‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 75 sur 188 · Chapitre onzième i · texte numérisé non relu

Chapitre onzième i

réservait le premier évèchc vacant, ne résida guère à Douillet ? Et cependant ce serait une erreur de croire qu'il dédaigna complètement notre humljle paroisse. Placé par la fortune, ijui l'avait favorisé, au premier rang du clergé de France, il eut soin de l'éserver son bénéfice de Douillet aux membres de sa famille moins privilégiés, et particulièrement à un jeune parent pour lequel il avait beaucoup d'afïection, René Cohon (i). Parmi ses diverses qualités, Anthyme-Denis semble avoir eu en effet, à un très haut degré, ce que l'on appelle l'esprit de famille : en toutes circonstances il s'efforça de créer des situations aux siens en les appelant près de lui, ou en leur assurant par son crédit quelque bénéfice ; bien plus, devenu évéque de Nîmes, il s'empressera de leur offrir les premières places dans les communautés ou dans les hôpitaux qu'il fondera. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'Anthyme-Denis Cohon, déjà en possession d'importants bénéfices, soit resté pendant un an au moins titulaire de la cure de Douillet, où il avait résolu d'établir toute une branche de sa famille. Dès 1031 par exemple René Cohon, sous-diacre du diocèse d'Angers, chapelain de la chapelle de la Petite-Maison, desservie en la paroisse de Saint-Quentin au même diocèse, et prieur de Saint-Jacques-d'Ernée par la résignation que lui fait le 13 mai M" Guillaume Laurens (2), est établi au presbytère de Douillet où il termine ses études pour la prêtrise. Un peu plus tard un de ses frères sans doute, Pierre Cohon, est maître chirurgien à Douillet où il fait souche d'une famille nombreuse (3) ; puis un cousin, Claude Cohon, demeurant au Mans paroisse du Crucifix, prend possession du prieuré de Mont-Saint-Jean (i). En un mot la paroisse de Douillet et ses environs sont devenus le pays d'adoption d'une partie de la famille Cohon.

Anthyme-Denis reste curé de Douillet jusqu'au mois de juin 1633. A cette époque il est depuis quelque temps prédicateur ordinaire du Roy, de telle sorte que la paroisse de Douillet peut revendiquer l'honneur d'avoir eu à sa tête, nominativement au moins, un des orateurs les plus célèbres du XVII" siècle avant Bossuet.

Pendant cette période, elle est adminislrée par deux modestes prêtres, beaucoup moins illustres assurément que leur curé, mais plus attachés peut-être aux habitants de Douillet : M"^ André Bigot et Gabriel LavoUé, dont nous avons souvent rencontré les noms. André Bigot, né à Sougé et appartenant à une des familles

(1) D'après les Chroniques de Douillet René Cohon eut été le fi'ére d'AntliTOio-Dcnis; d'après les Insinuations et l'Histoire de Nimes de Menard, il ne serait que son cousin.

(2) Insinuations XXV f" 372.

(3) Rcfj. de VÉlat-Civil.

(i) Insinuations XXYI 1" 5.

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les plus honorables de cette paroisse, était depuis trente ans vicaire ou prêtre habitué à Douillet. Pieux, très instruit et riche, il laissa dans la population les meilleurs souvenirs, tant par ses exemples que par ses générosités. Ainsi, nonseulement il lègue par son testament en date du 3 mai 1633 : dix sols à chacun des prêtres de la confrérie du Saint-Sacrement de Fresnay, douze boisseaux de blé aux pauvres, quatre livres aux confrères de Saint-Julien du Mans, quatre livres à l'ordre de la Trinité et aux Pères Minimes de Sillé etc, mais encore il affecte à la fondation d'une prestimonie la maison qu'il habitait dans le bourg de Douillet près le presbytère, deux champs et un pré, à la condition que son neveu Louis Beugler, prêtre à Douillet, et après lui son plus proche parent prêtre, soient toujours pourvus de ce bénéfice. Le titulaire était tenu, aux termes de la fondation, de payer chaque année trois livres à la fabrique, vingt-cinq sols au curé « pour recommander le défunt aux prières des gens de bien », et de dire une messe, accompagnée de plusieurs oraisons spéciales, le premier dimanche de chaque mois, pour le repos de l'àme d'André Bigot, « en se servant du calice d'argent du fondateur (1) ». André Bigot mourut le 21 septembre 1633, et fut enterré dans l'église de Douillet devant le Crucifix, près de la marche du chœur ; suivant son désir, on gi'ava sur sa tombe le verset Ingemisco tanquain reus, au milieu une tête de mort et au dessous les mots : Requiescat in j^ace (2). Gabriel Lavollé, né à Douillet, était neveu de l'ancien vicaire du même nom cjui administra la paroisse pendant les guerres de la Ligue. Lui aussi montra beaucoup de piété et de dévouement, et par son testament en date de 1632, laissa à la fabrique le bordage de la Butte, près du Genetay, à la charge de lui faire dire chaque année quatre grandes messes et de le recommander au prône tous les dimanches (3). Enfin vers la même époque la fabrique reçoit encore de Pierre Chappeaux laboureur et Claudine Le Roux sa femme, deux rentes importantes et une somme de cinquante livres destinée à acheter un ornement blanc « pour servir le jour de Notre-Dame, mère de Dieu » ; puis de honneste homme Marin Veau, marchand, et de Marguerite Blette sa femme, quinze sols tourn. aussi de rente perpétuelle, sur le champ de Devant , près la Foubayère , pour deux messes basses chaque année et « la prière (4) ».

