‹ Etude historique sur l'AngoumoisChapitre 3 sur 30 · DEUXIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉPOQUE

Jusqu'à présent, on n'a indiqué que quelques monuments Gauloii, pour dire quelle fut la religion de l'Ângoumois ; mais ces pierres colossales, sans inscriptions, ne donnent aucune

9S ËTODES HISTORIQUES

connaissance des mœurs, des lois civiles, des ^é-^^ nérations primitives. Dans les premiers siècles de l'existence des Celtes, tout est mystère, on ne saisit que quelques incertitudes à travers cette ombre impénétrable. Des monuments Romains étaient oubliés, ou entièrement ignorés; ils sont venus s'offrir à nos recherches, comme autant de preuves de la domination Romaine dans no»

champs; mais tout semble prouver que le peu»

ple^ tel qu'on va le voir, n'a rien gagné au contact de la civilisation de l'Italie; c'est qu'une nation vaincue reste long-temps étrangère à Tinstruction du vainqueur. Le Gaulois jouissait d'une liberté sauvage , au sein de ses antiques forets , tout en obéissant aux lois despotiques des Druïdesf. mais, pendant l'occupation Romaine, dépouillé de sa dignité d'homme , il se courba entièrement ious le joug de l'esclavage, et la loi qui régissait les esclaves de l'Italie fut appliquée aux paya conquis.

Le christianisme, né au milieu de l'abrutissement général, réveilla des idées de progrès endormies depuis bien des siècles , en préchant la liberté, en posant en principe l'égalité sociale ^ ce r£ve de tontes lésâmes généreuse», qui, jusqu'à présent, ne s'est réalisé que dans les préceptes de

SUR L'ANGOUHOIS. 59

l'éYMigile. Ce ne fut d'abord qu'une théorie chi^ mérique ànx yeux du pouvoir t3rrannique ; mais la force des convictions religieuses en mit la pra^ tiqaè dans la conscience, attendant qae rhumanité perfectionnée par i instruction pût la trouver dans le droit commun. Cette religion, qui devait changer la face du monde, n'ent d'abord que peu de prosélytes, encore ne se trouvèrent-ils que dans les derniers rangs de la société. Maisquand elle eut attiré à elle des hommes fortsde leur instruction et de leur énei^e, elle fut traitée en- ennemie. D'ailleurs , Rome sentant que la morale de l'évangile portait un coup mortel à sa puissstnce, déjà minée par une dépravation générale , persécuta le christianisme , qui vit encore grandir la force de ses convictions dans les tourments inventes par la tyrannie des dei^ niers Empereurs Romains . Cette deuxième époque de notre histoire nous montre donc l'Angoumoia comme partagé entre le culte du paganisme , la croyance des Druides^ forte en quelque sorte de sa nationalité , et le christianisme, qui, quoi-que persécuté , se montre plein de courage et de foi dans Tavenir. Le Druide y dresse encore ses autels sanglants, le paganisme y déifie les pas-^ sions humaines, tandis que les chrétiens vont cacher la célébration de leurs mystères dans dea

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retraitet OÙ ne pouvait pas les atteindre la tyrannie des autres religions rivales.

C'est iei le lien de demander à ces temps du

Moyen-Age leurs souvenirs empreints de poésie, et d'expliquer ces contes populaires, ces chroniques de l'erreur, dont on a berce notre jeunesse. Alors commence l'empire des idées religieuses du peuple qui, par des souvenirs incertains, divinisa les pratiques de son culte , crut voir des prodiges , signes de sa foi , dans la caverne silen* cieusc , au tond des bois où il éleva ensuite des temples, au sommet des collines où la voix de ses maîtres rappellera bientôt à la défense du manoir féodal. De cette époque, où commencent pour l'histoire tant d'incertitudes, datent les souvenirs religieux de nos jours. La source d'eau, qui , dans certaines. contrées, passe pour guérir certaines infirmités , fut , sans doute, visitée par

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baptême à ses frères, loin des regards ennemis

du monde. Ainsi, l eau qui donna la vie à l'ame, en la puriiiant des souillures humaines , .passa bient&t pour avoir d'autres vertus. Demandons au vulgaire sa pensée sur la grotte de Saint- Marc, près d'Angoulême. Saint-Marc l'habita* t-il? — Il en est persuadé; mais la bonne foi

m L'ANGOUMOIS. 61

admet au moins le doute. On peut croire t|u à 1 époque de quelque persécution contre les Chrétiens , ou même contre les Dmïdes, — car Rome persécuta les deux croyances , — un Druïde , ou un Chrétien , se retira sous ce rocher , et y réu» nit «ecrctement , pour la prière , quel(|iic8 hommes amis de ses doctrines. Ainsi, ce souvenir, passé d^une génération à l'autre , en perdant quelque chose de son caractère, aurait iait naître Topinion actuelle.

