Chapitre dixième
M" Cliristophe de la Vayrie, Jean i'ruxnl l'ail assigner devant le sénéchal du Maine Guillaume Sorier, « seigneur et détenteur du lieu des Prestrises », qui négligeait aussi de payer les rentes dues à la cure et à la fabrique ; suspendu quelques années par une transaction en date du IG mars 1574, ce procès reprendra vie plus tard et se prolongera indéfiniment. Jusqu'à la fin de son ministère, M'^ de la Vayrie fut aidé du reste par un clergé dévoué, dont nous avons eu occasion de citer plusieurs membres : ajoutons seulement aux précédents les noms de maîtres Jean Périer, vicaire, Michel Horeau, Olivier Nothier, Jacques Deschamps, Guy Gayne, Jean Deret.
En 1581 cependant. M" de la Vayrie, âgé de plus de soixante ans, crut devoir résigner son bénéfice ; le 9 août il nomma deux procureurs pour remettre la cure entre les mains de l'ordinaire, « à cause toutefois de permutation faite avec noble « Léonard de Saint-Denis, curé recteur de l'église paroissiale de Saint-Pierre-de- « Larré, chapelain de la chapelle Sainte-Anne située et desservie au manoir de « Poillé, paroisse de Saint-Léger, au diocèse de Séez ». — Mais cette permutation souleva des difficultés, M. Creslot, grand vicaire de l'évêque du Mans, soutenant « que les actes de ce genre étaient faits en fraude, afin de ne pas laisser vacquants « les bénéfices de ceux qui tombaient malades ». Aussi, bien que messire Léonard de Saint-Denis se soit empressé, en vertu de provisions de l'archevêque de Tours, de faire prendre possession de la cure de Douillet par un clerc de Louvigny-en- Sonnois nommé Jean Abot, le 1-4 septembre de la même année, cette première résignation n'eut pas d'effet. W Christophe de la Vayrie résigna de nouveau sa cure en faveur de M» Ambroise de Herbelin, qui obtint sans peine cette fois l'approbation de M" François Jourdan, docteur en droit, chanoine prébende de l'Eglise du Mans, grand vicaire du cardinal de Rambouillet (1).
Le nouveau curé de Douillet, comme son prédécesseur, était issu d'une famille noble du Maine, établie à Saint-Calais-du-Désert et portant : « d'azur au chevron d'or, accompagné de trois étoiles d'argent, deux et un ». Fils de noble François de Herbelin, il avait été tonsuré au Mans le 28 mai 1575 et ordonné prêtre le 1"'' juin 1577 par Mb"' Louis du Molinet, évêque de Seez, dans la chapelle du palais épiscopal/le Séez. Il prit possession de la cure de Douillet le 6 décembre 1581, à deux heures de l'après-midi, en présence de M" Jacques Deschamps, prêtre, Robert Saillant, Michel Garnier et autres témoins (2). Son ministère devait être marqué par plusieurs faits impoi'tants pour l'histoire de Douillet.
Citons d'abord le mariage de Jacques de Montesson, qui épouse à l'âge de
(1) Arch. de la Sarthe G, 348. — Insiiiiiations XVII, f" 74, 8i, 80 et 92.
(2) Insinuations, XVII, f» 92.
ioO DouiUet-Ie-Joly avant il80
vingt-cinq ans, en 1583, Jeanne de Rougé, fille de Mathurin de Rougé, chevalier de l'ordre du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, lieutenant de l'ancienne bande des cent gentilshommes de sa maison sous la charge du seigneur de Chauvigny ; le contrat est signé le 21 novembre au lieu de Lorière, paroisse de Disse sous le Lude, en présence de plusieurs seigneurs de Disse, de Mont-Saint-Jean et de Douillet (1). Peu après Jacques de Montesson est qualifié lui-même un des cent gentilshommes de la maison du roi, sous la charge du seigneur de Chauvigny comme son beau-père, et il est exempté en cette qualité de la taxe d'arrière ban pour les flefs de Douillet et de Saint-Aubin (2). Citons ensuite, en 1585, un premier essai d'état-civil qui nous est révélé par une feuille isolée, conservée dans le registre de 1594, avec les signatures de maitres de Herbelin et Horeau. Cette tentative est à signaler lorsqu'on pense qu'elle précédait d'une année la création de l'état-civil de Lyon. Fut-elle poursuivie régulièrement par M" de HerbeHn?Sans pouvoir l'affirmer, nous sommes porté à le croire, et à supposer alors que les premiers registres, antérieurs à 1594, ont été détruits par les aventuriers qui occupèrent l'église en 1589 et 1591.
Dans tous les cas, les efforts de M» de Herbelin durent être paralysés plus d'une fois par le passage ou le voisinage des gens de guerre. Dès 1583 par exemple, une troupe de soudards commandés par un capitaine nommé La Rivière, commettaient toute sorte de dégâts dans l'église d'Assé, et l'heure approchait où la paroisse de Douillet elle-même allait être occupée. En attendant, les impôts devenaient de plus en plus lourds, et les habitants, mus par un esprit de solidarité inconnu de nos jours, prenaient le parti de s'entraider mutuellement à les supporter. Ainsi en 1583, Guillaume Agin, des Roulays, en outre de plusieurs dons pieux tels qu'un pain bénit à la messe de minuit et dix sous donnés au curé, sur le champ des Ouches, pour avoir la prière, lègue au procureur de fabrique, Pierre Cormaille vingt écus « pour estre icelle somme baillée aux collecteurs qui seront nommés à « ladite paroisse, pour euxayder à payer la taille et crue qui seront mises par le « roy sur les habitants de Douillet, laquelle somme de 20 escus lesdits collecteurs « seront tenus prendre à toujours mais entre les mains du procureur de fabrique au « jour de Toussaint (.3) » ; disposition curieuse qui montre quelles relations intimes existent encore entre la communauté et la fabrique, mais surtout jusqu'où peut aller le dévouement des paroissiens de Douillet envers la communauté.
Au reste leur générosité ne semble pas se ralentir, même dans les jours les
(1) Chartrier du château.
(2) Chartrier du château.
(3) Arch. paroissiales.