MOO
us ËTDDES HISTORIQUES
Jusqucs ici , les Comtes d'Angoulême ont ré* sisté à l'Angleterre. Quelques sentiments d'orgueil national avaient excite leur courage; mais Ayiiiai, n'ayant, pour lui succéder, quuneiille nommée Isabelle, la plus belle femme de son temps, le moment approchait où TAngoumois allait apparteoif aux Anglais, par un double privilège. Isabelle, riclie des souvenirs de gloire de ses ancêtres, puissante par Tautorité dont elle devait hériter, avait été demandée en mariage par les plus grands seigneurs Toisins. Elle était fiancée à Guy DeLusignan, Comte de la Marche et du Poitou, lorsque l'Angleterre^ comprenant que Tunion de ces deux familles susciterait contre elle des ennemis redoutables, chercha à s'y opposer, Jean-sans-terre était alors Roi d'Angleterre^ et avait succédé à Richard, au détriment du jeune Arthur, Duc de Bretagne.
Assez occupé de défendre un trône usurpé , il vivait en paix avec le Comte d'Angouléme et les seigneurs voisins, à la suite d'une réconciliation où la bonne foi n'avait point présidé. Après de grands préparâtes, où le luxe de l'époque étalait toute sa magniâcence, le jour du mariage d'Isabelle avec le Comte de la Marche fut fixé, à h grande satisfaction du peuple , avide de fêtes pompeuses. Tous les seigneurs du Poitou, delà Marche et de l'Angoumois accoururent à l'invita-
'SUR L'ANGOUMOB. 14S
tion du noble ûancé. La ville d'Angouléme était dansla joie : la population se portait sur les places publiques, où retentissait le bruit des clairons ; les hommes d'armes se réunissaient autour de leurs maîtres ; el 1 église couvrait ses autels de sesplus beauxornements. Le Comte d'Angouléme, pour donner plus d'éclat au mariage de sa fille , y avait invite Jean-sans-terre, qui tenait alors sa cpur à Bordeaux. Ce Prince, qui venait de répudier «a femme, la (ille ilu Comte de Glocester, arriva avec un nombreux cortège. Séduit par la beauté d'Isabelle, et sans doute excité par l'ambition de posséder, à un autre titre, le comté d'Angouléme, il fit enlever, selon quelques historiens, cette jeune liancée, et l'épousa le même jour. La chronique d'Angleterre^ rapporte que cet enlèvement eut Ueu du consentement d'Aymar; mais ce Ile de Flandre dit que Jean-sans-terre , ayant été chargé de conduire Isabelle à l'autel , se lit accompagner par une noml>rcuse escorte de ses hommes d armes, et, qu'arrivé dans l 'église, il força l'évcque d'Angouléme, Robert de Montbrou^ à bénir son mariage avec elle. 11 était trop puissant pour essuyer un refus; et peut-être l'évêquc vit-il avec plaisir l'autorité temporelle du comté passer dans d'autres mains, parce que le pcre d'Isabelle et ses prédécesseurs avaient
tenté d'usurper les bieos du clergé. Aussitôt après son mariage , Isabelle suivit son époux à Bordeaux. Quelques historien» ont prétendu que le Roi de France^ sous Tapparence de Tamitié , avait l'ait conseiller cet enlèvement à Jean-sansterre, dans l'espoir que l'Angleterre s attirerait la haine de la famille de Lusignan et de plusieurs autres grands vassaux, et que, de cette manière, diminuerait son influence en Guyenne Il parait aussi t|u Isabelle 5 iUuit la beauté était remarquable , mais dont le caractère était altier et Yindicatif 9 avait tenu avant son mariafi^ une conduite peu réservée. Peut-être le Prince Anglais ne put-il pas voir avec indifférence passer, dans les Lras d'un autre , celle qui peut-être lui avait donné des preuves d'amour. Quoiqu'il en soit , le Comte De Lusignan se vit enlever Isabelle, sans pouvoir la disputer à son heureux rivale à qui il )ura alors une haine implacable, en seJiguant ensuite avec les plus puissants seigneurs du Poitou, pour soutenir le jeune Arthur, qui revendiquait ses droits au trône. Ainsi, une Reine adultère avait fait passer TAngoumois au pouvoir de TAngleterre, et une* amante infidèle lui transmit d'autres droits sur cette province. Pendant quel-
«Mêlerai.
SUR L*ANOOUMOIS. 14S
• que temps , le Comte Aymar, irrité contre son gendre , s'amcia aux vœux des Lusignan contre lui ; maïs lorsqu'Arthur de Bretagne fut tombé sous le poignard de son oncle, la mort de ce jeune Prince fit cesser pour quelque temps la haine des Lusignan , et le mécontentement du Comte d'Ân* goulême. Alors^ cédant aux sollicitations de Jeansans-terre et de sa fille qui, pendant leur séjour à Bordeaux, avaient fait plusieurs voyages à Angoulême^ pour se réconcilier avec lui, Aymar abjurason ressentiment. Hugues De Lusignan , réduit à ne pouvoir plus se venger, dissimula sa haine, et reçut de Jean-sans-terre le gouvernement de la Saintonge. On vit alors le père d'Isabelle et son premier fiancé prendre le parti de l'Angleterre contre la France, ])ai un de ces retours ([u opère
* si souvent Fambition dans les agitations politiques. Lorsque le Prince Anglais aborda à La Rochelle, avec une nombreuse arméc^ ils lui amenèrent les troupes qu'ils avaient levées dans leurs terres , et le suivirent au siège d'Angers *. Ainsi , l'Angoumoiâ n'appartint plus à la couronne de France que par un faible lien de suzeraineté, que devait, plus tard, tenter de briser! orgueil de l'Angle terre.
M ËTIIDES mSTOniQUES
L'illustre famille de Taillefer possédait ie comté crAngoulême , depuis environ trois siècles 5 pre8([u'entîèrenient passés à lutter contre l'invasion étrangère ; elle s'éteignit dans la personne d'Aymar, qui fut enterré devant la grande porte de l'église de la Couronne, bâtie sous les auspices de ses aïeux \ On Tavait vu, a la dédicace du temple de cette Abbaye, le jour où Tabbe Geoffroi en px^it possession , faire l'oHice d'un bedeau , pendant la cérémonie , et , la main armée d'une verge , contenir le [)ouplc qui se pressait dans l'enceinte. 11 y parut en maître , et , au dernier jour de sa puissance , il devait venir demander un cercueil à ces cloîtres célèbres. Ainsi , le dernier des Taillefer eut sa tombe éloignée de celle de ses ancêtres, qui tous reposaient dans 1 Abbaye de Saint-Cybard , et marqua ainsi le lieu de la sépulture des Lusignan. Les restes delà seconde famille des Comtes d'Angouléme étant transférés à la Couronne , donnèrent à cette Abbaye une nouvelle splendeur. Bientôt l'abbé Don-Vital fit rebâtir le -chœur avec une magnificence empreinte du style ioman et du slylc oriental Pendant la lutte
SUR rANGOUMOlS. 147
de la France contre l'Angleterre, Philippe-Auguste , pour se faire des partisans, et pour diminuer Tautorité de Tctranger, en affaiblissant celle des Comtes , accorda à la ville d'Angouiémc un sénat, chargé d'administrer la cité, et d'y rendre la justice. Elie Daurifont en fut le premier président. Ainsi , la couronne intéressa peu à peu les populations qu^elle affranchissait à défendre les prérogatives royales et à rcsister aux seigneurs ^.
Jean-saus-lerre i l.uit mort, Isahclle quitta l'Angleterre, où elle laissa ses enfants. L'un d'eux , Henri lîl , succéda a son pcre , et céda à sa mère , pour une partie de son douaire , le comté d'Angouléme , avec les seigneuries de Cognac, de Merjuiis et de Jarnac. Aussitôt qu'elle fut arrivée à Angoulénïe , elle reprit l'administration du comté. Jeune, et conservant encore une partie de sa beauté, elle ranima la passion mal éteinte du Comte de Lusignan , qui devint son époux. La célébration dv ce mariage eut lieu à Angouléme , en présence de toute la noblesse du pays. Mais Isabelle , fière et orgueilleuse de s'être assise sur le trône d'Angleterre , voulut
conserver le liUe de Reine, et cxij^oa que son mari lui en donnât Le nom., L'Angleterre devait donc encore présider aux destinées du pays par lorgueil d'une femme.
Une secte religieuse , pleine d'énergie , troublait le Midi de la France, et le catholicisme crut devoir instituer TOrdre religieux des Cordeliers et des Dominicains , pai opposition aux Alijigeois C'est à cette époque que furent fondés , à Angouléme , deux couvents appartenant à ces deux Ordres. Guy IV, seigneur de La Rochefoucauld, se voyant privé d'enfants, après plusieurs années de mariage, avait fait vœu , s'il en obtenait , de faire porter aux aines de sa famille le nom de François. Sa femme , étant alors accouchée d'un fils , voulut que , par reconnaissance , il fit achever , quelques années après , le couvent des Cordeliers , commence par Hugues De Lusignan. 11 y fut enterré près du grand autel De ce moment , la religion ne posa plus ses édi» fices dans des lieux écartes. £ntraînée par le goût des choses mondaines^ la puissance ecclésiastique , jalouse de la puissance féodale, vou-
* Ifézerai.
** Annales des Irms mioeurs.
SUR L'ANGOUMOIS. 149 lut doiiiiiier dans les villes. D'un autre coté , la noblesse , craignant l'ambition des cloîtres et leur influence dans les campagnes , fut bien-aise de les avoir sous les yeux. Ainsi cessèrent de s'élever dans nos campagnes ces magnifiques Abbayes, où l'on voyait des églises aussi belles que des cathédrales, des cloîtres aiusi vastes que despalais. Les châteaux immenses , que les grands seigneurs peuplaient de valets et de clients, devinrent des fortifications militaires , quand la noblesse eut des craintes pour ses privilèges. De presque tous ces grands monuments du Moyen- Age , il ne reste plus que des ruines , parfois imposantes , auxquelles les siècles et les souvenirs de l'histoire ont donné une majesté solennelle. Parmi les seigneurs de rAngoumois qui , dans le même temps , se firent remarquer par rétendue de leurs possessions , ou par leur courage , on distingue Guy de La Rochefoucauld , évêque d'Angouléme. 11 possédai^» avec son évé* chè , les seigneuries de Verleuil , de Blanzae , de Marthon et de Cellefroiiin» Venait ensuite Robert de Montbron (Monte-Bendpho) , dont on voit encore le tombeau à coté de celui de sa fiemme, sous les cloîtres d'un prieuré bâti par ses ancêtres (1). Hugues, seigneur de Mareuil , se fit aussi une grande réputation par sa valeur^,
150 ÉTUDES UlSTORIQUeS
à la joumce de Bouviaes , ayant reuconlré daii» les rangs ennemis le Comte de Flandre, allie de TÂngleterre , il le fit prisonnier (2).
ls;il)cllc prit toujours les iutcrets de l'Angleterre, au détriment de la France : aucune considération ne put l'emporter sur sa fierté et sur SCS affections de mcre. Son second bymcu n'eut pas d'amour; Tambition seule y présida, et l'Angoumois sacrifia son repos à Forg^ueil de la fille de ses anciens maîtres, Louis IX ayant donné le comté de Poitiers à son firère Alphonse, Isabelle exûu son mari à ne pas se reconnaître vassal du Prince. « Votre maison , lui disait-elle , » n'a-t-e!lc pas des Rois, aussi bien que la sienne; »» Rois d'autant plus illustres, que le conrapre et » la valeur leur ont donné naissance ?.. S'il faut » se courber, que ce soit ilevant une couronne » souveraine, et. que le Roi se contente de
» recevoir votre soumission Le Roi d'An-
n gleterre, mon fils, tous les seigneurs du » Poitou « mes alliés et mes vassaux, et le Duc
)» mcconlent vous seconderont » Celui-ci,
oubliant sa haine contre l'Angleterre^ céda aux sollicitations de cette femme impérieuse , et attira , par sa faiblesse , de nouveaux malheurs sur son pays. Déjà^ de concert avec plusieurs
seigneurs de 1 Angoumoit», pousses, comme lui, par les conseils de la veuve de Jean-sans-^terre ,
li iiviiiL iciusc d assister au sacic Je Louis IX *.
Vaincu par l'ascendant de la Comtesse-Reine,
Hugues part avec elle d'An2:ouleino . se rend à Lusignan , antique cliàleau de ses aïeux , où il ^ réunit ses vassaux , et se déclare en révolte contre le Roi. 11 court ensuite assiéger la \ilie de Poitiers > où se trouvait Louis IX qui , indigne de tant d'audace , sort des remparls , et vient trouver le Comte. et sa icmmc Isabelle, quil cP fraie par des menaces , et qu'il force de recon-r naiUc les droils de sa couronne. Hugues leva le siège ; mais Isabelle ne lit que dissimuler saliaine; aussi, peu de temps après le départ de Louis IX pour Paris, Alphonse ayant exige que le Comte vînt à Poitiers lui rendre hommage^ on vît jusqu'où pouvait aller Forgueil de J.i \v\i\c de .Iransans-terre, et son influence sur l'esprit faible de son époux , qui , en entrant dans le palais d'Alphonse, lui dit avec arrogance : « Le seul Comte »> du Poitou est Richard de Gornouailles , frère » du Roi d'Angleterre; je ne me reconnaîtrai » jamais vassal de celui qui usurpe ses droits )r.
* Méiendyt. m.
loi ÉTUDES HISTORIQUES
AuMÎtât il se retire , rassémble ses hommes d'armes, et revient dans ses terres. Isabelle avait accompagné son époux ^ oti dit mcme qu elle s'écria, en présence du Prince et de sa cour : « j\e vous doibs nul hommaige , ne à vous ne à » tous les fils de Blanche ! » Elle avait, en effet, plusieurs fois insulte la vertueuse mère de Louis IX, la hlle du Comte de Toulouse, que, par dérision, et comme se croyant au-dessus d'elle» elle appelait la Tolo^me,
. Le Roi de France^ irrité de laut de résistance, s'empara alors d'une partie de TAngoumois. U Toccupait encore, lorsqu'lsabelle et son mari demandèrent du secours à Henri lU, qui passa aussitôt la mer avec une armée assez nombreuse, et inonda la Saintonge, d'où il marcha contre Louis iX, après s- être réuni au Comte d'An« gouléme, et à sou frère, le Comte de la Marche *. Les deux partie en vinrent aux mains près du pont de Taille-Bourg , où le Roi de France fit des prodiges de valeur. L'armée des confédérés fut entièrement défaite. Plusieurs détachements se réfugièrent dans qucU^ues châteaux-ibrls de
SUR L'ANGOUMOIS. i53
* l'Angoomob. Louis iX les poursuivit pendant
quelc|ue temps.
Plusieurs auteurs rappor:lent que le Roi d'Angleterre , honteux de «a défaite, et rctiic dans les murs de Saintes, en fuyant la poursuite du Roi de France, reprochait vivement au Comte d*Angou« lême de Tavoir trompé , en lui faisant espérer grant aide en France. Hugues, déjà assez humi-* lié, lui répondit vivement : «Parla gorge de Dieu, M prenez-vous en à votre mère , mon épouse !
» C'est elle qui a tout machiné, à mon insu !n^. Enfin, Hugues De Lusignan, dans Timpossibilité de résister plus long-temps au vainqueur^ mieux éclairé sur ses intérêts , cessa de se laisser entraîner par la haine de sa femme, et se soumit au Roi de France, en mettant à sa discrétion sa personne et celle de ses enfants. Cependant Isabelle , toujours implacable , tenta de faire assassiner son ennemi. Des hommes gagnés à prix d'argent s introduisirent dans le camp du Prince^ près de Saintes, avec le projet de le tuer ; mais ils furent découverts, et payèrent de leur vie le crime dont ik devaient être
les lâches exécuteurs.
* JoÎQYille. — Math. Paris.
Quand la Comtesse sçut que sa mauvaislié
estoit descouverle, de deuil cllesecuida précipiter et frapper d^un coustel en sa poitrine , qui ne lui eust esté de la main : et , quand elle vit qu^elie ne pouvait faire sa voulenté, elle desrompit sa guimplc et ses cheveux, et ainsci fut longuement malade de despitet de desplaisance''. Par une inconcevable destinée, un Angoumoisin devait être dans la suite l'assassin d^un des descenduiiUdu saint Roi. Cependant, Louis IX ayant pardonné à Isabelle et à son mari, eut la générosité de leur laisser leurs Etats , et fit avec eux un traité de paix , par lequel ils lui donnèrent en garantie trois places d'armes, Merpîns, le château d'Archiac^ Castrum^Achardi^ et celui de Grésane , près de Saintes , qu'il devait garder pendant trois ans. Ces trois monuments n'existent' plus; les quelques ruines qui en restent sont dispersées tous les jours Ils se retirèrent à Angouléme où , peu de temps après ^ Isabelle emporta dans la tombe la haine qui , dans les derniers moments de sa vie , avait égaré sa raison. £lle fut inhumée près de son père dans
* Chroniques de France.
** Vuv* v ce traité de paix dâDâ la coUeclion desbistoiros de la coDgrégatiou de Saiot-Uaure.
SUR L ANGOIMOIS. 155
TAbbayc de la Couronne > dont la splendeur et les constructions augmentaient tous les jours * , et auprès de laquelle les Comtes d Angoulême avaient fait construire le château de l'Oisellerie, stjoui di) plaisaïKM! , où ils venaient se livrer aux plaisirs de la chasse. L'Abbaye n'était plus seule-* ment un temple pour la prière , mais une citadelle pour lusisler à reunemi , où le peuple venait lancer le javelot , en sortant du sanctuaire. Dans les années précédentes , Guillaume , abbé de ce superbe monument, y avait fait élever des fortifications qui en défendaient l'approche ^ en temps de guerre. Il eu était de nn ine de presque toutes les Abbayes du pays. Le luxe y avait remplacé la simplicité évangéliquc des premiers temps ; les moeurs y étaient arrivées au dernier degré de corruption. Ainsi , les cloîtres obscurs du Moyen- Age ne pouvaient plus cacher les vices des prêtres et des moines , nctélés aux hommes d'armes et à toutes les agitations politiques. La iille pudique n'osait plus se présenter à l'autel ; car les mystères les plus saints y avait^nt été profanés. De ce niomcat , le peuple indigné commença à douter de la morale méme^
156 ÉTUDES UiSTORIQUES
ei le scepticisme philosophique se posa en lace des convictions religieuses, des pensées de foi et d'avenir. Ce fut pour remédier à un tel éut de choses , qu'un Concile fut tenu à Cognac , par Gérard-De-^Malamort, archevêque de Bordeaux , assiste des évetiues des provinces voisines *. On y stygmatisa la conduite scandaleuse des prêtres, et des châtiments furent décrétés contre ceux qui ne se corrigeraient pas. Vaine ressource, qui ne servit tout au plus qu'à cacher le crime par la dissimulation , mais ne le rendit pas plus rare !
11 y. eut aussi plusieurs autres Conciles dans
la province, Gérard-De-Malamorl en présida un à Ruffec , où se rendirent plusieurs evêques de France pour régler la discipline ecclésiastique Bertrand-l>e-Goth et Arnaud, archevêques de Bordeaux, présidèrent aussi des synodes dans la même ville , dans le siècle suivant Alors , il s'agissait d'augmenter Tautorité ecclésiastique , diminuée par les vices des prêtres et par la perte
* 1S38. — Dietioanaiie dM Concilef.
SUR L ANGOUMOIS. f57
des revenus dont s'étaient emparés plusieurs
seigneurs.
Hugues De Liisignaii laissa plusieurs enfants, nés de sou mariage avec Isabelle, lU se partagèrent les possessions héréditaires , comprenant alors , non seulement l'Angoumois , mais une partie de la Marche et du Poitou, et même Tîle d'Oléron , qui avait été donnée au eomté d'Angoulcme , par le fils aine de Henri Hi , Koi d'Angleterre . Dans ce partage , Guy eut les sei<* gncuries de Cognac et de Merpins, Geoffroi celles de Jamac et de Ghâteauneuf, et Hugues , dit le-Brun , qui était Taînc, eut le comté d'Angoulenie et de la Marche , avec le droit de faire battre' monnaie dans ses États. Mais, craignant que l'Angleterre ne profitai plus Xdid de la faiblesse de leur famille ainsi divisée , il fut convenu que si les frères de Hugues mouraient sans enfants , leurs seigneuries reviendraienl au Comte (fAngouléme. Guy se retira alors à Cognac. Une des rues de celle ville porte encore le nom de Lusignan. On voit , dans la partie des remparts où ,elle aboutit , une tour bâtie par ce même sei-
* Histoire dè La Rochelk.
m ÉTUPES BBTORIQUeS
gueur, dont elle porte encore le nom *. L'écus- 8on qui est en-dehors de ce monument porte au milieu du champ une main tenant un sceptre surmonté d'une étoile, souvenir de Tétoile qui guida les Rois de l'Orient vers le berceau d'un Dieu, et, en même temps, symbole de la puissance de cette famille , dont un des mem«hres fut Roi clc Jérusalc m. 11 |j.iiail , par ce que disent les historiens de cette époque , que Guy se fit aimer du peuple. Exempt d'ambition , il passa sa vie lUuis la piété , et fit bâtir dans cette ville , hors de Tenceinte des remparts , le couvent des Cordelîers , ou il fut enseveli en habit de moine, devant le grand autel **. Comme il n'eut point d'enfants^ les seigneuries de Merpins et de Cognac retournèrent au Comte d'Angoulême , son frère.