Plus tard , quand on crut saisir les réalités du

passé , on éleva une ciiapelle près de la iontaine qui coule au-dessous de la grotte, et la population des environs vint iionorer un Saint , où les siècles antérieurs avaient peut-être honoré un prêtre de Teutatès, un satyre des hois, ou une nymphe des eaux. L'historien doit chercher la cause des préjugés , en suivre la marche et assister à leurs conséquences; c'est ainsi t|iic I;i philosophie de l'histoire lui apprendra à tirer quelques vérités de ces temps trop ignorés ; mais on tenterait en vain doter les illusions poétiques, créées par l'imagination d'un peuple dont on ne conuait guère ni la barbarie, ni la civilisation; et il viendra un temps où le peintre et le poète les

<ei ÉTUDES HISTORIQUES

réclameront comme le domaine de leurs io^-

rations.

Quand Aome cessa d'exercer une souveraine

puissance sur le pays que lui avait soumis la victoire pendant cinq siècles, les peuples barbares commencèrent leurs invasions , parce que là où s'éteint une nation , commence l'agrandissement d'une autre. Les derniers Empereurs Ro* mains, ne pouvant plus défendre la Gaule, furent forcés d'en céder plusieurs parties à leurs nouveaux ennemis. Les Gaulds restèrent paisibles dans ce nouveau partage des terres ; Fesdavage les avait rendus insouciants, et ils s'occupèrent peu de savoir quels seraient désormais leurs maîtres. Alors , le Département de la Charente vit les troupes indisciplinées des Vandales qui , re^ poussés par les Francs , descendirent en Espagne, dont ils envahirent la partie occidentale Les Visigoths obtinrent ensuite de l'Empereur Constance la seconde Aquitaine , où se trouvait compris l'Angoumois. Ce peuple fut long-temps le maître de ce pays ^ il posséda la ville d'Angoulemej et n'y a point laisse de traces de sa domination. Point de monuments qu'on puisse lui

SUR L'ANQOUMOIS. 9$

attribuer, point de ^vieilles chroniquet où l'on ait enregistré ses dévastations , ses mœurs et ses lois; tandis que les Romains laissèrent d'eux de vivanu souvenirs. C'est que le point de départ

de la conquête fut dififérent chez l'un et Fautre peuple ; le Romain s'était fait conquérant pour la gloire de son Empire , la nécessité seule avait rendu les peuples du Nord avides des richesses du Hidi« Le résultat des deux invasions ne put donc pas être le même.

Pendant tout le temps de la domination Romaine, les actes publics se faisaient en latin; tous les agents de radministration parlant cette langue , les Gaulois furent obligés de l'apprendre : auësi, trouve-t-on encore, dam les divers idiftmes patois de TAngoumois, une foule de mots latins qui ont conservé leur signification propre ( 1 ) . Les \i&igoths n'y ont pas ainsi laissé les traces de leur langue, ou l'on ne sait pas reconnaître les mois qui en sont dcrivés. Pendant la durée de leur dominatiouj ils eurent successivement pour Capitale Bordeaux et Toulouse Un siècle après, Glovis, jaloux de leur puissance, songea à les attaquer. 11 marcha contre euxj et les vainquit à

* DuboudiflC , htmûn d*Aqiiiliîiw.

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la sanglante bataille de Vouillé , près de Poiliers, où se décida Fayenir de gloire de la Monarchie Française. Les Francs forent alors maîtres da Département de la Charente^ et leur armée vint, dit-on , prendre position dans les retranchements du camp de Vœûil, d'où elle sortit pour aller assiéger ensuite Angouléme, où s'étaient réfiigiéa les débris de celle des Visigoths. Quant à Té-» poque de ce siège , les historiens s'accordent à dire qu^il eut lieu Tété qui suivit la bataille de roiliers , lorsque Clûvis revint de Bordeaux, dont il s'était rendu maître Mais nous savons , d'un autre c&té^ que le Chef des Francs, après s'être emparé des trésors d'Alaric, à Toulouse, les envoya à Ângoulême, pour les prendre à son retour : Tattaque contre Angouléme aurait donc eu lieu peu après la bataille de Poitiers. Les assiégés se défendirent avec beaucoup de courage; mais la >ille ayant été prise d'assaut^ ils furent passés au fil de Tépée; horrible vengeance d'un peuple barbare contre un autre peuple qui défendait ses foyers ! Gomme l'administration des Visigoths avait été assez douce , les habitants de l'Angoumois ne les abandonnèrent qa à l'instigation des évêques et des prêtres^ qui voulaient >

* Méztsrsu , tome i.

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ainsi s'affranchir du }oug des Ariens , hérésie introduite depuis peu dans la religion chrétienne. En effet ^ Clovis chassa de la Tille Févéque et les prêtres partisans des doctrines d'Arias.

Ou dit qu au moment où Clovis pressait le siège de cette viUe^ on vit s'écrouler une partie des remparts, comme pour donner un passade aux assiégeants *. Le fait a-t-il été inventé pour servir les intérêts matériels de la reUgion?

