‹ Etude historique sur l'AngoumoisChapitre 4 sur 30 · TROISIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉPOQUE

Après la mort de Cbarlemagne , êon- fib , Louis^le-Déboniiaire j ayant partagé le Royaume à ses enfants , F Angoumois passa au pouroir de

gf ÉTUDES fflSTORÎQUES

Pépin « qui prit le titre de Roi d'Aquitaine Mais , à la suite des dissensions de Louis avec set enfants , ce Royaume iiit enlevé à Pcpin , pour être donné à Charles, son frère , fils de Judith, dans rassemblée des États d'Aquitaine , qui forent réunis dans le Lômousin Bientôt après,. Pépin reprit son Royaume, et le conserva jusqu'à sa mort Alors, TAngoumois fut témoin d'une .lutte sanglante; car deux partis se formèrent en Aquitaine, à l'occasion de cette succession qui devait retourner à Louis4e-Débonnaire, ou être partagée entre les deux fils de Pépin, dont l'aîné, portant le même nom , lui succéda malgré ses rivaux ^^"^^^ Les chroniques font mention de Ithier , Comte d'Angoulême , qui prit alors le parti de Pépin, dont il avait épousé une des filles. Le Roi d'Aquitaine la lui avait accordée, . soit pour avoir un appui dans l'Angoumois , soit parce que ce mariage était digne d'elle. La résis» tancr de Ithier fut opiniâtre , surtout lorsque l'Empereur lui eut ordonné de faire battre monnaie à Angouléme et à Saintes, au nom de

Digitizeo lj ^

Stm L'ANGOUMOIS. 93

ton fik Charles mais cet ordre fdt exécuté* Cependant , Louis-le-Débonnaire , songeant toujours à assurer ce même pays à son fib Charles , fit des préparatifs de guerre pour mar* cher contre son petit-fils; mais il ne vint que jusqu'à Poitiers

A la mort de son père, Charles conçut de nouvelles espérances, et tenta de s'emparer de l'Aquitaine* Ses troupes s'avancèrent dans TAngoumois, oii une bataille fut livrée entre les deux prétendauts; mais la victoire resta à Pépin Les chroniques de Tépoque laissent une grande incertitude sur le lieu c[ui fut le théâtre du combat; car alors on ne tenait pas comme aujourd'hui à marquer de Fempreinte historique les lieux des grandes agitations politiques : peuUêtre un jour trouvera-t^on« dans nos champs 9 les restes des guerriers et leurs armes brisées; alors, Thistoire, effaçant la rouille des siècles^ marquera la place où le sang de nos pères lut oiïerL en holocauste à la haine des Princes. Pendant ce temps-là» de plus grands

* VerDeUh,hiitomd*Àqiiiiaioe,-»1)^ S40.

Digitizeo lj oOOgle

malheurs étaient sur le point de frapper le pays. La France fut envahie de nouveau par des peuples étrangers , qui^ bien diiSerents de leurs prédécesseurs , ne venaient pas se créer une patrie en fondant des empires , mais s'enrichir des dépouilles des vaincus. Déjà , «ous le règne de Charlemagne , les Normands , ou hommes du Nord, avaient abordé sur les coies de TOcéan, d'où ce grand homme les avait éloignés, en créant , en quelque sorte , une marine ^ mais à rapproche de ses derniers moments , quand la mort ne respecte ni la gloire, ni la pui^^sance, il semblait prévoir le malheureux avenir de son

Empire, par suite des attaques multipliées de ce peuple nomade. Alors , il s'écriait , comme par pressentiment : « Ah ! que sera-ce un jour , si » la France s'affîûblit!» £n effet, les Normands débarquèrent sur les cotes de l'Océan , dans llle d' Aix , et se portèrent dans la Saintonge , dans le Poitou et FAngonmois. Après avoir pris et brûlé Saintes, ils vinrent à Angouléme, et cette ville eut le même sort *, Partout ils renversaient les temples , profanaient les choses saintes , mutilaient le monuments qu'ils n'avaient pas le temps d'écraser, ne laissant ainsi derrière eux

* V€nran84S.

que des ruines, des cendres et des champs

ravagés. Le peuple consterné fuyait devant cette invasion pire que les précédentes , ou tombait victime de l'amour du pays , en défendant , non sa fortune, car il ne possédait presque rien, mais sa propre existence et les temples de sa religion.