Le premier Concile tenu à Cognac u avait point remédié aux maux de TÉglise. Les mœurs corrompues des ministres avaient porté de graves atteintes à la religion, et l'ignorance du peuple, toujours livré à une foule de préjugés , avait • aussi contribué à pervertir les meilleures doctri-
** issg. — ^Annales des frères mineurs.
SUR L'ANGOIJMOIS. 139
nés. Les fêtes religieuses étaient devenues des
assemblées nioncLuiK .s et turliulciiles j la divinité semblait s être exilée du sanctuaire , pour faire place aux desordres des passions humaines ; on enterrait les inorls , sans demander pour eux les dernières prières de l'Église. Cherchant alors un remède proportionné à l égarement, Ticrre-de- Roncevaux, archevêque de Bordeaux, tint un autre Concile à Cognac ^. On y défendit de danser dans les efijlises , anx Ictes des Innocents^ et d'y célébrer la tete des fous et des ânes , farces vraiment scandaleuses, enfantées par la superstition et Tignorancc. On y défendit aussi d'inhumer les corps, avant de les avoir portes à régiisc. Ainsi, les vices du clergé, réunis à ceux du peuple , ayant fait tomber en discrédit la religion chrétienne , ce même clergé , pour ressusciter la croyance à l'évangile , au lieu d employer la persuasion , eut recours à la force. Le despotisme natpiit de la fausse interprétation des dogmes de cette religion, qui, dans les premiers siècles , avait prêché la liberté des peuples. Le mal ( ontinuait , et la même ville vit bientôt se réunir dans ses murs un autre Concile, qui autorisa les seigneurs à se saisir des biens îles gens
160 ÉTUDES BISTOEIQUES
excommuniés , pour les forcer i rentrer dans l'£glUe Ainsi ^ la ville de Cognac semble avoir été le lieu privilégié de la province , pour les dispulcs religieuîies. Le treizième siècle y entendit gronder la foudre des anathèmet, et l'avenir rt-unira encore dans ses murs , et dans les lieux voisins, une partie de la nation défendant ses croyances , les armes à la main*
Httgues^le*Brun eut , pendant son administra* tion, de p^rands différends, pour quelques rêve- 'nus de l'Écrlise qu'il aurait voulu s'attribuer, avec Robert de Mon tbron, évêque d'Angoulême , qui, désespérant de l'emporter par la force des armes, en appela au Roi de France et au parlement de Paris. L'affairefutsoùmiseauxévéqnesde Gahors et de Limoges , et jugée en faveur de celui d'Angouléme. Gorlieu , auteur d'une bistoire des Comtes de cette province , rapporte ainsi le jugement ;
« Le Comte fut condamné à ramener dans sa
» ville d'Angouléme Tevéquc et son clergé , et à » assister à une procession qui serait faite un jour
» deféte, depuis le monastère de Saint-Auzonne
M ftttqu'en l'élise cathédrale, nu-pieds, en saye
» et sans ceinture , coiffe et chaperon : en Jliisant » laquelle procession, les battants de la porte par n laquelle il devait passer, nonunée Saint-Pierre, » devaient être brûlés en la place, devant l'égiise; » confesser, la procession laite, à la vue de tout » le peuple, avoir commis les choses susdites, et i> promettre de ne les plus faire j et il fut con- >» damné en cinq livres de réparation , et de fon- » der revenu suffisant a 1 entretènement de trois » cierges, pour ardre perpétuellement devant M le grand autel d icelle église , lors du service >» divin. »
Cette sentence était datée du jour de Saint- Clément
Ainsi, le peuple de l'Angoumois vivait pour le bon plaisir des seifrneurs , qui eux-mêmes ne pouvaient se soustraire a la tyrannie des prêtres. Les Rois de France, comme héritiers des droits de la famille de Lusignan, exécutèrent dans la suite cette sentence, jusqu'au dix-septième siècle. Louis IX ayant entrepris, comme ses prédéces-
* 23 Novembre 1959. — GoUection det lUftorieiis de la coopégattoa de S»-lfaiire.
seurs, de conquérir la Terre-Sainte, fit un appel aux grands vassaux de la couronne^ alors, Huguesle-Brun leva des troupes dans son comte , et se croisa avec son fils : ainsi, l'Ângoumois assista au deniîer acte de ces sublimes folies de l'épocj^uc après avoir pris part au premier*
Hugues laissa en mourant le comte d'Angouléme à un de ses enfants, qui porta le même nom. Un autre , appelé Guy , eut les seigneuries de Cognac et de Merpins, Leur mère se retira dans le château de Bouteville , où elle mourut , peu de temps après. Elle fut enterrée dans l'ancien prieuré , qui garde encore Tinscription <le son tombeau. La vie de Hugues III fut consacrée à diverses améliorations ; il fit paver les rues de la ville d' Angouléme , de même que le chemin qui conduit à Bassau, où existait autrefois, sur la Charente, un pont dont la construction devait remonter à une époque fort reculée: peutêtre au temps des Romains; car là, devaient se 4rencontrer les deux voies Romaines dont il a été question. La partie des remparts qui embrassent le faubourg Saint-Martial fut construite par les ordres de la veuve du Comte. Elle fit faire aussi
* JomviUe, ilifitoii'e de Loim iX.
SUR L'ANGOIWIS. 165
beaucoup de réparations dans le château, et commença la grande salle cpri faisait l'admiration de cette cpoque, et qui, pour nous, est la preuve du mauvais goût de nos ancêtres et de l'imperfection de lart *. La ville fut aussi dotée , dans le même temps, de plusieurs établissements reli-* gieux, tels que le couvent des Jacobins, et celui de Beaulicu , occupé aujourd hui par le collège. Ce dernier fut fondé par Léotard, évéque d'Angouléme.
Les derniers Comtes de la maison de Lusignan
se succédèrent avec rapidité. Hugues 111 étant mort, son fils Hugues IV le remplaça, et fit bâtir, pendant son gouvernement, la grande tour du château , dernier monument de cette noble fiimille , dont le nom se trouve dans presque toutes les pages de notre histoire. Hugues IV, comme s'il eût prévu la ruine de sa maison , se hâta d'achever, dans le même édifice, la grande salle commencée par sa mère. Il recueillit aussi rbéritage de son frère, Guy De Lusignan, seigneur de Cognac. £tantmort sans laisser d eniants pour lui succéder, il fut remplacé par son autre frère, appelé aussi Guy De Lusignan. Ce dernier ne
♦ lâ82.
m ÉTUDES HISTORIQUES
s'était jamais marié. Peu ambitieux de transmettre à ses descendants le comté d'Angoulême, attachant peu de jprixà sa possession^ fils d'un chevalier chrétien, il ne voulut qu'être moine, et vinl s'humilier sous la main des prêtres, en se livrant lout entier à des ^pratiques de religion. Après quelques arrangements faits avec sa famille ^ il se retira dans une Abbaye de Poitiers , où il mourut. Philippe-ie-Belj Roi de France, lui iit de frcquen* tes visites , et obtint de lui la donation du comté d'Angouleme , qui rentra ainsi dans le domaine de la couronne , après en avoir été séparé, sous Charles-le-Ghauve. Le pouvoir royal tendait à se fortifier en ruinant la puissance des grands vassaui; mais il fallait trois siècles de persévérance pour enfanter Richelieu. Cependant le Roi de France, craignant une levée de boucliers , de la part de la Noblesse de l'Angoumois, visita toutes les villes de cette province > caressa tous les principaux personnages, leur fit des promesses, et mit tout en œuvre pour se les rendre favorables Séduit par la beauté du pays , il demeura quelques jours à Cognac **.
* fSOT.
^'^ Méffloùr^ au Roi pai' les IlabUanU de Cognac , 177$.
SUR L'ANGOUMO 165
Ainsi finit l'illustration du comté d'Âhgou-
nioisj séparé de la coiirojiixe, depuis envlion cinq siècles ; dix-neuf Comtes l'avaient possédé. Les Comtes De Taillefer furent tous remarquables par leur courage , tandis que plusieurs de ceux de Li ittmille De Lusignati iuieut iaiijlcs et incapables de gouverner. Les premiers avaient vécu dans un temps où le courage faisait face aux calamités publiques; les seconds, cédant à la cov^ ruption de leur époque, et à rcntrainemcnt des préjugés religieux, qui ne pouvaient plus rien édifier , et dont le spécieux voile ne servait plus qu'à cacher le vice , hâtèrent la chute du pouvoir, quand ils auraient pu Fagrandir. Les croisades , mélange informe de gloire, de religion et de licence, avaient altéré le principe de l'aristocratie de noblesse. Le pouvoir temporel des prêtres avait acquis de la force, et le pouvoir spirituel avait perdu son influence. Le temps approchait où les populations allaient nier le» doctrines du sacerdoce pour remonter à Dieu , par la voie de la philosophie , puisée dans les vérités de T évangile^ d'où s'étaient écartées les passions humaines , à la suite de grandes com«motions politiques.
Ainsi, les croyances religieuses ârent naufrage
M ÉTUDES flISTORIQUES
aux mêmes lieux d'où «'étaient élancées , comme
une flamme rapide, des pensées de régénération et d'arenir. Le mysticisme religieux avait énervé les mœurs ; en présence du tombeau d*un Dieu , l'homme , encore presque Ixideux de sa barbarie, abjura les droits de l'avenir en faveur des prêtreset des moines. Les seigneurs eux-mêmes laissèrent leur pouvoir passer dans le sanctuaire ; les prêtres s en emparèrent, et gardèrent, protégés parTautcl, l'instrument féodal dont la Noblesse s'était servie si long-temps , pour corrompre et pour régner. Toutefois, le peuple^ en voyant ainsi fautorilc des nobles passer dans les mains du clergé, commença à comprendre qu'un jour cette même autorité pouvait passer dans ses rangs. Ce fut un jcommencement de progrès pour la société; mais la marche en devait être lente, parce que les cloîtres avaient pour eux deux grands avantages à lui opposer : la force temporelle et la force spirituelle. Partout s'étendait l'influence des nombreux couvents qui couvraient le solde TAngoumois^ et où le fanatisme avait créé des Ordres militaires dont la tyrannie se cachait à l'ombre de l'autel. Ce concours de circonstances peut expliquer l'affaiblissement de la maison de Lusigaan , malgré ses immenses possessions.
La maison de Taillefer ne posséda guère que
SDR L'ANGOUMOIS. Mt
rAngoumois , qu'elle défendit vaillamment contre FinYasion étrangère. Celle de Lu$ignan y appela rAngletcrre; et, quoique maîtresse du comté d'Angoulême , de la Marche et d'une partie du Poitou, elle accéléra sa ruine, et n'associa jamaisle peuple à ses triomphes passagers. Sous l'admini^ tratiou des anciens Comtes de ces deux familles, la Charente fut rendue navigable jusqu'à Châteauneuf, au moyen d'ouvertures pratiquées dans les digues des moulins* De cette manière, le fleuve transportait à La Rochelle les vins de cette partie de TAngoumois, qui avait le privilège d'en opérer la vente sur cette place , depuis le temps des vendanges jusqu'à la Saint-Ândré, d'après un ré* glement faitpai Hugues De Lusignan et- le scucchai du Roi^ en Saintonge Jusqu'à Philippe-* le-Bel , tous ces petits souverains exercèrent des droits régaliens dans le pays« Us faisaient battre monnaie , levaient des impôts et des troupes plus ou moins nombreuses , pour faire la guerre au Roi ou aux seigneurs voisins. Alors, tout château était un royaume , et tout seigneur sous les ar-* mes était un héros , aux yeux de ce peuple tropcrédule.
" Histoire de La Rocbele.
168 ÉTUDES UISTORIQrES
Auttit&t après la mort du dernier Comte, le
Roi de France se rendit à An^oulême, prit possession du pays, et convoqua, dans cette ville, les seigneurs des environs, qui se recomiurent ses vassaux. Cependant, quelques membres de la famille de Lusignan réclamèrent contre le testament fait en faveur du Roi de France , qui , craignant leur inimitié « leur restitua quelques, parties des domaines. Ainsi , la Comtesse Béatrix, épouse de Hugucs-lc-Brun^ obtint, pour y faire sa demeure, le château de Cognac, avec le privilège de chasser dans les forêts appartenant à cette terre ; mais il lut convenu , qu'après sa mort, les seigneuries de Cognac et de Merpins reviendraient à la couronne.
Pendant le même règne , TAngoiimois vit détruire les établissements religieux de l'Ordre des Templiers. Philippe*le-Bel, avant de faire tomber le choix du conclave sur Bertrand-De-Goth, élu Pape sous le nom de Clément V, eut une entrevue avec lui, dans F Abbaye de Foiit-Duuce, et là, il lut décidé que la tiare serait le prix du sang Aussitôt que l'arrêt de destruction fut prononcé par le
ÂD(|ueul, Uiâtoire de France.— Histoire «odéaiaBti^e.
SUR r ANGOOMOIS. ta»
Pape, la Laine du peuple ne connut plus de bornai; la foule se précipita dans les Abbayes^ et les
détruisit, quoiqu elles eussent été confisquées par
le ftoi de France} on entassa ruines sur ruines ; et, pour que la vengeance fût plus prompte^ souYent on eut recours à Finoeiidie. Ainsi iiirent détroits de fond-en-comble le château de Châleau- Bernard et TÂbbaye de Boutiers, qui fut livrée aux flammes. Le même lieu porte encore le nom deiîij^on brûlée. L'église seule fut épargnée; les ruines entassées tout autour annoncent assez que la haine s'acharna seulement contre l'asyle des chevaliers , et s'arrêta, satisfaite de sa vengeance, sur le seuil du temple. Le monastère d'Angles eut le même sort. On trouve encore^ clans le même emplacement^ une épaisse couche de cendres mêlées de charbon. Il y en avait un autre près de Cognac, dans un lieu appelé la Templerie. Le nom est resté comme un souvenir de l'histoire ; mais 1 œil n'y retrouve plus de ruines ni les pans de murs où le Templier suspendait ses armes, à son retour de la Palestine ou de ses courses dans la Méditerranée. L'Abbaye de Vouthon ne fut pas aussi maltraitée^ et appartint ensuite aux chevaliers de Malte.
Ce fut surtout dans l'Arrondissement de Ca-
gnac^ plus que dans les autres parties de l'An-
goumois, que furent bâties , dans le» premiers temps du Moyen-Age, les Abbayes et les églises, soit parce que cette contrée est la plus fertile , ou paire que les grands vassaux y possédaient plus de domaines. La ville de Cognac avait même dans ses murs plusieurs monuments rclifpeux de l'époque des croisades. Il existait , à Textrémité du pont, une petite église dédiée à la Viergcdu-bon-secours , où les matelots, avant leur départ, venaient faire des vœux* Une maison, située dans la rue du Palais, était autrefois l'église des chevaliers de Saint-Lazare , que le peuple y par corruption , appelait Saint-Ladre. Ils avaient pour habitations les maisons voisines* Une d'elles garde encore cette devise de l'Ordre : Spero lucem per Christum. 11 y avait aussi un hôpital consacré au soulagement des malheureux atteints de la lèpre , qui fut bati avec le produit des aumônes du peuple. Bientôt , la maladie s'étant multipliée , on la considéra comme contagieuse* Alors, pour éviter la rencontre des lépreux, dont Paspect dégoûtant faisait naître en même temps l horreur et la pitié , on les relégua dans des habitations séparées , avec défense de communiquer avec les villes voisines. Telle fut la première destination de T église de Saint-Roch
sua L'ANGOUMOIS. 171
d' Anfçoulême , de l'église de la Vierge, près de Monlbron , et du petit édifice qui se trouve prèâ de Cognac, dans un lieu encore appelé la nudadrerie. Ou plaçait toujours ces asyles de la douleur à l'entrée des villes , et sur le bord des grands chemins, pour que le peuple^ eu passant, put jeter son aumône à ces hommes désormais proscrits de toute société. On entendait de loin leur voix faible et tremblante qui chantait les louanges de Dieu , ou implorait la charité des passants. Bans la suite , les couvents , qui étaient restés dans les villes pour y garder les lépreux les moins hideux, devinrent si riches, par le produit des aumônes publiques, que la corruption des mœurs s'y introduisit avec le luxe ; et cependant , les .religieux avaient fait vœu de pauvreté , et n'avaient d'abord ambitionné que la glou^e de soulager 1 humanité souffrante!
La puissance royale s'était augmentée dans- TAngoumois , pendant le règne de Philippe-le^ Bel, qui, en mourant, réserva à la couronne le même comté , ainsi que les châteaux de Cognac et de Merpins, tant il tenait à ne pas laisser passer ce domaine dans d'autres mains. Pendant le règne , qui fut de courte durée , des deux premiers fils de Philippe-le-Bel , rien ne trou-^
bla la paix de l'Angoiimoi». Le peuple se reposait de ses longues agitations , et, après avoir détruit quelques couvents , il se croyait à Tabri des persécutions religieuses. La Noblesse, moins indépendante depuis que le comté appartenait au Roi , opprimait moins ses vassaux ; mais le peuple avait encore bien des entraves , et la féodalité bien des moyens de tyrannie. Après être monté sur le trône , Charles-le-Bel donna le comté d'Angouléme en dot à sa nièce , Jeanne de Navarre , en la mariant au Comte d'Evreux , à condition qu'il retournerait à lii couronne , si cette Princesse mourait sans enfants. Les deux époux restèrent quelque temps à Angouléme^ habitant tantôt le château , tantôt l'ancienne maison de Taillefer , jusqu'à ce qu'ils se retirèrent dans leurs États. Jeanne de Navarre étant revenue à Angoulême , y mourut, et fut enterrée dans le couvent des Gordeliers ^. Longtemps après , à l'époque des guerres de religion, le fanatisme haineux ouvrit son tombeau , et l'on y trouva le corps renfermé dans un sac de cuir. Les trois fils dé Philippe-le-Bel n'ayant fait que passer sur le trftne , sans laisser d'en*
sua L'ANGOUMQIS. m
fanU pour leur succéder , Philippe VI , De Valois 9 commença une nouvelle dynastie de Rois , presque tous faibles , fanatiques et cruels. Sous ce règne , on yit se ranimer, entre la France el l'Angleterre , cette vieille haine comprimée quelque temps , et dont les suites devaient être si nuisibles à la prospérité de TAiigoumois. Jusque-là , les deux nations n'avaient fait la guerre
(jue pour se disputer quelques eliâtt^aux , mais alors , il s'agissait de la possession du trône de France ; la grandeur des intérêts dut augmen-* ter l'éclat des prétentions rivales.
ËdouardlII, Roi d'Angleterre, en qualité de fils d'Isabelle de France, et de petit-fils de Phîiippe-le«*Bel, prétendait à la couronne. Telle fiit la cause de cette guerre qui devait durer plus de cent ans , et dont TAngoumois lut souvent le théâtre. Êdouard s'empara de quelques places dans la Saintonge , par l'entremise de ses généraux; mais, malgré ces hostilités > il y eut quelques propositions de paix entre les deux partis. Elles allaient être acceptées, lorsque le Koi de l^Vance fit mettre à mort OlUvier De Clisson et quelques autres seigneurs Bretons , soupçonnés d'avoir des intelligences avec rAngleterre. Edouard en lut tellement irrité , qu'il fit annon-
m ÉTUMS HISTOBIQin»
cer à la France la continuation de la guerre. Aussitôt, le Comte d'Herby, qui était alors à Bordeaux^ averti que la ville d Angoulème était sans garnison^ vint en faire le siège, avec trois mille hommes de cavalerie et deux mille fantassins^. Les habitants, p ri » à l'improviste, et quoique sans ressources » se défendent avec beaucoup de courage , éloignent l'ennemi de leurs murailles^ mais, de peur d'être attaqués d'un autre coté, ils n'osent pas poursuivre leurs succès. L'ennemi entoure de nouveau la ville , et intercepte toute communication. Alors, les habitants, ne pouvant plus introduire ni vivres ni renforts, promirent de capituler, si, dans l'espace d'un mois, le Roi de France ne venait à leur secours. Pour l'exécution de celte promesse, ils donnèrent pour otages vingt des principaux citoyens , distingués par la fortune et la naissance. Le Comte d'Herby les envoya à Bordeaux.
Le Général Anglais , ayant laissé quelques troupes devant la place, parcourut TAngoumois, et plaça des garnisons dans les châteaux , dont il se rendit maître facilement, parce qu'avant de venir i Angoulême, il avait vaincu une grande partie de
SUR yANGOfmois. * m
la Noblesse du pays , près de Bergerac. L'attente des habitants d'Angouléme Ait trompée : le Roi de France ne pouvant les secourir, ils furent forcés de livrer la yille mx Anglais , qui y laisse rent une garnison commandée par Jean-dc- Norwich , à qui les habitants prêtèrent serment de fidélité. Le Comte d^Herby se porta de là sur tous les points du pays , s'en empara , et continua ses progrès dans toute la Guyenne. De tous côtés ^ erraient des détachements Anglais sans discipline, et souvent sans autre but que le pillage. La population des bourgs et des hameaux montait la garde toutes les nuits , courait aux armes au moindre signal , ou prenait la fuite , emportant avec elle ce qu'elle avait de plus précieux. Combien de fois nos pères, en s'éveillapit, virent de féroces soldats emporter leurs moissons, ou se disposer à brûler leurs demeures ! Leurs ancêtres avaient eu moins à souflrir du passage dçs peuples du Nord.
Sur la fin de l'année , le Roi de France envoya son fils j le Duc de Normandie , pour reprendre la ville d'Angouléme. Selon quelques historiens , il en fit le siège avec une armée de
* Au mois de janvier 1346 , selon quelques hi«tQrieos.
cent mille hommes. Norwich résista plasieiun
jours ; mais voyant qu il ne pouvait tenir plus long-temps , il ne songea plus qu'à sauver la garnison* Il y parvint par un stratagème assez
ingénieux.
