Chapitre douzième
Les uns furent condamnés au bailliage de Fresnay ou au présidial du Mans, les autres transigèrent ; mais l'effet moral n'en fut pas moins désastreux. Le curé perdait une partie de son influence sur ses paroissiens, et l'esprit d'insubordination se répandait de plus en plus par suite du mauvais exemple toujours contagieux. La meilleure preuve c'est que la lutte recommença deux ans après pour se prolonger indéfiniment ; en 1763 avec le fermier des Pisserots, en 1765 avec ceux des Coulées et de la Beauce etc. Cette révolte des paroissiens de Douillet contre la dime est à vrai dire le premier indice d'un changement sérieux dans les idées. De même nous n'avons plus à enregistrer qu'un seul testament en faveur de la fabrique, celui de Marie Le Roy en date du 18 février 1761. Bien plus, quelques années après, le sacriste se mettra lui-même en opposition avec le curé, au sujet d'une pendule dont il réclamera à tort la propriété ; il faudra le destituer et l'affaire prendra des proportions assez graves pour nécessiter en 1771 l'intervention du vicaire général et officiai, M. Paillé (1).
Ces symptômes divers n'entravent pas le fonctionnement de la fabrique, mais elle aussi semble poussée dans la voie des innovations. En 1765 par exemple le général des paroissiens autorise son procureur, Christophe Maignée, h. reformer les bancs de l'église pour les rendre uniformes. Le dimanche 13 avril 1766 on en met plusieurs aux enchères, puis il faut demander au sénéchal du Maine l'autorisation d'enlever par force ceux que leurs propriétaires ne veulent pas ôter et procéder de nouveau, le 21 juin 1767, aune adjudication définitive. Comme on le voit, cette affaire avait encore soulevé certaines résistances. Un descendant des anciens seigneurs de Saint-Paul surtout, M. de Pannard de Lassay, avait réclamé avec énergie contre l'enlèvement des armoiries qui décoraient le banc de ses fermiers. L'année suivante 1768, la fabrique fait refondre une cloche au Mans par Cl. Dubois, moyennant 77 livres. Le 23 octobre une assemblée des habitants décide de placer sur les biens du clergé de France les 3,000 livres des pauvres, que Madame du Prat avait remboursées au mois d'août, et d'y ajouter 750 livres pris sur les intérêts, afin de conserver la rente annuelle de 150 livres ; le placement fut fait à Paris le 31 mars 1769 par les soins du procureur Pierre Agin et par l'intermédiaire du receveur des décimes du Mans, « qui était alors la seule voie par où il fallait envoyer l'argent au receveur général du clergé ». Enfin les revenus de la fabrique lui permettent en 1772 de faire remplacer par une large fenêtre les deux petites ouvertures qui éclairaient la chapelle du Rosaire, et de commander un nouveau tableau du Piosaire au sieur Boissière ; ce tableau fut payé 102 livres en 1774. —
(t) Arcli. paroissiales,
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Cependant la popularité dont avait toujours joui à Douillet l'idée religieuse, les rapports intimes qui unissaient la communauté et la fabrique, ne pouvaient mettre cette dernièi'e entièrement à l'abri des tendances générales du temps. En 1773 le propriétaire des Pisserots voulut s'emparer par prescription de trois champs de la fabrique, jadis baillés à son fermier moyennant une rente annuelle. Il en résulta un long procès, au bailliage de Fresnay, et en appel au présidial de la Flèche, procès dont le résultat fut d'ailleurs favorable à la fabrique (1).
Mais ces interminables chicanes, ce changement manifeste dans les idées, ne portèrent pas bonheur à la paroisse de Douillet. Le -4 août 1774 (2), sur les quatre heures du soir, après une chaude matinée, il se forma tout-à-coup un nuage épais, « qui épouvanta, disent les Chroniques, tous ceux qui eurent le temps de « l'examiner » ; puis au momentoùon s'y attendait le moins, il commença à tomber « une énorme quantité de grêlons aussi gros que des œufs d'oie ». Un habitant, Nicolas Picher, qui fendait du bois dans la rue près l'église, surpris par les premiers coups, crut qu'on lui jetait des pierres et demanda avec indignation ce qu'on lui voulait. Plusieurs personnes entendirent M. de Montesson s'écrier dans le jardin du château : A moi, mes amis, à moi ! (3). Cette affreuse grêle, dont on n'avait pas d'exemple, dura environ une demi-heure et plongea la paroisse dans la consternation. Les grains et les fruits de toute espèce furent moissonnés, beaucoup de personnes et de bestiaux blessés, des lièvres, des lapins et des perdrix tués au milieu des champs ; dans le bourg, le château et l'église furent si sérieusement endommagés qu'il fallut refaire une partie des toitures et remplacer un nombre considérable de vitres. Le fléau du reste n'avait pas épargné les paroisses voisines. A Saint-Georges la perte fut évaluée à 19,000 livres, « pas moitié de ce qu'elle devait être (4) » ajoute le registre ; à Sougé on éleva une croix et on fonda une messe annuelle «. pour prier le ciel d'éloigner à l'avenir semblable calamité » ; en un mot toute la contrée fut ravagée, environ trente-neuf paroisses, au point que
(1) Arch. paroissiales.
(2) Nous adoptons cette date au lieu de celle du 3 août 1772 donnée par les C/iro)i(5ues, parce que cette dernière, qui ne se trouve dans aucun document contemporain et provient sans doute du souvenir inexact de quelque vieillard, ne concorde pas avec les nombreuses notes relatives à cette fameuse grêle, insérées dans les Registres de l'Etat-Civil des paroisses voisines. D'autre part, l'heure et les détails étant rigoureusement identiques, il est difficile de croire à deux événements différents.
(3) Chroniques, i°' 5 et 39.
(4) Reg. de l'Etat Civil.