Chapitre unzicnie
Ces sentiments de piété sont généraux alors dans la noblesse de Douillet. Courtoussaint par exemple appartient encore à Jacques de la Vayrie, fils de Christophe de la Vayrie et de Louise Vasse, lequel a épousé dame Renée de Cissé ; or nous avons eu maintes fois occasion de signaler les opinions de cette famille si catholique. La Bouteveillère est échue en partage, après la mort de son frère Jacques de Cocherel, à Jacquine de Cochercl, confirmée en 1645 par l'évèque du Mans. Celle-ci a épousé en premières noces, croyons nous, le 7 février 1630 René de Courtarvel seigneur de Coulombiers, en secondes noces Etienne de Havard, écuyer, sieur de Senantes, fils de Jacques de Havard et de Geneviève de Guénée. Tous deux habitent leur manoir de la Bouteveillère, ainsi que René de Havard frère aine d'Etienne, veuf d'Eléonore Deschamps et qui se remariera en 1660 à Renée Le Roux. Cette famille de Havard possédait dès le XVI" siècle la seigneurie de Senantes près Dreux, où elle semble avoir eu son principal point d'attache ; René de Havard meurt le 31 mars 1674 à l'âge de 66 ans, et son frère Etienne le 3 avril de la même année à 64 ans (l). La Droulinière est restée la propriété de la famille du Plessis-Châtillon. Damoiselle Marie de Guenée, première femme de Charles du Plessis, « ayant vécu en ce mariage vingt- » six ans environ, était décédée le dimanche matin heure de grand messe, le 8 de » février 1632, au grand regret de son mari et de tous ceux qui la connaissaient, » comme étant parfait tableau de pieté, de prudence, de chasteté, de modestie et » de patience ; en seconde nopce ledit sieur de la Droulinière épousa le 3« jour de » may, mardy des rogations l'an 1635, damoiselle Juliane Poivet, native de la » ville de Fresnay , duquel mariage prit naissance du jour de Saint -Charles » André du Plessis, nommé sur les fonds de baptesme le jeudi 5" jour de juin l'an » 1636 par messire André du Plessis, chevallier, vicomte de Rugles et par Jeanne » de Cordouan, damoLselle de la Montagne (2) ». Charles du Plessis étant mort à son tour en 1647, la Droulinière est habitée par sa veuve Julienne Poyvet et son fils André du Plessis Chàtillon. Depuis 1652 au moins, More appartient à Louis du Bellay, chevalier, seigneur des Buards en Anjou, de l'illustre famille du Bellay, qui a épousé Anne d'Ascigné, héritière de Honorât d'Ascigné et de Jeanne Jacqueline de Laval ; comme ses prédécesseurs, Louis du Bellay ne réside pas à Douillet et habite son château des Buards en Anjou (3). Quant à la Courbe, elle change coup sur coup de propriétaires. Vendue 10000 livres en 1646 à noble
(1) Généaloijie de la fatniUc de Havard, comm. par 11. l'abbé Esnault. — Rcj. de l'Etat citiil.
(2) Généalogie du Plessis-Cltùtillon, clans la Seinaino du fidrh, XV p. 209.
(3) Ai'ch. niun. du Mans. — C. Port. Dictionnaire de Maine-et-Loire I. p. ï>32, II. p. GG.
106 Douilld-le-Johj avant 1789
homme Henri Dufour, médecin et conseiller du duc de Vendôme, par Jacques Elisant de Blois, elle est revendue dix ans après à Gilles de Jajollet dont un parent était en 1634 « hoste à Fresnay (1) ». Cette famille de Jajollet, que nous verrons acheter des terres de toutes parts dans la contrée sans pouvoir les payer, ne doit donc pas être confondue avec la vieille noblesse du pays, bien qu'en 1675 Mai'guerite de Jajollet soit pompeusement qualifiée femme de M. le lieutenant général de Fresnay ('2). Plus favorisée, la terre de Corbon demeure à Joachim de Courtarvel, seigneur de la Galouère au pays de Dunois, de Boisgency, Vauhallier etc. qui compte toujours au premier rang de la noblesse du pays. De même Lorière est encore occupée par Bonne de Moi'é et son fils Thomas du Cormier ; Les Roches par Gabriel de Cocherel et sa femme Marguerite de Bâillon, dont une fille Renée épouse en 1664 Mathurin Le Feron, escuier s' de Longuemesière, de la paroisse de Moulins-le-Carbonel. Gabriel de Cocherel meurt avant 1665 et sa veuve continue à habiter les Roches ; par son testament du 4 novembre 1667 elle lègue au curé de Douillet une rente de cent sols tournois « pour avoir la prière et une messe basse aux fêtes deN.-D. », disposition qui nous révèle suffisamment les sentiments religieux de la dame des Roches (3).
Nous sommes donc en droit de dire que la noblesse de la paroisse est groupée autour du curé et du seigneur, dont elle partage les sentiments de foi et de piété. Les rapports mutuels se sont adoucis sous cette influence salutaire, car nous ne connaissons pour cette époque qu'un procès, intenté en 1662 à Julienne Poivet et André Duplessis-Chàtillon par le bailli des châtellenies de Courtarvel, la Lucazière et Moudan pour défaut de foi et hommage (4) ; ce procès montre d'ailleurs combien les obligations féodales tendaient à se relâcher et surtout qu'elles étaient devenues absolument surannées. Cependant, si la noblesse contribue en général par ses exemples à consolider l'œuvre de civilisation poursuivie par M" René Cohon , il faut reconnaître aussi qu'elle a déjà certaine tendance k s'affaiblir. Les seigneurs de la Courbe ne sont plus à compter ; la veuve de M" Abraham Le Hayer procureur du roi à Alençon, damoiselle Françoise du Blanchet propriétaire de la métairie de Brantalon, ne peut-être considérée comme paroissienne de Douillet (5) ; la famille Le Roy du Plessis-Breton ellemême, si brillante au siècle dernier, s'est éteinte dans la personne de Guy Le
(1) Titres de propriété de la Courbe.
(2) Reg. de l'État civil de Fresnay.
(3) Arch. paroissiales.
(4) Titres du Plessis-ChàtiUon.
(5) Arcli. de la Sartlie, E, 203, n" 138.