Le Duc de Normandie devait commencer Tas-*
saut sur toutes les parties des remparts , le jour de la fête de la Purification. L'Anglais , informé de ses intentions , se présenta seul sur les créneaux de la place, et fit signe, avec son chape-* ron, au corps- de-garde^ qu'il avait à &ire quelque communication. 11 annonça le désir de parler au Duc de Normandie, qui se présenta aussitôt, et lui dit Cil riant : « Je vois bien, Monsieur le gouver- « neur , que vous voulez vous rendre! » — « Point (c du tout, Monseigneur , reprit Norwich ; mats M sachant que vous avez, aussi bien que moij « beaucoup de dévotion pour la Sainte-Yîerge, « j ai pensé vous prier de m'accordcr une sus- « pension d'armes , seulement durant la fête de « demain , et quHI ne soit permis , ni à vos sol- « dats ni aux miens , de tirer l'épée , pendant « tout ce «aint jour, les uns contre les au«u très * », Le Duc y consentit , pensant que
Froissait , page 137.
celte journée ne serait employée qu'à des prières. Dès le même soir, les Anglais font leurs préparatifs de départ, et, à la pointe du jour, ils sortent de la ville avec armes et bagages. Atissitàt, les troupes Françaises courent aux armes, et se disposent à les attaquer. Alors Norwich se présente , parle au Duc de Normandie venu à la hate, et lui dit qu'il ne fait qu'exécuter sa parole. Le Prince Français laissa passer son ennemi, disant à ses officiers impatients d'en venir aux mains : « Ils m'ont trompé, mais lais- « sons-les aller , de par Dieul leur chemin quel- « que part qu'ils voudront; car nous ne pouvons « les rien contraindre à demeure. Je leur tien- « drai ce que leur ai promis ; contentons-nous « d'avoir la ville * » . Bel exemple de modération et de loyauté^ dont les Anglais ne furent pas toujours les imitateurs !
La garnison Anglaise continua donc son mouvement de retraite , sans être inquiétée , et le Duc de Normandie entra dans la ville , aux acclamations de l'armée et du peuple. Iroissart^ qui, selon l'expression pittoresque de M. De Ghâteaubriand, va chercher l'histoire sur les grands
* Froissarty page 137.
chemins , l'apprend des rcciu des chevalieis cl des abbé» avec qui il chevauche , rapporte que le fils du Roi de France demeura à Angoulme une partie de l'hiver, attendant le printemps pour continuer la guerre. Le commandemenl de la place fut confié à Antoine De Villers. Pendant ce temps-la, Edouard «e hâtait d'arriver avec une nombreuse armée. La viUe d'Anjouléme allait peut-ctre encore retomber i»ous le sceptre de l^Anglelerre , si les vents n'eussent empêche la flotte d'aboider sur les cotes do la Guyenne , et ne l'eussent portée sur celles de Norinandie. Cependant, Tarmée du Prince Français ayant éprouvé un échec , au siège d'Aiguillon, le Comte D'Herby reprit toutes les portions qu'il avait perdues, il marcha vers la Saiiitonîre, et y exerça de grands ravages, de même que dans le Poitou. Tout l'Angoumois fîit alors en proie à la plus aiireuse misère. Il y avait peu de temps qu'on avait eu à soufiiir les horreurs de la famine * , lorsque l'arrivée de divers corps d'armée augmenta encore le prix, des vivres , et bientôt après , la peste vint ajouter au malheur du peuple **.
Jeanne de Navarre étant morte , le comté
d'ÂDgoult^ine revint à la couronne , au détriment du fila de cette Princesse. Le Roi Jean , qui s rn otait emparé , le donna ensuite à Charles d .Espagne, son favori, avec les seigneuries de Châteauneuf et de Jamac Ces deux dernières possessions avaient appartenu à Raoul , Comte d'£u, qui fiit accusé du crime de lèzemajcstc, et mis à mort, par les ordres du Koî de France. Après cette exécution , premier acte de cruauté d'un Prince à qui l'histoire devait ^ donner le nom de £on^ tous les biens du Comte D'£u avaient été confisqués au profit de ses ennemis. A cette époque, où Tesprit incertain des lois laissait si souvent la force prendre la place de la justice , vivait dans TAngoumois Jean Fabri , né à la Vallade , près de Koussines , et dont le savoir avait une grande réputation* Il était regardé comme le plus célèbre jurisconsulte des Gaules ; ce qui lui mérita le titre de chancelier ^. Il mourut à Angoulême , et fut enterré , avec une grande pompe , dans le cloître du couvent des Jacobins , où Ton voyait encore son tombeau, avant la révolution. La pierre
* Même année.
Dadiéne. (Histoire des chaocelien et gardes-^les-ficeaux}.
m ÉTUDES DISTOIIIQUES
tumulairc% qui rappelait une de nos illustrations, a été brisée par les factions politiques.
Charles d'Espagne vinL aussitôt prendre possession du comte d'Ângouléme ^ il visita la ville dé Cognac et l'habita plus souvent qu'AngouIéme; aussi lui act orda-t-il le privilège de présenter, pour le choix d'un Maire, qùatré candidats au
scncchal d'AnpfOulemc *. Ainsi , cette ville dut a ce Prince d'être admise à la jouissance des droits de cite* La politique , pour servir ses intérêts du moment, émancipait peu à peu la liberté , et le peuple s'habituait à Texercice des droits civils, quoiqu'ils ne lui fussent qu'octrovés. Bientôt après j ce pays l'ut loccasion d'un meurtre; car Charles d'Espagne fut assassiné par ordre de Charles de Navarre , qui , par sa mère , avait des droits au comté. Le Roi Jean reprit alors l'Angoumois, et Charles, irrité do no pouvoir pas jouir de son héritage , prit le parti des Anglais.
Quoique la couronne eut disposé du conitc d'Angouléme au proiit de ses défenseurs , la guerre continuait toujours entre les deux notions , les troupes de TAngleterrc eu oecuj)aicnt une i^rande partie , et s'étendaient jusque dans la Saintougc
* Par Icltras-patentes du mois de mai 1352.
SUR L'MGOUMÛIS. 181
et dans plusieurs autres provinces* La France
épuisée résistait avec peine; c elaient des combats de tous les jours , sans autre résultat que beaucoup de sang versé ; et le moment approchait où un lioi captif devait acheter la paix et la liberté par la cession d'une partie da Royaume. A la bataille de Poitiers, où périt, dans les rangs des irançais, Émery, seigneur de La Rochefoucauld, le Roi Jean fut fait prisonnier par le Prince de Galles, surnommé le Prince-Noir, et conduit en Angleterre. Alors, le sol Français était inféodé a la personne des Rois, <j[ui, pour .servir leurs intérêts , disposaient des droits de leurs sujets. Il fallait encore quatre siècles pour que le peuple comprit que la personnalité d'un Roi n'est rien, quand elle ne résume pas Tindividualité de tous pour la déiense de^ intérêts communs.
Ainsi, Jean-le-Bon^ pour racheter sa personne, après plusieurs années de captivité, pendant
lesquelles r An go umois fut soumis aux Anglais,
leur céda , par le traité de Bretigni , tout le pays
d'Aquitainc,et plus particulièrement l'Angouniois
et sa capitale *, Mais alors , le joug de l'étranger était si détesté , que les habitants de cette ville
ISS ÉTUDES fllSTORIQUES
ne reconnurent les nouveaux droits de l'Angleterre qu'après beaucoup d'hésitations. Cédant enfin aux ordres du Roi de France , ils ouvrirent leurs portes à Jean-Ciiandos^ qui y fît son entrée au milieu du silence du peuple*^. Jean*Chandos, revêtu de la dignité de sénéchal , pour fortifier un c6té de la ville, y fit bâtir la porte qui jusqu'à nos jours a porté son nom, et ses hommes d'armes y commandèrent en maîtres. Le Prince de Galles, préférant ce séjour à celui de Bordeaux > y demeura long- temps avec sa femme, qui y accoucha d'un fils, nommé Edouard. La naissance de cet enfant fut célébrée au milieu d'une cour brillante, qui étalait le luxe des deux Royaumes, en face d'une population vaincue et malheureuse. On vit assister à ces fêtes de la puissance royale tous les nobles de l'Ângoumois, et les femmes les plus célèbres par leur beauté et par leur for* tune : la féodalité s'y était donné rendez-vous, pour y mendier un regard de bienveillance du maître, pour conserver, en s'humillant, se^ privilèges sur ce peuple qui, vaincu, oublia peut-être dans la joie la victoire de son ennemi.
Gomme pour faire contraste avec la joie du
* SS OctobK 1361.
sua L'ANGOUMOIS. m
vainqueur, et pour l'avertir que le pouvoir des Princes peut être bientôt renversé par un souffle de la fortune ou par Pindîgnation d'un peuple révolté 9 on vit arriver , pendant ces fêtes, Pierre- De-Lusignan, demandant des secours pour reconquérir la Palestine 9 et ce trône où l'avaient assis les Croisés. A peu près dans le même temps, la ville d'Ângoulême fut aussi l'asyle d'une autre infortune. Pierre de Castille, surnommé le Cruel, détrôné par ses sujets, y vint implorer la protection de rAnglelerre. Suivi de plusieurs de ses officiers, il se présenta en suppliant, et n'osa pas d'abord faire connaître sa triste position ; mais insensiblement, ayant gagné plusieurs des courti* sans du Prince Anglais, il chercha aussi à l'in«téresser lui-même. On le vit un jour entrer dans la grande salle du château, avec plusieurs officiers portant une. table en or , enrichie de diamants : tout le monde en admirait la beauté, aussi fut*elle acceptée. La femme du Prince de Galles semblait seule étrangère à l'admiration de tous , dédaignant le présent et celui qui Toifrait, et répétant souvent qu'il serait payé bien cher. L'époux, irrité de toutes ses remontrances, lui dit un jour devant toute sa cour : « Je vois bien qu'elle voudrait m'a- Toir toujours auprès d'elle ! » Plus heureux que Pierre-De-Lusignan, Pierre de Gastille obtint co
184 ÉTUDES BISTOaiQU£S
qu'il demandait, et l'Angoumois fut réduit a fournir des troupea pour remettre sur le troue un Prince couvert du sang de ses frères et de sa femme. Le sort voulait que l'Angleterre liumiliât, jusqu^à la fin , la maison de Lusignan. Deux ans après, Duguesclin lava la honte delajbrance.
Après son expédition d'£spagne, le f rince de Galles revint à Angoulême. Alors , ses finances épuisées ne suiiisaient plus à l'entretien de ses troupes et aux d^enses que nécessitait l'état somptueux de sa cour, à Bordeaux et à Angoulême. L'Angoumois devait encore payer les plaisirs da Prince. Comme Pierre-le-Cruel ne remplissait pas la promesse d'indemniser son protecteur des saci iiices faits pour sa cause, l'Anglais, dédaignant de tourner ses armes contre le parjure, ass^nbla à Angoulême les États de la Guyenne. \ oici le texte de la décision prise dans cette assemblée , où furent prodiguées à l'étranger les ressources du pays :
« Édouard, fils aîné du Roi d'Angleterre, » Prince d'Aquitaine et de Galles , Duc de Cori> nouailles , seigneur de Biscayes et de Gastres- M d Urdiales, faizons sçavoir à touts que, ouies » plusieurs supplications et réquestes à nous
SUR L ANGOl MOIS. , 185
» faites par les prélats, nobles et Communes de
» nostrc tlitlc principauté d'Âquitaiuc , en no» ff conseil et assemblée tenus en nostre cité » d'Ângolesme, le dix-huitième jour du mois de » janvier dernier passé : premièrement , que » nous feissioBS bastre monnaie dor, et feissions » valoir le marc scxante-uuc livres , dont don- >» neissions sexante livres; et aussy feissions faire » monnaie d'argent et feissions valoir le marc )) six livres cniq sols, dont donneissions cept quinze » sols, et que lesdites monnaies feissions tenir sta- » bles par cinq ans continués , commençant à la
» festc de Pasques prochain venant Nous vou-
» lant et désirant de tout nostre cœur le bien et » protit de nostre ditte principauté et des subjcts n d'icelle , et aussy considérant les grandes obéis- » sauces, fidélités, services et octroycs que nos » dits subjets nous ont faits ^ toutes les fois que >i nous les avons requis, et considérant aussy )> VoSre et les dons que iesdiu prélats etnossubjets » nous ont libéralement faits; estant en nostre » grand conseil et assemblée, en nostre c ité d'An- » golesme, sçavoir faisons que nous puissions » prendre et faire lever sur chaque feu de touts » subjets et habitants de nostre principauté dix n sols monnaie susdittes, le fort portant le faible, » chacun an , duraul k temps desdits cinq ans ,
>i qa^ilè nous ont requis que nous feissions iaire » laditte'monnaie 'stable ; à prendre et lever les >i dix sols, la moitié de la première année, au )i terme de Pasques prochain, et l'autre moitié à M la feste de Noël suivant; et les autres quatre n années, la moitié à la feste SaintJean, et l'autre
» moitié à la feste de Noël susditte, ;
n Pour lesdittes causes et plusieurs autres
i* Donné en nostre chasteau dAngolesme^ le 26 }> du mois de Janvier i 367 * » .
Ces États, composés de la Noblesse et dei
dignitaires de FÉglise, se réunirent dans le cliftteau. Les évêques et les abbés consentirent facilement aux exigences du Prince étranger. Le peuple alors n'était compté pour rien ; tout se courbait devant la puissance de l'Angleterre , et *' devant le despotisme de TÉglise, qui, dans cette occasion , ne se montrait obéissante que parce , qu'elle devait elle-même profiter de ces conces- i sions; corrompue, elle corrompait pour régner j sur le pouvoir temporel des Princes. Les boa* , neurs, les places lucratives, les dignités, tout était prodigué aux Anglais et à leurs lâcbes adu* .
* Froûeart donne à cet imp6t le nom de Fouagc , droit que lei idsn^uii levaient mr chaque feu.
SUR L'ANGOUHO». iST
lateurs. Mais , un état de choses aussi humiliant pour les seigneurs et pour le peuple, fit naître rindîgnatioii dans tous les cœurs; la Noblesse porta ses plaintes à Charles V, Roi de France, seip^neur souverain de la Guyenne , et le Prince Anglais fut cité à compai aitie devant la cour des Pairs du Royaume Edouard refusa d'obéir, et fit arrêter ceux qui ctaicnL porteurs des ordres du Roi, Alors iut ordonnée la confiscation des possessions de l'Angleterre. Une armée Française fut réunie à la hâte pour exécuter Tarrét du parlement : elle se divisa en deux corps « dont l'un fut confié au commandement du Duc d'Anjou , et l'autre au Duc de Berry • Cependant Edouard, pour attirer dans son parti la ville de Cognac, lui accorda, la même année, un Juerc-prévôt et un Sénéchal, par lettres-patentes, dans lesquelles il prenait le titre de Roi de France (5). Aussitôt, les seigneurs de FAngoumois, impatients de se soustraire au joug de l'Angleterre, méditent leurs moyens d'attaque; des émissaires se présentent dans les châteaux, et excitent le courage des nobles, qui appellent leurs vassaux aux armes, et se rangent sous les drapeaux de la France. BeUe époque de notre histoire, où l'on voyait les
m ÈîmES HISTORIQUES
habitants de l'AngoumoU méditant des projets de liberté, et préparant secrètement leurs moyens d'excculion dans ce vaste foyer de conspiration, dont le danger était d'autant plus grand qu'ii fallait, en quelque sorte ^ agir sous les yeux des garnisons Anglaises qui tenaient le pays f
La haine contre Tétranger animait tous les courages. L'habitant des campagnes, plus libre que celui des villes , laissait ses travaux , sa famille , pour éloigner de ses foyers l'opprobre de la servitude; et cependant, il ne s'agissait alors pour le peuple que de changer de maîtres. Mais l'esprit national commençait à se faire jour , et préludait à cette autre époque, encore ti'op éloignée, où les masses, soulevées par de plus puissants intérêts, devaient s'affranchir du joug de la féodalité, en renversant même le trône. En vain Edouard chercha, par les plus séduisantes promesses, à retenir dans son parti les seigneurs de i'Ângoumois ; les deux corps de l'armée Française , grossie de l'élite de la nation , devaient se réunir àAngoulcme, nprès s être portés sur divers points de la Guyenne, et y attaquer le Prince Anglais. Celui-ci se hata de (piittcr la ville, à leur approche, et se retira à Cognac, où son frère , le Duc de Lancastre , yenait de se rendre
SUK LÀNGOUMOIS. 189
avec des secours tirés de l'Anf^leterre, Cette ville pouvait mettre Tarmée Anglaise à Tabri d'une surprise : elle était entourée de remparts et de fossés prolonds, ouvrage des anciens Comtes d'Angoulême , et l'on ne pouvait y pénétrer que par quatre portes flanquées de tours et garnies de crénaux. Édouard fit réparer à la Iiàte toutes ces fortifications, qui, long-temps après, devaient encore servir de défense dans nos guerres civiles. Bientôt, apprenant que la ville de Limoges a ouvert ses portes à rurméc Française , il part de Cognac avec des forces imposantes , laissant une 'garnison assez forte pour défendre la place , et vole reprendre la ville de Limoges En eflfet, il s'en empara , et fit égorger la garnison et la plu* part des habitants qui ne purent pas prendre la fuite Tout dégoullant du sang de ses victimes^ il revint à Cognac pour s'y reposer de ses fatigues, et s iiiîiLaUa dans le cliâteauj où devait naître un Prince Français , dont les premières vertus fiirent le courage et l'honneur. Selon quelques historiens, la ville d'Angouléme, n ayant pas été attaquée , resta au pouvoir des Anglais , sous le commandement d'un de leurs Chefs . noumié de
La Haye. Selon d'autres, le connétable Dugnes-
cUn s'en empara
Les fatigues de la guerre et l'ardeur pour les plaisirs avaient ruiné la santé d'Édouard , qui, malade et ne pouvant plus suivre les opérations de l'armée, se retira enAngleterre, oùil mourut peu de temps après. Ce Prince avait une affection particulière pour TAngoumois, qu'il administra pendant dix ans. Il se rendit souvent en dévotion au prieuré de Bouteville, qu'il combla de toute espèce de dons , y fit bâtir un réfectoire, et plaça son portrait sur un des vitraui^ de l'église. Il était aussi représente dansl attitude d'un Loin* me tenant un glaive à la main, avec les autrei insignes de la royauté , sur une des portes de la ville de Cognac. Louise de Savoie fit enlever, dans la suite, ce souvenir de la domination Anglaise
Le Duc de Lancastre eut alors le commandement de Parmée, et continua la guerre; mais il était bien loin d'avoir les talents nécessaires pour obtenir de grands succès. Il éprouva dessertes
■* Même année. — Froissart. ~ Vie de Dugnetdin*
*^ Thevet , Vie des hommes illustres.
SUR L AKGÛUMOIS. 191
conâidérables, et repassa en Angleterre , pour y chercher des secours , laissant le commandement désarmée dansTAngoumoisau Duc Henri- De-Grailly. Sur ces entrefaites , Jean-Chandos , gouverneur d'Angouléme, étant sorti pour tenir la campagne , fut tué dans un combat , près de Soiibise 9 en Saintonge, Alors, la yillene se trouvant plus gardée que par une faible garnison , se révolta, et ferma ses portes aux Anglais , qui (il- . yaient de tous cotes après la perle de leur général. Les habitants , s'étant ainsi déclarés libres de la dominaiion Anglaise, firent cause commune avec Charles V, à qui ils rendirent la ville. Ce Prince, pour récompenser leur iidélité, accorda, par lettres^patentes du mois de Mars de la même année , l'exemption Je toutes les charges publiques aux membres du corps municipal de cette ville, dont les échcvins et les maires, nommés à vie, jouissaient déjà des privilèges de la Noblesse Quoique les ennemis eussent perdu plusieurs de leurs positions, ik étaient encore maîtres de Châteauneuf , dé Montbron , de La Valette , de Bouteville, de Cognac et de Merpins^ d'où ils sortaient souvent pour parcourir le pays et surprendre les détachements trop faibles pour leur
m ÉTUDES inSTOIUQUES
résUter. Dans le même temps, la plupart des seigneurs de TAn^oumois, qui, séduits par les libéralités des Chefs ennemis, avaient, pluî» d une fois, trahi les intérêts du pays, commeneèrent à abandonner le parti de l'étranger*,
Charles V venait de donner le comté d'An-
jronliime à «on frcre, le Duc de Berry , qui continua de poursuivre les Anglais, et prit, après quelque résistance, la ville de Cognac et Merpins , où existait encore un château-lort que Charlemagne , selon une vieille tradition , avait fait bâtir, à la même place où avaient campé autrefois les légions ilomaines. Il vint aussi mettre le siège devant Chàteaoneuf , où la résistance fut très-opiriiùtic. Les Anglais s'y maintinrent encore pendant quatre ans, toujours soutenus par les habitants qui combattaient pour eux , et éloignaient Tarmée Française du cliatcau assiégé; mais il est probable que la nécessité de pdarsuivre ailleurs les Anglais, — car de nouvelles troupes étaient venues de l'Angleterre — , et les attaques répétées de Héliot-de-Plessa, qui> du château de Buutevillè, faisait de fréquentes
* 13S0.— Froissait. *
SUR L'âMGOUMOIS. 193
incursions aux environs, ayant affaibli Tannée
Française, empêchèrent, plus que le courage de la garnison ennemie , la reddili<m de cette place* Charles Y assista plusieurs fois à ce siège y et y re^ta jusqu'à ce que le Duc de Berry lui remit le comté d'Angouléme, A cette époque , les Anglais, dans rimpossibilité de se maintenir plus longtemps, parce qu'ils étaient privés de vivres, rendirent la place en apprenant la mort du Roi d'Angleterre.
