‹ Etude historique sur l'AngoumoisChapitre 5 sur 30 · OT · texte numérisé non relu

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SUR L Aî^GOUMOIS. 118

province. On ne sait pa« pourquoi le peuple , peadant long-temps^ et même de nos jourë, a donné à cette position le nom de Château de Ravaillac , l'assassm de Henri IV.

Partout la noblesse, cjui avait crcc les Abbayes du dernier siècle, et enrichi l'Église de ses offi*andes , jalouse de la foi lune du clergé , isulvit l'exemple du Comte d' Angouléme , en s'emparant des revenus ecclésiastiques placés dans ses domaines. Ainsi , la population devenait tour à tour le jouet de rambition et de la puissance des seigneurs ou des prêtres. A peu près dans le même temps, Tincendie ayant détruit un vieux château, sur les bords de la Charente, dans un lieu appelé Berde^iUe , un autre fut construit aussitôt à la même place, et appelé Châteauneui^ nom qui est resté â une petite viHe de ce Département , où TAngleterre devait planter son dra-» peau, et où le fanatisme religieux devait produire des scènes sanglantes ^. Un petit village des environs porte encore le nom de BerdeifSle, Les prétentions des seigneurs sur les biens du clergé purent avoir pour cause la démoralisation qui s'était introduite dans les cloilresj car alors toufr

* lOU.

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les évêques de l'ancienne Aquitaine , les prêtres séculiers et les abbes vivaient dans le plus grand scandale. Ils trafiquaient des revenus des églises, affichaient les mœurs les plus corrompues, et, par leurs désordres publics^ faisaient couler la dépravation dans les rangs du peuple. Cependant, un d'entr'eux, Guillaume, évêque de F érigueux, sorti de i illustre maison de Montbron, qui fournit deux autres évéquet au siège d Angouiéme, se fit remarquer par d'austères vertus, par la pureté de ses mœurs et la sainteté de sa vie; il assista au Concile d Angouiéme, présidé par Bertrand II, archevêque de Bordeaux, réuni pour corriger les mœurs corrompues du clergé La même année, Guy Comte de La Rochei'oucauld, fonda avec son frère le prieuré de Saint-Florent , dans la même ville où résidait alors cette iamille puissante de l'Angoumois. Guillaume de Montbron administra révêché de Périgueux pendaut vingt ans : les chroniques de ce pays , empreintes des erreurs du temps, disent que le Ciel exauçait toujours ses malédictions contre ceux qui transgressaient les lois de rÉglise, et qu'un jour, l'évêque ayant

* fOSI.

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appelé la vengeance du Ciel sur quelques meu*

niers de la Lizonnc, pics de La A alettc , on vit tout a coup disparaître et moulins et meuniers. H mourut à Périgueux , d'où son corps fut transporté à Montbron, «a ville natale; il fut placé à côté des membres de sa famille, sous les cloîtres d'un ancien prieuré bâti par ses ancêtres. On lit encore son inscription tumulaire sur le mur extérieur de l'église, à Tendroit où était autrefois une chapelle dédiée à Saint-Alduric \

i oulques ne prit pas seulement les armes pour défendre ses propres intérêts, il épousa aussi les querelles de sa iamilie; une guerre étant survenue entre son beau-frère Aymar^ Vicomte de Limoges , et Guillaume , Duc d'Aquitaine , ce dernier vint mettre le siège devant la ville de Limoges. Les troupes du Duc menaçaient de s'en emparer^ lorsque Aymar II songea à appeler a son secours le Comte d'Angouléme. Aussitôt, Foulques assembla ses troupes , traversa le Limousin et délivra la place ^ il poursuivit encore le Duc qui , en se retirant , chercha vainement à

* U mourut le 9 fémer 1081.— Epit. dllbert j manuscrits cités par Vauteur de 1 Lui du i église du Périgord*

1S2 ÉTUDES aiSTOIUQU£S

surprendre le château d' Aize , d'où il fut chaste

par les troupes de l'Angoumois

Foulques eut pour successeur son fils aîné , Guillaume III, qui passa une partie de sa vie à faire la guerre à ses voisins* Il parvint^ après une courag^euse résistance , à se rendre maître de la seigneurie d'Archiac , en Saintonge , que lui disputait un nommé Aymard, soutenuparBardon> seigneur de Cognac , et par Aldoin , seigneur de Barbezieux. Le premier, descendant de Wuardrade , seigneur de Jarnac , assista à la prise de Jérusalem , avec Jourdain de Ghabanais Le Comte d'Angoulême, non content d'une première victoire , eut aussi à lutter pour la possession du château de Beauyais, contre le Duc de Guyenne, qui vint mettre le siège devant le château de MarciUac ; mais les troupes du Comte vinrent Fy attaquer, et le forcèrent à prendre la fuite , età renoncer à ses prétentions. Après cela, Guillaume 111 fut obligé de se défendre contre la famille des Lusignan , puissants seigneurs du Poitou, parce quil prétendait avoir des droits sur le comté de la Marche. Les deux partis en