A-t-il eu lieu, mais par une cause toute naturelle? S'il est difficile de répondire a ces deux questions^ on sait au moins que cette croyance est restée long*temps dans les rangs du peuple , et , il y a quelques années, on montrait encore , près de la promenade du Parc , un endroit des remparts appelé Pas de Clovis. Selon l'opinion vulgaire, ce guerrier se cassa une jambe en montant 9 l'assaut j et c'est, sans doute, pour perpétuer ce souvenir qu'on aura sculpté assez grossièrement une jambe sur un des bastions du rempart, à gaud^e de la même place. Mais comment concilier . le prodige avec l'accident? D'un côté, le Dieu de, Clovis fait écrouler les remparts ^ et, de lautre,

CTODES B1ST0IUQUE8

un accident arrête , pendant quelques jours , le cours des victoires du héros.

Ainsi, dans les temps anciens, le peuple moins instruit qu'aujourd'hui , croyait facilement aux prodiges, et la tyrannie ambitieuse faisait son profit des préjugés et de l'ignorance des nations* esclaves. Les chroniques du Moyen- Age ont ensuite enregistré ces faits mensongers , tant Vesprit humain se laisse entraîner par le torrent de Topinion! Ainsi, GonsLantia vit sa victoire inscrite dans les airs ; Glovis place son triomphe dans la promesse faite aux Dieux de Clotilde ; et, à quelque temps de là, les murs d'Angou-» léme s'écroulent pour laisser passer un Roi couvert du sang de plusieurs des membres de sa iàmille*

On dit encore que, dans le seizième siècle^ on voyait près d'Angouléme une énorme pierre ^pulcrale, que les habitants des lieux voisins appelaient le Tombeau du Bourguignon Comme chaque débris d'antiquité, rongé par le temps ou mutilé par les hommes ^ a souvent son histoire populaire , on considérait celui-ci comme ayant

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sua MtNSODllOIS. «

^servi à la sépulture d'un Chef fiourguignon qui, mort pour avoir bu outre mesure du vin de ce coteau, voulut que ses restes y fussent déposés^ comme si son épicurisme avait dà lui survivre, et transmettre son nom à la postérité. Cette pierre a bien pu servir de dernier asyle à quelque Chef de cette nation cpii aida Glovis à conquérir ce pays sur les Visigoths j car Gondebaud, Roi de ^Bourgogne, partagea les périls des vainqueurs «t les dépouilles des vaincus.

Après s'être emparé de la ville et de tout lo

pays , — car Grégoire de Tours dit : omnemque terrain subjugcwit, — Clovis y établit un gouverneur soiis le nom de Comte, Cornes. Cette dignité avait d'abord été établie dans les Gaules par Constantin , et fiit ensuite maintenue par les Francs^ Les premiers Comtes connus de la ville d'Angouléme furent Nantinus, Ramnulfe et Maracaire, qui gouvernèrent avant et après Clovis ^. Alors vivait Saint-Cybard. Les chants de victoire dçs Francs furent répétés par l'écho de son rocher solitaire , où s'étaient aussi retirées plusieurs autres personnes pour y vivre dans la pénitence , «ntr^autres Saint- Astier, devenu plus tard Fermito

Pas(pûer, recherchea, liv. 2 et Uv. 3.

du Pérîgord, et Saint- Amant, qui se retira ensuite dam un autre ermitage, où fut élevée, dans les siècles suivants, VAbbaye de Saint-Amant-dc- Boixe« CeSaint^néàBordeaux, d'une iamilleriche. Tendit ses biens, les distribua aux pauvres, et vint prendre part aux méditations religieuses de Saint-Cybard, qui lui conseilla de se retirer dans , ce lieu inculte et sauvage, appelé alors Buxia *.

Après la mort de Clotaire , un des fils de Clovis«

le royaume ayant été divisé, l'Angoumois échut en partage à Sigebert, Roi d'Austrasie Alors, les successeurs du vainqueur de la Gaule cher* cbèrent à satisfaire leur ambition par des crimes, et cette provînce fut enlevée à Sigebert par Chilpéric , Roi de Soissons. L'Angoumois , devenu le théâtre de la guerre civile entre les deux frères, iut ravagé dans tous les sens parThéodebert qui , au nom de son père, incendia les châteaux, renversa les églises et massacra les prêtres **** Les deux ai mées ennemies se rencontrèrent non loin de la ville 4l'Angouleme; la haine était égale des

* Chronique de St-Cybard.— État de l'Église du Périgord.—Hami»crit de Guidoo.

Chroo. de GiUei... . Moufteria Mfronmi «t «icîlUuniiiiDeldevMtaiii.