Des chartes fort anciennes nous apprennent que la cathédrale d'Angouléme fut presque détruite^ de même que le monastère de Saint-^Cybard que Charlemagne avait érigé en Abbaye. Les moines prirent la fuite , et tout ce qu'ils possédaient fut . la proie des ennemis. Alors, le droit des gens ne pouvait point être invoqué^ la mère fuyait au loin pour dérober sa fille aux outrages des vainqueurs; les rochers, les forêts n'avaient pas assez de solitudes pour cacher cette population qui, courant çàetlà, dans les champs ^ cherchait un asyle qui put la protéger. Cependant, la noblesse et le clergé appelèrent le peuple aux armes, et tentèrent de défendre le pays. Ainsi, l'impossibilité de fuir le danger £t naître la résistance. Alors, on vit des évéques et des abbés à la téte d'une multitude armée; des femmes sortirent des cloîtres où elles s'étaient renfermées pour prier , et laissèrent le voile religieux pour prendre place

.96 ÊIUD£S UiSTÛRIQOES

dans cette armée improvisée par la terreur * ; Taines parades du luxe et de la licence , qui ne servirent qu'à mettre à découvert les moeurs dissolues des gens d'église, et à corrompre davantage ^^eUes du peuple par la contagion de l'exemple! Lorsque l'autorité royale voulut réprimer ce désordre, elle encourut la haine des cloîtres^ et Louis-le-Débonnaire, dans ses jours d'infortune, * trouva des ennemis acharnés dans le clergé d'Aquitaine.

Les malheurs du pays allaient toujours en croissant* Pépin, par sa résistance acharnée contre Charles-le-Chauve, lassa la patience du peuple, qui, aussi malheureux sous l'administration de Tnn que sous celle de l'autre , laissa les Normands se créer des places d'armes dans le pays, comme s'il eôt voulu par là faire ffiversion à ses maux **. Plus tard, les seigneurs du pays se déclarèrent enfin contre Pépin, et prirent le parti du Roi de France, qui vint à leur secours : ils lui livrèrent ce Prince , qui ne laissa d'autres souvenirs à l'Aquitaine que celui de ses vices et de ses cruautés.

* Anquetil, Histoke de France.

Mêlerai , Histoire de Fnoiee.

Sur L'AKGOUMOIS. 97

Charles-le-Cliauve , poui remcdicr aux maux causés par rambilion de posséder le Royaume d'Aquitaine « le supprima , et s'en fit couronner Koi , à Limoges , où il avait convoqué les États. Il créa des Ducs et des Comtes qui se partagèrent radmiiiistnilioii du pays, à la condition de iaire une guerre active aux Normands. Enfin, le courage national sembla se réveiller ^ après c(ue TAngoumois eût été érigé en comté, et donné à un nommé Turpion ou Turpin, qui, pendant (juiuze ans , se fit remarquer par son ardeur à poursuivre les ennemis. Ainsi commença, par un noble dévouement, la famille illustre des Uomtes d'Angoulême, dont le nom n est pas sans ' éclat dans notre histoire. Turpin, après s'être signale ddu6 plusieurs occasions, périt près de Saintes , en combattant corps à corps contre un Chef des Normands, appelé Mannis; son adversaire eut le même sort *. Émenon , son frère, lui succéda. Digne héritier du courage desonprédé* cesseur, il poursuivit les Normands jusque dans le Poitou; mais tel était alors le patriotisme mal entendu des hommes puissants , que l'ambition et les haines particulières leur iaisaient oublier

* 4 Oaobre S63.—GorUea.— Dictionnaire de {aconverMlioii, Cointea d*Angoiiiéiiie.

f 8 ÉTUDES HISTORIQUES

la défense de la patrie , pour conquérir sur leun voisins quelques châteaux et des droits féodaux. Âimi, Émenon, dans une contestation avec un nommé Landry , pour la possession du château de Boutevillcj près de Châteauneuf, mourut de ses blessures reçues dans un combat livré à son ennemi , au château de Rancogne; d'autres disent à Taillebourg. Cette dernière version est peu probable ; car comment le Comte d'Angoulême se serait^il rendu jusqu'à Taillebourg, pour y chercher son ennemi , au moment où les Normands ravageaient FAngoumois "^7

Après la mort d'Émenon , Charles-le^Ghauve

nomma Vulgrin Comte d'Angoulême et du Périgord) dignité qm n'était pas encore héréditaire. Ce fut un homme distingué par son couracre. Du côté de sa mère, il était parent du Roi de France, et son frère Audoin était abbé de Saint-Denis. Après arvoir épousé la fille de Guillaume I^' , Comte de Toulouse , il fit continuellement la guerre aux Normands, et parvint^ après plusieurs combats heureux, à mettre TAngoumois à Tabri de leurs dévastations 11 fut enterré dans

* Chron. d*Ad<Hi<-Afmv.

