Chapitre dixième
de la Rochelle, survenue cette même année 1628, peut-être considérée comme la limite extrême des guerres de religion dans l'ouesl de la France.
Dans les commencements de son ministère. M" Guillaume Laurens se trouve aux prises avec les mêmes difficultés que ses prédécesseurs, et tout d'abord il doit poursuivre l'éternel procès contre les détenteui's des Prêtrises. C'est pour lui, il est vrai, l'occasion d'un succès, car dans une sentence du 4 avril 1608 le sénéchal du Maine condamne Jacques Sorière à quitter les lieux et à payer, outre les dépens, une amende de vingt sols (1). L'alïaire n'en ira pas moins en appel et grâce à l'acharnement de l'adversaire elle ne sera pas encore terminée quarante ans plus tard ; c'est le type par excellence de ces procès interminables que les mœurs judiciaires de l'époque permettaient de prolonger plus d'un siècle . M° Guillaume Laurens doit ensuite intervenir, de concert avec le procureur de la fabrique Charles Veillon, pour réparer une injure que les paroissiens avaient faite au seigneur de la Droulinière en démolissant le « banc-oratoire » qu'il possédait dans l'église de Douillet (2). Heureusement Charles du Plessis-Châtillon se montre d'une bonne composition : par transaction du 3 a\Til 1609 il consent à payer chaque année, moitié au curé moitié à la fabrique, une rente de dix sols, en échange de laquelle on lui accorde un nouveau banc et « la prière le dimanche de la Passion (3). »
Mais ce ne sont là que des épisodes secondaires en comparaison des événements ((ui viennent bientôt attrister la paroisse entière. L'année suivante en effet on apprend avec une stupeur profonde l'assassinat du bon roi Henri IV, qui plonge de nouveau la France dans l'incertitude et la crainte. Puis en 1611 la contagion reparait avec une force qu'elle n'avait pas encore eue. A Douillet le nombre des décès s'élève k quarante pour cette seule année, au lieu de vingt-huit, chiffre de 1602. La terreur est si grande que deux paroissiens de Sougé atteints de la contagion, Etieime Petiot, homme de bras, et Catherine sa sœur, en sont réduits à dicter leurs dernières volontés au notaire de Douillet, Mathurin Cochet, au milieu d'un champ dépendant de la métairie du Boisfade (4) ! Enfin quelques jours plus
(1) Arch. paroissiales.
(2) Le seigneur de la Droulinière possédait en outre un banc dans l'église de Mont-Saint-Jean, où il se rendait sans doute plus souvent qu'à Douillet.
(3) .\rcli. paroissiales, ('t) .Vrcli. parroissiales.
ii2 Douillet-le-Johj avant il89
tard, le 29 mai, un ancien procureur de fabrique, Pierre Delinthe, recevait un coup de poignard « à luy baillé par un voleux qu'il espérait prendre en un pré « dépendant de la Bouglière » ; le blessé étant mort presque aussitôt, son corps fut ouvert par maistre Ambroise Besongne, chirurgien, et ensuite enterré dans le cimetière par M" Guillaume Laurens en personne ; « lesoirmessieursde la Justice « de Fresnay se transportèrent à Douillet et firent déterrer ledit corps pour vérifier la plaie (1). En réalité de 4610 à 1613, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la contagion, la paroisse traverse une période difficile pendant laquelle la vie locale se ralentit, s'il est permis d'en juger par la rareté des documents ; les archives de la fabrique ne contiennent en effet pour ces trois années qu'un inventaire dressé par Mathurin Cochet notaire, en présence du curé, du procureur de fabrique Charles Veillon, et de plusieurs paroissiens.
A partir de 1614 au contraire, après le voyage de Louis XIII au Mans et la convocation des Etats généraux, le mouvement des affaires reprend plus d'activité. C'est d'abord Jacques de Montesson qui provoque, entre les représentants de la famille de Ferquin, le partage du douaire de Françoise de Montesson, veuve Antoine de Ferquin ; ce partage est signé au château de Douillet et suivi bientôt, le 7 octobre 1614, d'un partage d'ascendants fait par Jacques de Montesson et Jeanne de Rougé à leurs huit enfants survivants : François de Montesson, écuier, fils aine, Jacques religieux en l'abbaye de Saint-Calais, Thomas, Jean, Mathurin, Basile aussi écuiers, damoiselles Louise religieuse en l'abbaye du Ronceray à Angers et Françoise. La seigneurie de Douillet se trouve nécessairementcomprise dans le lot de l'aîné (2). Cet exemple ne tai-de pas à être suivi par de simples familles du Tiers, comme les familles Horeau et Chasserat, qui partagent le 16 décembre 161-4 divers héritages situés à Beaucoudray. — Puis, nous nous trouvons en présence de plusieurs testaments comportant de nouveaux dons à la fabricjue. Tels sont ceux de Pierre Lebouc, sieur du Génétay et de Françoise Ficher sa femme, qui lèguent en 1615 plusieurs rentes à l'église « sur le pré de Douillet et « 20 livres pour ayder à avoir un calice d'argent » ; de Georges du Lierre curé de Chevaigné-sur-Sarthe qui donne la même année à la fabrique une chape de damas rouge ; de Jean Agin, de Jeanne Vignoth femme de François Bougler en 1616 etc (3). Ces différents legs, ainsi que les aumônes atti'ibuées aux pauvres, le grand nombre de messes demandées, laformule employée pour recommander les âmes « à Dieu, à la vierge Marie et à tous les saints », ne laissent
(1) Reg. de l'Etat-Cicil.
(2) Chartrier ilii château.
(3) Arcliives paroissiales.