Chapitre douzième iSl
ait pu concevoir la pensée d'un bouleversement social, ni rêvei- la suppression complète de la seigneurie.
Jusqu'ici la famille de Montesson garde donc son rôle prédominant. Elle est représentée par messire Jean-Thomas de Montesson et les trois enfants qu'il a eus de son mariage avec Madeleine du Prat. L'ainé Louis-Pierre-Joseph, baptisé à Douillet le 31 décembre 1714, a épousé le 2G septembre 1738 Marguerite Renée Le Silleur, fille de feu Balthazar Louis Le Silleur, chevalier de St-Louis, lieutenant des vaisseaux du roi, capitaine d'une compagnie franche de la marine, seigneur de Sougé, et de dame Marguerite Yvonne Lelong. Depuis ce moment il prend part à l'administration de la terre de Douillet, et c'est lui entre autres qui conclut avec les habitants l'accord relatif à la chapelle Saint-Jean : bien plus, à la suite de son mariage il réunit à son titre de seigneur de Douillet celui de seigneur de Sougé, puis il achète peu après les fiefs de More et de Coi'bon, de telle sorte qu'il devient le suzerain de la plus grande partie du territoire de Douillet.
Cette constitution d'un grand domaine seigneurial au détriment de la petite noblesse qui servait jadis d'intermédiaire entre le seigneur de paroisse et les manants n'était pas sans dangers. Il faut reconnaître en effet que si la population n'était animée d'aucun sentiment de haine personnelle, certains droits anciens, et plus encore les formes cju'ils revêtaient, lui semblaient de plus en plus difficiles à supporter. Sans parler des devoirs féodau.x, dont la plupart étaient surannés et beaucoup ridicules, la dime commence à soulever des protestations sérieuses. Malgré l'estime dont jouissait M. Nicolas Pelard, les fermiers de la Coquinière et du Rocher apportent en 1747 tant de mauvais vouloir à l'exercice de son droit de dîme qu'il est obligé de leur fcnre dresser procès-verbal et de les assigner devant le sénéchal du Maine. Toutefois la cause ne pouvant être douteuse avec la législation en vigueur, les récalcitrants demandent bientôt grâce, et le curé promet de ne pas poursuivre le procès s pour le bien de la paix, pour l'union chrétienne de la société humaine (1) ». Le fait n'eu est pas moins intéressant à noter. C'est le première attaque directe qui se soit produite à Douillet contre les institutions de l'ancien régime, la première escarmouche, pour ainsi dire, de la grande guerre des dernières années du siècle.
M. Nicolas Pelard, voyant l'heure de la mort approcher, résigna sa cure à son frère Michel Pelard, ancien curé de Tannie ; quelques jours plus tard le 6 août 1748 il succombait à l'âge de soixante-sept ans, après avoir rempli dignement pendant toute sa vie les fonctions de son ministère. Suivant son désir il fut
(1) Aicli. paroissiales.
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enterré dans le cimetière, près de la croix boissée, par le curé de Saint-Aubin assisté de plusieurs ecclésiastiques (i). M. Pelard avait eu près de lui, comme ses prédécesseurs, des vicaires et des prêtres habitués avec lesquels il vécut toujours dans une parfaite union ; au dire des Chroniques il les édifiait même par sa foi, son zèle et sa régularité, mais il se distingua surtout par une générosité sans bornes. Une note inscrite par lui sur les Registres de VEtat-Civil résume ce qu'il avait donné à l'église : la valeur totale de ces dons s'élève à 2416 li\Tes, et on y remarque particulièrement une chaire qui lui coûte 750 livres en 1733, une horloge payée 400 li\Tes en 1742, des ornements de toute espèce, plusieurs bannières et 1228 livres d'argenterie. La note se termine par ces mots : « Je prie le Seigneur « d'agréer cette petite offrande que je lui fais des biens qu'il m'a mis en main. « Dieu veuille que mes successeurs en fassent le même usage. Je les conjure de « ne pas m'oublier au pied des saints autels, afin qu'il lui plaise de me recevoir « dans le sein de sa miséricorde ». En outre par un testament olographe du 15 octobre 1730, que précède une longue et pieuse invocation, M. Nicolas Pelard léguait à la fabrique le tiers de son mobiher, soit environ 1131 livres, et une rente de 1 i li\Tes pendant trente ans pour trois messes chaque année ; puis par un codicille du 10 juillet 1748 il donnait aux pauvres une somme de 3000 livres produisant annuellement 150 IIatcs d'intérêt ; enfin il désignait pour exécuteurs testamentaires son frère et Jean Thomas de Montesson, auquel il donnait ainsi un dernier témoignage d'amitié et d'estime (2).
M. Michel Pelard, né à Douillet le 8 octobre 1688, était lui aussi licencié en théologie. D'abord curé de Tannie et titulaire de la prestimonie Bigot que lui avait résignée le 24 février 1745 M. Bienvenu son neveu, il habitait avec son frère aine depuis le 8 a\Til 1748 et il l'avait secondé pendant les derniers mois de sa vie. 11 prit possession de la cure de Douillet le 2 octobre suivant (3), et s'empressa sur le champ de placer entre les mains de M. de Montesson, à titre de rente constituée, les 3000 li\Te3 des pau\Tes, dont les intérêts furent distribués désormais chaque année par ses soins et ceux du procureur de fabrique (4). Peu après il vit se renouveler les tentatives de refus de la dime. En 1751 il dut faire assigner le fermier de la Bussonnière devant le bailli de Fresnay et menacer celui de Launay, mais cette fois encore il triompha sans peine ; le fermier de Launay consentit même
(1) Reg. de l'Etat Civil.
(2) Min. Martineau.
(3) Insitniations LXIII f» t3.
(4) Chroniques, f° 34.