SUR L'ANGOiniOlS. m l'église de Saint-Cybarcl , toiistruite, à la place de celle qui avait été détruite par les Normand^ par un éyêque d'Angouléme , appelé Olyba. Ce lieu reçut, dans la suite, et pendant Ion g-temps^ les dépouilles morteUes des Comtes de la pro-* vince.

Yuigrin ayant fait bâtir les châteaux de Marcillac et de Matfaa , où il mit des garnisons pour agir contre les Normands , dont divers détucliements erraient dans les campagnes, et après plusieurs victoires remportées sur l'étranger, avait tellement agrandi sa puissance , que dèslors il se considéra comitie indépendant de la couronne, et voulut transmettre sa province à ses enfants par droit de succession. Jusques ici , les gouvernements des comtés avaient été la ré~ compense des services rendus au pays ; mais , profitant des troubles survenus k la suite de l'in* vasion, et soutenus par le peuple qu'ils avaient protégé contre l'ennemi commun, les Comtes de l'Angoumois suivirent l'exemple des gouverneurs des autres provinces , en rendant leurs charges et leurs privilèges héréditaires. Ainsi, ils préparèrent la i nine de la dynastie Cdilovingienne par l'hérédité des comtés > comme les

tiTUDES BÏSTORIQUES

Maires du palais avaient préparé celle des Mérovingiens par l'hérédité des bénéfices. Selon ({ueU ques chruaii|ue8, Vulgrin partaj^ca, de son vivant, son autorité à ses enfants : Guillaume fut Comte du Périgord , et Aldoin Comte d'Angoumois ; un troisième tut moine de T Abbaye de Saint* Dénis (1). Aldoin Ait considéré comme remplaçant immédiatement son père^ parce que le comté d'Angouléme était alors plus important que celui du Périgord. Il fit construire , pendant son administration , les remparts d'Angoulémç, pour s'opposer aux Normands qui recommençaient leurs courses , à la faveur des divisions intestines -auxquelles la Neustrie était en proie. Alors « la ville d'Angoulême fut regardée comme imprenable, et Ton s'y réiugiait de tous cotés « pour échapper aux cruautés des barbares.

Une pancarte de l'Abbaye de Charroux, citée par Coriieu, rapporte que les moines de cette Abbaye s'y retirèrent, portant avec eux les vases sacrés de leur église, et les reliques dont la principale était le prépuce de Jésus-Ciirist , et qui , selon la croyance de cette époque , faisait de grands miracles (2). Quand les moines voulurent rentrer dans leurs cloîtres, ils voulurent aussi «éprendre ce précieux dépôt j mais Aldoin refusa

sim L'ANGOoMOis; mr dy consentir, et, jaloux de le conserver, il le fit placer dans réglise de Sainl-Gybard. En punition de cette violation des droits de rhospitalité, le Comte fut atteint d'une maladie de langueur dont il mourut ; en même temps , la famine fit tant de ravages dans le pays , que les habitants se dévoraient les uns les autres. Les plus anciens historiens parlent aussi de cette famine, qui ne fiit^ sans doute, que le résultat de la frayeur des habitants de la campagne; car, poursuivis par les Normands^ ils ne purent se livrer à la culture des champs. Cependant, «elon la même pancarte , tant de malheurs ouvrirent les yeux, au détenteur de la relique , qui fut rendue a ses premiers maîtres. Qu'est-elle devenue ? — Les miracles ont cessé avec elle , et j pour la retrouver, il faudrait un siècle d^gnorance. Quant a la mort d'AIdoin, on doit l'attribuer avec plus de véxité aux longues fatigues éprouvées en faisant la guerre aux Nor-^ mands *.

