‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 65 sur 188 · Chapitre dixihne i · texte numérisé non relu

Chapitre dixihne i

rapports, sont accompagnés dans notre contrée des ravages de la guerre civile, et l'année 1589 en parliculier est signalée à Douillet par le passage des gens de guerre. Au moment de l'assassinat de Henri III, la ligue, qui avait été à l'origine une association de défense du parti catholic[ue, avait pris dans la province un grand développement. Aussi Henri IV, vainqueur à Arques, mais incapable encore de rentrer dans Paris, résolut-il, vers la fin de Tannée, de soumettre le Maine. Dès le mois d'octobre son principal lieutenant, Hertré, avait surpris Fresnay : le 2 décembre il s'emparait à son tour de la ville du Mans, et peu après les châteaux de Beaumont et de Sillé ouvraient leurs portes à ses partisans. Pendant toute cette campagne ligueurs et royaux sillonnèrent les environs de Fresnay et la paroisse de Douillet ne pouvait être épargnée. Elle fut occupée successivement par les compagnies de la Beraudière, la Chevalerie, Conettière, le Tremblay et autres capitaines. Les reitres établirent leurs corps de garde dans l'église, mangèrent les fruits du cimetière, brûlèrent tous les cierges qu'ils purent trou\er et emportèrent même les ornements, tels que les chasubles, lesnappeset lelinge de la sacristie (1). Ce fut une dévastation complète qui ne porta pas bonheur il est vrai à ses auteurs, car les plus célèbres d'entre ces ligueurs, Jean Moreau, dit le capitaine de la Beraudière, et Michel de la Chevalerie, seigneur de la Touchardière et de l'Eperonnière, furent tués l'année suivante, dans des conditions particulièrement affreuses, au combat de Mayenne où Lansac fut vaincu par les troupes de Hertré (2).

Mais les ligueurs après cette défaite ne se tinrent pas pour battus. Ils continuèrent dans notre région une guerre de partisans, et la paroisse de Douillet ne tarda pas à recevoir de nouveau leur visite. En 1591 pai' exemi)lc, la compagnie de Georges d'Orange, seigneur de la Courbe et la Feuillée, y renouvela les scènes de 1589 ; elle transforma l'église en corps de garde, hviûa. les cierges et déroba les ornements. De même en 1592, le 21 mai, la compagnie du capitaine La Pommeraye y bi'isa une fenêtre et y commit toute sorte de dégâts ; puis un peu plus tard un autre détachement, « la fougère du régiment des Fourneaux », vint se loger à la Bussonnière. Cette dernière troupe fut sans doute encore plus exigeante ; la fabrique dut lui fournir du vin et le seigneur de Douillet envoya à sa rencontre plusieurs serviteurs avec des provisions, pour l'empêclier de venir faire des réquisitions dans le bourg (3). Enfin en 1593, le 13 janvier, ces différentes compagnies,

(1) Arcli. paroi-ssiales I, n» 4.

(2) Le Siège de Maijeiine en i500. Mayenne, 1879, p. il et 17. — Le Paige, Dictionnaire II, p. 302. — De Beauchène : Essai sur le château de Lassay, Le Mans, 1876, p. 45.

(3) Arch, paroissiales I, n" 4.

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renforcées, dit-on, par un détachement d'Espagnols et profitant d'une matinée de brouillard, tentèrent de prendre Fresnay par escalade (l). Elles échouèrent, et à la suite de cet échec quittèrent peu à peu notre région. Au reste l'abjuration d'Henri IV survenue le 25 juillet suivant, -son sacre dans la cathédrale de Chartres le '27 février 1594 et sa rentrée triomphale à Paris portèrent bientôt les derniers coups à la ligue : Boisdauphin renonça à la lutte, et le calme se rétablit dans la partie du Maine qui nous occupe.

Ce serait une erreur toutefois de croire que les événements précédents avaient entièrement suspendu la vie paroissiale à Douillet. Dans les intervalles de ces invasions de gens de guerre, communes à la plupart des paroisses du Maine, nous voyons M« Gabriel LavoUé conclure des transactions de diverse nature, en qualité de procureur de fabrique, et poursuivre plusieurs procès devant le bailli de Fresnay, entre autres celui des Prêtrises dont les détenteurs sont de nouveau condamnés en appel, en 1591, par le présidial du Mans ; puis un marchand, Pierre Lavollé, acheter en 1592 de Jacques de Montesson, moyennant 400 liv. une partie du lieu de Frobert (2), et plusieurs paroissiens léguer à la fabrique divers pains bénits sur le clos Auge et le jardin de la Loge. Vers le même temps, la fabrique fait acheter au Mans, par Gabriel Lavollé, une custode d'argent et une lampe de cuivre. Elle fait ensuite modifier la clôture du cimetière, supprimer une tourelle et un pavillon situés aux extrémités de cette clôture : les matériaux sont vendus à Jacques de Montesson, sans doute pour être utilisés au château. Enfin elle abandonne gratuitement la jouissance de deux champs, les Sablonnets et le gros Coustil, à Jean Chappeaux, « à charge d'entretenir le grand corps de l'église en bpnne et « suffisante réparation (3) »,

Néanmoins, M'= de Herbelin ne devait pas être témoin de la pacification tant désirée par les populations rurales. Soit qu'il ait résigné sa cure ou cessé de résider, il est suppléé depuis 1590 dans la plupart des actes par M« Gabriel Lavollé, puis en 1594 il est remplacé, comme curé, par M» Jacques d'Alencé, fils de Martin d'Alencé, de la paroisse de Château-du-Loir. Ce nouveau curé n'était pas encore prêtre ; tonsuré par l'évêque du Mans le 16 mars 1590, l'obligation de terminer ses études ne lui jjermit pas de résider à Douillet, où il laissa peu de souvenirs (4). Lui aussi fut suppléé par Gabriel Lavollé, et son rapide passage ne

(1) Reg. de lElat-civil de Fresnay.

(2) .\rch. paroissiales.

(3) Ibid. I, n« 4.

(4) Insinuations XX, p. 110, 111. — XXI, p, 56, 76, 126. — Les Chroniques de Douillet, par suite sans doute d'une erreur de lecture, appellent ce curé M= Arcelin au lieu d'Aleiicé, et prolongent

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