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étaient venus souvent aux mains, lorsque Guillaume^ malgré son courage , voyant ses troupes épuisées par plusieurs combats, sur le point de reculer devant l'ennemi, fut délivré du danger auquel il s'était exposé , par la mort de Bozon , qui fut tué en assiégeant le château de Gonfolens"^. Ces diverses guerres, pendant lesquelles les habi-« tants de TAngoumots firent un essai inutile de leur courage , puisque leur liberté ne put rien y gagner, se prolongèrent pendant vingtans • Cédant aux remords de sa conscience, poursuivi par le souvenir des maux qu'avait causés son ambition du pouvoir, ou honteux de ne pas avoir ctc vainqueur^ le Comte d'Ângouléme se retira dans l'Abbaye de Saint-Cybard, poury faire pénitence, «'ensevelissant ainsi tout vivant près de la sépulture de ses aïeux, comme s'il eut prévu que la même terre nés ouvrirait pas pour lui. Telle était alors la triste fin des hommes puissants de cette époque : après avoir vécu dans le crime ^ ils mou-' raient pénitents. Ils cachaient leur honte au fond d'un cloître, laissant à de nouveaux tyrans le soin de les remplacer, tandis que le peuple était assez ignorant pour leur tenir compte de cette &usse abnégation des choses du monde. C'est

qu'alors nulle pensée de patriotitme ne fiiisait battre le cœur de ce peuple malheureux , dont l'obéÎMance ayeugle ne tendait qu'à nver davantage les chaînes de la servitude.

Guillaume 111, las de vivre au milieu des moi<nes , préférant le bruit des combats au repos de

la solitude, sortit de sa retraite, leva des troupes dans ses terres, et partit pour la Palestine. Il mourut en Allemagne. Pendant son administration^ l'Angoumois vit s'élever TÂbbaye de la Couronne, qui devait être, plus tard, le plus beau etlcplusrichemonument religieux de 1 Aquitaine*. Lambert> prêtre de l'église d'Angouléme, homme de mœurs pures, au milieu de la dépravation presque générale du clergé^ après avoir recueilli les aumônes pubUques, posâtes premiers fondementsde sa retraite, dans un lieu entouré de rochers, et de forme circulaire, que les bergers de la contrée appelaient Coronella , non loin d'un petit bourfif nomme Saint-Jeau-de-la-Palud, parce qu'il était au milieu des marais. Quatre ans après, le monastère étant achevé , quelques religieux , réunis au fondateur, en prirent possession, en présence du Comte d'Âugoulémc et de I cvêque Gérard. Ce

Sim L'ANGOUMOIS. tiS

dernier, en cpialité de légaidu Saint-Siège, donna le nom de la Couronne à cette Âbbaye , et lui accorda des droit» d'immimités et de franchises. A la même époque, le corps de Saint- Auzonne fut transféré dans la cathédrale d'Angouléme , au milieu d'une foule nombreuse , venue de tous les côtés pour honorer les restes du martyr de l'Angoumois. Le peuple, mu par on ne sait trop quel sentiment, jeta, dans le tombeau du Saint, beaucoup de pièces de monnaie de cette époque^ il en existe encore sur lesquelles on lit cette inscription : Lodoiscus EngolismensU.

A Guillaume III succéda son fils, Vulgrin II, dont la vie fut, comme celle de son père , entièrement consacrée à faire la guerre. Aussitôt qu il iul maître du comté , il leva des troupes ^ et reprit les villes de Ghabanais et de Confolens, dont le Duc de Guyenne s^était emparé.

