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zélé, d'une parfaite régularité et d'une grande charité, qui consacra aussitôt à sa nouvelle paroisse tous ses soins, tout son dévouement et tous ses talents.
En premier lieu il met ordre aux alTaires temporelles de la cure et termine par des transactions plusieurs difficultés relatives à la dîme : l'une avec le prieur de Fresnay au sujet des dimes du bois des Laires, l'autre avec le curé de Saint- Georges au sujet des dîmes de Beaucoudray. Il conclut, avec l'approbation de l'assemblée de fabrique, un échange de terre avec le seigneur de Douillet ; puis il poursuit énergiquemcnt l'éternel procès des Prêtrises qui est déféré en appel par Jacques Sorière au Parlement de Paris. Grâce à ses efTorts une transaction sera signée quelques années plus tard et mettra enfin terme à cette longue affaire en ménageant les intérêts ou les susceptibilités des adversaires. En même temps M« René Cohon s'elTorce par tous les moyens en son pouvoir de développer les sentiments religieux de ses paroissiens. Ainsi il leur fait prendre l'habitude d'aller chaque année en pèlerinage, croix et bannières en tête, aux sanctuaires les plus vénérés de la contrée. Cet usage, profondément entré dans les mœurs de la population, se conserva longtemps après René Cohon, et pendant tout le XVII» siècle nous voyons la paroisse de Douillet se rendre processionnellement, ainsi que les paroisses voisines, à Saint-Roch-d'Averton, à Saint-Germain, à Sillé, à Ségrie, à Sainte-Anne-du-Val et surtout à Sainte-Avoic, tous les ans le lundi de Pâques (1).
René Cohon obtint ensuite la création dans l'église de Douillet d'une confrérie du Rosaire, autorisée par l'évèque du Mans, Charles de Beaumanoir, le 10 octobre 1637, et érigée « à la demande des très dévots fidèles en J.-C. les habitants de » Douillet » par le P. Pierre Dubois prieur des Frères Prêcheurs du Mans, docteur en théologie, en vertu des privilèges spéciaux accordés à son Ordre par le Saint- Siège. Ce fut une grande fête pour la paroisse, et le procès-verbal qui en fut dressé dans l'assemblée des habitants mérite d'être cité : « Aujourd'huy dimanche » 11 octobre 1637, dit ce document, après midy, régnant Louis Treiziesme par la » grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, en la paroisse de Douillet, église » de Saint-Pierre, par devant R. P. Frère René Perdriau, religieux du couvent » des Frères Prêcheurs du Mans, se sont présentés en leurs personnes Messieurs » curé, prestres, noblesse et autres habitants soubsignés de ladite paroisse, au » bourg de Douillet. Lesquels entendant de toutes parts les grands biens et fruits » spirituels que la dévote et saincte confrairie de Nostre-Dame du Rosaire produit s es lieux où elle est juridiquement et canoniquement érigée, avec les statuts » divers exactement observés, et estant d'ailleurs bien certiffiés du pouvoir et » autliorité que le Saint-Siège Apostolique a donné par privilège à l'Ordre des
(1) Arch. paroissiales.
