‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 67 sur 188 · Chapitre dixième iSl · texte numérisé non relu

Chapitre dixième iSl

une telle intensité que les habitanis de la contrée déléguèrent un des leurs, Michel Lecuyer, « pour faire le voyage à monsieur saint Sébastien ». Le mal n'en persista pas moins, et le 4 septembre un paroissien de Douillet, nommé Georges Chantelou, était enterré aux environs du lieu de la Touche parce que sa femme n'avait pu trouver personne pour amener le corps au cimetière (1). Des faits analogues se produisaient d'ailleurs dans les paroisses voisines où les ravages de la peste étaient également terribles : de tous côtés on enterrait les morts dans les champs ou dans les jardins, et un homme de Saint-Aubin-de-Locquenay reçut dix écus pour creuser les fosses d'une famille entière, du père et des quatre enfanis-1 Au mois de décembre la situation fut encore aggravée par une crue subite des eaux, survenue dans la nuit du 15 au 16, avec une telle force et une telle promptitude que plusieurs personnes furent noyées dans leurs maisons à Fresnay « pour n'avoir eu le loisir de se sauver (2) >i.

Quoique cruellement éprouvés par ces fléaux, les paroissiens de Douillet ne se laissèrent point abattre et continuèrent, dans la mesure du possible, à suivre les exemples des générations précédentes. En 1601 Jean Deret et Jeanne Belocier, sa femme ; en 1603 Michel Durant et Françoise Cormaille ; en 1605 Jean Leguier et Jeanne Horeau, lèguent à la fabrique ou à l'église plusieurs champs et diverses rentes, « pour avoir la prière, pour aider à avoir une chapelle des Trépassés », etc. Leur générosité s'étend même aux paroisses voisines, aux maisons Dieu de Paris et du Mans, aux Filles-Dieu d'Alençon, à Saint-Julien du Mans etc. En d'autres termes, la classe supérieure du Tiers-Etat est déjà assez aisée pour supporter sans trop de gène plusieurs années malheureuses (3).

Quant à la noblesse, plus libre de ses actions depuis la pacification, elle reporte sur ses intérêts privés l'activité et l'humeur batailleuse qu'absoibaitjadis la guerre civile ; du reste elle souffre moins de la contagion que le peuple, par cette raison qu'elle se trouve dans des conditions hygiéniques meilleures.

Ainsi tout d'abord la famille du seigneur de Douillet se reconstitue peu à peu, depuis le mariage de Jacques de Montesson avec Jeanne de Rougé, par les naissances de treize enfants. Leur père doit dès lors préparer leur avenir et défendre énergiquement leurs droits. De là premièrement une série de travaux entrepri.s au château de Douillet immédiatement après les guerres de la Ligue. C'est à cette époque en effet que nous croyons devoir attribuer la partie actuelle du château, contigue à l'église ; trop simple pour fournir des éléments précis de date, son

(t) Reg. de l'Etat-Civil de Fresnay.

(2) Ibid.

(3) Arch. paroissiales.

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architecture parait celle du commencement du XVIP siècle ; or, d'une part cette aile voisine de l'église est antérieure à celle de la vallée, par conséquent à 1G20, et d'autre part dès 1593 les modifications apportées à la clôture du cimetière et l'achat des matériaux foit par Jacques de Montesson semblent indiquer que ce seigneur avait déjà l'intention de bâtir. De là en second lieu de nouvelles déclarations des biens que la fabrique tient censivemeut ou en nuesse de la seigneurie de Douillet, exigées en 1602 de Pierre Delinthe procureur fabrical ; puis plusieurs pi'ocès : l'un devant le parlement avec les paroissiens, qui se termine le 25 avril 1604 par une transaction entre M« de Montesson et Guillaume Seigneur, procureur de fabrique, l'autre beaucoup plus mémorable entre le seigneur de Douillet et son propre suzerain, le maréchal de Cossé, baron de Sillé.

Vers 1588 parait-il, le maitre des forges de l'Aune, Jean Féron, ayant fait voiturer six charretées de fer desdites forges à Conlie sans payer le droit de coutume dû à la seigneurie de Douillet, Jacques de Montesson avait fait saisir les bœufs, chevaux et charrettes, « contre lequel arrest ne fit grandes poursuites ledit Feron, recognoissant sa faute ». Mais après le décès de Jean Feron, que Jean Adam remplaçait comme maitre des forges de l'Aune dès l'année 1592, son fils Jacques Feron étant devenu capitaine du château de Sillé (1), et « ayant acquis à cause de ce une grande autorité audit lieu y fit appeler M» de Montesson « en réintégrande dudit fer. » — Or, celui-ci, « cognoissant l'authorité dudit Feron vers le justicier de Sillé », fait renvoyer la cause aux Requêtes du Palais à Paris (2), pour éviter la juridiction de Sillé. Jacques Feron, effrayé à son tour, s'empresse de faire intervenir au procès son maitre le maréchal de Cossé, et ainsi soutenu « rend litigieux le droit de coustume du seigneur de Douillet », espérant profiter du débat des deux seigneurs pour obtenir la délivrance de son fer. Nous ne pouvons suivre ce curieux procès au milieu des innombrables incidents de procédure qu'il soulève ; d'ailleurs nous ignorons comment il se termina, mais nous signalerons encore ce moyen de défense caractéristique : Jacques Feron, dit-on, n'a rien pu usurper sur le « seigneur, lequel plus ordinairement usurpe le droit de l'inférieur, et bien « souvent le déboute de tout, pourquoy l'on dit qu'un seigneuv de paille mange un

(1) Jacques Feron avait remplacé dans cette charge Lancelot Chesnay, écuyer. — A. Bernard, Notice sur le Gréez. Le Mans, 1874, p. 12.

(2) Ce détail nous indique que Jacques de Montesson jouissait du privilège de Comynittimus, qui avait pour effet de soustraire les particuliers aux juridictions ordinaires, et de porter la cause devant les requêtes du Palais, juridiction spéciale composée de membres du Parlement, dont les appels étaient en outre portés directement au Parlement.

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