Au milieu de quelque s succès remportes sur l'ennemi I le pays était livré à une dévastation continuelle. Des bandes d'èommes sans aveu, qui pillaient de tous côtés , et attaquaient même les détachements des deux armées, s'y étaient formées à la suite des troubles de la guerre; ils méconnurent même l'autorité du Maréchal de Sancerre, gouverneur de la Guyenne, qui leur ordonna plusieurs fois, au nom du Roi de France, de cesser leurs courses* En même temps , des paysans , aussi cruels que ceux de la Jacquerie , désolaient la partie de VAngoumois voisine du Poitou. Le Duc de Berry les poursuivit (quelque temps, et parvint à les exterminer. C'est qu'alors l'état de servage, — et c'était celui de presque tous les habitants de la campagne, — était
m ÉTUDES ffiSTOaiQUES
devenu insupportable. Les villes avaient leurs franchises, mais le serf, attaché à la terre 4ju'il cultivait , ne connaissait que la loi du maître*
La fatigue d'une guerre continuelle , la misère qui écrasait le peuple , telle fut la cause de la révolte des campagnes. Liberté! liberté! fut le cri de la fin du treizième siècle ; et quand la révolte devenait impuissante , les paysans , après avoir ramassé quelque argent , achetaient leurs franchises, à beaux deniers comptants, des Barons ruinés par la guerre , comme une partie de la bourgeoisie avait obtenu ses privilèges , aux mêmes conditions , des seigneurs partant pour les croisades. Ce fut la lutte de l'indignation populaire contre la vieillesse impuissante du Moyen- Age , et contre le pouvoir absolu , vieilli de préjugés et jeune d'ambition. La guerre continuait sur presque tous les points. Les Anglais, divisés par détachements , campaient ça et là dans les lieux les plus avantageux ; d'autres oc» cupaient la plupart des châteaux, d'où ils sortaient pour piller les environs. Il y eut une trêve; mais elle ne dura que quelques mois: la victoire seule devait rendre la tranquillité au pays. Le temps s'écoulait 9 et l'on ne voyait pas quand 4ievait finir ce triste état de choses , qui se cou*-
SDR yANGOmiOIS. 195
tinua encore lorsque Charles VU lut monté sur le trône. Alors, plus que jamais^ la France fut
livrée aux horreurs de la guerre.
Les Anglais, après avoir reçu de nouveaux renforts , proiitant de la faiblesse du Prince Français , cherchèrent a reconquérir les places qu'ils avaient perdues , les années précédentes , et parvinrent à en reprendre plusieurs. Le château de Bouteville, dont ils étaient restés maîtres, leur offrit toujours une retraite inaccessible à ceux qui les poursuivaient. De tous cotés, ib portaient la tn reur et le ravage , infligeaienl de cruels châtiments à ceux qui avaient déserté leur partie ou qui refusaient de se joindre à eux. Cependant^ le Duc de Bourbon, ayant pris le commandement d'une partie de l'armée Fran« çaise , les battit souvent , et les força de rentrer dans les châteaux , où il les observait pour qu'ils ne pussent plus tenir la campagne. Enfin , on voyait diminuer leur résistance; il comprenaient que, malgré tous leurs e£forts , il leur serait im-> possible de conserver cette province, dont chaque habitant était devenu leur ennemi.
Au moment où ils s'étaient retranchés dans le château de Verteuil, ils y furent attaqués par
/le Duc de Bourbon, qui eut recours aux mines
pour renverser les murailles. Les ennemis résistèrent encore par le même moyen. Le siège semblait devoir traîner en longueur, lorsque le Prince Français, las de camper inutilemént devant la place , descend dans les retranchements , suivi de quelques chevaliers , et délie à un combat singulier le plus brave des assiégés. Le Duc de Montferrand, Général des An priais, accepte le déli , et aussitôt les deux adversaires s atta- 'quent avec fureur. Assiégés et assiégeants , tous sont dans Tattente du succès de leur cause , et suivent attentivement les coups des deux guer* riers , qui montrent la même adresse et le même courage* Le résultat du combat était incertain . lorsqu^un des chevaliers Français, inquiet du danger cpie pouvait courir le Duc de Bunrbon , fait connaître au Duc de Montferrand quel est le personnage contre lequel il combat Aussitôt , l'Anglais étonné s'arrête, et saisi d'admiration pour la valeur du Prince , il baisse ses armes en signe de soumission, et demande comme une grâce d'être armé chevalier de sa main , s'engageant, à cette condition > à livrer la place. En effet, les hostilités furent suspendues j les soldats des deux partis rentrèrent dans leurs canton* nements , ou restèrent saiis crainte dans les
SUR L*AIIGOinfOI5. 197
retranchements ou avait eu lieu le combat. Le lendemain, le Chef Anglais sortit de la place avec ses troupes , en leur faisant déposer les armes aux pieds du Duc de Bourbon , qui , voulant récompenser la loyauté de son adversaire, lui fit de riches présents et lui remit tous les prisonniers faits dans cette guerre. Bel exemple de courtoisie, dans un siède où les vertus étaient si rares!
La guerre continuait toujours sur d'autres
points; mais les ennemis évitaient avec soin toute rencontre en rase campagne. Quand ils étaient poursuivis de trop près, ils se réfugiaient dans les châteaux, d où ils ne sortaient qu après que les détachements Français s'étaient éloignés. Pour mettre un terme à tant de désastres , Louis de Sancerre. maréchal de France, vint dans l'Angoumois avec de nombreux renforts. 11 parcourut le pays dans tous les sens , attaqua les Anglais dans les positions les plus faibles, et détruisit les châteaux qu'ils avaient occupes , pour qu'une nouvelle fortune ne remît pas entreleurs mains ces vieilles murailles et ces tours crénelées , au pied desquelles coula si souvent le sang Français. Lorsqu'il passa à Cognac , les habitants de cette ville, qui s'étaient soustraits à la domination Anglaise, unirent leur courage
m ÉTUBES lUSTORiQUES
au sien , et renversèrent le château de M erpins , et une partie des retranchements de celui de Bourg-Charente. Peut-être leur fureur ne poussa-t-elle pas plus luiti la démolition de ce dernier, parce qu'on pouvait l'utiliser avantageusement, en y plaçant une garnison , qui de là pouvait veiller sur les environs et défendre le passage de la Charente Une partie de ce château existe encore, de même que les lusses qu'on ne pouvait franchir que par un pont-levis* Celui de Jarnac fiif détrait de la même manière , et par les mêm^ hommes; il était placé dans Tilc des Choux y et avait été bâti autrefois par Wuardrade, un des premiers seigneurs du pays. Cette seigneurie , qui tient un rang distingué dans les annales de l'Angoumois, après avoir été érigée en comté, passa dans la maison de Taillefer , dans celle de Lusignauj et enfin, appartint à la couronne « après un meurtre politique. De tous les côtés, on s'attacha à détruire les châteaux qu'avaient occupés les soldats Anglais. On voit encore les restes de celui de Tourriers, et les ruines encore si pittoresques de celui de la Koche-Ghandry • Tous ces vieux pans de murs , ces tourelles à-demi ren*
8DR L'AMGOmiOIS.
versées rappelleront long-temps la gloire et leS' malheurs de la France.
Malgré les succès du Maréchal de Sancerre, les-
Anglais conservaient encore quelques positions dans l'Angoumois ; mais ils étaient dans Timpossibilité de devenir les agresseurs^ et le pays était en quelque sorte pacifié La guerre avait duré si long- temps , le désordre avait été si grand dans les diverses branches de l'administration , qu'on ne connaissait plus le revenu de cette province^ Charles VI 9 . en ayant fait faire la vérification par Jacques de Montbron, sénéchal d'Ângouléme , on trouva que le revenu annuel se montait à deux mille trois cent soixante-cinq livres tournois.
Charles VI donna ensuite l'Angoumois à son Irère, le Duc d'Orléans^ qui, quinze ans après, fut assassiné à Paris , par les ordres du Duc de Bourgogne ; mais , en mourant , ce Prince légua le comté à Jean, le plus jeune de ses fils, qui n ayant alors que trois ans , eut pour tuteur son frère, Charles d'Orléans. Le pays luttait toujours contre les Anglais. Enfin , le peuple impatient de les voir enticrcmeut vaincus, aidé de quelques
* «sa.
détachements des troupes du Roi de France, parvint, dans ces derniers temps , à chasser la garni- . son Anglaise du château de fiouteville Peutêtre les sculptures posées sur une des cheminées de cet édifice font-elles allusion à cette victoire. L'amour de la vengeance allait bientôt détruire ce qu'avait fait le courage. Le meurtre du Duc d'Orléans excita entre ( elle iamilie et celle de Bourgogne une hûne si implacable que la France, entraînée dans cette querelle, se divisa en deux camps. Charles d'Orléans, pour venger son père, appela les Anglais à son secours. Ceux-ci ne lui ayant été d'aucune utilité , parce qu'il fit la paix avec la maison de Bourgogne , exigèrent cependant une forte somme dont ils reçurent une partie . Pour assurer le paiement de l'autre , ils emmenèrent en otage le jeune Comte d'Angouléme*
Ainsi se releva, à cette époque, le pouvoir de l'Angleterre , qui causa à TAngoumois de nouveaux malheurs. Tout semblait servir les intérêts de cette nation ambitieuse. Une Reine, mère dénaturée , la perfide épouse de Charles VI , fit cause commune avec elle , et un Prince Anglais fiit sur le point de s'asseoir sur le tr&ne de
SUB L'AKGOUMOIS. 901
France. Le Comte de Périgord, Arcliuiibaiid*'
De-Tallérand , prit aussi le parti de cette puissance^ et Tint ravager une partie de rAngoamoia*. Quoique plusieurs Rois se fussent succédé sur le trône d'Angleterre , en peu de temps, rioinû* tié des deui nationi restait toujours la même. Sous le règne de Henri 1\ , les Anglais firent encore dans la Guyenne de terribles ravages , surtout dans la partie de FAngoumois, voisine du Limousin et du Périgord. Le connétable D'AÏbret parvint cependant à les vaincre , et s'em^para de plusieurs châteaux Ces vieilles constructions du Moyen-Age sont en grand nomp bre ) dans cette contrée ; aussi , le peuple y futil, plus que partout ailleurs, soumis» au joug de .la ieodalité. Ce pays , quoique moins fertile que le reste de rAngoumois , mais semé de collines et coupé par des ravins, offrait un asyle plus sur à la Noblesse contre ses malheureux vassaux , dont la moindre résistance était punie de mort.
Le Duc d'Orléans « après s'être réconcilié avec
le Duc de Bourgogne, vint aussi poursuivre les Anglais. Il obtint sur eux peu d'avantages, parce
Sû2 ÉTUDES HISTORIQUES
que, favoriiés par leur ancien ennemi , le con^ nétable D'Albret, qui se déshonora en prenant leur parti j pour te yenger d'avoir été chassé de la cour , ik avaient repris plusieurs de leura an* ciennes positions \
Henri V, fils du précédent Roi d. Angleterre j ayant succédé à son père , fit avec la France une trêve d'un an , pendant qu'il négociait son mariage avec la fille de Ciiaries VI , qui devait lui donner en dot l'Angoumois et quinze des principales villes de la Guyenne. Cette alliance n'ayant pas eu lieu, la guerre recommença.
Dans l'Angoumois , chaque bourgade avait une garnison, ciiaque château élevé sur le bord d'une rivière, on sur une éminence, devint une forteresse occupée par l'un des deux partis. Les seigneurs avaient des troupes, qui, commandées par eux , pillaient le pays , sous prétexte de le défendre. Toute autorité était confondue , dans ce cahos de prétentions rivales , et le peuple alors ne savait a qui obéir,
La puissance de TAngleterre augmentait avec les malheurs de la France, lorsque Charles TI ,
* un.
dann an de set accès de folie, mourut stns avoir
la connaissance de la triste position du Uoyaume''. Son fils , Charles VII , chereha à conquérir ses droits» Par de rapides conquêtes, ou le Ciel semblait présider par la présence de l'héroïne de Vaucouleun, il força les fien vainqueurs d'Asin* court à repasser les mers , emportant avec eux la honle d'avoir fait périr la femme dont le bras puissant posa la couronne sur le front de son lioi méconnu , et dont la voix inspirée annonça a ses juges quW ange lui avait révélé que Dieu protégeait le jeune Comte d'Angoulême et Charles, son frère. Jeanne D'Arc clot les prodiges religieux du Moyen-Age par les triomphes de la France. Le dernier acte de la religion exaltée dans la conscience du peuple fit la honte de TAngleterre et la gloire du quinzième siècle > qui se disposait à porter la perturbation dans les croyances de la nation.
Le Duc d'Orléans ayant obtenu sa liberté deux ans avant, Jean*le-Bon revint en France, et s'occupa aussitôt de vérifier la gestion du comté d'Ângoulême. 11 obtint du Koi Charles Vil que Dunoiss'y rendit pour chasser les g arnisons Fran-
M tmm OlSTORfQUES
çaises, qui , sous prétexte de défendre la ligue du bien public , pillaient le pays. Le Roi y vint aussi, et conquit plusieurs places surles Anglais Ceiix«ci occupaient depuis long-temps la ville et le château de Montbroo , ou favorisés par la po-» «ition des lieux, par la difficulté des chemins, ils avaient été rarement attaqués ; m«is, cette même année, ils en furent chassés par le Bai on de Ruffec* Le Concile de Bàle, qui venait de déposer le Pape Eugène IV, proposa d^élire à sa place le Comte Jean. Une dcputation se rendit en Angleterre pour lui offinr cette dignité , que le jeune Prince refusa, craij?nant de déplaire au Roi de France, protecteur d'£ugène IV CePrinee^ pendant sa captivité ^ composa un ouvrage de morale intitulé Caton moralisé. Ce livre resta loDg->temps suspendu au-dessus du tombeau de son auteur , qui, de son vivant^ en avait fait présent à la cathédrale d'Angoulême.
Après trente-deux ans de captivité passés à
gémir sur les malheurs de son pays , et dans rétude de la philosophie» Jean-le-Bon. vint reprendre possession du comté , après avoir donné
* 144Î. — Annales de Bourgogne»
Vie da Comte Jm, pur Jeu Diiport. ADgooUmelSSS»
SUE L'ANGOUHOIS. ttS
a l'Angleterre, poorsa rançon , une forte somme,
dont Use procura une partie en vendant le comté du Périgord à Jean de Bretagne, Vicomte de Limoges. Il vînt aussitôt à Angoulèmc, où il fit solennellement son entrée, accompagné des plus nobles seigneurs du pays, parmi lesquek on distinguait Foulques, seigneur de La Roche- Ibucauld et de Marthon, Milles de Thouars , de Chabanais et de Confolens, Renaud-Ghabot de Jarnac^ et François de Montbron. Il logea dans le couvent des frères prêcheurs de Saint«>Dominique. Doué de toutes les qualités qui font l'homme de bien et le bon Prince, il se fit aimer du peuple, qui bien long- temps vénéra sa mémoire.
Son gout pour la retraite et poor l'étude ne l'empêcha point de seconder vaillamment Charles VII , quuiid celui-ci vint dans TAngoumois pour en chassjer le reste des armées Anglaises. 11 le suivit an siège deChalais, où la garnison fut passec au iil de l'cpée , de même que les habitants de cette petite ville, qui s'était obstinée à soutenir les Anglais *. Cependant , les ennemis conservèrent encore quelques villes dans cette province , et ce ne fut que (juclque temps après que Cognac leur iùt enlevé par le Duc de Bretagne ,
m ÉTUDES BKTOEIOUES
à la suite d'une trêve , pendant laqpielle il prépara des moyens d'attaque *.
Charles VU revint encore dans la Guyenne ,
après la prise de la Normandie , et s'empara de quelques positions qu'occupaient les Anglais, sur les conBns de l'Angoumois. Mais l'arrivée de Talbot, dans la Guyenne, avec une nombreuse armée , remit les choses presque dans le même état ^. Â cette nouvelle, Charles VU revint à la hâte dans rAiigoumois, et reprit la ville de Cbalais, après en avoir fait le siège. Le Comte Jean se fit toujours remarquer par son courage dans les rangs de Tarmée royale, de même que les plus nobles seigneurs de l'Angoumois , principalement Renaud-Chabot, seigneur de Jarnac, qui fit construire dans cette ville le superbe ckâ* teau , détruit de nos jours. Robert, seigneur de Mon tbron, et Georges Guy de La Rochefoucauld^ armèrent aussi leurs vassaux , et les conduisirent plusieurs fois au combat. Ce fut dans les dernières tentatives que firent les Anglais pour se maintenir dans ce pays , qu'ils détruisirent le château de la Touvre , élevé sur la colline qui domine la
* 14SS. Adh. d^Aquiluine.
source de cette rivière, jadis couverte de cygnes, dont la garde était confiée à plusieurs employés des Comtes d'Angouléme , ou des évêques possesseurs de ce château. Le château de Barbezieuz eut le même sort , et fut rebâti ensuile par Marguerite de La Rochefoucauld; les restes de cet editice servent aujourd'hui de prison.
Depuis son retour d'Angleterre jusqu'à samort»
le Comte Jean habita tantôt Angoulême, tantôt Cognac dont il agrandit prodigieusement le châf» teau. Il mourut dans cette dernière ville , et ëou corps fut transporté dans l'église cathédrale d'Angouleme, où il fut inhume *. Encore quelques années de plus passées sur sa tombe , le fanatisme et la fureur des partis viendront insulter à la dépouille de l'homme que le peuple liûnoia comme un Saint. Le château de Bouteville qui lui appartint, fournit une tombe à un de ses enfants. A la suite des guerres de l'Angleterre dans l'Angoumois, il fut si difficile de lever les impôts dans les campagnes , que les villes seules y furent soumises ; aussi , se dépeuplèrent*-elles rapidement. Les habitants se retiraient dans la campagne pour se soustraire au lise. Alors , Jean-
208 ÉTUDES fflSTORIQUES
le-Bon ayant représenté à Charles VU cpiela ville d'Angoulême serait bientôt déserte, si les habitants n'étaient pas déchargés de tailles^ le Roi exempta cette ville de toat impôt.
Telle était la simplicité des mœurs de l'aïeul
de François 1^'', qii U envoyait son fils faire ses études au collège , où il se rendait lui-même , tous les jours , pour s'informer de ses progrès et de sa conduite. La bienfaisance du Prince pour les malheureux égalait la tendresse qu'il avait pour son fils. Il soulageait tous les pauvres qu'il rencontrait sur son passage , les conduisant souvent lui-même dans son château, pour les faire soigner, s'ils étaient malades. L'opprimé n'eut jamais en vain récours à sa justice. Un jour qu'il était à une des croisées du château d'Angoulême, ayant entendu un habitant du bourg de Champniers se plaindre dWoir été maltraite par un seigneur du voisinage , qui s'était même emparé de ses biens ^ le Comte fit venir l'accusé, le fit mettre en prison, et garda lui-même les clefs pour qu'il ne fût pas soustrait a sa justice. Un autre jour, étant au château de Cognac , un de ses gens ayant maltraité un marchand, il le corrigea avec la même sévérité* Son administration fut presque toujours paternelle.
SUR L AKGOUMOIS. 2Û<>
line fois seulement , quelques habitants de la
çhâtcllenie de iilaïuac ayant contrevenu aux ré« glements sur les agriers, il les condamna à demander pardon à Dieu , et ensuite a lui-mcnie , avec la corde au cou : c'est qu'il y avait encore des serfs dans les rangs du peuple , et que la Noblesse avait encore une grande influence sur les terres soumises aux droits féodaux. Lorscju il habitait Châteauneuf ^ il se rendait souvent^ seul et à pied, au bourg de Chassors, et s'arrêtait pour s'entretenir avec les laboureurs qu'il rencontrait dans les champs. Telle fut la vie dç cet homme vertueux dont notre époque a presque oublié le nom, tandis que Rome et Athènes l'auraient inscrit sur le marbre ou sur Tairain. 11 lé* giia par son testament diverses sommes aux égli- «esd' Angoulémci et à celles de Saint-Capray et de Saint-Léger de Cognac. Comme il existait encore beaucoup de lépreux que la société repoussait depuis long-temps de son sein, en leur interdisant 1 entrée des villes, le Comte Jean voulut, qu'après sa mort , il leur fiit payé une certaine somme pour bâtir la petite chapelle qui existe encore près de Cognac. Cet asyle, ouvert a Tinfortune par la piété et la vertu, existe encore ; mais les siècles antérieurs et la génération actuelle l'ont dégradé en le proianant.
iiO ÉTUm HISTORIQUES
Charles d'Orléans , âge de sept ans , succéda à son père. Comme il , était trop jeune pour administrer le comté , rexercice de «on autorité fut confié à Marguerite de Rohan, sa mère, et à Jean , seigneur de La liochcioucauld. Une ligue s'étant formée contre le Roi^ de France , Gha^ les VIII , le Comte d'Angouléme en fit partie^ et souleva TAngoumois de concert avec le seigneur de Poiis j mais cette province rentra bientôt dans l'obéissance , à la vue des troupes envoyées par Charles VllI. Le peuple craignait de renou-» vêler par sa résistance les luttes sanglantes du temps passé, et dès ce moment, il refusa de s'associer aux projets de quelques hommes ambitieux.