SUR TANGOtlHOIS. If

deux cotés ^ la bataille fiit sanglante, et Tbéode^ bertj fils de Chilpéric, après avoir donné les pitu ^andes preuves de courage, succomba victime des prétentions injustes de son père. Son corps, percé de coup», fut trouvé sur le champ de bataille y et après avoir été exposé aux insultes des yainqueurs, il fiit enseyeli dans le monastère de Saiut-Cybard, par Ariiulphe, un de se» Mêles seryiteurs. Plusieurs historiens disent que le combat eut lieu près de la forêt de Boixe, à quatre lieues d'Ângouléme

Au milieu de cette société , troublée par les discordes des races royales^ la rdUgion eut aussi ses moments d'anarchie. Les prêtres , complices de 1 ambition des Princes, qui se les étaient atta^ chés en leur cédant une partie du pouyoiir temporel , portèrent le crime au fond du sanctuaire mais, il faut l'avouer, les moeurs barbares de répoque firent tout le mal; la religion ne les avait pas encore policées. Deux évéques d'Angouléme, que le même intérêt politique, la même ambition et le même fanalUme avaient assis sur le même siège, se disputèrent l'autorité religieuse, en

« 573. — . Hanmant de yerteiifl.---AimoiD.»6ré8»ire de Italie IHMli6iie.-»PaB<iiiier, fecfaerdi. Kt. lO^diip. 1.

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employant Tun contre l'autre le glaive et le poison. A c6té de tels crimes , Grégoire de Tours ^ en faisant notre histoire , cnumèi (; une longue suite de miracles survenus à cette époque

Déjà le christianisme , s'ccartant de sa source divine, servait rii3rpoGrisie et Fambition, cpii se cachaient sous le voile mystérieux de la foi. Mais, il faut le dire , le peuple avait une entière conViclion ; les Grands seuls firent tourner à leur proât la croyance religieuse^ la nation ne fut que plus tard séduite par le mauvais exemple. Pouvait-il en ctic autrement, au sein d'une nation mêlée du sang des Romains païens, des Vandales idolâtres, des Visigoths et des Francs, dont les uns professaient Tarianisme , et les autres le catholicisme , en cédant plutôt à l'entraînement de leur ignorance qu'à celui de leurs convictions religieuses? La religion ne pouvait pas être à l'abri des souiOures humaines, dans des siècles où l'instruction n avait pas encore fécondé l'intelligence du peuple, mais les conditions de Thu* manité ne sauraient être un opproliie pour le christianisme.

Depuis l invasion des Romains dans TAngoumois, jusqu'aux sanglantes disputes des liéritiers-

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SUR L'ANGOUMOB. U

de Clovis , avec quelle effrayante rapidité les ré-

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rants ont souillé les demeures de nos pères! Sans doute , on s'y est entretenu long-temps des crimes des Frédégonde et des Bninehaut , qui s'aiv mèrent si souvent de la hache des batailles ou du poignard de l'assassin pour satisfaire leur»

haines. Les anciens LabiLanU de cette province ne nous ont fait connaître, que d'une manière incertaine, le lieu ou Théodebert trouva la mort, conune s'ils avaient eu horreur de nous rappeler les sanglants débats de la première dynastie royale. Le corps du jeune guerrier fut déposé dans le cloître de Saint-Cyhard^ ou plutôt dans remplacement où fut ensuite élevée FAbbaye; et le temps et les hommes n'ont épargné ni l'un ni l'autre ; seulement le souvenir du Saint vit encore, tandis que le nom du ûh de Chilpcric ne se retrouve plus dans la mémoire du peuple.

L'Angoiiniois passa ensuite à Childebert II, filsde Sigebert ^ mais , peu de temps après , le peuple reconnut pour Roi un nommé Gondebaud , qui se disait fils de Clotaire et la ville d'Angonlême Téleva sur le pavois. Cette usurpation.

* S75i.-»Aimoîii4e-iiioiM.

7s Émm msTORiQUES

ne fut pas de longue durée» car Gondébaud, livré, la même année, à Gontrand, Roi de Bouiw gogne , fut mis à mort. À la suite de la conquête des Francs , et des guerres survenues entre tes Princes de la première Race, les Chefs militaires s'étaient partagé les terres conquises; ainsi commença , sur le so) de PAngoumois , la féodalité mieux formulée que pendant les conquêtes antérieures. •

Malgré les erreurs de quelques hommes d'église^ on peut considérer ce siècle comme celui où le peuple se livra avec une plus profonde conviction aux idées reUgieuses , qui semblaient devoir améliorer «on existence, et le mettre à l'aliii des entreprises des seigneurs , devenus les seuls maîtres de disposer des biens et de la liberté commune. La religion qui, dans son principe « s'est toujours mise en harmonie ' avec les besoins de l'homme , suspendit, quelque temps, les progrès de ce nouveau despotisme , en lui opposant ses préceptés de charité; et la société, espérant briser les derniers liens de 1 esclavage imposé par les peuples étrangers , encore effrayée du passage des barbares et de la rivalité des familles royales , commença avec ardeur à élever des tem* pies pour trouver dans la prière un repos qu'elle

