‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 70 sur 188 · Chapitre dixième · texte numérisé non relu

Chapitre dixième

aucun doute sur l'esprit de foi qui anime les paroissiens de Douillet. De plus, des dons de mobilier plus fréquents : lils garnis de « charlict, couettes, draps et couvertures », pièce de toiles de lin, « devantiaux de drap violet (1) » etc. prouvent que l'aisance publique, et pour ainsi dire le confortable, augmentent peu à peu dans la population.

Il suffit d'ailleurs de parcourir les registres de l'état-civil pour constater l'existence, dès le règne de Louis XIII, d'une foule de petits propriétaires ruraux, qui ne sont pas exempts d'une certaine prétention. Tels sont : Jean Denier sieur de laRabine raaitre de la forge de l'Aune ; honorable Pierre Lebouc sieur du Genétay ; Tliomas de la Cour ; Ambroise Besongne, sieur du Tertre, maitre chirurgien ; Jacques Agin, sieur de la Bussonnière, advocat au Mayne ; Gervais Seigneur, sieur des Rochers ; Julien Elys, sieur de l'Etricherie etc. La moindre masure, comme on le voit, suffit pour se faire qualifier « honneste homme, sieur de tel endroit », et Dieu sait combien de ces modestes travailleurs du Tiers, enrichis à force d'économies et d'eiïorts, sont aujourd'hui transformés en gentilshommes de haute lignée ! En résumé, malgré la contagion, malgré les secousses de l'ordre politique et moral , le Tiers grandit tovijours. Il monte comme la marée , lentement mais à coup sûr, reculant quelquefois d'un pas pour en franchir deux le lendemain.

Il n'est donc pas étonnant que dans les années qui suivent la majorité de Louis XIII, et surtout à dater du ministère de Richelieu, la vie locale ait repris vigueur grâce à la protection d'un gouvernement fort ; au reste les troubles politiques suscités en 1620 par la lutte entre le roi et la reine-mère, comme ceux de 1614, eurent beaucoup moins d'effet dans les environs de Fresnay que dans les autres parties du Maine. En ce qui concerne particulièrement la paroisse de Douillet, les dernières années du ministère de M" Guillaume Laurens sont marquées par toute une série d'améliorations. Ainsi Jean Chantelou, procureur de fabrique de 1616 à 1G19, en outre de nombreuses réparations, fait roblanchir entièrement l'église et soutient un long procès devant le siège royal de Fresnay et le présidial de la Flèche pour contraindre Marie Langlais à « quitter la jouissance d'un champ appartenant à la fabrique » ; ses comptes de gestion sont examinés avec soin le 12 mai 1619 par l'assemblée des habitants, à laquelle assistent M" Guillaume Laurens et Jean Seigneur procureur général de la communauté (2). Puis en 1623, les paroissiens de Douillet entreprennent, à l'exemple de ceux de Fresnay, la refonte de leur grosse cloche. Une souscription ouverte

(1) Tabliers que portent les femmes du peuple.

(2) .\rch. paroissiales, I, n» 3.

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par le nouveau procureur de fabrique, Lazare Cochet, produit une somme de cinquante livres, « recueillie des nobles de la paroisse, des maistres des forges de « l'Aune, des forgerons et de plusieurs autres paroissiens ». Aux termes du marché, conclu le 18 juin avec maître Nicolas Vigoureux fondeur de cloches à Dieppe, la fabrique lui paye 30 liv. de principal et 15 sols de vin de marché, en fournissant la pieri'e et la terre ; les fourneaux sont construits dans la grange dixmeresse du presbytère avec de la pierre prise à la Beauce et de la terre amenée des prés de la Bourdaine ; le jour de la fonte, 20 juin 1623, un souper, qui coûte 55 sols à la fabrique, est offert à tous les ouvriers ; enfin le fondeur reçoit 8 livres pour 14 livres de métal, excédant du poids de la nouvelle cloche sur l'ancienne, et Lazare Cochet 60 sols, pour huit journées consacrées à sui'veiller l'opération (1). Deux ans plus tard on fait refaire la charpente du chanceau. Le travail, mis en adjudication le 10 aoiit 1625 en présence du curé, d'André Bigot, de Mathurin Gipteau alors procureur de fabrique etc., est adjugé pour quarante livres à Mathurin Picart charpentier à Assé ; la fabrique fournit le bois, qui est donné du reste par M" de Montesson et abattu dans le bois des Boulais ; elle nourrit les ou\Tiers et accepte les risques « le jour ou la charpente doit être levée ». Les clauses de ce véritable cahier des charges sont exécutées avec une telle rigueur que Mathurin Picart fait assigner le procureur devant le bailli de Fresnay parce qu'il a tardé de quelques jours à faire amener le bois. La chai'pente achevée on s'occupe de la couverture qui est marchandée pour quinze livres à François Perdriau, couvreur à Sillé, matériaux non compris ; les ardoises proviennent des carrières de Saint-Georges ; le curé en donne quatre mille à lui seul. En 1627, enfin on termine la voûte et on la fait peindre à la colle, ce qui coûte 32 sols à Julien Elys, procureur de fabrique cette année là (2).

Mais si les paroissiens de Douillet étaient en mesure de faire exécuter ces améliorations, ce n'était pas seulement par suite de l'accroissement des revenus de la fabrique: ils étaient aidés, comme on vient de le voir, par le concours généreux du seigneur et du curé, de la noblesse et du clergé paroissial.

La noblesse, que nous avons vue dans une situation relativement prospère à la fin du règne de Henri IV, profite chaque jour davantage du calme et du repos que lui apporte dans notre contrée le ministère de Richelieu. En conséquence des partages de 1614, M" François de Montesson héritera delà seigneurie à la moi'tde son père. Le 7 janvier 1623 il épouse dans l'église de Fresnay, damoiselle Marguerite Sevin (3), et prend en mains peu après l'administration de la sei-

(1) Arch. paroissiales I, n» 6.

(2) Ibkl. I, n» 7.

(3) Reg. de VEtat-Civil de Fresnay et Douillet,

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