Chades d'Orléans résidait depuis quelque
temps à Ghâteauneuf , quoiqu'il habitât le plus souvent le château de Cognac, lorsqu'étaiit tombé malade, son médecin lui prescrivit, dit-on, une diète si sévère que la mort en fut le résultat. Le
médecin fut obligé de se soustraire par la iuîte à l'indignation du peuple dont les passions t guidées par les préjugés, se portaient souvent a
SOK L'ANaOUMOlS. SU
des vengeance» atroces ; car les lois c^ui punissaient le erime , étaient alors exécutées avec une cruauté indigne d'une nation civilisée. Un lait servira d'exemple. La ville d'ÂngouIême venait de voir un horrible forfait commis dans ses murs. Un nommé Ivon«Bf oreau avait fait violence a sa fille; le parlement de Paris le condamna à mort. Son corps fut traîné sur une claie , depuis les
priisons jusqu au port de Saint-Cybard , où i Ifut
décapité en présence d'une foule immense. Sa
tête fut mise au bout d'une lance , et son cadavre y après avoir été porté au gibet ^ fut brûlé , et les cendres jetées au vent
CKXQUIÈJIE ÉPOQUE.
François naquit à Cognac, de Charles iTOpléans et de Louise de Savoie , qui^ surprise par les douleurs de renfantement^ en revenant de se promener dans le parc , accoucha sous un arlire
su ÉTUDES HISTORIQUES
long'-tempft fameux dam la contrée sous le nom
d'Ormefille Pics du mcmc emplacement, alors que, revenant sur le passé, chaque localité commença à revendiquer la gloire de ses grands hommes, on éleva en 1818 un petit monument mémoratif, dontl'architecture est bien au-dessous de l'importance du nom qu'on y a gravé.
Sur la fin du XV^ siècle, la famille des Valois tenait le plus souvent sa cour dans le château de
Cognac, bâti par les anciens seigneurs , et prodigieusement augmenté sous la domination des Lusignan , et achevé par le Comte Jean. Diaprés la description que nous en ont laissée les Anciens, cet édifice immense était digne d^attirer l'attention (1). Bien n'y rappelle aujourd'hui le souvenir de cette cour somptueuse où Louise de Savoie réunissail les hommes les plus distingués de la Noblesse, et les poètes de Tépoque , qui préludaient au siècle de Louis XIV par une poéne douce d'inspirations, mais dont le rythme incertain annonçait encore Tenfence de l'art. Le château de Cognac a eu le sort de beaucoup d'autres édifices : dédaigné par ses maîtres, il cessa de retentir du bruit des fêtes royales; et, envahi
par le peuple, ennemi du passé, il s^ett écroulé sous la main dévastatrice de l'irritation des priacîpes politiques* Bientôt il n'en restera plus de traces, tant notre siècle met d'empressement à faire disparaître les vestiges des générations d'un autre temps 1 Ses tours sont abattues^ ses croisées en ogives sont fermées; la lumière ne pénètre plus que faiblement sous les voûtes gothiques, dont l'écho réveille dans l'imagination de Thistorkn et de Tantiquaire des pensées d amour f de poésie, de malheur et de gloire. En vain chercherait-on le nom d'un Roi sur ces vieilles murailles à Taspect luguhre; le commerce a envahi les souvenirs de l'histoire , et Tambition de la ibrtune lait ses calcuk et étale ses prochiits iiir le berceau d'un Prince. Si le génie national, si la pensée des grandes actions ne s'étaient pas conservés, à défaut des monuments, dans les souvenirs du peuple , par un nom qui résume une partie du passé, l'étranger ne saurait plus le lieu où naquit le vainqueur de Marignan « Pourquoi faut-il que la civilisation actuelle, empreinte de tant d'égoïsme, jette sans cesse aux vents des passions politiques les croyances et les débris des vieux siècles
Jeune encore à la mort de son père^ François
216 ËTUDËS UlSTOaiQUES
grandit sous la tutelle de sa mcie, jusqu'à Favénement de Louis XII au trône de France. B habita long-temps le château de Cognac, où il eut pour compagnons des jeux de son enfance sa sœur Marguerite de Valois, un peu plus âp;ée que lui (â), Mélin-de Saint-Geiais (S), fils naturel d^Octavlcndc Saiut-Gclais, cvcquc d'Angoulême (4) , et le jeune Louis-Prévôt-De-Sansac, qui devait bientôt prendre une des premières places dam les fastes de notre gloire nationale. François l^'^ pouvaît-il ne pas aimer plus tard les belles-lettre» et les favoriser, en vivant ainsi avec les homme» de cette époque qui se distinguèrent par leur instruction et par leurs poésies 1 Pouvait-il ne pas être porté à la galanterie, en assistant aux conversations licencieuses d'Octavien-de Saint-Gelais , nommé à l'évêché d'Ângoulême par le Pape Alexandre VI, et dont toute la vie fut livrée aux plaisirs qui avaient déjà énervé son corps et abattu ses forces morales, avant sa nomination à l'épiscopat ? Lé fils de cet évêque surpassa son père dans la poésie, et fut surnommé l'Ovide Français. Il avait, en effet, quelque ressemblance avec le poète latin par la facilité du style; mais son esprit était trop porté à la raillerie , défaut dominant de la plupart des écrivains de cette époque , que nous allons essayer de faire connaître.
SUR L AKGOUMOIS. til
Depuis Pliilippe-le-Bel jusqu'à François P»* , c'est-à-dire, depuis moins de deux siècles, le dcspoLisme s'est partage entre la Noblesse et les préires. Du haut des donjons féodaux, ou du fond des cloître s , il rcgiie , fort de ses antiques pnvilçges et de l'appui que lui donne TÉglise , parce qu'il s'est donné à elle j mais , au milieu des passions au»iuenes elle s'est associée en exerçant un pouvoir temporel, la religion a jusqu'à ce jour gardé quelques empreintes des moeurs dissolues du clergé, dont l'ambition a oublié les préceptes les plus saints, les préceptes qui, dans les premiers siècles , apprirent à Peselave à briser ses fers. Ainsi, celte croyance divine» née des besoins d'une autre époque , qui releva 1 iiomme à la dignité que lui avaient fait perdre I%norance et les désordres des dernières années de i ^mpire Romain , qui avait ébranlé la puissance des tyrans, en disant aux peuples qu'ils naissent libres , frères et égaux devant Dieu , avait oublié le langage qui calme la souffirance de i ame et les passions du cœur.
La loi humaine avait suivi les mêmes pas rétrogrades. Née de la corruption» imposée a un
* Concile de en 1432.
peuple esclave, elle tat injuste « exceptionnelle, tyrannique enfin. Tout précepte de morale semblait effacé du code des sociétés humaines* La foi religieuse, dépouillée de son caractère de vcritc , parce qu'elle 8*étaiL mise en contact avec le despotisme, n'avait que de légères punitions pour le prêtre, et des tortures pour le laïque ^ l'adultère de Thomme d'église était puni par la retenue d'une parli^ de ses revenus , tandis que le malheureux , qui n'avait pas de biens à perdre, subissait une peine corporelle Le . souvenir des droits de conquête n'était pas effacé j c'était encore l'application de la loi Romaine aux esclaves. Prêtres « nobles, bourgeois et manants , tous se disputaient la fortune : le prêtre en vendant les cérémonies du culte ; le noble en ruinant ses vassaux; le bourgeois en s'enri classant adroitement au proût du seigneur dont il était le mandataire, premier privilégié d^une aristocratie puissante , tandis que le serf ^ traînant sa chaîne, méditait la ruine des trois pouvoirs pour s'enrichir de leurs débris. Jusqu'alors îa société était, pour ainsi dire, restée dans la prostration des idées, et n'avait vécu qu'avec des mœurs grossières. Tel était Pétat de rÂngoumois et de toute la France , quand François I^' monta sur le trône. La religion n'avait
«un l'ANGOUMOlS. m
plus de convictions; mais la politique , par la réaction des mœurs aux idées, allait ouvrir une . Yoie de progrès à la morale des peuples , qui devait s'épurer en passant à travers les orages. La pensée humaine , par la plus grande des révolutions sociales , s'ouvrit une vaste carrière de gloire et de liberté , en préchant de nouvelles doctrines. Luther , ce hardi réformateur des temps modernes , consacre la liberté religieuse ; et ses propositions , voisines des pensées repu* blicaines , soulèvent en leur faveur des populations d'autant plus avides de changements que les préjugés et les privilèges de castes avaient perdu de leur autorité. Cette lutte, qui fut d'abord dirigée contre le despotisme des cloîtres , devait • enfanter bien des révolutions , causer l'assassinat du dernier des Valois , et consacrer la ruine de la branche aînée des Bourbons ; car au fond d'une question religieuse , il y a toujours une question politique*
Par un concours de circonstances, telles que rkistorien peut les observer dans toutes les révolutions, de grands personnages, pour qui le despotisme était avantageux, en consacrant pour eux le maintien des privilèges au détriment du pins grand nombre > entraînés , les tms par l'am-
m ÉTUDES IUST0IUQUE5
bition, les autres par un sentiment de convictîonry
adoptèient lu réforme religieuse. Ils soutinrent^ au prix de leur fortane^ et même de leur vie , les principes de Luther. Les prêtres eux-mâfnes , honteux de la corruption introduite dans le sanctuaire , n'osant plus se proclamer les défenseurs de cet ordre de choses, adoptèrent la réforme qui, quoique mal formulée et divisée en plu* sieurs sectes , couvrit bientôt toutes les parties de l'Europe. Les Kois, las de se courber^ sous le )oug de Rome , et désireux de reprendre les vastes domaines que le clergé avait obtenus depuis les premiers siècles du Moyen«>Age, se laissèrent entraîner par le torrent des nouvelles idées. L'Angoumois ne resta pas étranger à ce mouvement des esprits; mais cette étonnante révolution devait y lliii e couler des flots de sang. Ce pays devait aussi donner le jour à un Prince qui le premier persécuta la foi nouvelle avec un acharnement que devaient encore surpasser ses successeurs, qui choisirent pour le théâtre de leurs haines fanatiques les champs voisins du berceau de leur aïeul.
Au milieu de la préoceupation des esprits, un terrible fléau vint ravager TAngoumois et porter
partout la désolation : la peste, ou toute autre
maladie 9 fit de nombreuses victimes , surtout dans les villes j celle d'Angoulême eut sa part de mallieurs. La plupart des maisons étaient abandonnées; les habitants se réiugiaient dans les campagnes; les prêtres eux-mêmes prirent la iuitej révêque, Octavien de Saint-Gelais^ se retira à Vars dans une maison de campagne, et les chanoines de la cathédrale lurent reçus dans h ville de Manles«
Pendant la minorité de son fils, Louise de
Savoie administra le comté d'Angoulême, et continaa d'habiter la ville de Cognac, près de laquelle existe encore un chemin que le peuple appelle Chemin de la Reine, parce que, sans doute , elle s*y promenait souvent. Par une ordonnance rendue à Amboise, elle confirma les privilèges que Charles d'Espa^i^ne avait accordes aui habitants de Cognac (5). Lorsque François Alt monté sur le trône, les mêmes privilèges furent encore confirmés par une ordonnance rendue à Paris , et le comté d Ângouléme fut laisse à Louise de Savoie qui, pendant quelque temps, continua de tenir sa cour à Cognac.
*• f St4.
m fiTODBS^mSTOMQQES
L'Ângoumois fut toujours pour ce Prince uae terre de prédilection. Il y fit faire d'importantes réparations pour faciliter la navigation de la Charente. Devenu le protecteur deà Lettres (6) , il accorda à Angouléme un droit d'université et érigea ce comté en duché-pairie, de même que la baronnie de La Rochefoucauld. Cette dernière ville paraît n avoir été désignée primitivement que sous ie nom de La Roche : en effet) son château est bati sur un rocher qui domine la ville. On admire, sous les belles galeries de cet édifice, de magnifiques festons ciselés sûr la pierre, tels que les a produits l'architecture renouvelée de 1 antique, et dite de la renaissance^ les contours en sont légers et gracieux; tout y respire le beau idéal de l'art. Ce monument, digne d'être observé» fut commencé et terminé sous le règne de François I^'. Les voûtes, d'une hardiesse élégante, sont presque toutes en ogives, et les vastes cavités qui se trouvent dessous ser^ virent souvent d'asyle aux Protestants (7). Dès les premiers siècles du Moyen* Age, un autre
* Au mois de décembre 15 IS. On trouve encore dans les arduTes dd h Mairie de Cognac les copies des Vidimus de plusieurs ordonnances de Louis XU , de Louise de SaToie, de Fraoçpps I^^ et de François II, tootei nJativet aaxrépantioiis fûtes an pont et ans ranraiDes de cetlQ vitte.
SUR L ANGOUMOiS. SîS
château existait à la même place^ comme ^indique
lu vieille tour dont il a été question; pcut-cUc les anciennes constructions furent-elles abattues, parce qu'elles tombaient de vétusté , ou qu'elles n ctuient plus dans le goût de Tépoque. Alors, on ne conserva que la tour carrée, comme pour lier les temps passés aux temps modernes. Dans les chroniques du pays, il est souvent fait mention des seigneurs de La Rochefoucauld , premiers vassaux du Comte d'Ângoulême , dont ils égalaient la puissance par leurs vastes possessions. La ville porta le nom d» La Roche jusqu au temps où Fun de ses seigneurs, appelé Foucauld, fils d'Esmerin De Lusignan, à qui son père Hugues 1^"^ avait donne cette seigneurie'', s'étant fait une grande réputation par ses exploits militaires et par ses vertus , ses successeuLs ajoutèrent ce nom de famille à celui de leur terre.
Selon la coutume du Moyen-Âge , les rangs de la société étant distincts, soit par d'antiques titres de noblesse , soit par des droits nouveaux, les maisons nobles gardaient jusqu'à la tombe les privilèges de leur aristocratie, et choisissaient
* foeo.
^ ÉTUDES fliSTORIQCES
pour leur dernier asyle une chapelle élevée à
leurs frais , ou une portion de Téglise commune. Ainsi, leurs mausolées étaient toujours sous h protection de la religion, (^ui, aux jours des grandes fêtes, avait pour eux des prières, et le peuple une grande vénération. Le lieu de la sépulture des seigneurs de La Rochefoucauld était l'égliie de Saint-Pierre 5 qui est au-dessous du château, vieux monument aujourd'hui délaissé, et veuf des tombeaux de ses maîtres. Les murs existent encore , mutilés par le temps et par les hommes. Quand la révolution de 93 eût soulevé les passions politiques , la population de cette ville ne respecta pas la demeure des morts ; elle ouvrit les tombeaux de cette illustre iamille , en livra les ossements à toute espèce de profanatioiu , croyant eilacer toute idée du passé par Tinutile vengeance du moment.
La maison de La Rochefoucauld possédait aussi la belle terre de Verteuil, quelle habitait de préférence à toute autre. Le château, reconstruit de nos jours par le gendre de M. De Peyronnet, fiit bâti dans le même genre d'architecture que ce* lui de La Rochefoucauld. Lorsque François I®*" permit à l'Empereur Charles-Quint de traverser la Finance pour se rendre dans les Pays-Bas, Anne
sm L ANGouMois. m
De Polignac , veuve de François II> Comte de La
Rochefoucauld, y reçut si bien le vainqueur de Pavie, que ce Prince dit hautement n'avoir jamais été en maison qui sentit mieux sa grande vertu, honnête/ c cl seigneurie que celle-là. La Châtellenie de Manies appartenait à la même famille» qui 1.1 donna au chapitre de Téglise cathédrale d' Angoiilême , de même que la seigneurie de Barbezieux, qui passa dans cette maison par le mariage d un des eniants de la maison de La Rochefoucauld avec une fille des anciens seigneurs de celte terre « La ville de Barbezieux avait autrefois, comme toutes les villes nobles du Moyen- Age , des fossés et des remparts. Ses premiers seigneurs s'appelaient Ithier, et appar<* tenaient à la même famille que ceux de Cognac. La ville porta primitivement le nom de Barbesile^ Barbesillum» Ce dernier nom se lisait encore dans le seizième siècle sur les vitraux de Téglise de Saint* Janvier, dont deux aigles, disaiton , venaient nettoyer le sanctuaire la veille de la fête du Saint. Un couvent de Cordeliers existait aussi dans cette ville. Une ancienne tradition rapporte qu'il fut fondé par Ithier et par Sainte- François, chef et patron de cet Ordre *.
* Michiit. — De la SauTagère , Anli<]intés de k SttatMige.
*St6 tiTUDES HfôTORTOOES
<2uoique François I^*^ ait va le jour dans l'Angoumois, nous n'entreprendrons point de dire ici ses succès et ses revers; Fhistoire de France réclame un tel récit) et nous ne suivrons le vainqueur de Mari^an que dans les champs de TAngoumois. Mais une autre gloire du pays réclame une place dans nos annales. Un guerrier célèbre pour son siècle, naquit à Cognac , quelques années avant le Prince dont il partagea la fortune sur les champs de bataille. Louis» Prév6t-de-Sansac, m an' chai de camp, sut, dès sa jeunesse, inspirer de l'intérêt à Guillaume-de- Montmoi enci j qui le plaça auprès de son fils Anne, depuis Connétable. François 1^*^ se plut aussi à favoriser son jeune compatriote , comme étant no dans la même ville que lui. Sansac^ après avoir enseigné Téquitation à Fbéritier des Moiîtmorenci , Taccompagna à l.i défense de Mézières) il obtint ensuite de François i^** le commandement d'un corps de seize- mille hommes , qu il conduisit dans le Milanais , et prit part aux divers combats de cette époque. Il se tiY>uva à Tassuutde Novarrc, uu combat de Vîgcvauo^ à l'attaque du Pas-de-Suze , à la retraite
Sm, L*At(G0UM0I8. 9S7
dellebec enfin on le vît àPavie^ où, intrépide comme son Prince , il donna les plu$ grandes preuves de bravoure. Comme lui, il fut fait prisonnier; mais étant parvenu à se sauver et à rentrer en France^ il fut chargé de la corres-pondance de Louise de Savoie avec son fils , qui le plaça ensuite parmi les gouverneurs de ses enfants. On le vit, plus tard, se distinguer encore par sa glorieuse défense de la Mirandole, en Italie ; et , pour la première fois> à Tâge de soixante-' seize ans , il reçut une blessure à la bataille de Dreux Après avoir assisté à quinze sièges et à onze batailles rangées, il mourut à Cognac et tel a été l'indifférent souvenir de ses concitoyens, quUis ignorent aujourd'hui où reposent ses restes. Faut^ii le dire ? Son nom est presque inconnu dans cette ville, et sa mémoire oubliée. François I^''^ qui se rappelait toujours avec plaisir la contrée cjui le vit naître, disait souvent, en parlant des Braves de son armée : « Nous sommes » quatre gentilshommes de la Guyenne qui cou- » rons la bague contre tous allants et venants
"** 1566, — Biograpliie univenelle.
ttS ÉTUDES HISTORIQUES
» de la France, moi, Sansac, d'EBsé et Chatai* I) gneraie» »
François I*^ avait vu mettre un terme à sa
captivité de Madrid ; mais , cette liberté , il l'avait achetée au détriment de la France. A " peine de retour dans sa patrie , il se rendit au château de Cognac , comme si la vue des lieux théâtre des jeux de son enfance eut pu adoucir ses chagrins et lui &ire oublier les malheurs de Pavie. li y arriva avec la belle Duchesse d'Étampes , que la Reine-mère , comme le dit naïvement un historien , lui avait amenée exprès pour le divertir de ses longs ennuis Il y demeura un mois et cinq jours, se livrant à toutes sortes de plaisirs , lorsque les ambassadeurs de Charles-Quint vinrent l'y trouver pour le presser d'exécuter le traité de Madrid. Alors , il y convoqua les États pour soumettre à leur acceptation ce traité et recevoir leurs rcmontrances* On y vit arriver dans le même temps les ambassadeurs de plusieurs États Européens, pour former contre Charles-Quint une ligue , dans laquelle entrèrent le Pape Clément VU, le Koî d Angleterre et les Vénitiens. La décla-
* Mézeni.
ralion de» puissances liguées fut alors publiée à Cognac *. On sait quel fut le résultat de ces deux actes politiques. François vint ensuite à Angouléme» La population se porta aunlevant de lui , ayant à sa tcte le Maire, Lanrent-Journeau , qui lut présenta les clefs de la ville. Le Prince visita les remparts , et fit réparer la partie voihinc de la place de BeauUcu , où furent placées les armes de Louise de Savoie , dont on voit encore quelques traces. 11 accorda dans la même ville une audience aux députés de La Rochelle , qui lui rendirent compte des troubles survenus dans leurs murs contre le seigneur de Jarnac, qui en avait le commande* ment
Partout le peuple de l'Angoumois accourait
sur son passage ; mais les acclamations de joie qu'il faisait entendre étaient plutôt l'expression de SCS besoins poiu l avenir que de la satisfaction du présent^ car alors, tous les privilèges étaient encore pour les nobles ; le peuple se courbait encore sous le poids des lois du Moyen- Age. Ce même Prince, que Thistoire a peut-être trop
* ts jum isas.
Histoire de La Kocbelle.
$30 ÉTUDES mSTOiUQUES
▼anté , avait , par une ordonnance , défendu la chasse aux roturiers , sous des peines plus que sévères *^ alors que les seigneurs avaient le droit de poursuivre le gibier même sur les ter. rcs dont ils n'étaient pas possesseurs £n applaudissant au retour de François , le peuple de J'Angoumois espérait peut-être que ce Prince ne jouerait plus sur les cbamps de bataille la fortune de la France , et que le restaurateur des Lettres donnerait à la nation un peu de liberté.
