‹ Etude historique sur Douillet-le-JolyChapitre 89 sur 188 · Chapitre douzième i · texte numérisé non relu

Chapitre douzième i

à lui faire des excuses et à lui donner six livres pour les pauvres, en guise de dommages et intérêts (i).

Il faut dire à la décharge des récalcitrauls que la situation de la paroisse n'était pas prospère cette année là. La récolte avait été mauvaise par suite d'inondations et de pluies continuelles ; le nombre des pauvres avait augmenté, et sur les registres de l'Election, qui fixaient en 1750 à 3970 livres le chiffre de la taille delà paroisse de Douillet, on trouve en 1751 cette note significative : « Paroisse malce heureuse, mérite gratification, habitants pauvres (2) ». Dans ces circonstances le legs fait par M. Nicolas Pelard avait encore plus de prix, et messire Pierre Jean Baptiste du Prat, seigneur de la Goupillèi-c, Tanine, Rouez en Champagne, rendit un véritable service aux habitants en voulant bien accepter aux mêmes conditions le capital de 3000 livres que M. de Montesson avait remboursé ; pour plus de garantie d'ailleurs le placement fut hypothéqué sur la terre de Vegron (3).

De son côté M. Michel Pelard, suivant l'exemple de son frère, se montra généreux. Il aida la fabrique à faire roibndrc la petite cloche (1750), reblanchir l'église, restaurer le pinacle, puis il donna de ses deniers, en plus de divers livres liturgiques, un nouveau maitre autel. Gel autel en bois sculpté, de grandes dimensions, est remarquable tant par son exécution que par son style : on ignore malheureusement le nom de l'ouvrier qui le fabriqua. Il fut placé en 1754, peint et doré à la colle en 1755 par le sieur Bouchard auquel on paya pour ce 535 livres 10 sols ; aujourd'hui il se trouve dans une des chapelles du transsept. En 1756, M. Pelard donnait encore à son église un dais en velours cramoisi qu'il avait acheté à Paris le 31 juillet 225 livres 10 sols (i).

Deux ans plus tard, le 28 avril 1758, Jean-Thomas de Montesson, décédé au Mans, était inhumé dans le chœur de l'église de Douillet en présence de MM. de Perrochel, de Jupilles, de Herbelin, de la Goupillère, et des curés de Saint- Aubin, de Saint-Georges et de Douillet (5). Par son testament fait au château de Douillet le 11 décembre 1750, il léguait 150 livres aux pauvres de la paroisse, divers meubles à ses petits enfants « qu'il aime de tout son cœur » , et acquittait deux dettes légères, depuis longtemps oubliées, « priant son fils de ne « pas se scandaliser si dans l'état où il était, prêt à paraître devant Dieu, il cher-

(1) Arcti. paroissiales.

(2) Papiers de J.-B. Fay, fondé de pouvoirs de M" de l'ondville.

(3) Minutes Martineau.

(4) Chroniques, f» 35.

(5) Rc<j. de l'Etat Civil.

dOO Douillet-le-Joly avant ilSO

« chait à diminuer le compte qu'il avait à lui rendre (1) ». Sa première femme, Madeleine Paule du Prat étant morte à 38 ans dès l'année 1730, M. de Montesson avait épousé en secondes noces Angélique de Gaultier de ChilTreville, mais il n'en avait pas eu d'enfants. Louis-Pierre-Joseph de Montesson son seul fils sun'ivant devenait dès lors le chef de la famille. Seigneur de Douillet, Sougé, Corbon, More etc., possesseur d'une fortune considérable par suite de son mariage avec Marguerite Le Silleur, il fait exécuter des travaux importants au château, entre autres le grand escalier (2), et offre le type par excellence du grand seigneur de la fin du XYIII^ siècle. A la mort de son père il avait déjà sept enfants, quatre filles et trois fils ; Jean-Louis né à Douillet le 27 juin 1746, Balthazai'-Michel le 14 octobre 1748, Antoine-Louis-Hector le 21 août 1752 (3).

Sur ces entrefaites M. Michel Pelard était parvenu à sa soixante-dixième année: atteint de plusieurs infirmités il crut devoir faire place lui aussi à une génération plus jeune. Après avoir été curé de Douillet onze ans et sept mois il résigna son bénéfice à Louis-René Hiron son parent et son vicaire depuis 1750. Il resta d'ailleurs à Douillet où il conservait la jouissance de la prestimonie Bigot et vécut encore dix ans. Il mourut le 18 avril 1769.

Issu d'une honorable famille de Saint-Georges-le- Gautier, dont un membre Jacques Hiron avait été curé de Mont-Saint-Jean en 1685, M. Louis-René Hiron était instruit, zélé, d'un caractère franc et ouvert ; il avait deux frères prêtres, François, curé d'Averton ,et Jean-Georges, son vicaire d'abord, ensuite son successeur ; il fut installé le 10 janvier 1759 (4).

Dès les premiers jours de son ministèi'e la guerre devient générale entre lui et ses paroissiens au sujet des dîmes. En effet les doctrines philosophiques de l'époque pénétraient déjà dans les campagnes, la foi diminuait, et le sentiment religieux, défendu jusqu'ici avec succès par MM. Guyon et Pelard, devenait l'objectif d'attaques sans cesse répétées. Dans la seule année 1759 Louis-René Hiron fut obligé de faire assigner les fermiers de la Métairie, de la Petite-Courbe, de Courtimont, de la Foubayère, de la Corbehère, des Coulées, des Boulais, de Besche.

(1) Min. Martineau.

(2) Chroniques î" 6.

(3) Reg. de l'Etat Civil.

(4) Chroniques, f« 36 et 37. — Insinuations LXVI, f» 309.

Page 1