Chapitre dixième
« subjet d'acier! >i Rien ne peut mieux peindre les abus des justices seigneuriales et les idées du temps qu'un tel dicton, et surtout que l'exposé des faits de ce procès ; on y prend sur le vif, pour ainsi dire, toutes les passions humaines, toutes les ruses de guerre que peuvent inventer des plaideurs à l'humeur batailleuse, et on voit par la même combien il était ui'gent que l'autorité royale, se substituant aux seigneurs de fiefs, vint départir à tous une justice plus impartiale ou au moins étrangère aux intrigues locales. Ajoutons que messire Jacques de Montesson, s'il feut en juger par son portrait conservé au château de Douillet, était doué d'vuie énergie à toute épreuve et qu'il ne dut pas se laisser « manger », même par le maréchal de Cossé. Le voisinage de la forge de l'Aune lui causait d'ailleurs des pertes et des incommodités réelles : le lavage des minerais infectait l'eau de la rivière d'Orthe et faisait mourir le poisson, rendant ainsi illusoire son droit de pêche sur une longueur de plus d'une lieue; les canaux et écluses de ses moulins blarets, foulleret et à papier, devaient être nettoyés trois ou quatre fois l'an au lieu de l'être tous les cinq ans ; enfin « sa papeterye anciennement réputée la « meilleure du Maine, était du tout gastée et inutile (1) ■».
Quelques mots maintenant sur les autres seigneurs de la paroisse qui suivent tous, plus ou moins, l'exemple de Jacquesde Montesson. Thomas Le Roy, seigneur du Plessis-Breton meurt le 5 mars 1600, au logis seigneurial de Bresteau (2), où il était allé faire visite aux parents de sa femme. Olive de More ; il a eu plusieurs enfants : Guy a. escolier en 1593 », Françoise, Thomas et Jeanne, qui continuent à habiter avec leur mère le manoir du Plessis-Breton. — Brantalon est toujours possédé par la famille Le Maire (3). — Courtoussaint par Christophe-de-la-Vayrie qui n'est pas encore marié et succède t\ un seigneur de la même famille, mort le •12 mars 1602 (i). — La Drouliniére par Jean du Plessis-Chàtillon, écuyer, sieur des Vaulx, fils de Louis du Plessis et de Renée du Bellay, marié en 1583 à Suzanne de Courbayer ; de ce mariage est issu Charles du Plessis-Chàtillon qui devient, après la mort de sa mère enterrée à Douillet le 12 septembre 1604, seigneur de la Drouliniére et qui épouse le 5 septembre 1606 , dans l'église de Mont- Sainl-Jean, demoiselle Renée de Guenée, dame de la Touche : la famille du Plessis-Chàtillon, originaire de la paroisse de Chàtillon-sur-Coussemont, était une ancienne famille du Maine et portait « d'argent à trois qidntefeuUles de gueules (5) ».
(1) Chartrier du château.
(2) Eeg.de VElat-Civil.
(3) Arch. de la Sartlie E, 203.
(i) Reg. de l'Etat-Civil de Fresnay et de Douillet.
(5) Reij. de l'Elal-Ch-'d de Douillet. — Gcnèaloijie du Plcusis-ClwliUoii, dans la Semaine du Fidèle W, p. 209.
d40 Douillet-le-Joly avant i189
— More a été donné en dot par Pierre II de Laval à sa fille Jeanne Jacqueline de Laval, lors de son mariageavec Honorât d'Ascigné, comte deGrand-Bois, capitaine de cinquante hommes d'armes. — La Courbe a passé des Chapelain de More et des Le Tourneur du Mans entre les mains de Pierre de Guyon, sieur de Sanceaux, et de Charlotte du Brail, auxquels succède leur fils Jacques de Guyon. — Corbon est échu, après la mort de Jean de Corbon, à Jacques de Courtarvel, écuyer, seigneur de Boisgency, fils de Pierie de Courtarvel, seigneur de Boisgency, la Petite-Lucasière, Vauhallier etc, et d'Antoinette de Corbon (1). Cette famille de Courtarvel, une des plus nombreuses et des plus puissantes de la contrée, conservera Corbon plus d'un siècle. — Les Roches sont habitées par René de Lavergne et Louise Deschamps sa femme, dame de la Miotière. — Lorière par Jacques du Cormier et Bonne de More qui ont eu sept enfants : Thomas, Marguerite, Gabrielle, Jean, René, Bonne et Françoise (2). — Donc, sous le règne de Henri IV, la noblesse de Douillet, remise des secousses qu'elle a pu éprouver pendant les guerres religieuses, s'estnon seulement reformée mais aussi fortifiée ; des alliances avec des familles puissantes de la contrée sont venues augmenter son influence, et comme la plupart de ses membres n'ont pas encore abandonné leurs manoirs, ils sont appelés à jouer un rôle social actif.
Les rapports entre les différentes classes de la société paroissiale deviennent chaque jour plus faciles, et déjà semblent même comporter certains rapprochements. Un grand nombre de seigneurs acceptent de tenir sur les fonts baptismaux les enfants de leurs vassaux ou tenanciers, et les procès suscités par les institutions féodales deviennent plus rares. A part le mémorable procès entre Jacques de Montesson et le baron de Sillé, nous ne connaissons en effet que deux affaires de ce genre au commencement du XVII" siècle : l'une entre le seigneur de la Droulinière et son suzerain pour un aveu mal rendu, l'autre entre Christophe de la Vayrie et un de ses tenanciers (3).
Quelle qu'ait été cependant à cette époque l'importance des efl'orts de la société paroissiale en vue d'effacer les plaies de la guei're civile. M" Jean Cohon était un personnage trop considérable dans le clergé du diocèse pour rester longtemps curé de Douillet. Avant l'année 1607 il y est remplacé par un ami de sa famille, M" Guillaume Laurens. Celui-ci conservera la cure de Douillet jusqu'à la fin de l'année 1628 ; son administration coïncide donc avec la première partie du règne de Louis XHI, et le rétablissement définitif de la paix religieuse, puisque la prise
(\)Rcçj. de l'Elat-Civil.
(2) Ibid.
(3) Titres du Plessis-CliâtiUon. — Titres de la Vayrie, communiqués par M. l'abbé Esnault.