Louise de Savoie garda seize ans le comté d'Angoulême. Heureuse la France, si cette Princesse n'eut jamais quitté le château de Cognac , et n'eut pas porté à la cour de son fils son avidité fastueuse et sa galanterie vindicative ! La France aurait eu un traître de moins, et l'étranger n'aurait pas envahi nos provinces. A la mort de la Keme-mère, le duché fut donné au Duc d'Orléans, second fils du Roi; alors « plusieurs personnages de cette province se firent remarq[uer dans les faits politiques du même règne ^ Yun d'eux , Charles de La Rochefoucauld , set-
• Ordonnance de 4533.
Gpulumes d Angoumois.
SUR L'ANGOUHOIS. m
gneur de Ëarbezieux , fut nommé Général des galères de France ; mais il fut chassé de Gênes par André lioria \
La corruption de la cour avait donné de nouvelles Forces à la religion réformée, et lorsque François l^*" commença à persécuter les religionnaires , Calvin, aloifs âgé de vingt-cinq ans, pour échapper aux poursuites dirigées contre lui , se retira à Angooleme, sous le nom de Hep^ pet^ille ou de Déparcan , et y professa la langue grecque. Son séjour y fut , dit-on , de trois ans , pendant lesquels il acheva son ouvrage de {Institution chrétienne, publié ensuite à Genève, et dédié au Roi de France Luther nWit fait que détruire. Les peuples attendaient une réforme qui lut à eux , proportionnée à leurs besoins Calvin la leur donna. Hardi dans f exécution de ses projets , s'il fut obligé de se cacher sous un nom supposé, il ne dissimula point ses doctrines, il ne renia point la foi de sa conviction par un silence hypocrite; mais aussi , de combien d as^as^iinats ne devait-il pas être la
f3i ËTtDËS HISTORIQUES
cause? La ville qui lui donna un asyle vif, quelque temps après, les partisans de sa doctrine ^ dans Temportement de leurs passions, égorger les catholiques. Chaque jour voyait se réunir autour de lui un grand nombre de personnes , prises dans les premiers rangs de la société , et avides d'cclaircir leurs doules religieux. Trop souvent, les passions des hommes s'étaient mêlées aux préceptes de l'évangile ; le siècle était las des préjugés du Moyen-Âge ; Tintelligence humaine voulait revenir aux doctrines des premiers siècles de TEp^lisc ; mais on ne revient sur le passé qu avec des révolutions.
Plusieurs ecclésiastiques des environs d'Âugouléme assistaient aux dissertations du prétrephilosophe, et partagèrent bientôt sa croyance. C'est que le scepticisme avait depuis long-temps fiiit invasion dans la religion catholique , et que, trop pesant pour la conscience, il devait tomber en présence de ce qui apparaissait comme une vérité; car le doute scepti([iie est plus fiiU^aiit pour Tesprit humain que Terreur de bonne foi. Le catholicisme lui-même devait se rajeunir , et léguer à l'avenir .une morale plus pure , plus consolante, en s^opposant aux nouvelles idées du protestantisme. Louis-Dulilkl, cLauoine et
cttré de Giaix , qui avait long-temps caché Calvin dans sa maison, fot le premier ecclésiastique qui embratsa la nouvelle doctrine dans TAngottmois; il eut ensuite de nombreux imitateurs.
Le peuple suivit bientôt l'exemple des pasteurs, et ainsi se formèrent en peu de temps des églises réformées à Angouléme, à Jarnac, à Châteauneuf, à Segonsac^ à SainU>Glaud, à La Rochefoucauld, à Verteuil, à Barbezieux^ à Chalais, et dans plu-^ sieurs autres lieux. Elles furent représentées dans les divers synodes tenus à La Rochelle et ailleurs. Ainsi, la religion catholic^ue perdit alors une partie de son influence; le crédit de ses ministres diminuait; mais le Glerp^é Romain, trop ambitieux pour céder quelque chose de son autorité, même temporelle, aux besoins du moment, crut devoir recourir à la persécution, moyen dangereux, qui met aux prises les convictions religieuses , ou politiques, avec les passions humaines. Souvent, le pouvoir qui persécute succombe plus tard, alors même qu'il croit à la durée de sia victoire. Ce fut dans cette circonstance que les magistrats de la ville de Cognac, par une transaction avec Févêque de Saintes, obtinrent une juridiction ecclésiastique Un tel
234 £rUi>£S 1USÏ0R1QU£$
tribunal était composé de prêtres qui connaissaient des crimes de sacrilège , d'aduliore et de tous les actes qui blessaient la doctrine catholique; vaine ressource qui n'arrêta pas les abjurations religieuses!
François venait de laisser le trftne à son fils Henri II Sous ce règne, Tintrigue, l'ambition et le fanatisme devaient encore développer des gev«
mes de discorde , et Iialer le moment où la guerre civile allait arborer son drapeau dans les champs de FAn^oumois. La religion protestante y faisait tous les jours de nouveaux prosélytes. Pendant que Henri II continuait la lutte de son père contre Charles-Quint , et tentait de s'attacher les habitants de Cognac, en leur octroyant de nouveaux privilèges, ou en confirmant les anciens par une ordonnance rendue à Fontainebleau (8), la doctrine de Calvin tendait à s'afiiranchir de tout contrôle. Les catholiques ne songèrent à l'attaque corps à corps, que lorsque Charles- Quint, laissant tomber le sceptre dans les mains de son iils . cacha au fond d'un cloître son ambition . sa gloire et ses crimes. Les persécutions firent naître partout des idées de progrès , qui ne devaient
' lo4S.
SUR L ANGOUMOIS. âStr
pas s'arrêter à la liberté de croyance, mais tendre
à une émancipation générale. Le peuple, du moment qu'il se tut habitué à critiquer l'adminis* tration pubUque , les impôts , les privilèges de castes, voulut marcher vers un meilleur état de choses, dùt-il même renverser le pouvoir qui voudrait arrêter ses efforts. Courbé sous le poids des charges publiques , qui s'étaient augmentées sans rien ajouter aux libertés du pays , il résolut de recourir à la violence pour vaincre tous les obstacles. Mais la révolte remédie rarement aux maux du peuple , qui y met tout ce qu'il a de vie et de forces, sans atteindre le but désiré. Y parvient>il? La victoire lui échappe, parce qu'il manque d'énergie pour en conserver les fruits : Ceux-là, an contraire, qui ne combattirent pas dans ses rangs , qui n'eurent pas un instant de courage pour partager les dangers , deviennent des oppresseurs, en affectant un spécieux dévouement à la cause qui triomphe^ c'est ainsi qu'on vit, dans ce grand débat des opinions religieuses, le peuple presque toujours dupe de l'ambition des courtisans. La misère publique , autant que la lassitude de l'esclavage, fit naître des projets de troubles et de révolte.
Telle était la disposition des esprits dans toute
9S» trWBS mSTORIQUBS
la Franco , lorsque les luibitanu de TAngoumoig se révoltèrent contre Timpèt sur le sel, qui depuis long-temps excitait des plaintes générales. D'abord, les citoyens avaient cherché à s^y sous» traire par la fraude ; mais alors étaient venues les condamnations , les amendes , qui , loin de remédier au mal, faisaient naître de nouveain désirs de vengeance, et une haine implaeable contre le pouvoir et contre les percepteurs des droits. Un jour que les agents du fisc étaient sortis de Cognac, pour parcourir les campagnes et surveiller la fraude , les habitants de Jurignac s'assembleat, sonnent le tocsin^ appellent la population aux armes, et cette troupe de paysans devient une armée formidable qui, poussée pai' un esprit de liberté, va peut-être hâter de quelques années l'ère de l'émancipation politique et religieuse d'un peuple encore ignorant, maîi qui cependant n'est plus le peuple du Moyen- Age ^. Les habitants de Barbezieux suivent le mouvement; mais ils sont bientôt contenus par le seigneur du lieu , Charles de La Rochefoucauld* Les révoltés , au nombre de quatre mille, marchèrent sur Ghâteauneuf, et rendirent à la liberté quelques malheureux qui avaient été mis en
SUR L*iJ(GOI]llOIS. S37
prison pour ne pas avoir payé l'impôt. D'Amblcville 9 seigneur puissant de TAngoumois, lenta de lever des troupes pour s'opposer à la révolte : il s attira ainsi la haine du peuple , qui réduisit en cendres son château d'Ambleville , et rasa ses autres maisons. Les débris existent encore, comme souvenirs de la tyrannie de l'époque et de la vengeance d'un instant de colère *, Bouchoneau , directeur-général de la gabelle eu Guyenne , tomba entre les mains des révoltés , près de Cognac : ils lui firent souffrir les plus ailreux tourments , lui donnèrent la mort , traînèrent son cadavre tout nu dans les champs, et entin le jetèrent dans la Charente^ pour que le fleuve portât à Cognac la malheureuse victime d m peuple irrité, afin d'efirayer les habitants, ou de les déterminer à faire cause commune avec eux.
Puimoreau, gentilhomme du pays, à la tete d'une autre troupe de paysans , au nombre de seize mille , après avoir ouvert les prisons de Saintes , et dévasté la maison du lieutenant-géné- ^1 et du procureur du Roi , vint à Cognac ,
De Tliou, Eist. iÎT. V,ei autres hiatoriens de 1 époque. — Uiiiotfc <ie La Rochelle.
ÉTUDES HISTOfaQUËS SS8
s^cmpara de cette ville après une fiûble résistance de la part des habitants, et la mit au pillage. Bientôt après, le grenier à sel de Ruffecfîit pillé par une autre bande du pays. Plus de dix-sept mille personnes s'étaient réunies dans le bourg de Saint^Âmant , lorsqu'un gentilhomme de la contrée, appelé Saint-Séverin, répandit adroitement le bruit de l'arrivée d'un corps d'armée. Alors, profitant de la frayeur des révoltés, il s'empara des principaux d'entr'eux, et les fit conduire dans les prisons d'Angotdême; mais bientôt après, plus de vingt mille hommes accoururent dans cette ville dont ils forcèrent les magisUaLs à les mettre en liberté. Le cri de ralliement était : « Vive Guyenne ! » répété de tous cotés par des hordes de paysans sans discipline
L'Angoumois , où avait d'abord éclate cette
révolte, la vit se propager dans toute la Guyenne. Le peuple, réuni au nombre de cinquante mille, menaçait partout d^incendier les demeures des seigneurs. Jadis , ce même peuple aurait obéi aveuglément aux ordres de la Noblesse; mais elle 1 avait trop souvent lait assister aux débats
" Histoire de Bordeaux. — Àaoales Bordelaises.
Je SCS intérêts , et Tinstrument de son aniLitiuu devait à la fin se tourner contre elle* La tyrannie du Moyen-Age avait usé la patience Je la uation« Plusieurs châteaux furent pillés et détruits; plusieurs Abbayes furent brûlées : on ne pouvait pas calculer où s'arrêterait la fureur populaire qui , excitée encore plus par la résistance de quelques seigneurs, et animée de toute la haine de passée ne pouvait éclairer ses actions au flambeau d'une civilisation avancée.
Cependant tienri 11, instruit des dévastations commises en Guyenne et dans l'Angoumois , y envoie une nombreuse armée , commandée par le Connétable de Montmorenci , dont Timpru* dente valeur devait , quelques années après , être si funeste à la France, à la bataille de Saint- Quentin* Tout rentra alors dans l'obéissance. Pouvait-il en être autrement 7 Le peuple s'était vengé^ et croyait que justice lui serait rendue* Le Connétable s'empara de la ville de Bordeaux, qui s'était montrée iavorable aux insurgés. La vengeance qu'il y exerça fut atroce : les Jurats et cent-vingt notables de cette cité furent forcés d'aller, en habits de deuil, déterrer avec leurs ongles Tristan-de-Moneins , lieutenant du Roi , qui avdt péri dan. la révolte , et d'appor-
S40 ËTUDBS msTORiom»
1er sur leurs opaulen ce cadavre en putréfaction devant Thotel du Connétable. Là , à genoux , tristes et huiiiiiic^^ ils demandèrent grâce. Quand les gouvernements punissent ainsi un peuple que Toppressîon seule a rendu coiipable, doiton s\Honner si quelqueiois, dans l'emportement de la colère , il ne met pas de mesure dans ses passions !
L'Ancroiimois ne fut point exempt des vengeances du Connétable. 11 le parcourut dans tous les sens^ fit briser les cloches qui avaient servi i appeler le peuple aux aimes. Le souvenir de ce drame de sang n'est pas encore effacé; on le trouve , dans quelques contrées , empreint de quelques idées religieuses. Le vulgaire , dans plusieurs localités , prétend que « dans des temps reculés , les cloches de telle ou telle église furent jetées dans le lit profond des rivières; il ajoute qu'on les a souvent entendues sonner depuis « les jours des principales fêtes de 1 Église j et que vainement on a cherché à les retirer.
Vieille croyance populaire qui semble avoir mis ranathème de la religion sur les actes du pouvoir !
L'ignorance des temps passés a fidt oublier
SUE L ANOOUMOIS. Ui
rhiitoire de nos pères : le peuple n'a pu en garder qu'un souvenir confus. Les cloches dont il est question sont sans doute celles qui furent brisées par les ordres du Connétable , et jetées dans les rivières (8). Puimoreau, un des nobles du pays, qui avait pris le parti de la révolte , eut la téte tranchée ; le curé de Cressac fut brûlé vif. Pour effirayer la ville d'Angouléme, deux autres Gheis de la révolte ^ Boismenier de Balsac et un nommé Tulmagnc furent rompus vifs , sur une des principales places qu'on croit être celle du Palet.; mais avant de leur arracher cette vie qu'ils avaient vouée a la défense de leurs concitoyens, on leur mit sur la téte une couronne de fer
époque brûla le front où bien souvent la vue de Topprimé avait peut-être fait monter la rougeur de la honte. Partout les supplices furent atroces^ et ne cessèrent que lorsque le Roi de France donna Tordre d^épargner ceux qui s'étaient dérobés aux poursuites du Connétable ; politique iniàme , qui pardonnait à ses victimes parce cpi'elle ne pouvait les atteindre! Ainsi finit la colère du peuple et la vengeance du pouvoir.
Cependant la cour , craignant une nouvelle levée de boucliers , chercha à la prévenir en di-
i42 ÉTUDES HISTORIQUES
minuant Timpot sur le seL Un an après , Henri II
réduisit d'un quart les droits de gabelle , et plus tard, le parlement approuva un édit par lecpiel le Limousin, le Poitou et l'An^ouroois devaient payer pour les mêmes droits la somme ^le onze cent quatre-vingt-quatre mille francs (9).
Depuis long-temps , une grave inimitié excitait Tun contre Tautre deux des principaux seigneurs de la cour. Fi^ançois De Vivonne , seigneur de La Châtaigneraie, abusant de sa haute position parmi les favoris de François W , avait dit plusieurs lois et publiquement que Guy De Chabot, seigneur de Jarnac, avait eu des liaisons amoureuses avec la seconde femme de son père , le même qui fit bâtir le château de Jarnac. Alors, Guy, ofiensé, demanda réparation de cette insulte , €t les deux adversaires sollicitèrent de François I^'^ de se battre à outrance j mais le Prince^ tant qu'il vécut , refusa dV consentir. Après sa mort ^ Henri II accorda cette permission. Alors le combat eut lieu en champ-clos , dans le -parc de Saint-Gerniain-cn-Laye , en présence du Roi de France , des plus nobles seigneurs de Tépoque , et du Connétable de
Montmorenci Une des conditions du combat fat que tout coup porté au-dessous de la poitrine serait regardé comme déloyal. Les deux combattants s'attaquaient avec impétuosité , et se montraient égaux en courage et en adresse, lorsque La Châtaigneraie tomba frappé d'un coup dangereux , que lui porta son ennemi au jarret, par un revers de son épée. C'est cette circonstance qui a donné lieu au proverbe : C*est un coup de Jarnac. La vie de La Châtaigneraie était au pouvoir de son vainqueur, qui, par déférence pour Henri II , ne voulut pas pousser plus loin Texpression de sa baine. La Châtaigneraie fut porté dans une tente pour être pansé. La honte de sa délai Le le jeta dans un si grand désespoir qu'il arracha tous les appareils, et mourut trois; jours après Ce combat a été le dernier duel autorisé, et, pour avoir enfreint, plus tard, la loi qui défendait cet acte , véritable fanatisme de l'honneur, un seigneur de TAngoumois devait périr sur l'échafaud Le Roi , toucbé de la mort de La Châtaigneraie , son favori , jura de ne plus le permettre , et le seigneur de Jarnac ,
* 10 juillet 1547.
Hémms d€ IGchel De GaUebeaii.
François De Bouteville.
ËTUDES HISTORIQUES
fier de sa victoire , en inscrivit le souvenir sur
ses armoiries j car on voyait autrefois sur les tours du château de Jamac la représentation d un homme une jambe en l'air et appuyé sur l'autre (10).
François II monta sur le trône de France, au milieu du débordement de toutes les passions politiques et religieuses. La courte durée de ce règne devait augmenter la puissance des Guise et la haine des protestants , (j[ue ce Prince commença a persécuter avec un acharnement que devaient malheureusement surpasser ses successeurs. U fut défendu aux disciples de Galvin, sous peine de mort, de se réunir pour prier ; mais comme le protestantisme trouvait tous les jours de nombreux partisans dans l'Arrondisscinent de Cognac , François II confirma les privilèges donnés à cette ville par les Rois , ses prédécesseurs , aân de x-etenir les habitants dans son parti. Avec un caractère faible et une santé chancelante, si ce Prince eût régné plus longtemps , la France aurait vu plus tôt le dénouement du terrible drame où la haine , Fambition et la foi religieuse se livraient un combat à mort.
SUR L*ANGOUMOt$. 245
Cependant TAngoumois resta paisible quelque temps. Les protestants n'avaient pas encore songé à la résistance. Mais, comme il n'est pas de la nature des peuples opprimés de souffrir toujours les injures du pouvoir saas penser à la vengeance , fi sans chercher les moyens de briser les entraves, les protestants de TAngoumois son** gèrent à s'unir étroitement pour arriver, même parla force, à l'émancipation de leurs croyances^ lutle Je sang dans laquelle périrent deux Rois atteints par le poignard des fanatiques ! Alors y un gentilhomme du pays, De Bary LaRenaudie, visita les principales églises , et les encouragea à envoyer des députés à Nantes , pour y délibérer en commun. En eiïci, celle réunion eut lieu , et la conspiration d'Amboise fut décidée On convint que chaque province fournirait un certain nombre d'hommes mariés. L'histoire nous fait connaître le principal auteur de cette conspiration j maiii nous ignorons quels fuient ceux de nos concitoyens qui y prirent part.
La Renaudie ^ assez impriulenl pour faire connaître ses projets à quelqu'un qui devait trouver une honteuse récompense dans la délation ^
* iseoL
24a ÉTUDES BISTORIQDES
filt arrêté) au milieu d'une foret, par le Baron de Perdillan, son cousin, et périt en résistant. Son cadavre resta quelque temps suspendu à une potence, sur le pont d'Amboise; il fut déchiré; et la haine des Guise en distribua ensuite les lambeaux sur les routes qui conduisaient à cette ville. Ainsi ^ le premier acte du drame, où se jouait la liberté reUpeuse du peuple, nous ofire une des premières victimes dans la personne d'un Angoumoisin Quelque temps après que la vengeance des Guise se fut exercée sur les autres conspirateurs, le Roi de Navarre, Antoine De Bourbon, passa en Angoumois, en se rendant à Paris, et séjourna quelque temps au château de Verteuil, où sept cents gentilshommes vinrent aussitôt le trouver pour l'engager à ne pas continuer sa route, et à se défier des Guise j offirant même de l'accompagner avec les troupes dont ils pouvaient disposer. Ce conseil était fondé sur l'arrestation du Prince de Condc , son frère , qui aurait fini sa vie par la main du bourreau, si François 11 ne fût mort quelques jours avant. Le cardinal d'Armagnac , instruit des projets de la cour^ dont il était complice , vint
* Mézeraî et quelques autres historiens disent ^uc cet agenl de ia couâjjirauon d Âmbuue éuU de i ÂDgoumois.
8U11 L'AM60UH0IS. Wt
trouver le Prince, et, sous Tapparence de l'amitié^ le solUcîta die se rendre. à Paris, rassurant
qu'il n'y avait aucun danger.
François II ayant laisse le tronc à son frère Charles IX, la France fut aussitôt en proie à des factions qui devaient dcgéncrcr en guerres civiles. Les Guise d'un colé, Gondé et le Roi de Mayarre
de l'autre, soulevaient partout leurs partisans. La nouvelle du massacre de Vasu * divisa le pays en deux camps, rivaux de haine, de fanatisme et de courage. L'Ângoumois y avait marqué sa place. Depuis un an, les protestants de la ville d'Ângouléme avaient tenu librement leurs assemblées, où chaque inemLre de la nouvelle Église avait apporté en délibération sa conviction et ses espérances; mais alors, le Comte de La Rochefoucauld 9 gouverneur de la province, étant parti pour Orléans, que venaient de surprendre les protestants , Hubert de La Rocheibucauld- Afarthon, ainsi nommé parce qu'il possédait hi seigneurie de Marthon, oncie paternel du Comte et ennemi des protestants, obtint du Duc de Guise l'ordre de se rendre maître du château et de la ville d'Angouléme^
^ ËTOBES mStORfQOCS
A cette nouvelle , Les habitants courent aux armes , et le Comte se retire , ^rement repoussé par Jean-Ponte, Maire de la ville, aidé d^un nommé Rair, qui déjà occupait le château. La ville resta au pouvoir des protestants; mais leurs ènnemis ne perdirent pas l'espoir de les en chasser. A la faveur d'une sédition excitée par eux parmi les habitants, ils s'emparèrent de la tour de Saînt-Pierre , placée à gauche de la porte de la cathédrale Alors, la colère des protestants ne connaît plus de bornes : ils desarment les i catholiques^ chassent de la ville les principaux, et surtout Arnaud^ juge, et LeRoux^ avocat duRoi. La Rochefoucaidd-Marthon , trompé dans ses espérances, réunit des troupes dont il donne le commandement à un nommé Barbe-SaintpCrépiO) homme chargé de toute espèce de crimes , qui ravagea les campagnes, pilla les maisons et les châteaux des familles riclies qui passaient pour tenir à la religion réformée » Du reste, cette fureur des catholiques peut être considérée comme le résultat de la conduite antérieure des protestants j car, peu de temps auparavant, Grammont, passant dans l'Angoumois avec quelques troupes , en allant rejoindre le Prince de
*' E. Caitaigne, notice sur la cathédrale 4 Aogouléme.
