‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 80 sur 188 · Chapitre onzième iôl · texte numérisé non relu

Chapitre onzième iôl

Roy, qui habite modestement le bourg et semble pour un motif quelconque privé d'une partie de ses droits, de telle sorte que le manoir du Plessis possédé quelque temps pnr la famille Le Roux est échu aux seigneurs de Saint-Paul-le-Gautier. Encore quelques années et la petite noblesse rurale, attirée à la cour ou dans les villes par l'attraction fatale du « grand Roi », abandonnera les campagnes où elle exerçait jusqu'alors un rôle prépondérant.

Cette tendance déjà sensible à Douillet, malgré la prospérité de la société paroissiale au temps de M" René Cohon, est compensée il est vrai par un redoublement d'efforts du Tiers, dont la classe supérieure, la petite bourgeoisie rurale, se prépare à prendre dans les campagnes les places que la noblesse laissera vides. En attendant les paroissiens de Douillet travaillent avec ardeur et ont soin de conserver leur rang dans les affaires de la fabrique. A l'exemple des gentilshommes, tous ceux (jui parviennent à amasser une aisance suffisante se montrent généreux envers l'Église, affirmant ainsi à leur insu la vitalité de leur classe. Citons rapidement pendant l'administration de M" René Cohon : Jean Roger neveu d'André Bigot ; il lègue à la fabrique le champ de la Hantelle, six livres pour aider à construire une chapelle des Trépassés et une chape de camelot noir. Mathurine Châtelain « demeurant au logis seigneurial » : elle donne à l'église trente livres pour avoir un ciboire et une rente de six livres pour la célébration d'un Stabat les premiers dimanches de chaque mois. Pierre Péan marchand et Georgette Patry sa femme ; ils laissent une rente de dix sols pour la fondation de deux messes basses avec la prière. Léonard Denise maréchal et sa femme Marguerite Cochet, du Genetay, « lesquels considérant les grands amours et affections qu'ils ont eu » durant leur mariage, et aussi les grandes peines qu'un chacun d'eux a souffert » pour amasser aucuns biens que N. S. leur a pretté de sa grâce, en se mortel » monde ; désirant de tout leur pouvoir se récompenser l'un l'autre », se font donation réciproque de leurs biens, veulent qu'au décès dudit Denise le prix de sa boutique de maréchal « soit converty en service divin », et lèguent à la fabrique leur maison du Genetay. Anne Morillon qui laisse également à la fabrique une rente de quatre livres, dont trente sols « pour aider h avoir du luminère et des » ornemens au Saint-Rozère establi en l'église de Douillet. » Marguerite Biette veuve Mathurin Pelard ; entre autres prières elle demande à M" Michel Cochet trente-quatre messes qui doivent être dites devant l'image du Rosaire (1) etc. H faut ajouter ensuite à ces noms ceux des familles Cochet, Cohon, Pelard, Bozo, Hercé etc., qui forment comme nous l'avons dit une classe moyenne entre la

(1) Avch. paroissiales.

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noblesse et les laboureurs. Enfin les rapports du Tiers avec le clergé et la noblesse doivent être faciles, car les quelques difficultés soulevées par le paiement des rentes de la fabi'ique se terminent pour la plupart par des transactions, grâce à la médiation du curé et de Jean de Montesson. Tout au plus ceux-ci ont ils besoin d'obtenir deux sentences : l'une en 1658 du bailli de Sillé contre René Vasse, écuyer et Marie Defay sa femme, qui refusaient d'acquitter les arrérages de la rente de l'Étricherie ; l'auti-e en -1660, au siège royal de Fresnay , contre les héritiers Michel Durand (1).

Si maintenant on remarque que la fin du ministère de M" René Cohon coïncide avec les premières années du gouvernement personnel de Louis XIV, avec la période glorieuse du grand siècle, on arrive à cette conclusion que cette époque fut une époque de prospérité et de paix pour la paroisse de Douillet. Seule l'année 1662 fit exception : elle fut marquée par une lamine désastreuse et une dyssenterie qui éprouva si cruellement la paroisse qu'il fallut enterrer deux corps dans la chapelle Saint-Michel de la Courbe, <( par peur de la contagion (2) ». Mais ce ne fut là qu'une éclipse momentanée comme il devait s'en produire inévitablement dans les campagnes, où les conditions matérielles de la vie laissaient encore beaucoup à désirer, et où le gouvernement n'était pas encore en mesure d'envoyer rapidement des secours. Aussi, abstraction faite de cette unique année 1662, on peut dire, croyons-nous, que jamais sous l'ancien régime la société paroissiale ne fut plus vivante, plus brillante même, grâce à l'heureuse influence du curé, du seigneur et de l'évêque de Nimes.

M° René Cohon mourut le samedi 10 avril 1666, après avoir été trente-trois ans curé de Douillet, et fut inhumé dans l'église. Sa succession fut partagée entre cinq branches d'héritiers, dont l'une était fixée au bourg d'Izé (Mayenne) et représentée par Jeanne Cohon, veuve Michel Pinot notaire à Evron,, et Jean Cohon sieur de la Maltiôre (3), ce qui a fait croire parfois que la famille Cohon était originaire du Bas-Maine, et que l'évêque de Nimes particulièrement était né à Izé. Bien que le neveu de M" René Cohon, qui assistait son oncle comme vicaire, ait passé à ce moment dans le diocèse de Nimes où se trouvaient déjà plusieurs parents de l'évêque, la famille Cohon n'abandonna pas Douillet tout entière ; des nombreux enfants de Pierre Cohon, maître chirurgien et frère du curé, une fille au moins, Elisabeth, devait rester à Douillet où elle avait épousé en 1663 Mathurin Pelard.

(1) Arch. paroissiales,

(2) Beg. de l'Etat civil.

(3) Aicli. mun. du Mans.

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