CHAPITRE XII
LA PAROISSE DE DOUILLET AU XVIIIe SIÈCLE
I. M« Claude Guyon. — La famille de Montesson pendant la guerre de la succession d'Espagne. — Anne de Courtarvel, dame de Corbon. — Grand hiver de 1709. — Disparition de la noblesse rurale.— Jean-Thomas de Montesson seigneur de Douillet. — Dernières années de W Guyon. — II. M=^ Nicolas et Michel Pelard; — Efforts de la fabrique pour défendre ses droits. — La Communauté sous le règne de Louis XV. — Urbain Deshais, notaire royal, et le Tiers-Etat. — Constitution d'un grand domaine seigneurial, à la suite de la disparition de l'ancienne noblesse rurale. — Générosités de MM. Pelard. — III. M" Louis-René et Jean-Georges Hiron. — Procès au sujet des dîmes ; leur signification et leurs conséquences. — Grêle de 1774. — Ma' de Gonssans à Douillet. — Vol à l'église. — Affaiblissement de l'élément ecclésiastique. — La Seigneurie la Communauté à la veille de la Révolution. — Rédaction du Cahier des Doléances et élections aux Etats-Généraux.
VEC leXVIII'^ siècle plusieurs des caractères que présentait jusqu'ici à Douillet la société paroissiale se modifient sensiblement. — A la suite des progrès accomplis à l'époque précédente l'état de choses, établi jadis par la féodalité et respecté au moins dans la forme par la monarchie, est devenu impossible ; il enserre la paroisse et la communauté dans un réseau de liens , désormais sans raison d'être et dès lors nuisibles à leur développement. L'heure approche où l'une et l'autre doivent briser ces liens et parvenir à un état social nouveau. Or les grandes transformations qui marquentl'histoire de l'humanité ne se produisent jamais brusquement ; elles sont préparées par un ensemble d'événements souvent inexplicables au moment même , et dont l'admirable enchaînement n'apparait que plus tard, lorsque le plan arrêté par la Providence s'est entièrement déroulé. Le XVIII» siècle sera une de ces périodes de préparation et par là même une période de malaise, pendant laquelle tous les éléments de la vie locale changeront peu à peu d'aspect.
J76 Douillet-le-Joly avant il89
M" Claude Guyon prit possession de la cure de Douillet le 21 juillet 1696, après quelques difficultés avec les héritiers de son prédécesseur , au sujet des réparations à effectuer au presbytère ; difficultés qui se termineront heureusement par une transaction gi'âce à l'intervention du frère du curé M" Pierre Guyon, praticien à Crannes sous Vallon, de W Charles Le Plat de Quincé, procureur fiscal de la baronnie de Sillé, et de Jean Galpin procureur-syndic, auquel les habitants avaient donné pleins pouvoirs. M« Claude Guyon était alors prieur de Saint-Ouen-des- Fossés et habitait depuis quelque temps le palais épiscopal du Mans. Une éducation brillante, un talent réel comme théologien et prédicateur, un maintien distingué que relevait encore une taille élancée, l'avaient fait remarquer de Ms'' de la Vergne qui l'avait attaché à sa personne et s'empressa de le nommer doyen l'ural de Fresnay, peu après son arrivée à Douillet. De tels précédents, et surtout la faveur dont il jouissait auprès de l'évêque, placèrent aussitôt M" Claude Guyon au premier rang du clergé de la contrée : il est vrai qu'il sut aussi mériter l'estime de tous, et ce qui est plus rare peut-être , se faire aimer de ses paroissiens (1).
Cependant, par une conséquence fatale de la disposition des esprits, il eut à subir plusieurs procès. Dès 1697 par exemple, le procureur de fabrique René Le^Tard ayant fait enlever de l'éghse plusieurs bancs, sous prétexte qu'auxtermes de l'ordonnance de 1539 le droit de banc n'appartenait qu'aux seigneurs patrons, le pi'opriétaii'e de la Droulinière, M<= Jean Brière l'assigna devant le bailli de Fresnay « le plus parfait juge royal des lieux ». Celui-ci condamna la fabrique en s'appuyant sur l'acte de concession consenti en 1609 à Charles du PlessisChàtillon, lequel acte René Levrard ne connaissait pas suffisamment parait-il, « parce que les plus anciens praticiens avaient eu beaucoup de peine à le lire » ! L'année suivante 1698 nouveau procès avec les détenteurs d'une maison que la fabrique possédait à la Petite-Courbe et qui refusaient d'en acquitter le fermage : cette fois René Levrard prend sa revanche et fait condamner ses adversaires. Un peu plus tard, c'est le seigneur des Roches lui-même, Mathurin Le Feron, qui invoque la prescription contre le testament de Marguerite de Cocherel son aieule et se fait décharger de la fondation par sentence du bailli de Fresnay, malgré les efTorts de W Claude Guyon (2).
(1) .Arch. paroissiales. — Chroniques, f» 26.
(2) .\rcliives paroissiales, II, u" 18.