Cùnàé , avait dépouillé les églises , renversé les autels , et brisé les statues des Saints.
Les protestants, restés maîtres d' Angoulême dévastèrent la cathédrale et les autres églises; brisèrent les portes, les autels, les statues; pillèrent tous les objets du culte, et brûlèrent les titres féodaux des ecclésiastiques. Us déterrèrent les ossements de Jacques-Magnelot , ancien gardien du couvent des Cordeliers, et mirent à mort Michel- Grenet , Jean-Violant et Jean-Avril , citoyens connus par leur attachement à la religion catholique. Ces faits fiurent consignés alors par le lieute*nant-général , Jean^Amaud, qui fut mis à mort par les protestants , quand ik se furent rendus maîtres d Angoulême une seconde fois. La derniè^ re demeure des hommes vertueux ne fut point respectée; le fanatisme des vivants poursuivit la cendre des morts. On renversa le magnifique mausolée du Comte Jean-le-Bon, objet de la vénération publique. Le peuple avait conservé le souvenir de ce Prince , aïeul de François , quoiqu'il fàt mort depuis long-temps , et venait souvent sur son tombeau laire des prières et des
*** Anialet d«s frère» IfiBMiiyédîtéelSSO.
f 50 ÉTUDES mSTORIQUËS
yœux. Les protestants, scandalisés de voir tant de personnes pieuses révérer le tombeau du Prince, et 9 sans doute , excités en secret par l'espoir du butin qu'ib croyaient y trouver, brisèrent le cercueil de plomb, où Von trouva &oil cor^é encore entier. La fiireur était portée si loin, qu'un Angoumoisin, nommé Ruffier, protestant, donna des coups de couteau à ce cadavre ; d'autres lui tranchèrent la tête , et,se disposaient a le brûler , quand la raison publique vint mettre un obstacle à leurs coupables projets. Ces restes de rhomme vertueux furent replacés dans le caveau sépulcral, attendant d'autres profanations. Les protestants firen% fondre le plomb , et, sous l'empire d'une haine atroce que Thisto* rien voudrait cacher pour la gloire de son pap, ils en firent des balles destinées à frapper le sein de leurs concitoyens , de leurs frères et de leurs amis.
Cependant , La Rochefoucauld-Marthon , au nom des mânes outragés de l'illustre Comte ,
sévissait de son coté contre tous ceux qui étaient convaincus , ou même soupçonnés de favoriser la relis^ion réformée. Un nommé Vulsan, contre lequel il avait une haine particulière , fut livré par lui à d'affireuses tortar«s« En quittant lea
SUR VANGOUHOIS. 2Sf
environs d'Angouléme , il Tint à Cognac , dont s'étaient emparés les protestants , qui tenaient leurs assemblées dans Téglise de Saint-Léger^ Quelques habitants de cette ville cherchèrent à y introduire secrcteiuent le» catholiques ; mais au moment où Marthon et sa troupe se glissaient près des remparts , et s'apprêtaient ^ pendant la nuit , à s introduire dans la place ^ ils furent découverts, et se retirèrent, après aroir essuyé quelques coups de mitraille , et se rendirent de là à Chàteauneuf. Aussitôt, Montguyon et Saint-Séverin, Chefs des protestants, marchèrent sur leurs traces. Ils les attaquèrent et s'emparèrent de la ville La RoGhefoucauld*»
Marthon, qui s'étail défendu dans le château, demanda à capituler, en voyant quune brèche était ouverte f mais ce Chef fit frainer en Ion» gueur la discussion des articles de la capitulation, et, sur ces entrefaites, une discussion étant survenue entre les assiégeants, le siège fat levé. Alors , les soldats , n'obéissant plus aux ordres de leurs Chefs , parcourent le pays, piUent tout ce qu'ils rencontrent. La terreur qu'ils causèrent fat telle, que les bourgeois de Chàteauneuf , et ceux de la campagne , quoique eux-mémea
* 14 jdB iSSi.
3S« fifODES mSTORtQUBS
protestants j aidèrent à les mettre en fuite. Déjà, la guerre n'était qu'un brigandage , où l'ambition commençait à avoir plus de part que le zèle religieux.
Dans le même temps , on apprit que Poitiers venait de tomber au pouvoir des catholiques.
La ville d'Angoulême fut tellement effrayée de cette nouvelle, que, quatre jours après, à la première sommation de Louis-Prev6t-De-Sansac , elle se rendit , à condition que la garnison protestante aurait la vie sauve , et sortirait avec, armes et bagages.. La frayeur dut être bien
grande parmi les protestants , ou la garnison bien faible , pour quitter ainsi cette place , qui
présentait de grands moyens de défense. Voici ce qu'en dit un historien du temps :
« La ville est petite et bi^ serrée , estendue » sur le fest d'une montagne , laquelle est si » rai de , qu'elle ne donne aucune avenue pour » l'accoster , fors du costé de Limosin , par le- » quel la plaine court jusqu'à la porte qui mène » à La Kochebeaucourt. De tous les endroits , » ce ne sont que rocs et pentes de murailles » inaccessibles, pour si peu défendues qu'elles » soient. L'autre porte , qui conduit à La Ro-
SUE L'ANGOUMOIS. SâS
» chelle , est défendue tant par le naturel du » lieu, qui est un penciiant ibrt bas et raide, que I» par main d'homme ; car , outre les doubles » portes et murailles , il y a devant la première M une grande et large plate-forme , bien fondée » et estofFée : si bien défendue et parapetée de » tous costés^ qu'on n'en saurait approcber qu*à » son grand désavantage ; de la bastre , elle est » si haut élevée sur la plaine où elle commande, n que- le assiégés n'en feraient que rire. Plusieurs » endroits moins défensables ont leurs doubles >» murailles revestues de leurs fausses-brayes. » Et le tout de bonne et ancienne estoffe , tellen ment qu'encore qu iiy eust brèche raisonnable, » pour si peu que les assiégés la rempareraient , H elle se défendrait d'elle-mesme : d'autant que n le soldat serait dcsja las premier que de l'avoir » franchie. Le plus faible endroit est la porte de » Limoges, qui est plaine ^ mais elle a ses mu- » railles triples et bonnes. Au reste, aucun lieu >i de son contour ne lui commande : c'est pour- )) quoi elle est estimée une des plus fortes pla- » ces du Royaume n
Dès le lendemain, La Rochefoucauld-Hartiion,
* Uîstoire de France , 2 vol. in-f», édit. de 1581.
9U ÉTUDES mSTORlQUES
ayant laissé le commandement de Ghlteauneuf à
un Chef, nommé Non ac, entra dans iVngoulême, et, d'accord avec Louis-Prévôt de Sansac , sous prétexte de punir les auteurs de la sédition , ils satisfirent d'une manière cruelle leurs haines personnelles. Malheureuse époque où un crime était puni par un autre crime ! Alors , on ne vit plus dans toutes les rues que des instruments de mort et des cadavres gisants ça et là, exposés à la raillerie et aux insultes des passants. Ce même Nonac ne cessa pas de piller et de ravager le pays, tant qu^il conserva quelque autorité^ il s'était associé un nommé Bréniquet, qui, plus tard, iiit condamné à mort, et un nommé Lacroix, également connu dans le pap par ses brigandages.
Les autres détachements des catholiques se déshonorèrent par l'assassinat, le piUage et l'incendie. Les protestants, trop &ibles pour pouvoir résister, perdirent ainsi plusieurs places dans l'Angoumois. Us sortirent de Cognac, qui fut aussitôt occupée par le seigneur d^Ambleville.
Tous les nobles attachés au parti catholique
furent plus ou moins cruels. Philippe-De-Volvic, Baron de Ruffec, sévit sévèrement contre ses vassaux, parce qu'ils avaient donné im asyle à quelques protestants fugitiiii : il s'empara avec
SUR L ANGOUMOIS. iïK>
«e» soldats de la petite liïle et du château de Verteuil. Partout les protestants, ceux même qui n'avaient jamais pris les armes, fuyaient de leurs demeures pour aller chercher ailleurs la paix et la liberté* Ceux de Cognac et d'Angou* léme abandonnèrent ces deux villes à la fureur de leurs ennemis. Pendant ce temps-là , Guy- Chabot, seigneur de Jarnac, était à La Rochelle; quoique partisan secret des protestants , il empêcha cette ville, pendant quelque temps, de prendre part à la guerre civile. ToutrAngoumois, plus que les autres provinces, était dans une agitation extraordinaire. La ville de Coiifolens donna un asyle aux protestants chassés de Limoges, et, peu de temps après ^ les habitants de Chalus et des environs vinrent en grand nombre assiéger Montbron , où Gore> un des Chefs religionnaires , s'était enfermé avec quelques soldats. Ce Chef capitula; mais tous les siens furent mis à mort par les assiégeants. Cet acte de cruauté s'accorde assez avec les mœurs grossières et sauvages des paysans de cette contrée , où la civilisation n'a pas encore détruit les préjugés du fanatisme et de l'ignorance. La ville de Montbron, dont le nom se trouve, dès les premiers siècles, dans les annales de notre histoire , avait dc)à> à cette époque, perdu une grande partie
256 ÉTUDES UISIOIUQUES
de son enceinte, par des causes que nous ne
pouvons trouver que dans les grands mouvements politiques des siècles antérieurs. Ën eÔet, on rencontre dans les environs plusieurs traces d'anciennes habitations écroulées par on ne sait qiiettes révolutions; mais, par les masses de pierres travaillées parla main de l'homme, et dispersées çà et là dans les champs, on peut présumer quelle dut être l'étendue de cette vieille cité, qui, selon la tradition^ avait son chateau*fort dans un lieu appelé les Monteresses.
11 est certain que de vastes conslruc Lions ont existé autrefois sur ce dernier emplacement; car
nerie. En expliquant letymologie de ce nom, Mons Reusj changé, plus tard, en celui de Monteresses , peut-Hre pourrait-on arriver à la vérité de cette autre vieille tradition conservée dans la mémoire du peuple : «Un château très- » fortifié existait, dit-on, dans ce lieu aujourd'hui » désert ; deux frères , nobles seigneurs de la » contrée, y tenaient ^^amison, opprimaient la » population des environs, rançonnaient les » passants, et inspiraient la plus grande frayeur. » Le peuple indigné courut aux armes, s'em- » para des tours féodales et les détruisit jusque » dans leurs fondements. » Serait-ce un souvenir de la Jacquerie ?
Sm VANGODHOIS. S57
Les succès obtenus dans FAngoumois contre les protestants nuisirent à cette malheureuse province. L'agriculture fut négligée, et les propriétés ravagées ; plusieurs châteaux , beaucoup d'églifes forent démolis ou pillés ; on les reconr naît encore par le reste d^s voûtes qu'elles avaient autrefois, et qui depuis ont été remplacées par des charpentes. La crainte générale fit snspen- ^dre presque partout les cérémonies des deux cultes. Partout ce n'étaient que persécutions
d uu parti contre 1 autre , mais surtout contre les protestants, qui, en plus petit nombre, ne trouvaient plus d'asyle pour s'y reposer dans leur fuite. Le catholique, égaré par son fanatisme^ aveuglé par les passions, nVvait que des tourments pour ceux qui ne partageaient pas ses croyances ou ses rêves de vengeance. Le château de Bouteville , qui fut si long-temps une retraite sûre pour les Anglais , ne put pas protéger les malheureux qui s'y retirèrent. Attaqués par ceux qui les poursuivaient, ils furent impitoyablement massacrés dans ces mêmes lieux où la foi ardente des Taillefer et des Lusignan avait ouvert un asyle à la prière et à la charité chrétienne.
Les protestants avaient profané le tombeau du
Comte Jean ^ les catholiques firent couler le sang
des protestants surlalombe cTan de sés enfants.
Mais les persécutions ne sauraient Liiompher des idées religieuses qui grandissent au contraire avec ie danger. Aujourd'hui yaincues , demain eHes retrouvent leurs droits; la conviction les rend fortes. Ainsi le veut l'avenir moral des peuples. Toute vérité nouvelle , «oit politique , soit religieuse , a ses détracteurs et ses ennemis , mais elle n*en reste pas moins pour les temps à* venir comme un principe proposé à Tenseignemeiit des nations. Si les persécutions pouvaient triompher des convictions de l'homme, il en serait fait de la civilisation ; Galilée eût emporté avec lui dans la tombe le mouvement de la terre, et les sciences naturelles seraient restées sans progrès^ le christianisme eût péri dans les catacombes, et les passions humaines auraient triomphé des progrès de la raison et de Tintelligence. Mais au milieu du choc des opinions divergentes en fait de religion, le fanatisme grandit, et pour qu'il perde ensuite de sa puissance, il but des siècles» à travers lesquels passe la civilisation, déracinant Terreur et rendant la raison à sa propre énergie. Une idée domine cependant au milieu de tous ces débats; c'est 1 espoir de la vengeance. Les protestants de TAnjgoumois tendaient à ce but , et la haine arma
SUR L'ANGOOMOIS. S8»
un assassin pour frapper l'ennemi de la religion réformée. Poltrot, gentilhomme né & Aubetenre, assassina le Duc de Guise d'un coup de pistolet chargé de trois balles empoisonnées ^«
Peut-être Poltrot s'était-il promia depuis longtemps d'être le vengeur de La Renaudie. On le surnommait l'Espagnol^ parce qu'il avait longtemps habite l'Espagne. Sa jeunesse s'était écourlée parmi les pages de Françoif*Bouchard, Baron d'Aubcterre , qui , persécuté pour ses croyances religieuses, s était retiré à Graère où il mowat. A sa mort, ses biens forent confisqués au proât de Jean-d'Âlbon ^ Maréchal de Samt-André.
Son fils, le vicomte d'Aubeterre, étant rentré en France à la faveur des édita j recouvra les biens de sa làmille, et sotttwt tovjours ses coreligionnaîres. U mourut en assi^eant llle, en Périgord **.
L'assassinat pohtique est si odieux de sa nature^
que^ considéré comme l'œuvre d'un parti, on lui cherche toujours des instigateurs : aussi, a-t-on cru que Goligny conseilla ce meurtre a
^ UéiBoirei de SoUf, Itv. i.
MO ÉTUDES iUSTOfUQUES
^Pollr6^ mus riiMtoiFe ne nous en feurnit pais
des preuves ' certaines. Le coupable , arrêté peu d'întftantft après l'exécution de ton crime, fut conduit à Paris, où il mourut dans lei tortures. Il fut attaché àjtjuatre chevaux pour être écartelé^ mais les chevaux étant airrétés par la force de ses membres, on lui donna plusieurs coups de couteau ponr séparer les cuisses et les épaules du corps. Le temps et les hommes ont détrtiit son château, dont on voit encore quelques restes près d'Aubeterre; puissent ces ruines long-temps encore jeter à l'avenir un nom maudit , pour le faire servir à Tinstruction des passions politiques!
Xa même année, un synode fut tenu a Lyon ^ Les protestants de PAngoumdis y furent repré* sentes par Bordîer, pasteur de l'église de Châteauneuf, et Fériol, de l'église de Montignac« Ainsi se soutenait^ par la force de sa conviction , cette religion, cause accidentelle de tant de crimes et de calamités publiques , lorsque Calvin mourut paisiblement à Genève , laissant après lui presque toute VSurope en feu, et emportant la c^nfialicè que ses doctrines survivraient aux
persécutions de Tavenir Quel coutiaste entre fe lit de mort d*un noyatear qui rend en paix le dernier soupir, en invoquant un dieu de miféricorile, et ses disciple» et ses ennemis cpri
s'égorgent pour leurs croyances !
La mère de Charles IX, femme intrigante, cruelle , incrédule , qui ne désirait que les orages populaires ^ pour reconnaître les forces desprotestants dans les provinces ^ et les dispositions des esprits, parcourat plusieurs parties de la France , accompagnée de son fils , faible enfant,, déjà initié à de criminels projets, et dont la vie devait finir dans les remords. En revenant de Bayonne, elle visita TAngoumMS, où une députation. du pays se plai^it à elle de la cruauté et des exactions des Chefii miUtaires du pays.. Cette députation était venue la trouver à Augoulême, où elle lui Ait présentée par le Maire, François De Lacombe **• Ce voyage, qui n'avait pour but que de seconder les catholiques , sons prétexte de les réconcilier , ne fit point taire les partis « et les protestants ne perdirent pas l'espérance de voir leur culte établi autrement que
«es.
làTODËS UlSTOaiQUES
par le bon plaisir cUnnè cour perfide et licen* cieuse. Ils cherchèrent donc à se fortiher, soû pour se défendre , «oit pour attaquer, en réunis» sant des troupes dans TAngoumois sous le cooormandement de François de La Rochefoucauld, et de François de La Noue , dont la probité faisait l'admiration des catholiques
Âlors fiit convocpié à Verteuil le sixième synode national **. L'article xiv, sur les a£faires générales, fut ainsi rédigé : « Ceux qui falsifie- » ront , déguiseront ou corrompront leurs marn chandisès , suivant la coutume du pays^ comme n font en Poitou les tireurs de drap, seront n avertis par le consistoire, de n'user plus de telles n tromperies. » On y adopta aussi une décision sur certains cas de conscience ^ proposée déjà à Calvin. Au moins, la morale publique y fiit mise à l'abri des erreurs du fanatisme ; on n'y signala le mal social que pour chercher à le corriger: ainsi le protestantisme , qui d'abord ne s'était adressé qu'à l'intelligence des Grands , se rapprochait davantage du catholicisme^ en formulant pour le peuple des principes de morale so-
* iS67.
** Att mois de «epiembre de la même année.
SUR I.*JKG0U1IDIS. «63
ciale. L ai ticle vi fait mention d^m nommé Chevalier, vicaire de Chasuors, comme iliisanl des fonctions ecclésiastiques un honteux trafic. Cependant, nulle part la haine des deui partis n'était envenimée comme dans TAngoumois; tous les jours, chaque bourgade, chaque village voyait passer des troupes d'hommes armés qui' campaient la nuit dans les châteaux les pTus foi*ts. On eût dit qu'on était encore à cette triste époque de notre histoire où les détachements Anglais parcouraient le pays dans tous les sens. Celle même année , Montluc , en se retirant de la Saintonge , vint dans l'Arrondissement de Cognac, et prit position au château d'Ars. Le Roi de Navarre et sa femme traversèrent aussi le pays en se rendant à La Rochelle, et arrêtèrent quelques jours à Archiac pour y attendre le Prince de Condé, qui se réunit à eux, après avoir fait lé siège de Cognac , dont il s'empara '^^
Les dem partis devenaient de plus en plua acharnés. Leurs armées, souvent disséminées
dans toutes les parties de la France « se cherchaient pour se combattre, ou s'évitaient pour
aller cliercher ailleurs une \ictoiie plus facile»
* Aoùl 1568.
M ÉTUDES BISTORIQIŒS
Alors les protestante, maîtres de tout le Poitou, songèrent à s'emparer d'Angouléme pour commander de là à tout le pays voisin. Ainsi, le Comte De Montgommery et d'Andelot partirent de Niort pour investir cette ville et empêcher les vivres d'y arriver^ en attendant le moment de l'attaque de vive force, comme aussi pour arrêter les secours que Montluc y envoyait. Leurs troupes marchèrent toute la nuit. Un détachement commandé par Piles se rendit maître par capitulation de Ghâteauneuf, où se trouvait une laible garnison de catholiques, et le lendemain, les ennemis parurent le matin sous les remparts d'Angouléme ^ Le Marquis de Mézières y commandait ' alors avec La Châtaigneraie^ D'Argcucc, etL'Abergemont, iiU naturel de la maison de Ruffec. La garnison ne se composait que de quatre cents soldats, dont les Chefs ranimaient le courage par de vives exhortations. Les protestants, ayant placé leur artillerie au-dessous du Parc , s ou** vrirent une brèche, montèrent à Tassant, d'où ils furent cependant vigoureusement repoussés. Ils étaient sur le point de quitter cette place, pour aller au-devant des troupes conduites par Dacier,
* lioTenibre I56S.
lorsqu'un deâ habifants de la ville, sorti secrë«i tement d'un autre côté , vint leur dire que la garnison perdait courage , et qu'elle se rendrait & un second assaut. Alors Montgommery , qui , dans la première attaque, avait laissé derrière lui les cadavres de plusieurs des siens, profitant de cet avis , changea de position , et l'artillerie fut placée du coté de TAbbaye de Sainte-Claire. Des canons furent aussi portés dans le clocher de réglise de Saint- Auzonne , d'où ils tiraient sur le rempart , dont une partie s'écroula ^ mais les assièges y firent aussitôt les réparations nécessaires. Cependant , le canon continuait de battre du même c6té; une partie de l'église des Corde» liers était ruinée, etîa garnison perdait courage, lorsqu'un Chef protestant demande à être introduit dans la place. Questionné par le Marquis de Méxières sur ses projets , il répond qu'il veut en faire sortir deux, de ses neveux, pour éviter qu'ils ne soient massacres par les assiégeanOr victorieux, qui étaient bien résolus de prendre la ville , n'ayaùt rien à craindre de l'armée catholique ^ trop éloignée pour secourir la garnison assiégée. Ces paroles firent impression sur la multitude, qui parla de se rendre. Alors > les catholiques demandèrent à capituler avec la condition que les seigneurs de leur parti sorti*^
m ÉTUDES ffiSTOftlQUES
raient librement de la place avec armes et bagages, les gentikhommes ayec leurs chevaux^ et les aatres avec leurs épées. Ainsi, la ville d'Angoulcoie tomba encore une seconde fois au pouvoir des
protestants
L'amiral De Coligny, présent à la capitulation, en exécuta tidèlement tous les articles. Il se montra même sévère envers ceux des Chefi de son armée qui outre-passèrent ses ordres* L'un d^eux , le capitaine Pluviaut , étant entré dans la ville ^ la veille de la reddition, avec quelques hommes de son régiment, pour s'approprier les chevaux des catholiques , TÂmiral le réprimanda publiquement.