Jusques ici , le pouvoir des Comtes de l'Angoumois s est agrandi avec leurs possessions^ mais> quoique soutenus par le peuple^ dans leur afltanchissement de la couronne , ils ont toujours méconnu les droits du peuple, en ne faisant rien pour son émancipation. Les nombreux seigneurs du pays, qui tenaient d'eux leurs privilèges,

m ÉTUD£S HISTORIQUES

oubliant aussi à quelle condition ils les avaient reçus, refusent de se reconnaître vassaux du nouveau Comte d'Angouléme. Alors, une pensée d'indépendance naît dans les seconds rangs du pouvoir, et va suivre sa période de croissance dans les rangs du peuple , moins avili par les préjugés, instruit par une longue expérience de ses forces , et devenu peu à peu maître de 1 exercice de son intelligence. La lutte des seigneurs les uns contre les autres, les ambitions rivales de la féodalité, apportant en champ-clos leurs prétentions, leurs puissances et leurs haines, rappelleront insensiblement, à la nation qu'elle ne doit pas toujours être l'instrument de la l^rannie, mais que, dans ses mains réside la liberté, si elle veut faire usage de sa force pour établir ses droits. Ainsi , le peuple résistera , plus tard, à la puissance royale, qui commença l'émancipation des Communes , comme les sei-* gneurs de cette époque résistent au Comte d'Angoulême. Tel fut le sujet de la guerre qui dura assez long-temps entre A ulgrin 11 et Aymar, fils de Guy, jseigneur de La Rochefoucauld. Le Comte eut aussi quelques démêles avec le Duc de Guyenne, Guillaume Geoffiroi, qui voulut l'empêcher de réparer le château de Blaye : la victoire resU à Vulgrin , qui, non content d'avoir

6UR L AMGOUMOIS. Ii7

déieiulu SCS droits, prit le parti du seigneur de Pons contre le même Duc, Il voulat emuite ioiliiier le château de Montignac ; mais il trouva de Toppasitioa de la part de Gérard II , évêque d'Angouléme, qui , s'apercevant que la puissance ecclésiastique diminuait à mesure que celle des Comtes augmentait , appela a son secours plusieurs seigneurs de l'Angoumois, et surtout Ithier de Cognac , qui fut le plus opiniâtre. La victoire resta à Vulgria II, qui fit alors bâtir la • principale tour de ce château . Le peuple soutenait toujours avec courage les gens d église dans leurs prétentions contre la noblesse , parce que ceux-ci lui accordaient plus de liberté. £n effet, le serf d'cgiise était traité avec moins de dureté par les abbés et les moines que par les hommes de bataille, travaillait moins de temps, était mieux nourri, et, dans les fêtes patronales, il se distin*gaait des serft de la noblesse par sa longue robe en tissu de laine

Dans le même temps ^ la cathédrale d'Angouleme , selon quelques chroniques , lut entièrement rebâtie , a Vexception du frontispice , par les soins de Ithier-Archambaud , prêtre de cette

* itss.

m ËTUDB8 BBTOEiQQES

église Peu de temps après , l'évêque Gérard , qui avait fait bâtir le grand clocher, fit construire à c6té le palais épiscopal. Ce n^était pas assez pour le pays de souffrir de la lutte acharnée des seigneurs, la religion , mal entendue par ses ministres , porta encore la discorde dans cette province. Deux papes avaient été nommés , Innocent II et Anaclet. Le premier ayant été reconnu par le Roi de France , Gérard resta attaché au parti d' Anaclet, et se vit enlever le siège d'AngoLiiemc , qui lut donné à Lambert , fondateur de l'Abbaye de la Couronne , et perdit en même temps le titre de légat d'Aquitaine Dix ans après , le Duc de Guyenne , ayant pris le parti d' Anaclet, à la sollicitation de Gérard, fit restituer le titre de légat à l'évéque déchu , qui le conserva jusqu'à sa mort, quoique la France eût généralement reconnu le Pape Innocent U. Cependant j Gérard s'était fait beaucoup d'ennemis par son opposition contre le Saint«« Siège- aussi, fut-il trouvé mort dans son lit, avec la ÙLce livide, marque du poison qui lui fut

* Munier , observât, sur TAngoum. — Chronique de Saint-Romuadd. — Gallia ChnstiADa. Notice 6ur cette Abbaye » par M. Abel Coffime,

sua l'ângoumois. m administré Vnlgrin II mourut au château de Bouteville , au moment où il te disposait à recommencer la guerre contre le seigneur de

La Rochefoucauld.

