertrand Hamelin ; ce qui permet d'entretenir l'église et de commaniier à un tisserand du bourg une pièce de toile, dont le procureur fait faire des aubes par la lingère chargée des ornements (2).

Bien plus, il y a toujours quelques legs nouveaux à signaler. En 1549 1\I'= Ambroise Chappeaux, ancien vicaire de la paroisse, ordonne par son testament

(1) Dons en nature faits par les paroissiens au renouvellement de Tanaée.

(2) .\rcli. paroissiales l, n» 3.

iS2 Douillet-le-Jolij avant i789

qu'il soit dit cent messes pour le repos de son âme, laisse 7 sols tourn. au curé et à la fabrique pour avoir la prière le jour des trépassés et le jour de Pâques, plus 10 deniers « à chacun des frères de la confrairie qui viendront dire une messe en l'église de Douillet » ; depuis 4518 il existait effectivement àFresnay une confrérie du Saint-Sacrement qui avait pour but d'assurer aux membres défunts les prières de leurs confrères, et dont la plupart des prêtres des environs faisaient partie ; c'est à eux que s'applique cette pieuse disposition qui pai-aît ici pour la première fois, mais se renouvellera souvent. De même en 1550, Robert Pelard, du village de la Chapelle-des-Chardonnerets, après avoir demandé de nombreuses prières « pour sa pauvre asme et les asmes de ses amys trespassés » aux prêtres de Douillet et Songé, lègue au curé et à la fabrique de Douillet une rente de 20 sols tourn. hypothéquée sur le pré des Saules, près la Chapelle ; plus 10 livres tourn. « si le cas advenait que l'église dudit lieu de Douillet soit élargie et faict édifice nouveau », plus enfin 12 deniers tourn. à l'église « de monsieur Saint-Julien du Mans ». Ce Robert Pelard faisait un commerce considérable, comme le prouvent les ventes et les achats de grains, de chevaux, de bestiaux et de moutons mentionnés dans son testament ; il est probable que ce commerce l'avait enrichi, car les membres de sa famille paraissent occuper dès cette époque le premier rang du Tiers-État de la paroisse, et quelques jours après sa mort, le 26 avril 1550, sa veuve s'empi-esse d'augmenter encore de 5 sols tournois la rente léguée à la fabrique de Douillet. L'année suivante, c'est un des propriétaires de l'Étricherie Arnbroise Bouvier qui consent à payer de nouveau, après une interruption, les trois livres de cire dues chaque année par sa terre, depuis 1385, pour entretenir un cierge devant le crucifix ; ce pieux usage se généralise même dans la plupart des familles de la paroisse et il est encore suivi aujourd'hui. Puis viennent : en 1551 un legs de 20 deniers de rente fait à la fabrique par Lucas Belocier de Launay, riche propriétaire rural ; en 1554 la fondation en l'église de Sougé, par le curé M^ Jean Le Royer, de la chapelle N.-D. de Pitié ou prestimonie de la Chalonnière (1), dont la dotation se compose du bordage de la Chalonnière en Douillet ; en 1558 divers dons de M« Jean Girard, prêtre, demeurant à la Bussonnière, qui lègue 12 den. au curé, 4 sols à la fabrique et le champ Marteau, 70 liv. tourn. à l'église pour avoir une croix, 12 den. à Saint-Julien du Mans, 2 sols à la Maison Dieu de Paris, 2 sols aux Quinze-Vingt, 5 sols au procureur de la confrérie du Saint-Sacrement, un sol à chacun des confrères qui assistei'ont à son service etc. (2).

(1) Moulard, Chroniques de Sougé, p. 309.

(2) Arch. paroissiales.

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