Son fils Guillaume l^'^ lui succéda , et reçut

le nom de Taillefer, Sector Jerri, que portèrent ensuite tous ses successeurs, parce que, dans une rencontre avec les Normands , armé d'une épée-

*aie.

m ÉTUDES HISTORIQUES

alors appelée Curto , et fabriquée par Tartisfe Walendcr, il avait léndu par moitié un Chef des ennemis» nommé Storis Une telle force de bras a souvent été attribuée aux liéros du Moyen-Âge. Guillaume I^^", ayant terminé la guerre contre le» iNoimands, fit la paix avec eux, et obtint qu'ils sortiraient de TAngoumois. Ainsi finit cette terrible invai>ion dont les suites furent la misère publique, l'accroissement de la puissance féodale et la destruction de plusieurs monuments anciens , dont l'absence prive les historiens de cette contrée de jeter (Quelque clarté sur Tétat des arts de cette époque. Arnauld - Mauzer , fils naturel de Guillaume I*^^ , qui n eut point d^enfants légitimes , lui succéda Comme il était en bas âge , un des Tallérands , seigneur du Périgord, issu d'un des enfants de Vulgrin, croyant avoir des droits sur le comté d'Angoulémc, s'en empara, et le garda pendant trente ans (5). Le peuple ne fit rien contre cette usurpation. Que lui importait d'ailleurs le nom de ses maîtres» si son esclavage devait être le même? L'Aquitaine avait alors pour Duc, Guillaume, surnommé

* Aiiuar Je Cliabaiiaïui , chrouiquc publiée Uaii» 1 e lome vm tlu recueil des hisioriens de France , page 235.

SDR L'ANGOUHOIS. m

Téte-rd'étoupes , qui était en même temps Comte de Poitiers. Le comté d'Angouléme lui

devait liommagc.

Dans la suite, Arnauld invoqua Tappui des Barons et des divers seigneurs de la contrée, pour rentrer dans ses droits. Alors , TAns^oumois , k peine reposé des fureurs des Normands , voit les châteaux se hérisser de fortifications; les murailles se couvrent de créneaux , et le vaincjueur et le vaincu font successivement, peser leur tyrannie sur les vassaux. Combien de vieux manoirs de cette contrée, où gisent de vieux parchemins, vain étalage de l'orgueil et de Tignorance d'une autre époqiu^ , ont été obtenus dans cette lutte , au prix du sang d un peuple asse& malheureux pour défendre Tun ou l'autre parti ! Ëntiu, Arnauld recouvra son héritage, et tenta de l'agrandir en s^emparant de la terre de Salles, qui appartenait à l'Abbaye de Saiiil-C> b ail , Li résistance des moines fut grande, et tout le dergé de TAngoumois, irrité contre le Comte, le força de rendre le domaine usurpé. Victime de son ambition» Arnauld s'humilia> fit pénitence et mourut peu de temps après , au rnilieu des moines de l'Abbaye de Saint-Cybard. 11 y iîit enterré, revêtu de Thabit de Tordre, comme si

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cette humilité chrétienne eût suffi pour expier

tout le sang verse pour sa cause. Cette Abbaye, qui avait reçu de» dom immenses de la piété des fidèles' et de la munificence des seigneurs, possédait des revenus considérables, dont une partie fiit consacrée à quelques améliorations locales y car les moines iirent bâtir , à une époque qu'on ne saurait préciser^ mais fort reculée « le pont de Saint-Gybard : il était défendu, du cftte delà ville, par une grosse tour, de l'autre côté, par deux autres plus petites. Ayant été détruit , en partie, par une inondation survenue longtemps après, il a été remplacé par celui de nos jours.

La fin de ce siècle fut remarquable par la

construction de plusieurs Abbayes ; mais la religion y eut peu de part; la soif des richesses en posait les premiers fondements. Suivant l'exemple de Hugues , alors Koi de France , la noblesse s'était démise des revenus de plusieurs églises qu'elle possédait à titre de patrimoine ; mais ayant eu sans cesse les armes à la main , pendant toutes les guerres qui agitèrent le pays , et la victoire ayant augmenté leur puissance > les seigneurs s'étaient emparés d'une partie des biens du clergé ^ obligés ensuite de les rendre , ib

SUR rANGOOMOIS. 40»

Toulurent réparer cet échec porté à leur Ibrtune, en fondant des Abbayes et des églises , dont ils étaient les maîtres de disposer. Ainsi^ ils prèle* Taient certains droits sur les offrandes de Pautel et sur les cimetières ^ ce qui fut pour eux un moyen deremptaeer ce qu'ils avaient perdu. Telle fiit,-'a cette époque, la religion des Grands, yambitioit , dont le peuple était victime , était presque toujours le mobile de leur croyance.