SUR L'ÀNGOmiOIS. 1%>

ne pouvait trouver dans leg débats de Fambition. Alors , les lieux les plus écartés se changèrent en solitudes religieuses ; les rochers ouvrirent leurs cavités profondes à Thomme qui s'exilait du monde; et le désert retentît du chant des hymnes sacrées. Saint-Maure, disciple de SaintF^Benoit , posa les fondements de TAbbaye d'Aube terre , où il vécut long-temps en qualité d'abbé ; son corps y fut enseveli , et transporté ensuite près de Paris, dans un lieu qui a gardé son nom Une partie de cet édifice est taillée dans le roc , et du milieu de la voûte de l'église découlent lentement les eaux d'une fontaine , onde régénératrice qui mouilla autrefois le front des premiers chrétiens^ en leur imprimant le signe de la foi. Au-dessus de l'église, s'élevait le château féodal des seigneurs de cette ville, bâti lorsque la noblesse voulut dominer l'église , en attendant que l'une et l'autre réunissent leurs forces pour l'oppression générale. Plusieurs des Abbayes nouvellement construites no tardèrent pas à abandonner les règles austères de leur in* stitûtion^ et à méconnaître les vues de leurs pieux fondateurs, en se livrant à toute espèce de désordres. Ce fut dans une circonstance

* SS4.*])iiboiidiet^ AnnaJes d'Aipâtaiiie.— £lat de l'égïte dn Périgord»

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7« ÉTUDSS mSTORIOUBS

semblable, que Févêque d'Ângoulême» et plusieurs autres^ se rendirent à Poitiers , pour cor^ rigerles mœurs dépravées de l'Âbbaye de Sainte* ftadégonde, où ils faillirent être massacrés par les religieuses révoltées '^m

A la mort de Clotaire II , Roi d'Aquitaine

Caribert, en l'absence de Dagobert, son frère, voulut s'emparer de toute la Monarchie Franr çaise Dagobert prit les annes contre lui, etlevainquit^ mais ensuite , cédapt à la prière des sei-> gneurs , il lui accorda l'Angoumois, la Saintonge et le Pcrigord. Mais la Ycngcancc ne fut que différée 9 car, peu de temps après, Dagobert le lit empoisonner, ets^empara de ses États, L'Angoumois se souleva alors contre le meurtrier, et rentra bientôt sous son obéissance. Dès-lors , l'administra-^ tion de ce Prince devint plus tyrannique; il commandait en maître sévère , et le peuple tremblant obéissait à ses volontés, comme un troupeau d'esclaves. Léontius , évéque de Bordeaux , ayant assemblé un concile à Saintes, pour déposer un jeune évcque de cette ville, nommé Êmérius, en mit un autre à sa place. Le Koi d'Aquitaine ^

* 89S.-*6régdiK âà Toi».

SUR L'ANGOtmOKi^ 7»

indigne, prit le parti de révêque, objet de ses prédilections^ fit arrêter le dernier^ et Tenvoya ea exil, renfermé dans un char jonché d^épines Alors, les Princes persécutaient les évéques, ait les flattaient, sdon leurs intérêts.

Quand le sceptre se fut brisé dans les mains des Princes que Thistoire à flétris du nom de Fai-^

nécmts , les gouverneurs de l'Aquitaine^ choisis parmi les officiers les plus distingués de ce temps^ mais dont le pouvoir était encore temporaire , se déclarèrent indépendants, en profitant de la faiblesse des Rois, et des désordres occasionnéa par les guerres civiles. C'est à cette époque ^% qu'apparaît àmt toute sa force, dans l' Angoumois^ comme partout, la féodalité, dont la cause fut un sentiment de liberté , en ce que le peuple con* tribua à rindépendance des gouverneurs > et prêta ainsi ses forces à la tyrannie. Les gouverneurs, ou Comtes*, pour être phis forts contre le pouvoir royal, créèrcnl, au profit de leurs partisans , de nouveaux emplois et de nouveaux privilèges. Ainsi, le peuple vit s'augmenter le nombre de ses maîtres, et delà, la multitude de»

* 635 — Méterai.

7$ ÉTUDES mSTORlQUËS

geigneuries et de tom les droits féodaux, dont h

haine publique a fait justice ^ onze siècles plus tard. Cette révolution politique venait de s'accomplir , lorsque de nouveaux malheurs vinrent fondre sur l'Angoumois.

Les Arabes, cette nation pleine d'énergie et de civilisation , qui venait se heurter contre la burbarie du Nord, la refoulant , un instant , par la force du courage et la grandeur des entrepriseï, maîtres depuis quelque temps de l'Espagne, avaient franchi les Pyrénées , et inondé la partie méridionale de la France. Déjà , ik s'étaient établis dans la Gaule Narbonnaise, et menaçaient de faire de plus grands progrès. Eudes, Duc d'Aquitaine, tenta vainement de leur résister; son armée fat mise en déroute, et sa femme, tombée au pouvoir d'Abdérame, Chef des ennemis, (al envoyée dans le sérail du Calife*. Alors , les Arabes, sortant du Périgord, se précipitèrent dans l'Angoumoîs, brûlèrent les églises et pillèrent tout le pays '^^^ Leur armée s'avançait vers la ville de Tours, lorsque Gharles^Martel vint au secours du Comte Eudes. Les deux armées s'arrêtèrent entre

Annales d'Aquitaine.