Parmi les grands vassaux du comté crAngouléme j ceux de Montbron se distinguaient au premier rang. Ils possédaient la seigneurie de Matha, dans le Département de la Charente- Inférieure. Quant au château de Montbron, lieu principal de leur résidence , il remonte à une époque qu'on ne saurait préciser; mais son architecture semble appartenir aux premiers temps dn Moyen- Age. Il était fortifié par un mm^ d'enceinte et par une masse de terre posée sur des rochers , d'où l'on pouvait Toir au loin les mouvements de l'ennemi. Une église consacrée à Saint-Pierre , et détruite depuis quelques années, faisait partie des propriétés du château* La ville était défendue de tous cotés par une épaisse muraille et pur des fossés. Cette maison illustre prit le parti des autres seigneurs contre les Comtes d'Angouléme. Alors, les ecclésiastiques soulevaient facilement le peuple , en lui accordant plus de liberté et de bien-être que les

* Mézer». .

130 ÉTUBES BISTORIOUES

graricU vassaux. Aussi, pour paralyser la puissance de réglise , et mettre la désunion dans ses rangs, la noblesse de cette époque crut devoir faire construire de nouTelles Abbayes , en se réservant les privilèges de l'autel. Ainsi furent bâties r Abbaye de Bournét, par Giraud-de-Sala, seigneur de Montmoieuu , celle de la Frenade, par Itliier, seigneur de Cognac, et celle de Cellefrouïn, par les habitants du pays. Lepremier abbé de la Frenade fut Robert, disciple de Saint-Etienne et le dernier, le cardinal Maury, dont la voix éloquente lutta si souvent contre l'éloquence révolutionnaire de Mirabeau*

Pour résumer cette époque de l'histoire, retraçons brièvement Tétat de TAngoumois , dans les trois derniers siècles. L'autorité royale y était sans force ; la licence des nobles ne connaissait jpas de frein ; les peuples étaient esclaves ; et les campagnes étaient couvertes de châteaux, vieilles forteresses où se cachait le privilège^ et d'où partait le signal du maître, pour allumer la guerre entre une ville et une ville ^ et souvent entre deux villages voisins. Le commerce^ réduit

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à réchange de quelques grosneres denrées , ne faisait point naître Tindustrie dans les masses , «t n'ouvrait point de communications qui auraient facilité Tagriculture et la civilisation. Les plus petites Tilles étaient ceintes de remparts, et habitées par de pauvres artisans, sans émulation, sans espoir d'un meilleur avenir : toute la fortune passait dans les cloîtres , ou dans les mains* d'une noblesse dispersée cà et là, dont toute Toccupation était de livrer des combats inutiles à la patrie, mais toujours funestes à ceux des serfs qui prodiguaient à Tambition leur force et leur vie. Et comment ce malheureux peuple n aurait-il pas cru à la suprématie des Nobles ? — Les Nobles avaient été ses chefs pour chasser Tétranger, le Maure ou le Normand. Comment pouvait-il ne pas s'humilier devant le pouvoir temporel des prêtres? — Les prêtres parlaient au nom du Ciel, et la religion consolait des outrages de la servitude. La fcodalilé n'eut pas cet avantage; elle ne sut être que tyrannique ; la conquête avait iail sa force, et la force brutale pouvait seule la soutenir.

QUATKIE»IE ÉPOQUE.

Le successeur de Vulgrin , Guillaume IV , aus^ sitôt quil fut maître du comté, s'empara de tous les biens que son père avait donnés au clergé , pour se venger de ce que les prêtres avaient pris

iS4 ÉTUDES ffiSTORIQJDES

le parti des seigneurs , dans les guerres précé» dentés : cela pouvait être la cause de nouveaux malheurs pour rAugoumois; mais, sur la demande de Lambert , évêque d'Angouléme , Louis-le-

Jeune, alors Piol de France, les fit restituer sans opposition de la part du Comte. Ainsi , les évêques intervenaient toujours dans des querelles d'intérêts , quand bien même il ne s'agissait pa» de la morale de l'évangile. La féodalité n'avait plus la force de reprendre ce qu'elle avait donné ^ le glaive des successeurs des conquérants de la Gaule avait perdu sa force par la distribution des fruits de la conquête ; de grands événements, où la religion eut plus de part que la politique ^ allaient encore diminuer la puissance des Nobles. Devenue, depuis quelque temps, maîtresse d'une « grande partie des privilèges féodaux , l'Église devait en acketcr d'autres à prix d'argent.