Ainsi, Amauld fit commencer l'Abbaye de Saint- Amant-de-Boixe, par suite d'un vœu fait dans la guerre contre les spoliateurs de son comté : le Vicomte Ramnulphe et sa femme Sénégondeélevèreiit à leurs frais Téglise de Nersac , Fune de» plus anciennes de la contrée. Dans le même temps , un seigneur de Marthoir, sorti de la maison de La Rochefoucauld, fit bâtir TAbbaye de Grosbos, dans la Commune de Charras. Ce lieu s'appelait anciemiement Gros-bois, groS" sum hoscum , parce qu'il était entouré de forêts* Quelques historiens ont rapporté cette fondation à un siècle plus tard * ; mais cette version semble contredite par réuuméraiion des divers abbés qui y présidèrent (4). Elle fut d'abord

* Vertrftn IfSS. — Gallia Ghristiana. Cet oumge défii^e cette hb--

baye sou& le nom de t'om vivu».

106 ' ÉTUDES UIST0K1QU£S

consacrée à la Vierge^ et appartint ensuite à l'or* dre de Citeaux. Tous les préjugés de Tignorance s'y mêlèrent aux cérémonies du culte. On voit encore, renversée dans la poussière de Téglise, une statue de femme dans l'attitude de la prière, et contre laquelle le peuple venait se frotter le ventre, ci*oyant ainsi se prémunir contre les douleurs d'entrailles. Les femmes enceintes en faisaient autant , persuadées que le même frottement faciliterait le travail de l'enfantement. Pauvre peuple, dans quel état de stupidité t'avait mis l'esclavage!... De toutes parts, la noblesse augmentait ainsi sa puissance , en créant des étsh blissements religieux. Ce n'était déjà pius le temps où la pureté des mœurs, l'abnégation des choses du moude présidaient seules à la construction de ces asyles de la prière. Partout la noblesse cherchait sa prospérité dans Tappui qu'elle prêtait à la religion, qui, elle-même, illustrait alors les maisons les plus anciennes. Ainsi, la famille de Rouffîgnac a long-temps pris le titre de premiers Chrétiens du Limousin , prétendant , d'après des chroniques incertaines, qu*elle avait donné asyle à Saint-Martial, quand il vint prêcher l'évangile dans ce pays.

Dans le dijûème siècle, Jourdain, premier du

SUR L'ANGOUHOIS. 407

nom* sire de Ghabanais* fit bâtir l'Abbaye de Leslerps, et l'un de ses successeurs, Jourdain IV, posa ensuite les iundenients du prieuré de La Péruse *. Cette famille était issue d'un autre seif^neur^ appelé Abou-Ghat, qui existait dans les premières années du neuvième siècle. La plupart de ces monuments , gardiens des souvenirs du Moyen-Age , sont aujourd'hui en ruines.

A Amauld-Manzer succéda son (ils Guillaume II y qui se fit remarquer par son courage et par quelques vertus. Il épousa une proche parente de Robert^ Roi de France. Ce mariage l'ut cause d'une guerre assez meurtrière qu'il eut à soutenir contre les parents de sa femme , pour se faire rendre le château de Blaye , que celle-ci lui avait apporté en dot. Le Comte demeura vainqueur ; mais sa vengeance et sa haine n'étant pas satisfaites, il poursuivit Oldoric^ son ennemi^ assiégea le château de Marcillac ou il s'était retiré, et s'en étant rendu maître après une longue résistance, il réunit cette forteresse féodale à la terre de Montignac. La cause de cette seconde guerre lut la conduite pleine de cruauté du seigneur Oldoric, ^i avait fait crever tes yeux à son propre firére,

♦ lOW.

loa £tudës historiques

parce qu'il était le partisan du Comte d'Angou*

lême. Le Duc de Guyenne, — car celte partie de la France avait pris ce nom depuis.peu, — avait une amitic particulière pour Guillaume II , à qui il donna les seigneuries deRuffec, deConiolens et de Chaibanais, de même que l'usufruit des vicomtes deMelle, de Rochechouard et D'Aulaye, comme preuves de sa munificence. La terre de Ruffec ne resta que peu de temps dans la famille de Taillefer ; car Guillaume la donna aux seigneurs de Marcillac et de Montignac, pour conserver paisiblement ces deux derniers fiefs obtenus d'abord par la force des armes (5)

