‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 7 sur 188 · Chapitre deuxième i · texte numérisé non relu

Chapitre deuxième i

gauloise, pourrait bien être celle d'un Gaulois en costume de chasse, ou d'une divinité des }3ois jadis vénérée en ces lieux (1).

De ces différentes découvertes ressort ce fait capital, c'est que la civilisalicjn romaine avait pris définitivement possession du pagus Silviacinensis aux premiers siècles de l'ère chrétienne (2), et que la villa de Roullé était un de ses centres principaux, au point de vue social comme au point de vue agricole. De cette villa les regards se portaient forcément sur la partie supérieure de la vallée de l'Orthe, cfui ouvrait, comme nous l'avons dit , une route naturelle vers le nord. Dès lors le territoire de Douillet, situé au premier plan, fut exploré d'une manière complète et suivie ; peut-être même fut-il compris dans les dépendances de la villa, et quelques colons intelligents entreprirent - ils déjà le déMchement de ses clairières. En tous cas la voie fut tracée et le terrain préparé pour une conquête prochaine (3).

Mais à ces développements matériels, à ces premiers travaux des colons, vint bientôt se joindre, pour changer la face du pays, un progrès moral immense. Vers le miheu du second siècle (4), les doctrines nouvelles de l'Évangile, prèchces depuis peu par saint Julien dans la cité des Cénomans , commencèrent à se répandre dang les campagnes de son territoire, en suivant les routes frayées par la civilisation romaine qui semble avoir eu pour rôle de faciliter et de préparer en Gaule la ditTusion du christianisme. A saint Julien dont les efforts se concentrèrent sur la capitale oii il était urgent d'établir le noyau de la chrétienté naissante, et

(1) Cette statuette est aujourJ'laui au musée de Saint-Germain, saUe XXII, n» 22656, sous ce titre: Gaulois en costume de chasse découvert à Mont-Saint-Jcan ('6'a)-</i(;'. Elle a été étudiée par M. E. Hacher dans une notice spéciale : Statuette rjauluise découverte à Roullé. Le Mans, 187i, in-8.

(2) D'après MJI. de Caumont, Cochet, A. Thierry etc, la plupart des villx auraient été construites aux 11= et III" siècles. Au reste Claude le Gothique, dont on a retrouvé deux médailles dans les ruines de Roullé, régna de mars 268 à mai 270 : Tetricus de 268 à 273.

(3) Le domaine de Roullé s'étendait sans aucun doute dans un certain rayon aux alentours, comme il semble résulter des noms romains que portent encore aujourd'hui plusieurs lieux voisins : la Celle, la Voie, le Vau de Joué etc. En outre plusieurs milliers de médailles, aux types de Caligula, Claude, Trajan, Faustine, Domitien, Nerva etc., ont été trouvées le 13 nov. 1827 à quelque distance dans la forêt.

{i) En distinguant avec soin la prédication de l'Évangile de l'organisation administrative des diocèses et des paroisses, il nous semble impossible, quoi qu'on puisse dire, de refuser aux missionnaires chrétiens, si ardents et si intrépides, l'honneur d'être arrivés en Gaule au moins en même temps que les architectes, les ouvriers et les commerçants qui sont venus dès le II" siècle transformer les villes gauloises. — Jusqu'à preuve contraire, nous serions donc porté à croire que le christianisme fut pjvc/it' aux Cénomans dans le cours du II' siècle, époque qui coïncide prècisémêiit a\ec le développement complet de la civilisation gallo-roniaine.

iâ Douillet-le-Joly avant il80

sur quelques points qui servaient plus particulièrement de centres au paganisme, avait succédé saint Thuribe. Poursuivant avec zèle et avec méthode la mission qu'il avait reçue, celui-ci entreprit sans plus tarder l'évangélisation des campagnes, et les Gestes des évèques du Mans nous apprennent que le pays des Diablintes fut le principal théâtre de ses travaux. Il était logique d'ailleurs, après avoir pris pour base d'opérations l'antique Suhdimum, de marcher directement sur la cité des Diablintes, la seconde ville des Aulerces. Le domaine de Roullé se trouvait par là même dans la direction générale suivie par le saint évêque ; rien ne s'oppose à ce qu'il l'ait choisi pour but d'une de ses étapes, et à ce qu'il ait traversé à ce moment le territoire de Douillet.

Cette hypothèse peut seule expliquer un texte des Gestes des évèques du Mans , d'après lequel l'église de Douillet aurait été fondée par saint Thuribe, et assujettie par lui à payer chaque année à la cathédrale un triens de cens, vme li\Te de cire et deux mesures d'huile. Il est impossible en effet de prendre ce texte à la lettre, et de soutenir que les rochers sauvages de Douillet devinrent, vers l'an 450, le centre d'une pai'oisse. En y supposant même l'existence de quelques huttes de colons ou d'esclaves, les premi .rs évèques, poussés toujours en avant par leur zèle apostolique, réduits souvent au rôle de missionnaires errants, n'avaient ni le temps, ni les ressources, ni le clergé nécessaires pour créer des églises dans ces misérables bourgades. L'organisation des paroisses et des diocèses fut l'œuvre du temps et de l'expérience, par conséquent postérieure aux premières prédications. Le compilateur des Gestes des évèques du Mans, écrivant au IX« siècle, aura de bonne foi considéré comme les centres d'une chrétienté les lieux auxquels saint Thuribe avait attaché son souvenir par quelque bienfait ; ou encore, pour rendre plus vénérables par ranliquité les droits de la cathédrale, il aura fait remonter à Tépiscopat de saint Thuribe une redevance établie probablement par saint Hadouin, ainsi que nous le dirons plus loin (1).

Cette réserve faite, il est incontestable que la prédication de l'Évangile dut avoir de grands effets sur la situation morale du pays. Sans parler de leur influence sur l'état social, sur la constitution de la famille et sur les mœurs, les doctrines chrétiennes réhabilitaient le travail , le transformaient en devoir et enseignaient à tous que l'homme doit gagner son pain à la sueur de son front. C'était substituer au travail forcé le travad libre, dès lors appliquer au défrichement du sol de nouvelles intelligences et de nouveaux bras. Attaquée de toutes parts,

(t) Peut-être enfin aura-t-il confondu saint Thuribe, successeur de saint Julien, avec un second évêque du même nom, Thuribe II, qui administra l'église du Mans de 490 à 497. V. sur cette question : Dom Piolin. Hist. de l'Église du Mans, I, p. XI et XII.

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