L'ardeur pour les Croisades était la maladie de répoque. Les seigneurs s'y précipitaient par ambition ou par fanatisme^ et, de tous cotés, le peuple' en état de porter les armes les suivait pour faire diversion à son esclavage. Le Christ avait renouvelé la société par sa morale , et la gloire de conquérir son tombeau servit à agran^

dir prodigieusement les libertés publiques. La

SUE L'AMGÛUMOIS. m

»ation devait faire Tessai de ses forces contre l'étranger^ pour s'armer ensuite contre la no<- Llcîiiie 5 qui cheminait ^ le bourdon du pénitent dans une main et le glaive dans l'autre , vers les cliamps mystérieux de la Palestine. Les seigneurs , manquant d'argent pour les frais de rexpédilion , vendirent quelques franchises a^ux. villes , et quelijues parties de leurs possessions aux ecclésiastiques. Guillaume IV céda de cette manière la seigneurie de Juillac-le-Coq auzr chanoines d'Angouléme. Plusieurs ecclésiastiques de TAngoumois se mirent aussi dans les.

rangs des Croisés. L'un d'eux, Foucher, né à La Rochefoucauld, fut alors élu patriarche de Jéru-talem. Il reçut^ en grande pompe, dans la ville sainte, Louis VII et Conrad Jusque-là « la Gtiy-enne , dont PAngoumois faisait partie , n'appartenait à' la couronne de France que par droit* de suzeraineté ; mais Louis-le^eune ayant épousé £léonore» fille du Duc de Guyenne « qui lui apporta en dot PAngoumois et une partie de la« France méridionale , acquit de nouveaux, droits sur ce pays. Uéonore suivit son époux en.

•* lise.

' 136 ÉTIIDES HISTORIQUES

Palestine , où sa conduite ne fut pas exempte de

reproches^ car> après avoir entretenu des liaisons criminelles avec son oncle Raymond, Comte de Poitiers , elle se laissa aller à la passion que lui inspira un jeune Musulman , appelé Saladin. Louis-le-Jeane dissimula son mécontentement, tant qu'il fut sur la terre étrangère : de retour en France , et privé des sages conseils du ministre Su^er , il sollicita le divoree , qui fiit prononcé par une assemblée dévéques réunis à Bordeaux , sous la présidence de Lambert , évoque d'Angoulême ^. Le clergé avait intérêt à se soustraire à l'autorité royale , qui commençait à favoriser Témancipation des Communes; il préférait le gouvernement d'une femme, béritière d'une partie de ^Aquitaine , et qui pouvait étendre ses privilèges ; mais ce calcul ne tourna qu'au profit de Tétranger. Cette désunion fut pour la France une souicc clc grandes calamités ; car Louis4e-Nleune rendit a la Reine répudiée toutes les provinces qu'elle lui avait apportées en dot, et retira, de TAngoumois et du reste de l'Aquitaine , les garnisons qu'il y avait placées.* De nos jours, on aurait renvoyé répouse adultère, et gardé les provinces , tant la bonne foi

.* CluroiiM|ue iBordelaîte^

difiere de la politique des cours ! Six semaines après , la Reine divorcée se maria à Henri-Plantagenet> Duc de Normandie» Ce mariage fut célébré à Poitiers, où se trouva Guillaume, Comte d'Angouléme , avec toute la noblesse des environs , qui , dan» un autre temps , avait aussi assisté au premier mariage d'£léonore , et avait été comblée par elle et son époux de magnifiques ' présents *. Les seigneurs de Lusignan restèrent .seuls fidèles au Roi de France.

Lorsque le Duc de Normandie lut monté sur le trône d'Angleterre , sa haine contre la France ne tarda pas à éclater. Éléonore soufïlait le feu de la discorde entre les deux Rois, avec la même fureur qu'on la vit, plus tard, armer ses enfants contre leur propre père. Lorsque l'Angoumois Sut devenu une province de l'Angleterre , lienrij pour se faire aimer des Anglais , ses nouveaux sujets, les attira en grand nombre dans cette province, et leur distribua des seigneuries avec toute espèce de privilèges. Mais alors, les grands vassaux du Poitou et du Limousin devinrent ses plus ardents ennemis; le Comte d'Angouléme, naguère partisan de l'Angleterre , fit cause corn*

* Méwm.

i58 ÉTUDES HISTORIQUES

mune avec eux. Les seigneurs, ainsi ligués, étaient

sur le point de commencer la guerre contre le Prince étranger , lorsqu'une expédition lointaine suspendit leur projet ; ils partirent pour la Palestine, oubliant que leur courage serait plus uLiiement employé à défendre leur pays. Cependant, le Roi d'Angleterre, instruit de leurs résolutions^ commenta la guerre dans le Poitou et dans TÂngoumois, et s'empara de plusieurs points fortifiés, où il plaça des garnisons. Guillaume IV se distingua par sa résistance. Ennemi acharné de l'étranger , il fut assez heureux pour ne pas voir ses armées camper dans les murs de sa capitale ^ car il mourut au commencement de la guerre, laissant, pour lui succéder , cinq garçons et une fille \