Selon la coutume de cette époque , où les seigneurs se croyaient obligés d'aller visiter les lieux célèbres par les mystère» delà foi chrétienne, Guillaume II fit un pèlerinage à Rome et un autre en Palestine. Avant son départ, il confia l'administration du comté à son fils Aldoin . A son retour, la femme de celui-ci, voyant avec peine que le pouvoir dont l'éclat et les honneurs avaient rejailli sur elle, allaient lui échapper, fit donner du poison à son beau-père par une de ses femmes, qui prétendait avoir des connaissances de magie et de

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sortilèges. £iieilet, à peine le Couite eut-il repris les réne« de Tadministration , qu'il fut atteint d une maladie de langueur qui tit soupçonner la prétendue magicienne . Elle répondit à raccusation portée contre elle, qu'elle oflVait de se jusliiler par le duel, coutume du Moyen-^Age, qui devait être abrogée sous Heiui 111 , après la mort d un seigneur de l'Angoumois. Ne pouvant elle-même soutenir sa cause , elle choisit un cavalier pour combattre celui du Gomte« Le lieu du combat fut dans l'île de Saint-Pierre , sous les remparts d'Angouléme, où s'étaient rendus tous les habitante de la ville, pour contempler cette lutte dans laquelle^ aux yeux du peuple ignorant, la victoire devait rester à la justice. Cependant^ le cavalier da Comte fut vainqueur, et la femme coupable fut mise à mort. Guillaume III fitMtir, à Angoulême, près de l'église de Saint-André , une maison long-temps connue sous le nom de Maison de Taillefer; il tit aussi achever la construction de l'Abbaye de Saint-Amant-de-Boixe , commencée par son père. Après avoir détruit le château d'Anzonne, il se servit des matériaux pour construire ou augmenter celui de Montignac, et, cette même année, il prit part à la guerre survenue à la suite du refus de Guillaume 111, Comte de Poitiers, de reconnaître Hugues-Capet pour Roi de France.

110 ÉTUDES mSTOBIOUES

Guillaume appela les seigneurs voisins à son secours , et ils prirent les armes , craignant que Hu^es-Capet n'eût l'intention de diminuer la puissance dont la noblesse s^était emparée par la faiblesse des derniers Garlovingiens. Une bataille fut livrée près de Poitiers : l'armée royale fut repoussée; mais mian après« Guillaume 111 se reconnut Tassai de la couronne

Les seigneurs avaient fondé des Abbayes pour augmenter leur fortune; mais, a cette époque, les calaniitcs publiques excitèrent de nouveau le zèle religieux. Une maladie, connue alors sous le nom de in al des ardents^ di'sola le pays, et détruisit , dansieLimousin, dansl' Angoumois et le Périgord^ plus de quarante mille personnes. La frayeur régnait partout; les seigneurs qui avaient maltraité leurs Yassauz imploraient publiquement leur pardon , et, de tous côtés, on vit cesser les . diverses guerres survenues entr'eux. Pour témoigner de leur repentir, et effacer leurs feutes , ils firent de nombreuses offrandes aux Abbayes , et en construisirent de nouvelles. Alors, Wuardrade, seigneur de Jarnac, et sa femme Kixendis, posèrent les fondements de celle de Bassac, qui

SUR L*ANGOUHOIS. III

lut long- temps l'objet de la vénération dupeuple, parce que les moines prétendaient conserver, dans leur église, la corde qui avait servi à lier Jésus- Christ au poteau de la flagellation Un seigneur de Bourg-Charente, bâtit aussi, peu de temps après , TAbbaye de Châtres , connue primitivement sous le nom de Sancta Mat m de Castris Peut-être pourrait-on expliquer l'étymologie de ce nom, à Taide de la découverte récente de plusieurs tombeaux en pierre ou se trouve le millésime du huitième siècle, et d une grande quantité d'ossements trouvés dans les champs Yoiiiins, Ce lieu fut peut-être, à une époque inconnue , le théâtre de quelque combat. L'église de cette Abbaye existe encore ^ mais elle ne se rapporte pas à la fondation, car ses voûtes légères et élégantes, de même que les Arabesques aux contours gracieux, placées sur la façade^ représentent le style de la renaissance.