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» Frères Prédicateurs d'instituer et establir la saincte société ; ensuite de quoy ils » ont très humblement supplyé au nom de tous les habitants, le R. P. Frèi-e » Pierre Dubois, i-eligieux dudit Ordre et prieur du couvent du Mans, de vouloir, » selon le pouvoir qui lui en a été donné, ériger et instituer en cette dite paroisse » de Douillet la confrairie et Société de N.-D. du Saint-Fiosaire ; lequel aiant » commis et délégué ledit R. P. Frère René Perdriau pour ce faire, avons prié et » prions instamment ledit R. P. Frère René Perdriau de nous instituer et ériger » ladite confrairie, avec tous les privilèges et indulgences concédés, par les » souverains Pontifes , promettant lesdits suppliants et s'obligeant maintenant » comme toujours et à jamais, au nom de toute la communauté de ce lieu, » d'observer et faire observer les ordonnances d'icelle selon leur propre forme et » teneur, et selon qu'il est porté dans la Rule.... Et oultre les conditions de ladite » Rule s'obligent de faire célébrer tous les ans quatre anniversaires pour les » défunts confrères et sœurs ; item, que tous les ans ferons présent d'un cierge » blanc à N.-D. du Rosaire en l'église des Frères prêcheurs du Mans, et que les )) procureurs de la Confrairie auront soin de faire transcrire le nom des » confrères et de les transporter en ladite église du Mans. Fait et passé » au cimetière de Douillet, devant Christophe Le Bouc notaire en la cour royale » du Mans, en présence de Michel Hermon affineur à la forge de l'Aune etc. » Signé: R. Cohon, de Montesson, Sevin, J. de Cocherel, J. de Montesson etc. (1). »
A dater de ce moment et en exécution de l'engagement précédent, une des plus anciennes chapelles de l'église, celle de saint René, réparée et décorée, prit le nom de chapelle du Rosaire. Un petit tableau du Rosaire, renouvelé en 177-i et aujourd'hui détruit, fut placé sur l'autel ; enfin les habitants s'efforcèrent à plusieurs reprises de montrer leur dévotion au Rosaire par des dons et des fondations (2) ».
L'établissement de cette nouvelle confi'èrie ne fit point d'ailleurs négliger les anciennes pratiques de piété. Nous voyons à la même époque la fabrique entreprendre des réparations importantes à la chapelle Saint-Michel de la Courbe, et la plupart des chefs de famille entretenir à leurs frais, suivant un usage qui remontait au XlVe siècle, un cierge de cire blanche devant le crucifix de l'église : ils tiennent
(1) Arch.'paroissiales.
(■2) Un grand nombre de confréries du Rosaire furent établies dans le diocèse du Mans après la victoire de Lepante et l'institution de la fête du Rosaire par le pape Pie V. Jf. l'abbé Lochet, dans ses Recherches sur l'histoire des Confréries, Le Mans 1848, p. 89, en cite dix-huit, dont douze établies de 1621 à 1637. Encore celte liste est-elle incomplète, puisqu'elle ne mentionne ni la confrérie de Douillet, ni celle de Saint-Georges-le-Gautier, instituées à la même époque.
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même à honneur do porter eux-mêmes ce cierge en procession le jour de la Chandeleui-. Bien mieux encore le sentiment religieux est alors si profond que le procureur de fabrique est admis à sévir contre les paroissiens trouvés dans les tavernes pendant la messe ! (1).
Cependant cet élan de piété provoqué par le zèle de René Cohon ne pouvait instantanément modifier les mœurs du temps. L'année qui suivit l'érection de la confrérie du Rosaire, M» Cohon eut donc la douleur de voir son cimetière pollué par un scandale et un crime. Le 25 juin 1(338 un paroissien nommé Pierre Galpin y fut assassiné par les gens des seigneurs de Moulins et de Jupilles (2). Tout en ne pouvant dire ce que venaient faire à Douillet ces deux gentilshommes et leur suite, nous croyons qu'il ne faut voir dans ce triste épisode qu'un incident fortuit, un crime isolé commis à la suite d'une ri.xe. Le cimetière fut reconcilié dès le 5 juillet suivant, mais, sous l'impression profonde qu'avait causée ce scandale, on prit presque aussitôt la résolution de l'abandonner. Le 12 juillet 1639 Jean de Montesson, devenu seigneur de Douillet par suite de la mort de son frère François, donna à la fabrique, pour servir de cimetière, le champ de l'Aguille, qui n'est autre que le cimetière actuel, à charge d'être recommandé aux prières du peuple dans toutes les processions qui s'y rendraient ; pour une cause à nous inconnue, ce nouveau cimetière ne sera bénit qu'en 1655.