SUR L AMGOIJMOIS. 77

7oiin et Poitiers, où^ après s'être observés pen* dant plusieurs jours , les Francs et les Arabes se livrèrent une sanglante bataille, dans laquelle périt Abdérame. La défaite des étrangers fut complète, et les débris qui échappèrent au fer des vainqueurs se dispersèrent ça et là dans leur fuite. Cependant, de nombreux détachements se maintinrent long-temps dans FAngoumois et dans la Saintonge, parcourant le pays, et le mettant à contribution* Us campaient dans des lieux escarpés, cachés entre les rochers, ou au milieu des forêts, où leurs bandes, ainsi divisées, se réunissaient ensuite pour des expéditions où le danger exigeait une foi ce imposante, ils furent, de cette manière, pendant long*temps, la terreur des habitants de ce pays.

C'est peut-être à cette époque de désastres

qu'on doit demander la cause de la frayeur imaginaire que la population de quelques parties de l'Angoumois éprouve à l'aspect de certains lieux^ placés dans les rochers , dans la gorge des montagnes ou au fond, des bois (â). Le vulgaire croit encore y voir des spectres menaçants, des ennemis cachés ^ des cadavres gisants sur la terre ensanglantée. Long-temps après, on a cru aussi que les bandes de Bohémiens, si nombreuses dans

78 ÉTUDES BiSTORIQDES

le Moyen- Age, étaient composées des descendanU de ces mêmes Arabes, parce que> sans doute, {>1nsieurs étaient restés dans le pays , et avaient étonne les populations crédules et ignorantes , par les connaissances qu'ils possédaient dans certaines sciences nalurelles. Quelques auteurs ont prétendu que Charlemagne leur livra une sanglante bataille, à Benest, dans l'Arrondissement de Confolens ; mais il est difficile de vérilier cette assertion. D'un autre c6té, comme les Arabes résistèrent quelque temps à Charles-Martel, dans cette partie de la France, et que celui-ci remporta, dans l'Angoumois, une victoire sur le Comte Eudes ^, peut-être alors ce lieu iut-il le théâtre du combat. Soit que Taflbire ait eu lieu de la part de Charles-Martel ou de Charlemag^e , contre le Comte d'Aquitaine ou contre les Arabes , la Commune de Bcnest fut le champ clos des combattants. Des fouilles faites dans les environs firent découvrir, il y a trente ans, une grande quantité de tombeaux et des armes brisées.

En récompense du courage qu'avaient montré

les habilauts dans cette circonstance, Charlema-

* Aunalcâ d'Aquîlaine, liv. 6,|Mige 2.

SUR L'ÂNGOUMOIS. 79

leur accorda des franchises, qui iiirent plus

tard confirmées par François I^^"; car on lit encore cesmotSySitrundesmursde l'église : «Uannéei Si 7, •» franchise de Benest fut mise au net par François^ » Roi , qui leur bailla cette allégeance , en con- » servant leurs anciens privilèges ^.w Charlemagne institua aussi, dans la même Commune , deux services fimèbres , en l'honneur des guerriers morts dans ce comLatj l'un deux devait durer ^trente jours*

Cette bataille ne iiitpas la seule livrée, dans les «champs de TAngoumois, contre les Arabes; les chroniqueurs font encore mention d'une autre victoire remportée sur ce peuple, et dans laquelle les Aquitains furent secondés par les Angoumoisins, au nombre desquels on cite, comme ayant fait des prodiges de valeur^ les trois familles des Acliards> des Tisons et des Voisins. On croit cpi'elle eut lieu sous Thierri IV . Long*temps après, pour en perpétuer le souvenir, et pour honorer les familles qui donnèrent leur sang pour chas* ser Tennemi de TAngonmois , la reconnaissance publique éleva ^ sur le chemin d^Angoulême à

* Difitoirc manuscrite d'ÂJigoumou, par M. Desbrandcs , 2 vol. in-f.

Vi ÉTUDES mSTORIQUES

La Rochefoucauld, une colonne portant cetteins-

^ription :

Achard fit reconstruire les églises renversées ou

mutilces par le fanatisme haineux des Arabes, et xétablit révéquesur son siège En mémoire de cette action, l'aîné de cette famille illustre avait le droit de marcher en tête du cortège^ quand un évéqûe faisait sa première entrée dans la ville; ce droit, reconnu par tous les Rois de France, fut encore confirmé par Louis XIV. L'Ângoumois ^ entièrement ravage pendant cette invasion, et parcelle qu'y fit Charles-Martel, en poursuivant le Comte Eudes , garda long-temps le souvenir de ses malheurs et de ses nobles dévouements «

Après la mort de Charles-Martel, les peuples del' Aquitaine crurent pouvoir étendre leur libeiw

té, en s^associant à la résistance des seigneurs contre le pouvoir royal ; l'Angoumoisse souleva,

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SUÊL L'ANGODHOIS. M

et sei viL les projcls de Hunaud^ qu'on croit être fils de £ude« \ Pépin, et son frère Carlomaa , marchèrent alors contre le prétendant ambitieux, ravagèrent encore ce pays et toute l'Aquitaine, jusqu'à la Garonne; et, en récompense de leurs sanglants succès, ils se partagèrent cette province, deux fois conquise en peu d'années. Mais, un an après, Hunaudleya encore Pétendard de la ré** volte> et fut encore vaincu Malgré tant d'obstination, il s'humilia devant son ennemi, demanda sa grâce et l'obtint. Peu de temps après, cet ambitieuiy couvert du sang de son frère qu'il avait fait assassiner, et dévoré par les remords, se retira dans un monastère de ïde de Ré , laissant à son fils Gaifre, âgé de dix-huit ans, le soin de faire valoii ses droits au pouvoir. Ce jeune Duc conserva toujours la haine de son père contre Pépin, qui prit les armes contre lui pour le punir de s être emparé des biens du clergé, de concert avec les seigneurs du pays.

