‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 62 sur 188 · Chapitre dixième i · texte numérisé non relu

Chapitre dixième i

obligea la fabrique à vendre, en 1569, une pièce de terre au seigneur de Corbon (d), mais aucun fait historique ne vient consacrer d'une manière précise la présence des huguenots sur le territoire de Douillet, au moins à cette époque.

Ceux-ci ne semblent avoir eu, à la vérité, parmi les seigneurs de la paroisse, ni amis dévoués à visiter ni ennemis sérieux à combattre.

Dès l'année 1565, Antoine de Ferquin et son gendre, Guillaume de Montesson, sont morls, laissant la seigneurie entre les mains de deux femmes et de deux enfants en bas âge ; Françoise de Montesson, veuve d'Antoine de Ferquin et mère de François de Ferquin ; Rose de Ferquin, veuve Guillaume de Montesson, bail et garde noble de Jacques de Montesson- son fils. Françoise de Montesson s'étant remariée à Charles d'Ornaulx, seigneur de Courdemanche, Jacques de Saint-Rémy, seigneur de Fyé, est nommé par justice curateur de François de Ferquin ; mais celui-ci mourra bientôt à son tour, et la seigneurie de Douillet reviendra en définitive, comme nous l'avons dit, à Jacques de Montesson (2). Or, jusqu'à sa majorité, ce dernier ne peut attirer l'attention des belligérants ni prendre parti dans la lutte religieuse.

De même pour le seigneur du Plessis-Breton, Thomas Le Roy, fils de Jacques Le Roy et de Jeanne de Ferquin, trop jeune encore pour jouer un rôle important dans les événements, et qui reste près de sa mère devenue veuve. Sa sœur, Françoise Le Roy, épouse vers ce moment le seigneur de la Droulinière, Georges de Courbayer, fils de Martin de Courtalain et de Marie de Loudon ; de ce mariage naissent deux filles, Hélène et Suzanne de Courbayer, qui sont élevées, elles aussi, dans la religion catholique. Bien mieux, le seigneur de Courtoussaint, jMgr René de la Vayrie, est proche parent du curé, qui habite lui-même le manoir de Courtoussaint ; de ce côté encore, le fonctionnement régulier des assises du fief, tenues sans interruption de 1563 à 1579, n'implique aucun événement particulier, si ce n'est peut-être un accroissement progressif du nombre des contrats enregistrés (3). Les seigneurs de More et de la Courbe, n'habitant pas leurs manoirs de Douillet, n'exercent qu'une lointaine influence. — Ceux de Corbon et des Roches, messires Jean de Corbon, seigneur de la Coudrière, fils de Georges de Corbon, et René de Lavergne, qui a succédé à Jean de Lavergne, ne peuvent être suspectés d'hérésie, car ils jouissent toujours de leur chapelle, dans l'église de Douillet, et en outre Jean de Corbon achète en 1563, du procureur de fabrique Marin Garnier, le pré

(t) Arch. paroissiales.

(2) Cliarti-ier du château.

(3) Arch. de la Sarthe, E, 233.

iS8 DouiUet-le-Johj avant i789

Blanche silué au fief de More, moyennant une somme de '25 liv. 10 sols, et à charge « de faire faire la prière en l'église de Douillet, le jour de Pâques, à l'intention de « ceux qui ont laissé ladite terre à la fabrique ». — Enfin Lorière appartient à Jacques du Cormier, fils de Pierre du Cormier ; Launay à damoiselle Marie Defay, femme de Jean Lemaire, sieur des Guinguenières, et héritière de M'^ Pierre Defay, prêtre (1).

De toute la noblesse de Douillet, une seule famille aurait pu être soupçonnée de favoriser le calvinisme : celle des seigneurs de la Bouteveillère, héritiers de damoiselle Michelle de Saint-Denis. La terre de la Bouteveillère sera possédée plus tard effectivement par un gentilhomme protestant, Jacques de Gocherel. Or, en 1566, René Le Royer, seigneur de la Bouteveillère, est appelé à figurer comme témoin dans un échange très avantageux à la cure, à côté du curé et du vicaire, avec lesquels il semble en fort bons termes.

Quant aux manants, de nouveaux dons faits h l'église par Philippe Coisnon et Marie Hamelin, en 1572, par Jean Carré du Rocher en 1574 etc, nous prouvent que la propagande protestante ne parvient pas à les séduire. Comme jadis, ils demandent dans leur testament la prière des fidèles, de nombreuses messes et des voyages à divers sanctuaires, entre autres à saint Mathurin de Larchamp (2).

On peut donc affirmer que l'influence calviniste est nulle jusqu'ici à Douillet, en comparaison de l'influence catholique, et que les premières guerres de religion ne portent pas atteinte à la situation dominante du curé.

Miî Christophe de la Vayrie administre la paroisse jusqu'en 1581. Bien que déjà âgé et habitant au manoir de Courtoussaint, il a soin d'améliorer le temporel de la cure par l'échange du champ du Cormier, conclu en 1506 avec la dame du Plessis Jeanne de Ferquin, « pour la commodité et augmentation du bien et utilité de la maison presbytérale de Douillet ». Puis après la saint Barthélémy, quia pour conséquences d'atîaiblir le parti protestant et d'amener la convei'sion instantanée des huguenots de Fresnay, il n'hésite pas, de concert avec Jean Provost « procureur général des manants et habitans de DouiUet » à s'engager dans un long procès pour forcer le fermier de Launay à payer le pain bénit et les dix deniers d'offrande, légués à la chapelle Saint-Michel-de-la-Courbe par la dame de Launay, Anne Martin. Ce procès, commencé dès 1574, se termine le 14 avril 1575 par un jugement du lieutenant particuher de la sénéchaussée du Maine qui donne gain de cause au curé. Vers le même temps, et sans aucun doute à l'instigation de

(1) Arch. paroissiales.

(2) Jbidan.

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