Sur ces entrefaites, René Cohon ayant achevé ses études et ayant été ordonné prêtre, Anthyme-Denis, parvenu au faîte des honneurs et retenu à la cour, s'empressa de lui résigner la cure de Douillet, sur laquelle il se réserva néanmoins

(1) Arch. paroissiales.

(■2) Chroniques, f» 18. — Moulard, Chron. de Sourjé, p. 203, 300.

(3) krch. paroissiales.

(4) Arch. paroissiales

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une pension de 300 livres (1). Quelques mois plus tard, le 19 novembre 1633, il était nommé évêque de Nimes et appelé, par la confiance de Richelieu, à jouer un rôle prédominant on Languedoc, au triple point de vue religieux, politique et administratif. A partir de ce moment Anthyme-Denis Cohon n'appartient plus à riiistoire de Douillet et il faudrait un volume entier pour mettre en relief le caractère et les œuvres innombrables de l'illustre prélat. Fomié, on peut le dire, sur le modèle do Richelieu et de Mazarin, ses protecteurs, il fût tout à la fois un grand évêque, un administrateur liabile et un homme politique influent. Sa conduite pendant la Fronde, ses démêlés avec les Protestants, son attachement inébranlable à la cour, lui ont attiré parfois de sévères critiques : dans tous les cas on ne saurait contester les importants résultats qu'il obtint dans son diocèse, et surtout ce remarquable talent d'orateur qui lui valut l'honneur de prononcer l'oraison funèbre de Louis XIII et de prêcher au sacre de Louis XIV (2).

ARMOIRIES ET CHIFFRE DE Ma-- ANTHYME-DENIS COHON Peints sur la ijoiitre du salon do l'ancien presbytère de Douillet.

Hàtons-nous d'ajouter maintenant qu' Anthyme-Denis Cohon n'oublia jamais la paroisse de Douillet. A plusieurs reprises, soit pendant les nomlireux séjours qu'il fit à la cour, soit pendant les quelques années qu'il fut nominativement évêque de Dol, il revint à Douillet près de ses parents. Il ne dédaigna pas même de monter dans la chaire de notre église, et, suivant la tradition, fit beaucoup de bien dans la paroisse, car le prestige dont il jouissait, les honneurs dont il était

(1) Insinualions XXVI, f»' 38i et 294.

(2) Nous ne pouvons entreprendre de donner ici une bibliographie même abrégée de l'évéque de Nîmes ; nous nous proposons d'ailleurs de lui consacrer postérieurement un travail spécial.

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revêtu et sa grande réputation lui assuraient sur la population une irrésistible influence. Comment les habitants de Douillet auraient-ils pu rester insensibles à l'éloquence si entraînante d'un prélat qui fit un jour, à Bordeaux, crier vive le Roi, au milieu d'un sermon, à un immense auditoire enthousiasmé. L'évêque de Nîmes concourut en outre, avec son parent René Cohon , à restaurer et à augmenter le presb^^ère de Douillet; aussi ses armoiries « d'azur à une fasce d'or accompagnée en chef d'un soleil et en pointe de trois étoiles 2 et 1 y> furent-elles peintes sur la poutre maîtresse de la principale salle où elles existent encore.

Il reçut gi-atuitement dans ses communautés de Nîmes tous les membres de sa famille qui voulurent y entrer, et appela auprès de lui plusieurs de ses cousins, de ses neveux et de ses nièces. Enfin à sa mort, survenue en 1670, la branche de Douillet reçut en souvenir de lui un certain nombre de vases ou d'objets mobiliers, dont plusieurs ont été conservés jusqu'à nos jours de génération en génération. Les liens de famille qui unissaient les Cohon de Douillet à leur illustre protecteur étaient d'ailleurs si solides, qu'au XVIIP siècle encore, le curé de Douillet M" Pelard, arrière neveu de l'évêque de Nîmes, était en correspondance avec des prêtres de ce diocèse qui lui envoyèrent de curieux renseignements sur l'émeute de 1658, dans laquelle Cohon faillit être tué par les Protestants, et une copie de l'épitaphe du prélat, aujourd'hui insérée dans les Clironiques de Douillet.

M" René Cohon prit possession de la cure le 2 juillet 1633, en présence de Me Mathieu Chereau, chanoine prébende de l'église du Mans, son parent, de M" Jean Cohon alors curé de Souligné-sous-Vallon, de M" Pierre Kicher curé de Saint-Georges-le-Gautier , de M<= Lefebvre curé de Montreuil-le-Chétif et de plusieurs autres ecclésiastiques. Fils de Pierre Cohon et de Olive Hamon, « paroissiens de Saint-Aubin-de-Pouancé, au diocèse d'Angers », il avait reçu la tonsure des mains d'André du Parc de la Porte le 27 mai 1622, avait été promu au sousdiaconat par l'évêque d'Angers Claude de Rueil le 21 décembre 1630, au diaconat par l'évêque du Mans Charles de Beaumanoir le 6 mars 1632, et enfin à la prêtrise par ce même prélat, dans l'église des Frères Mineurs du Mans, le samedi des Quatre-Temps après la Pentecôte, 21 mai 1633 (1). Il célébra sa première messe à Douillet le samedi 2 juillet, fête de la Visitation (2). C'était un prêtre instruit,

(1) Insinuatiotis XXVI f» 38i.

(2) Rerj. de VÉtat-Ch'il.

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