En somme, l'année 1638 avait été marquée à Douillet par deux événements regrettables : l'assassinat de Pierre Galpin et la mort prématurée de François de Montesson, décédé sans postérité antérieurement au 2 mars 1639. A cette date en effet ses frères : Jean, Mathurm et Bazile, ainsi que sa sœur Françoise, mariée à François Le Maire de Maigné-du-Désert, se partagent sa succession (3). François de Montesson était, disent les Chroniques, un gentilhomme très religieux, et il était en si bons termes avec la population que les manans et liabitans de Douillet l'avaient choisi pour représentant dans un procès que la fabrique dut soutenir en 163-4. Toutefois son frère Jean qui lui succédait, et habitait Douillet lui aussi
(1) Arcli. paroissiales, l, n" 10.
(2) Reg. de VÉUU-Civil. — Un fait tlu mùmo genre se renouvela sans cloute en 1GG7, car il fallut réconcilier le cimetière à cette date une seconde l'ois.
(3) François de Montesson n'est pas cité comme seigneur de Douillet dans la généalogie de Montesson publiée par Borel d'IIauterive.Il pourrait se faire en effet que son père Jacques de Montesson qui mourut très âgé, à une date que nous n'avons pu retrouver à Douillet, ait vécu aussi longtemps que lui. 11 n'en est pas moins certain que la seigneurie de Douillet avait été attribuéeà François par les partages de 161i, et qu'à partir de 1G'2Û environ, lui .seuldirige, comme seigneur de paroisse, tous les rapports avec la fabrique et les lialjitants.
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depuis longtemps, partageait les mêmes idées ; les relations entre le curé et le seigneur restèrent donc ce qu'elles étaient, cordiales et faciles, comme le prouvent l'échange conclu entre eux dès le 42 juillet 1639 et la donation du champ de l'Aguille. Peu après, au mois de septembre 1640, Jean de Montesson épousait en l'église de Douillet damoiselle Elisabeth Picard, fille de Julien Picai'd seigneur de Villeneuve et de Madeleine Foulard, dont il eut dans la suite douze enfants (1). La branche de Montesson de Douillet reprit par là même une vigueur nouvelle pour toute la durée du siècle.
Il est vrai que la noblesse de la paroisse faisait vers le même temps une perte importante, celle du seigneur de la Bouteveillère Jacques de Cocherel. Dans son testament en date du 19 janvier 1640, il commence par « rendre actions de grâces » à Sa Majesté di^^ne de ce qu'il a plu le ramener au giron de notre mère la » saincte Église catholique, apostolique et romaine », puis il lègue 30 livres aux capucins d'Alençon alors en grande estime dans la contrée, une rente de 19 liv. tourn. à la fabrique et au curé de Douillet « pour avoir tous les premiers dimanches » du mois la première messe du Saint-Rosaire, à laquelle on fera la prière de » lui » ; il choisit pour exécuteurs testamentaires M"* René Cohon et Charles de Montesson (2). La tradition ajoute qu'il donna en souvenir de son retour à la religion catholique la belle croix de pierre qui s'élève aujourd'hui au milieu du cimetière (3). Si donc l'attitude de Jacques Cocherel n'avait pas toujours été orthodoxe , si même parfois sa conduite n'avait pas été régulière, on ne peut douter de la foi réelle qui l'animait au moment de sa mort ; or le mérite de cette conversion revient en grande partie à M" René Cohon, qui avait su, comme on le voit par le testament précédent, gagner la confiance et l'amitié de l'ancien huguenot.
Au reste quelques années plus tard, un événement mémorable au point de vne. paroissial devait contribuer encore à réveiller les sentiments religieux de la population. Pour la première fois peut-être l'évoque du Mans venait administrer le sacrement de confirmation dans l'église de Douillet. Le 18 octobre 1645, jour où Monseigneur Emeric-Marc de la Ferté s'arrêta à Douillet, fut un grand jour pour les habitants, qui firent éclater leur joie, disent les Chroniques, d'une manière toute particulière. Au nombre des confirmés se trouvait cette demoiselle de
(1) Annuaire de la noblesse 1863, p. 257.
(2) Archives paroissiales.
(3) Il pourrait bien y avoir eu confusion sur ce point avec l'ancienne croix baissée du cimetière, aujourd'hui détruite en partie, car la croix actuelle du cimetière, que nous i-eproduisons, es d'un excellent style yothique : elle se rapporte bien plutôt au XV« qu'au XVII' siècle.