‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 87 sur 188 · Chapitre douzième i · texte numérisé non relu

Chapitre douzième i

refondre la grosse cloche, « qui se trouva cassée », par J.-B. Dubois luncleur au Mans. Enfin le 30 novembre 1743 les paroissiens donnaient pleins pouvoirs à Gabriel Bozo afin de poursuivre devant le Ijailli de Fi'esnay les héritiers de Catherine Uuval, veuve de M. Tavernier de Boulogne conseiller du roi, grenetier du grenier à sel de Fresnay, et de les contraindre à payer les rentes dues par leur terre de Lorière (1).

Mais si la fabrique se défendait jusqu'ici avec quelque succès contre ces tendances d'une époque qu'on peut appeler l'époque des procès, la communauté prenait chaque jour plus d'importance. Comme la fabrique la communauté est alors administrée par l'assemblée de paroisse, réunie à la grande porte de l'église, à l'issue des vêpres, au son de la cloche, en présence d'un notaire. Tous les habitants peuvent y prendre part, sauf le seigneur qui n'y figure pas ordinairement ; de même les journaliers, les domestiques et les mendiants se tiennent généralement à l'écart, abandonnant sans peine la direction des affaires aux chefs de famille, propriétaires ou fermiers. L'assemblée est présidée par le procureur-syndic, représentant de la communauté, élu par elle, car l'institution des syndics perpétuels créés par Louis XIV n'a pas été maintenue : en cas de maladie le procureur syndic peut être suppléé par le procureur de fabrique. L'assemblée de la communauté nomme les collecteurs de la taille, examine les réclamations relatives aux impôts, arrête les noms de ceux qui doivent être ajoutés ou rayés sur les rôles ; puis elle délibère sur toutes les questions qui lui sont soumises par l'Intendant, représentant du pouvoir central. En 173i la communauté de Douillet est ainsi appelée à étudier une affaire contentieuse d'un intérêt tout particulier. Un paroissien nommé Jacques Le Fol, déjà taxé sur les rôles de Montreuil, a été inscrit également sur les rôles de Douillet ; il a soumis une réclamation au siège Présidial de l'Election du Mans, et le procureur -syndic de Douillet, a été invité à faire connaître les motifs pour lesquels ledit Le Fol a été taxé à Douillet. L'assemblée des habitants, convoquée aussitôt, se réunit le dimanche 28 mars et répond* Mnanimement, d'une seule voix » que la maison neuve, habitée par Jacques Le Fol sur la gauche du chemin de l'Elriclierie à Fresnay, doit être considérée comme faisant partie de Douillet. En vain, allègue-t-on que Le Fol et sa femme ont fait leurs pàques à Montreuil ; le curé de cette paroisse ne leur administre les sacrements qu'en vertu d'un billet du propriétaire de la maison le garantissant de tout ce qui pourrait arriver. En conséquence l'assemblée donne l'ordre formel au procureur-syndic de poursuivre l'instance « comme chose très juste » promettant de le rembourser de

(1) .Vrcli. paroissiales.

d86 DoidUel-k-JoIij avant 1780

tous les frais (1). Cette décision est renouvelée le 30 mai dans une seconde assemblée qui demande « que les lieux soient vus par des anciens ou par telles personnes qu'il « plaira à Messieurs de l'Election nommer h cet effet (2) ». Enfin une dernière assemblée, réunie le dimanche 26 septembre, réfute avec énergie les arguments des habitants de Montreuil et persiste pour la troisième fois à soutenir le procès. Nous ignorons quelle en fut l'issue, mais le plus triste pour Jacques Le Fol, c'est que les paroissiens de Saint-Aubin-de-Locquenay pi'ofitèrent de la contestation pour le taxer à leur tour et que le malheureux se trouva ainsi imposé sur trois paroisses à la fois ! Pour nous, nous concluons de cette curieuse affaire, d'une part que les limites de Douillet n'étaient pas encore rigoureusement fixées entre l'Etricherie et Montreuil, d'autre part que la communauté de Douillet savait à l'occasion défendre ses droits avec une remarquable fermeté. Ajoutons encore que c'est au procureur syndic que sont transmis les mandements de l'intendant relatifs aux levées de milice, comme il arrive par exemple en 1741, année où les garçons de Douillet sont invités à fournir un homme au roi (3).

Le Tiers-Etat qui compose l'assemblée de pai-oisse est trop nombreux maintenant pour que nous puissions citer des noms. La plupart d'ailleurs nous sont déjà connus : ce sont ceux des vieilles familles du pays que nous rencontrons à chaque instant depuis le XVI" siècle et dont beaucoup existent encore. Par exception cependant nous donnerons au passage un simple souvenir à M. Urbain Deshais, notaire royal à Douillet de 1688 à 1729 et le principal i-eprésentant, peutêtre, de ce que nous appelons le tiers-état de la paroisse ; il mourut vers 1740 après avoir exercé une grande influence sur les affaires de la communauté. Son testament, passé le 10 a\Til 1737 par son successeur J. B. Martineau, indique des sentiments de foi vive et de grande honnêteté ; M. Urbain Deshais règle ainsi tous les détails de sa sépulture, réclame « le service dû aux confrères de la « conft-érie du Saint-Sacrement de Fresnay dont il a l'honneur de faire partie », exhorte ses six enfants à rester unis, et leur rappelle par quels moyens il est arrivé à payer ses dettes, puis à doter chacun d'eux (4); en un mot on trouve dans cet acte la piété du chrétien, la prévoyance de l'homme d'affaires et la tendre affection du père de famille. Dirigé par un homme comme Urbain Deshais, le Tiers- Etat de Douillet ne pouvait suivre qu'une voie honnête et ne tenter que des revendications légitimes. Aucun indice ne vient encore révéler que notre population

(t) Minutes J.-B. ]\Iartineau.

('2) Ibid.

(3) Ibid.

(4) Ibid.

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