Guillaume U étant mort, victime de l'ambition

de sa beUe-lille, laissa deux iils, Aldoin , a qui il avait confié l'administration du comté, pendant son absence, et Geotfioi, marie à la fille

* Corliett. — VosgîeB.^GaDiacfamtiana. Selon d*autret, cette fon^ ilation eut lien vers Tan 991.

d94.<— Âuteun cilés.

lit ^UDES mSTORIOOES

unique de Maynard , seigneur de Bouleville , lieu féodal qui devait être dans la suite le théâtre, des lutte» de la France et de l'Anf^leterre , et des doctrines religieuses du quinzième siècle. L'ame ulcérée de succomber ainsi d'une mort prématurée ^ Guillaume voulut que les enfants d'Aldoin ne succédassent pas à leur père. En effet, après la mort de celui-ci , Geoffroi , son frère , s'empara du comté. Sous ce gouvernement, qui n'offre aucun fait important à cette histoire , les Abbayes de Saint-Amant-de-Boixe , de Saint-Cybard et plusieurs autres augmentèrent leurs ricbesses par les dons de la noblesse et du peuple.

Geoffroi, après un i < ;:ne de vingt ans, mourut, à ion retour de la Terre-Sainte. Sa femme Pétronille se retira , après son décès , dans le château de Bouteville , près duquel sa mère Ildegarde avait fait bâtir un prieuré ; elle y fut enterrée à coté de plusieurs des ni< migres de sa /amille. On y voit encore son inscription tumulaii ( . Les hommes l'ont respectée, mais ils ont .fouillé le tombeau, livré les restes d'une femme vertueuse au souffle des vents , pour arracher la grille de fer (jui protégeait i'asyle des morts (6). Le prieuré, où la douleur allait chercher des

SUR L âNGOUMOIS. 115

consolations dans la prière, n'offire plus que

quelques pans de murailles^ quelques débris de colonnes renversées, et a cédé sa place au cimetière de la Commune. L'église actuelle, dans laquelle se trouve le caveau où fut enseveli François de BouteviUe, vice-amiral, décapité à la suite du fameux duel avec Bcuvron , où l'on se battit trois contre trois semble avoir eiisté antérieurement; car les colonnes du prieuré qui y sont adossées^ cachent une partie des inscriptions tumulaires des anciens maîtres de cette seit;neuric. Quant au cliàtcau place sur une éminence , et qui domine la plaine de tous cotés., il a été aussi détruit et remplacé, à une époque inconnue , par celui dont les ruines sont encore aujourd'hui si pittoresques.

Les Comtes d'Angoulême eurent toujours une grande prédilection pour ce château, dont la position magnifique se trouve sur un des plus beaux sites du pays. Du haut dès tours gothiques, du milieu de la place d'armes^ ils voyaient les remparts d'Angoulcmc , et pouvaient , par des «ignaux , communiquer avec cette ville. Ils y firent souvent leur séjour, surtout quand ils' .

114 ETUD£S fflSTORIQUES

earent à soutenir deg guerre» contre lesseignenrs voisins ^ car il& y étaient à l'abri de toute atta-« que. L'historien y retrouve aujourd'hui les souvenirs du Moyen-Age, sa grandeur proportionnée à sa civilisation , ses idées reli^euses , sa féodalité et ses ruines. Le poète s'y inspirerait des idées du passé, à Taspect de ces -débris d'oratoires, encore empreints des couleurs du christianisme.

Le château , dont une partie est encore debout , est d'une belle architecture. Les deux tours, qui ilanquent le vieux monument , produisent, par leur élévation , un magnifique contraste avec les ruines voisines. Sur les festons de leurs ciines serpentent des plantes, parasites , comme pour cacher la dégradation des bîccies et des hommes* Sur un coté de Tune d'elles se voit encore le tracé de récussou Icodal , mais les armes n'y sont plus. C'est que notre histoire a eu une cpot^ue où la haine du passé et des privilèges de castes, en voulant rajeunir ou édifier les libertés publiques , a délruîL, dans ses cmpoî Lements , jusqu'aux vestiges de l'antiquité.

La chapelle où le guerrier, en revenant des -combats, courbait son front couvert de poussière, a existe plus j Tautel est renversé au milieu des

SUR L'AMGOmiOIS. m

autres décombres , et les dévaslateurs de nos monuments ont brisé les festons gracieusement sculptés sur la pierre. La grande salle du château , où les grands seigneurs se donnaient des fêtes splendides , a encore de belles sculptures ; . mais les pierres disjointes menacent ruine, et les vents et les orages auront bient&t écroulé ces voûtes gothiques , dont les angles répètent dans leurs bases le moindre son de voix , et rappellent a notre souvenir toute Tbistoire de Charles VU avec les malheurs de la France. Les fossés profonds où veillaient les hommes d'armes sont encombrés de ronces et d'herbes sauvages ; le chemin couvert, qui conduisait dans la plaine , n'offre plus de passage ; et cependant, ces ruines ont encore de la poésie ; mais l'industrie du siècle qui renverse , et Tégotsme qui sacrifie tout à ses jouissances matérielles , s'acharnent encore sur ces débris. Les victoires de l'Empire assignèrent ce Château pour prison aux. étrangers qui mirent bas les armes devant la valeur Française. Les murailles sont noircies des inscriptions tracées de la main de ces prisonniers , et des vœux qu'ils faisaient pour revoir la patrie absente. Les gloires de toutes les époques semblent s'y être donné rendez-vous j la large cheminée de la grande salle porte en relief deux statues de fem-