L' Angoumois fut forcé de reconnaî ii e les droits de l'Angleterre, et de se soumettre à ses nombreux ajrf iils. Cependant, il est vrai de dire que la domination Anglaise ne fut pas entièrement inutile aû pays; car, lorsque deux peuples de race et de moeurs différentes sont mis en contact,, il en résulte cet avantage , que celui des deux peuples qui aie moiuâ de liberté^ s cilorcc de se

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mettre au même rang que l'autre; et alors, en fait de liberté politique , l'Angleterre était un peu plus avancée que la France. Lî|i cour du Prinee Anglais se tenait à Bordeaux ; et de là ^ Êlcotiore visitait souvent ses possessions. Dans un de ses voyages, elle fonda l'Abbaye de Fontdouce, près de Cognac et fit construire Tcglise de Saint-Amant-de-Boixe, dont Bernard, archevêque de Bordeaux, fit la dédicace^ assiste des pliis nobles prélats du pays, et en présence de Guy, troisième du nom, seigneur de La Rochefoucauld L'Abbaye de Font-douee était au milieu des Lois. A celte époque , la religion portait encore ses mystères dans les lieux les plut écartés, et le voyageur , égare au milieu des (brets, voyait tout à coup surgir, entre la cime des arbres, le clocher à la flèche élancée, qui l'appelait au foyer bospitalier. t ont-douce n'a plus^ aujourd'hui que des ruines, un soutenir de mort et de vengeance. Là, fut décidée TaboUtion de f Ordre des Templiers.

Les deux fils aînés de Guillaume IVf Vulgrin III

Elle était de l'Ordre de Saim-Beiioit. -«-Gatti» ' Stc-Mvilis (desmaiioiiiillnitm

ilOf ÉTUDES HISTORIQUES

tration du comté , dont ils ne jouirent que pcit de temps. Âlon» la guerre avec F Angleterre ayait cessé par le traité de Montmirail, et TAngoumois jouit d'un calme aussi court que le fut le gouvernement de ces deux Comtes, qui furent remplacés par leur frère Aymard, ou Adhémar. Celui-ci, avec sa femme Alaïs, fit don de soixante-dix arpents de terre à l'Abbaye de Grosbos bâtie, un siècle auparavant, dans une étroite vallée , au milieu des forêts. Héritier de la haine de son père contre les Anglais, excité secrètement par le Roi de France, Philippe- Auguste, et soutenu par Geofiroi de Rançon, seigneur de Taille-Bourg, il profita de l'absence de Richard , fik d'Eléonore , pour reconmnencer la guerre. Alors , le fils du Roi de Navarre , frère de Bérangère, Reine d'Angleterre, défendit les droits de Richard, en faisant entrer dans TAngoumois une nombreuse armée, qui ravagea tout sur son passage. Aussitôt que Richard , que son courage avait fait surnommer Coeur-dc-Iiion, fut de retour de la Palestine , il vint lui-même défendre ses droits , et mit le siège devant la ville d'Angouléme. Selon quelques chroniques, il s'en empara, et mit tout à feu et à sang j selon

•d'autres^ touteâ ses tentatives furent vaines. Rqpoimé par le courage des habitant» , il porta

ailleurs cette guerre d'extermination Enfin, il périt atteint d'une flèche empoisonnée, en

attaquant le château de CLalux^ dans le Limomin.

On voit encore une des tours au pied desquelles

il succomba. La Lizaric eonstruclion de cet

antique monument remonte au moins à l'origine de la féodalité. L'Angouniois a aussi les restes d'un château qui devait être de la même époque: c'est celui de Marthon, dont il ne reste plus qu'une tour à moitié détruite. On y entrait par une porte âevée de vingt pieds au<-dessus du sol. Ses pans de murs , encore debout sur un sol aride, sont d'une solidité qui étonne, quand on songe qu'ils ont traversé tant de siècles , et qu'ils restent encore comme souvenir du passé pour les siècles à venir. Quand la féodalité eut perdu de sa puissance , par l'agrandissement du pouvoir royal j quand Tétranger ne vint plus menacer ses intérêts , et que le temps sembla avoir à toujours consacré ses privilèges^ un autre château s'éleva à coté de l'ancien, avec une architecture plus belle , mais moins durable

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