Pépin vint donc encore en Aquitaine, et Gaifre , pris à l'improviste , promit de restituer les biens. Mais , au lieu de tenir sa promesse , il

* Xézerai. — Delest. , AoUq. Gauloises.

leva des troupes ^ attira les soupçons du Prince Français, qui ravagea, dans cette circonstance,

la partit^ de l'Ang^oumois la plus proche du Poitou, et continua la guerre , Tannée suivante Cepeniiant, TAngoumois se reposa pendant deai ans de cette lutte de l'ambition et de la mauvaise foi, parce que Pépin fut attiré ailleurs. Le Prince revint ensuite en Aquitaine. Gaifre n'ayant pas assez de troupes pour garder les villes, les lit démanteler, et rasa les fortifications pour enlever à son ennemi ce moyen de défense. Selon quelques historiens , le jeune duc se retrancha dans Angonléme, où il se défendit avec opiniâtreté. La ville fut prise, après plusieurs jours de siège, lit les remparts furent détruits par les ordres du vainqueur

Cependant, Gaifre , étant parvenu à sortir de la ville avec une partie de son armée , continua

la guerre : ses partisans, n'osant plus se porter, .avec toutes leurs forces, au-devant de Pépin, se retranchaient sur des rochers, dans des cavernes, jet prolongeaient ainsi une lutte désespérée, dans

Mènerai.

SUR L'ANGOUMOIS. tS

laqadle chaque position attaquée et défendue

avec courage faisait couler des flots de sang.

Qu'on ne soit plus étonné si le peuple des

campagnes cite encore plusieurs lieux comme ayant recelé autrefois des ennemis dont il ne sait plus le nom ; la guerre civile et la guerre étranf^ère lui ont laissé tant de souvenirs incertains! Dans la partie de l'Angoumois qui touche au Périgord , on trouve beaucoup de rochers dont la disposition naturelle servit de position militaire; et Tintérieur offre encore des traces d'habitation dont on ne connaît plus la date. La partie voisine de la Charente-Inférieure eut aussi à souffrir des dévastations des armées de Pépin; car, selon quelques historiens, il y fit mettre à mort un frère de Gaifre , pour avoir déienilu, les armes à la main, les intérêts de sa famille Cependant, du moment où iUne purent plus compter sur la réussite des projets de ce jeune révolté, ses partisans Tabandonnèrent , et le laissèrent seul errer au hasard, sans 'appui et sans espoir; il fuyait de retraite en retraite , lorsqu'il fut massacré par les habitants de l'Angoumob, fittigués des désastres de cette

ffiitoire du Languedoc , tome i.

84 ÉTUDES BISTOIUQUES

guerre. La mort de Gaifre ne donna pas pour

devait encore faire un appel aux armes , et soutenir de folles prétentions , en faisant couler de nouveau le sang des citoyens. Cette même année, \ Pépin traversa encore rAngoimiois avec une partie de son armée ; mais arrivé a Saintes, il Ait attaqué d'une maladie dont il mourut. Pendant ces guerres civiles , plusieurs évéques de l'Aquitaine avaient été privés de leur siège^ mais Pépin en rétablit plusieurs, et comme <:elui d'Angouléme était vacant^ il y nomma Aplon, son chapelain

Au commencement du règne de Charlemagne,

Hunaud, père de Gaifre, sortit du monastère où ils'était retiré, plutôt poussé parla honte d'avoir été vaincu et privé de ses Etats, que par le repentir de ses crimes ; il essaya encore d'armer pour sa cause PAngoumois et le reste de l'Aquitaine* Alors^ .Gharlemagne marcha contre lui, et le força de prendre la fuite. Il paraît que l'Angoumois fut le principal théâtre choisi pour la révolte, car un

Hélerai.*— Duhayiant , i vol. SnbPepûio—- Chroniqae ée Sîsébert. Eiat de l'ésIiM dn Périgord.

SUR L'ANGÛIMOIS. «S

Iiittorien dé ce pays assiire avoir lU| dans de

vieux manuscrits , que les Angoumoisins refusèrent de prendre parti pour Hunaud , en disant qu'ils n^at^aieni paini de guerre aux Francs Ainsi ^ il existait encore, à cette époque , une dîstinctioii entre les Gaulois et les Francs : les . uns étaient fiers et maîtres de leurs conquêtes; les autres croyaient encore à leur nationalité , et ils devaient garder» pendant quelques années, quoi^ que dans l'oppression , le souvenir de leur origine Celtique. Après quelques combats de peu d'im» portancc , Ilunaud tomba entre les mains de son ennemi ; mais il se sauva ensuite de sa prison , et se réfugia chez Didier, Roi des Lombards. Alors, PAngoumois fut paciûé , de même que le reste de l'Aquitaine.