<I16 ËTQDES HISTORIQUES

mes , dont l'une vient de relever un tronçon de <;olonne ; au milieu est un ange foulant à ses pieds une figure renversée. C'est la France relevant les ruines du château; c'est le génie de notre gloire nationale triomphant de l'Angleterre , dont les troupes ne quittèrent ce château que fort tard.

Dans le même siècle ^ les seigneurs de La Ro*

chefoucauld , déjà possesseurs de vastes domaines, firent bâtir, dans la Baronnie de Blanzac, le château dont on voit encore les restes^ et une Abbaye de Bénédictins. On croit cependant que ce dernier édifice doit être postérieur au dixième siècle. Au rapport de quelques écrivains, un évêque de Cleimont , aidé du seigneur de Cognac , fonda l'Abbaye des Bénédictins de celte ville Les établissements religieux, procurant toujours d'immenses richesses , étaient convoités par les seigneurs des provinces, mais souvent les évêques s'opposaient à leurs prétentions; aussi, vit-on de nobles i»eigneurs faire la guerre a un puissant évêque , pour réunir aux richesses féodales une partie des dîmes et des rentes du couvent. Ce fut dans de telles circonstances que

* 1000..GsilIiaCiirbUanau

Grimoald, évéque d'Angouléme , refusa de connaître les prétendus droits de Guy , Vicomte de Limoges, sur l'Abbaye de Brantôme *. Alors, le seigneur indigné fit arrêter Féveque, et le garda quelque temps prisoiuiier cians un de ses nombreux châteaux. Celui-ci , ayant recouvré sa liberté , porta plainte aussitôt au pape Sylvestre 11 , qui condamna Guy à être attaché à deux chevaux indomptés , pour être mis en pièces , et jeté a la voirie. Il fut livré à l'évcquc d'Angouléme , chargé de faire exécuter la sentence; mais le prélat , plus généreux , oubliant Tinjure de son eiuiemi, lui rendit sa liberté. De toute* parts , les seigneurs cherchaient à s'approprier^ de gré ou de force , les revenus des Abbayes. Bernard , Comte de la Marche , et Jourdain de Chabanais , n'ayant pu parvenir à s'emparer paisiblement de l'xVbbaye de Leyster, en furent tellement irrités qu ils la pillèrent et y mirent le feu. Alors, les moines fugitifs portèrent plainte au pape Benoît IX ^ qui excommunia les deux seigneurs. L'excommunication était l'arme la plua puissante du clergé ; elle produisit son effet* Le Comte de la Marche se rendit à Rome pouc

lia ÉTUDES fflSïORIQUES

implorer son pardon ; il l'obtint, à la condition

de rebâtir l'Abbaye

Geofliroi laissa cinq enfants , qui se partagerent ses biens. Foulques , Tun d'eux , eut le comté d'Ângouléme, qu'il gouyema pendant trente ans. Son caractère anibiLieux et peu pacifique le porta à s'emparer des revenus de l'évêché d'Angouléme , où son frère venait d'être nommé. Cette entreprise occasionna entr'eux une guerre assez meurtrière « dont TAngonmois eut beaucoup à souffrir. L'cveque demanda protection à tout le clergé , qui , dans cette occasion , ayant à défendre ses propres intérêts , leva des troupes dans toutes ses terres, et forma bien vite une armée qui triompha du Comte. Le même évoque , appelé Guillaume , lit bâtir , audessus de la Touvre , un superbe château, dont il ne resté plus rien , et la petite chapelle, dont les murs sont encore debout **. Tous les ans, il s^y retirait pour passer une partie de la belle sai» son, bien loin de croire alors que le séjour de son opulence et de ses plaisirs devait, dans la suite, servir d'asyle à Tétranger, maître de la

VendUi , hîst. d'Aiiuitaine.

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