Chapitre onzième
M" René Cohon fut remplacé par M'= Hélie Derouez, de Crannes-sous- Vallon, qui prit possession de la cure le 10 mars 1667. D'après les Chroniques, ce nouveau curé, tout en n'obtenant pas des résultats aussi brillants que son prédécesseur, montra lui aussi beaucoup de piété et de régularité pendant les vingt-neuf ans qu'il administra la paroisse. Au reste il s'efforça en toutes circonstances de suivi-e la voie tracée par René Cohon. Comme lui il conclut dès son arrivée avec Jean de Montesson un échange de terres avantageux à la cure ; comme lui il signa avec les curés de Montreuil et de Saint-Georges, pour éviter de regrettables procès, différentes transactions relatives aux dîmes. En un mot il administre avec soin et intelligence le temporel de la cure ; il rend aux seigneurs de fiefs les déclarations qui leur sont dues, et se fait délivrer réciproquement de nombreuses reconnaissances.
Au point de vue spirituel son rôle est plus effacé. M" Hélie Derouez se borne à maintenir les pratiques de dévotion établies antérieurement, et à entretenir les sentiments de piété qui animaient alors à un si haut degré les paroissiens de Douillet. Ces sentiments se traduisent comme toujours par des dons ; en 1667 de Marguerite de Bâillon dame des Roches et de Mathurine Laine veuve André Bellanger de l'Étricherie ; en 1670 de Françoise Broust ; en 1687 d'Elisabeth Corbin etc (1). Toutefois ces dons ne sont plus aussi abondants qu'à l'époque précédente.
De même, quoique ses revenus soient régulièrement perçus et administrés, la fabrique n'entreprend plus de travaux importants. Il semble que les paroissiens de Douillet songent à se reposer des progrès qu'il viennent d'accomplir.
Quant aux bénéficiers leur rôle est toujours insignifiant, car ils remplissent en même temps d'autres fonctions dans le clergé paroissial, ou bien ils ne résident pas. Ainsi la prestimonie Bigot, après le décès de M« René Goyet qui avait succédé à Louis Beugler, est présentée en 1670 au curé lui-même M" Hélie Derouez ; la chapellenie du Plessis, vacante par la mort de Michel Cochet, à Antoine du Val sieur d'Onglée, clerc tonsuré demeurant au Mans, puis quelques jours plus tard à François de Pannard , prêtre, demeurant en la iiiaisuii seigneuriale de Thubœuf (2).
Mais si l'élément religieux, qui a atteint son développement complet avec René Cohon, parait rester stationnaire sous le ministère de M" Hélie Derouez, la
(1) Arch. paroissiales.
(2) Insimialion% XXXIII, f"' 89, 97, 104, 301.
ilO Douillet-le-Joly avant il89
seigneurie se fortifie chaque jour davantage et tend de plus en plus à dominer la société paroissiale, par le prestige que lui donnent la puissance leiTitoriale et les hautes situations de la famille de Montesson. Jean II de Montesson est mort en effet îi l'âge de quatre-vingts ans le 20 septembre 1677, quelques mois après sa femme Elisabeth Picard, enterrée dans l'église de Douillet le 17 avril précédent. Son fils Jean III lui succède : le 20 avril 1678 il marie sa sœur Marie à Léonor de Jupilles, chevalier, seigneur de Moulins et d'Oisscau (1), puis le 4 août 1085 il épouse luimême Marguerite Maudet, fille de Jacques Maudet, chevalier, seigneur du Verger, maréchal-général-des-logis des camps et armées du roi, et de feue dame Anne de Langlée (2). Marguerite Maudet lui apportait en dot la seigneurie de Moire-la- Haute, en Piacé et Saint-Germain-de-la-Coudre ; le fief de la Milesserie en Fyé et Oisseau, avec les droits honorifiques dans l'église de Piacé ; la terre de la Haie en Assé-le-Boisne ; une rente de soixante livres sur le lieu des Mezerettes en Courcité, enfin cinq mille livres en argent (3). Elle appartenait, comme on le voit, à une famille riche et influente qui possédait de nombreuses seigneuries dans la contrée et portait « d'azur à trois poissons d'argent^ posés en fasce l'un sur l'autre ». Or ces alliances brillantes, qui l'unissaient à de puissants voisins, ne pouvaient manquer d'accroître le prestige du seigneur de Douillet, d'autant plus qu'en même temps plusieurs circonstances fortuites venaient augmenter son patrimoine. Ainsi son frère Charles s'étant fait religieux augustin, Jean-Baptiste et François ayant été tués au service du roi, et ses autres frères ou sœurs étant morts prématurément, Jean de Montesson ne se trouve plus en concours, pour la succession de sa mère, qu'avec sa sœur Marie, dame de Jupilles, et son frère Joseph, capitaine aide-major au régiment de Normandie. A l'époque où nous sommes le seigneur de Douillet est donc plus influent que jamais, et il a soin de montrer à tous sa puissance en faisant exécuter à son château des travaux d'embellissement. 11 fait exhausser l'aile neuve, ouvrir des mansardes, adapter au milieu de la façade une porte d'entrée dont l'encadrement à moulures, largement traité, ne manque pas d'un certain style. Puis il achète de la fabrique pour agrandir son enclos une parcelle du cimetière ; enfin il fait meubler et décorer le château avec un luxe jusqu'alors inconnu à Douillet (4). A tous les points de vue il est véritablement seigneur de paroisse et domine tous les autres gentilshommes.
Le nombre d'e ceux-ci diminue rapidement il est vrai. A la mort du seigneur
(1) Reg. lie l'Etat civil.
(2) Charti'ier du cliàteau.
(3) Minutes Urbain Deshais.
(4) Chroniques de Douillet, {» 5.