Gharlemagne, après plusieurs guerres , où brillèrent son courage et son génie , réunit son aimée dans la ville d'Aogouléme, pour la conduire en Espagne, au secours de quelques Émirs Geltibé** riens, que le Calife Abdérame venait de dépouiller de leurs Gouyernements' ^ . Angoulême assistaainsi aux préparatifs militaires de ce grand homme

' Coiliett, nmm ciléf*

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gS ÉTUDES HISTORIQUES

qui faisait rétrograder le Moyen-Age, et dont le^ rapides conquêtes posaient^ en passant , les ibndemento de nos états Européens, et retenait, au fond des forets de la Germanie , sur les rives de la Baltique et sur celles de l'Ebre^ les peuples qui s'apprêtaient encore à venir se disputer le» restes du grand Empire d'Occident. Alors, les victoires de Charlemagne élevèrent un autre Em<pire immense sur les ruines de l'ancien. La France , donnant Tessor à son courage, se vit un instant aussi puissante que Rome sous ses Césars. Quelques siècles plus tard, Angouléme devait aussi voir passer dans ses murs le héros des temps modernes, portant la guerre en Espagne, et qui , comme Charlemagne > devait étendre au loin son Empire, en renversant les races royales du Moyen- Age , pour asseoir sur leur trône des soldats que la victoire avait faits Rois.

Charlemagne resta quelque temps dans TAngoumois^ soit pendant la guerre contre les Arabes, soit en poursuivant Hunaud; et, après la déiàite de ce dernier, les seigneurs du pays se reconnurent ses vassaux, et lui rendirent liommaffe. Avant de partir pour l'Italie , il dota ce Département de plusieurs monuments religieux^ On lui doit , selon nos vieilles chroniques, les Abbayes de

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Baignes et de Gharonx, l'église de Ghàteauneuf

et, selon quelques historiens , l'Abbaye de Saint- Cybard, instituée à la prière de Launus, évêque d^Angouléme. Ce Prince, s'attachant particidiifement à faire oublier bxul moines, et à tous les gens d'église, les relations de.Cliarles<*Martel, qui les avait dépouillés de leurs biens; mais, ne pouYanI pas les rendre, parce qu'ils étaient pos*^ sédés par divers Comtes de sa* maison, établit, les dîmes en faveur des prêtres et de leurs cou-» vents **, L'église de Châteanneuf, monument remarquable des temps anciens , offre tous les caractères de l'architecture de cette époque ; les^ voûtes et les colonnes ont quelque chose de l'élégance mauresque, tandis que l'extérieur ne présente que les grossières sculptures du style Lombard. Sur le frontispice, on voit encore la statoeéquestredafondateuren costomedeguerre; une partie a été mutilée, dégradation suite de l'erreur d'un peuple irrité ^ qui, dans des temps postérieurs , crut devoir s'en prendre à de viens, monuments historiques de tous les maux que lui avait causés la féodalité. Sur les murs estérieurs»

* tijpiiéiiiéridei de lA ftodialle.

38 ËTUnES ffiSTOUQUES

de llr même église sont deux inscriptidns tmteêr en caractères purement gothiques (3).

On a aussi prétendu , mais sans preuves certaines , qae Charlemagne fit bâtir 1- Abbaye de Nanteuil ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle existait dans les premières années du onzième siècle. A cette époque * , Saint-Abbon vint la visiter, en se rendant à son monastère D'Ësquirs. La puissance ecclésiastique et la féodalité ayant peu à peu agrandi leur autorité , changèrent les constructions primitives de cet édifice y elles fiirent remplacées par de plus beaux bâtiments at* tribués à Adhémar , seigneur de Ruffec. Louis, un des enfimts de Cbaiiemagne , fit aussi bâtir plusieurs églises dans l'Angoumois , où il rétablit la discipline rdigieuse ; on les reconnaît a leur forme presque toujours la même , et qui s'offre à nous comme une imitation imparfaite de la Basilique Bizantine«

Selon une ancienne tradition, la vieille tour, qui flanque l'entrée du cbâteau de LaRoehe^

foucauld , peut être regardée comme une construction du siècle de Charlemagne ; la forme eu

est carrée, ef dans l'intérieur se trouve un autre

ouvrage de maçonnerie antique , qui a dû ser- Tir de prison aux Tietimes des seigneurs , dont la Yolonlc était la seule loi du pays. L'ensemble était, dans le Moyen-Âge, une position militaire, ou se retiraient les hommes d'armes , pour se mettre à l'abri des attaques du dehors. Ën creu-* sant à quelques pieds de profondeur dans l'intérieur de cette tour , on a trouvé beaucoup d'ossements humains , restes des générations que frappa l'arbitraire, et que d^autres générations ont foulés dédaigneusement sous leurs^ pittdsl

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