Cependant, quelques historiens ont prétendu
que des crimes odieux furent commis par les protestants maîtres de la ville. Michel Grellet, gardien des Gordeliers , fut pendu à un arbre , dans le jardin des Dominicains , au milieu d'une foule immense venue de toutes les parties de la ville. La sincérité de sa foi fit de lui un martjrr^ il dit à Coligny : « Amiral , vous combattez ,
* ffiitoinde Fraoce, s tqI. éditée 15Si.->I>'Aiibisiié, iiist. ooiTer-' feDe.
» et peut-être ne savez-vous pas pourc^uoi. Vous -M prenez un prétexte de religion , laissant celle w en laquelle tous avez été baptisé. Vous me » voyez, par votre ordonnance, sur le point de HT finir mes fours ; j'espère être aujourd'hui avec » les anges de Dieu^ mais pour vous montrer » que vous errez « vous qui avez laissé la vraie » ^ligion et pure doctrine, procédée des apo- » très et de leurs disciples jusqu'à nous. Je prie » Dieu, devant le tribunal duquel j'assiste, m'ef- » facer du livre de vie , pour me damner , si » la religion que vous suivez et la doctrine que » vous maintenez avec tant de cruauté n'est » très-fausse , très-méchante et très-malheu- I» rcuse. Je sais bien que votre cœur,, préoccupé » d'autres choses, n'est capable de ma protesta- » tion, mais vous expérimenterez- leffet de ce » que je vous prédis, car vous serez, comme » Jézabel, jeté par une fenêtre, et serez tramé » fort ignominieusement; ainsi finirez vos jours.» Fatale prédiction qu'accomplit la vengeance des catholiques I Les mêmes historiens citent encore plusieurs autres victimes de la même époque : Pierre Bonnean , docteur en théologie , fiit traîné ignominieusement du côté de Beaulieu , où , après avoir employé les promesses et les menaces pour lui faire renier sa religion , on le pendit à
ses tiniDES mSTORIQUES
un pommier. Son cadayre y resta suspendu le reste du jour j mais, à la faveur de la Unit, de pienses femmes Tenlevèrent et lui donnèrent la. sépulture. Jean-Amauld périt aussi dans les tourments les plus atroces ; et la veuve du lieutrnant-crimînel d'Angoulême, âgée de soixante ans, fut traînée dans les rues, ailachée à la queue d'un cheval *. Ainsi , les deux partis usaient tour à tour de sanglantes représailles.
Quelques détachements des protestants n'eurent pas le même suceès dans d'autres contrées de TAngoumois. Peu auparavant, l'armée catholique, conduite par Brissac, venait au secours d'Angoulême, lorsque, suivant le cours de la Vienne, ce Chef apprit que Puy vidai entrait dans Confolens avec un nombreux détachement.
Il laisse reposer ses troupes, et après avoir mar** ché une partie de la nuit, il arrive dans la ville à la pointe du jour, surprend les protestants endormis, et en fait un affreux massacre**. L'armée catholique se logea dans la ville; mais quand elle en fut partie , plusieurs autres Chefs protestants
* Aimalet éoê frère» Vumin» Twlowet IMmoi^ V. MbiaudM.
Septenbfe ISSS.
sua L'ANGOUHOIS. 969
rÂngoumois et du Poitou, s'y étaat réunis^ s'y procurèrent quelques pièces d'artillerie, des
armes et des munitions, et partirent ensuite pour aller faire le siège du Dorât Dans le même temps, le Prince de Condé était li Aubeterre avec uu autre détachement, qui, en étant parti, battit les troupes royales près de Poitiers.
Au mois d'octobre de la même année ^ le Koi de Navarre et le Prince de Gondé vinrent à Angoulême pour se concerter avec les Chefs de hi ville sur les événements ultérieurs. Leur présence contribua h retenir la fureur des protestants, qui traitaient tous les catholiques en ennemis. Âpres le départ des deux Princes , Angouléme devint •encore le théâtre de toute sorte d'excès. On fit endurer aux ecclésiastiques les plus affreux supplices ; on ne respecta ni les rangs , ni l'âge , ni le sexe. Les protestants se portèrent ensuite dans la cathédrale ; ils fouillèrent de nouveau les tombeaux, déterrèrent le cadavre déjà mutilé du Comte Jean, et en dispersèrent les lambeaux sur le pavé de l'église. Ils démolirent des pans de murailles ; renversèrent les chapelles et une partie des voûtes^ ruinèrent et incendièrent le ma-
* Décembra 1568.
S70 ÉTUDES fllSTOftlQUES
gnîfique clocher existant alors sur la cathédrale, et beaucoup plui élevé que celui d'aujourd'hui, et qui lui était parallèle Cette masse énorme fit de grands ravages dam sa chute , en entrainant avec elle les voûtes de l'église de Saint- Jean. Le Duc de Montpensier se hâtait cepencbnt de Tenir au secours des catholiques ainsi maltraités; quand il apprit que cette ville était au pouvoir des protestants, il tourna ses armes d'un autre coté. Les confédérés s'étant de nouveau emparés de Confolens, il les surprit avec un délachcment de son armée, le même jour que D'Acier surprit le château d'Aubeterre. L'amiral De Colîgny était alors à Chalais^ où D'Acier vint le joindre"^. Ainsi se prolongeait la guerre sans succès décisifs pour l'un ou pour l'autre des deux partis : le moment approchait où l'Angoumois devait être témoin d'un combat dont le souvenir vit encore*
Un hiver rigoureux avait fait cesser les mouvements des deux armées*^. Long-temps privées des choses le plus nécessaires, dans les garnisons qu'elles s'étaient choisies après la bataille de
* Notice sur la cathédrale, par M. Castaigoc. D'Aiibigné. — De Thou.
ises.
SUR L'ANGOOHOIS. f71
Saint-Denis , elles furent décimées par de nombreuses maladies qui enleyèrent trois mille hom-* mes au Prince de Gondé, et autant au Duc d'Anjou, frère de Charles IX. A la fin de l'armistice , plutôt forcé que convenu entre les deux partis » l'armée catholique , après avoir reçu plusieurs renforts , pressait de près l'armée protestante , qui, inférieure en nombre, cherchait i éviter toute rencontre. Le Duc d'Anjou, après avoir traversé le Limousin , se porta sur l' Angoumois , vint à Confolcns , ville autrefois fortifiée par d'épaisses murailles et par un château dont il ne reste plus qu'une tour carrée, et de là à Verteuil, d'où il détacha le capitaine Larivière , avec ordre de s'emparer de Jamac , afin d'avoir on lieu où il fût maître du passage de la Charente . Cet ordre fut exécuté. L*armée protestante , disséminée sur divers points, ne put s'y opposer^ mais le Chef catholique , ayant voulu s'appro* cher de Cognac , l'amiral De Coligny se mit à sa poursuite, et le força de s'enfermer dans le château de Jarnac. Ainsi pressé de près et dépourvu de vivres, Larivière fut contraint de se rendre au Chef protestant que TAmiral avait laissé sous les murs du château pour l'observer. A celle nouvelle, leDuc d'Anjou s empara de Rufiec, rà il fit passer cinquante soldats protestants au
m JÈjmis fliSTo&iQCES
fil de Tépce, (;t se dirigea ensuite sur Chfiteauneui \ Le Prince de Gondé , s'étant sùi» également en marche pour s'éloigner de son ennemi, avait pris la route de Cognac^ dans le dessein de passer la Charente à Châteanneuf et de recueillir les troupes de Piles , du Vicomte De Borniquet , de Monclat , de Paulin et de Gordon , qui venaient du Languedoc et d'un autre coté de la Guyenne. Protégé par les diverses places que les protestants occupaient sur la Charente, et maître de tous les passages de cette rivière, Condé espérait ausri attendre l'arrivée du Duc des Deux-Pouts , qui déjà avait passé le Rhin, et venait à grandes )our« nées au secours des protestants . Dix mille hommes lurent détachés de l'armée du Duc d'Anjou pour essayer d'arrêter l'armée étrangère en Lorraine; il ne lui resta plus que cinq mille hommes de cavalerie et dix mille hommes d'infiwterie. Cependant, cette armée était encore plus nombreuse que celle des protestants, qui n'avaient pu réunir dans l'Angoumois que trois mille hommes de cavalerie et neuf mille fantassins.
L'amiral De Coligny, qui avait le commande-^ ment de l'armée protestante , se sentant vivement poursuivi par son ennemi, s'empara de la ville
SUR L'AKGOOMOni m
4e Jaroac i et y ayant laisëé une partie de m troupe» , il te rendit à Châteauneuf, dont 1? château était gardé par soixante soldats prêtestante, ious le commandenient d'un capitaine éiîossaîs. U n'existe plus aujourd'hui de traces de eette antique forteresse, où campa aisouTent l'eiH nemi de la France. Coligny effectua le passage de ses troupes sur Tautre rive, et fit ensuite ai>attre deux arches du pont. Les trois piles , ^ supportaient cette partie, te distinguent encore des autres par rem[Mreinte de quelques eoiipe de mitraille ; ce qui peut antoriter -a penser, contre 1 assertion de quelques historiens, 4|«e le pasaage fut au moins légèrement disputé
eosuite aux catholiques. L ordre fut donne au
Prince de Condé de rester à Jarnac avec le gm de Tarmée; la cavalerie légère campa dans le bourg de ïriac, et l'Amiral se plaça à liassac avec Tavant-garde. Montgonmeri , La Noue et Sotthise devaient surveiller le passage de la Ghi^ rente au pont de Chàteauneuf. Ce dernier poste fiit si mal gardée que les soldats et les Chefs, pensant qu'il n'y avait rien à craindre du cité de la rive droite , et que 1 autre coté serait bien gardé par le capitaine Écossais et par la garnison du château , se dispersèrent çà et là dans les villages voisins et dans les champs. Cet oubli de toute
discipline devait avoir de funestes conséquences pour les protestants.
Le Duc d'Anjou s'avança donc avec son armée 'Vers Châteauneuf; il effiraya tellemenl la gar* nison, quelle se rendit à discrétion. Aussitôt qurès» suivi d'un fort détachement, ii se dirigea &ui Cognac, en suivant la rive gauche de It Charente, laissant au Maréchal De Biron, et^
selon d autres, au Prcsidenl de liiragues, le soin de refaire le pont et d'en construire un autre de bateaux. Le mouvement sur Cognac, alors m .pouvoir des protestants, ne lut exécuté que* pour tromper Tennemi A ton retour» il trouva ie pont réparé, et dans la nuit il fit passer -une partie de son armée de l'autre coté , et le reste le lendemain. Four mieux cacher ce mouvement , il laissa quatre cents hommes de cava* leiie et huit cents fantassins sur la hauteur €pi domine la rive gauche du fleuve, faisant croire ainsi à son ennemi^ campé de l'autre coté dans la plaine, que toute Varmée catholique était encore dans cette position. Celte ruse , en détournant l'attention des protestants sur un autre
^ 'Da lâ au 13 mars.
m L'jkNçouiioxs. m
point, facilita le passage de Tannée royale, lui donna le temps de <e rallier, et de se porter rapidement sur la hauteur vis-à-vis du pont, pour qu'elle pût être protégée par cette position, iielle était attaquée avant que le reste eût effectué sa jonction. Alors, au lever du soleil, la plaine est couverte de régiments catholiques rangés en bon ordre; Tarmée se prosterne devant le Dieu qui donne la victoire, et le Duc d'Anjou, entouré de ses officiers, unit sa prière à celle de ^es soldats* Ainsi commença, par un acte de religion , une journée de massacre et de haine, et dont la fin devait voir un lâche assassinat.
Aussitôt, Coligny, qui occupait tout le pays entre Jamac et Châteauneuf, reconnaît le danger de sa position, à l'aspect de Tannée catholique en ordre de bataille et bien disciplinée. Placé dans le boui|; de Bassac, d'où il observe les mouvements de son ennemi , il cherche à rassembler à la bâte ses détachements dispersés , pour se porter sur Jamac; mais il lui fiiut trois heures pour les rallier. Pendant ce temps-là, les catholiques s'avancent. On distingue à leur tete le Duc de Guise, le Comte de Brissac, le Vicomte de Martigues, les seigneurs de Malicome , de Pompadouv , de Lansac et de Fontaine , qui s'élan-
S76 ÉTUDES mSTORIOOGS
cent dans les bourgs de Bassac et de ïriac , où ils font un horrible carnage de quelques eompa^ies d'infanterie qui leur résistent; près de là était un régiment de cavalerie commandé par le capi» tainc Pluviaut, qui fit sa retraite en désordre vers Jamac , pressé par les catholiques. Il dut son salut au petit ruisseau qui coule près du bourg de Triac, dont les bords étaient assex escarpés pour arrêter Tennemi. Le passage de la cavalerie y fut aussi protégé par mille arquebusiers que TAmiral y avait envoyés sous les ordres de La Noue.
Les catholiques sont arrêtés au bord de ce ruisseau par les efforts réunis des Cheft protestantSj Fontrailles et Languillers : La Noue « surnommé Broè^e^fer^ el1>*Andelot partagèrent les dangers et la gloire du combat engagé sur ce point. Ils repoussaient vivement Fennemi , lorsque, débordés parla cavalerie de l'armée royale, arrivée à la hâte, ils furent forcés de se retirer, fiientot ^l'Âmiral rallie les fuyards, et le coalisât s'engage de nouveau. Le succès était incertain^ lorsque le Duc de Montpensicr, suivi de Monsalèsj de Glermont, du marquis De Praslin et de plusieurs autres Chefs de distinction, arrive arec une kpiSaxit foret de lances , porte la
SUSi L'ABifiOUMOIS. aST
terreur et le désorcU^e dans les rangs des protestaots» CoUgny , voyant l'impotsibilke de ré«> ttster^ demande au Prinee de Coude, qui était encore & Jamac, de lui onToyer.des secours.^ et dans son impatience il se dirige vers lui à toute brkLe« Cet éloignement momentané de TAmirai contribua beaucoup à faciliter la victoire des catholiqjoes.
Cependant, le Prince de Condé arrive à toute liite , non avec le veste de Vannée , mak avec quatre eents gentilshommes, parmi lesquels on distinguait les Comtes de La Rochefoucauld , De Montgommery , De Choisy « le Baron De Mon* . tendre, le Marquis De Rosny» et plusieurs autres,, tant de PAngoumois que des provinces voisines, espérant étonner l'ennemi par une chaige im-» pétueuse^ et persuade qu'il serait bientôt soutenu par six mille hommes d'infanteriei qui arri^ raient après lui de Jarnac. Le Prince, portant an bras en écharpe , suite d'une chute faite la veiHe, range son armée en bataille, et exhorte ceuK qui peuvent Pentendre à chexdier une mort Iionorable au milieu des rangs ennemis. Comme ti parcourait les rangs , le cheval du Comte de La Rochefoucauld se cabre , et lui fracasse une jsmbe ; néanmoins, ne perdant rien de son
S7S ËTUDES BISTORIQOES
courage, comervant toujours, malgré la vive douleur qu'il restent , une impassibilité héroïque, 3 dit froidement ; « Vous voyez combien un cheval » fougueux est dangereux un jour de bataille ! » Puis s'adressant aux soldats, il leur dit : «Cet n accident ne me retardera point : c'est, le bras )) en écbarpe et la jambe cassée, que je vais n vous conduire à travers les bataillons ennemîi! » Voyez , mes compagnons , combien je compte n sur TOUS ; tout mutilé cpie je suis , f ai asses » de force, puisque j'ai le même courage, et » que le votre le secondera. » Il tourne les ymi, voit à ses côtés son neveu et son fils qui veulent partager ses dangers : « Non, mes enfants, leur w dit le héros, qui, le front soucieux, semblait, » dans ce moment décisif, prévoir son triste ave* » nir; Parmée peut aujourd'hui perdre son Chef, M c'est vous qui le remplacerez , et me vengerez!.. » Il dit, et s'élarnce sur l'ennemi; tout cède à <sa valeur. Il enfonce les escadrons du Duc de Guise et du Comte de Brissac. En dupersant ainsi la cavalerie ennemie , Gondé a perdu un grand nombre des tienf , et acheté une victoire momentanée au prix d'une défaite prochaine. Coligny, engagé dNin autre côté , ne peut venir au secours du Prince , et les renforts attendus de Jamac n'arrivent pas.
WSi L AKGOUMOIS. m
Cependant , le Duc d'Anjou vient de faire passer la Charente au reste de son armée , et 8 avance rapidement, suivi des Comtes De Tavanes, De Bassompierre et De Tende. Deu3C.miUe cavaliers et trois mille fantassins maichciit soiu ses ordres, et après s être ralliés à Guise « Bdssac et Martigues , tous ensemble attaquent l'armée protestante avec une fureur d'autant plus grande qa'ib comptaient sur leurs forces. Maia,.. au milieu de la mêlée , leur principal liut est d^entourer le Prince de Condé, qui, faisant tou^ jours des prodiges de valeur , n'hésite pas quoiqu'il n'ait autour de lui que trois cents gentilskommes , à s'élancer sur huit cents hommes armés de lances. Le ckeYal qu'il monte tombe sous lui percé de coups* £n attendant qa on loi en amène un autre j comme il ne pouvait se relever à cause de ses blessures et du poids de ses armes, il combat encore, woc genou en terre. Alors, eut lieu de la part d'un vieux gentilhomme protestant, nommé Lavei|pM»-De- Tressan , un dévouement digne des éloges de la postérité Celui-KÛ, voyant le danger du Prince,, vole vers lui , suivi de vingt-cinq jeunes guerriers , tous ses iils Qu ses neveux , le couvre de
280 ÉTUDES filSTOftlQfXS
fon eorps , écarte les ennemis , jusqu'à ce qu'iF tombe mort sur les cadavres de quinze des jeu* ne» héros de sa fiunille. Condé, pereé de coups, respirait encore ; mais voyant Pimpossibilité de se relever , et sa troupe mise en fuite , il promiène us regard triste et morne autour de lui. il aperçoit , dans les rangs des catholiques , D'Ârgence, autrefois son ami, et qui avait servi •otti ses ordres ; il l'appelle , lève la visière de son casque, et lui présente sou gantelet, comme gage de sa foi. 9'Argenee accepte la soumission du Prince, reçoit son cpée avec respect, jure de défendre sa vie , le relève et le conduit sous un arbre pour lui faire donner des secours. Mais^ Tordre avait été donné aux catholiques de tuer le Prince partout où ils le trouveraient. Le même jour , après avoir assisté à une prière publique , le digne frère de Charles iX avait commandé- Fassassinat de son ennemi. Dans ce moment, Montesquieu , capitaine des gardes Suisses du Duc d'Anjou, accourt comme la bete féroce qui sent de loin sa proie , reconnaît le Prince de Condé : « Tue , tue ! » s'écrie-t-il , et lui casse la téte d'un coup de pistdlet.
Long-temps après , une colonne fut élevée où mourut Condé : sur une plaque de marbre était
sua L'AH^mtois* asi le nom du Prince et la date de cette hataîUe. La coianne existe encore , placée sur le chemin entre Triac et Baeiac } mais k pbqae a été bii- •ée» Nos modemes Vandales ne revêtent plus les monuments du passé : on dirait qu'ils rou-^ gissent de la gleire de nos pères^^ et qu'ils croient
efiaccr tous les souvenirs des grandes actions et des nobles infortunes. Encore quelques jours donnés à cette soif de destruction , et il ne res-^ tera plus de traces des générations qui nous ont précédés. Nos enfiuits ne connaitronC le Moyen* Age , ce temps si riche de souvenirs, que par quelques récits historiques y leurs yeux ne se re« poseriMit pas même sur une mine , et ik ne sen« tiront pas leur enthousiasme grandir de toutes les idées d'un autre temps, en présence des lieux ou se seront passés les grands drames de notre bis-^ toire. La France , moins heureuse que la Grèce, même asservie , n'aura pas de débris poor Thiatoire et de leçons monumentales. Eh quoi ! lea vieux temples où priaient nos pères , les vieilles fortifications où se cachait la féodalité , les anti^ ques masures où se retirait le peuple du vieux temps , pour résister à l'invasion étrangère y n'ont^ils pas leur gloire, comme le débris du temple d'une divinité payenne , comme le pan de mur d'un palais Romain ? Et cependant ,
Mr ËTODBSITCORIQinB
tous les jours, on détruit les portes de nos^vilksj les ^vieilles église» de campagne s'écrouleal ; on* ne respecte pas même les tombeaux \ on livre an Tent la cendre des morts , et la pierre antique , qui fut leur dernier asyle , est mutilée pour servir à édifier les maisons des hommes insouciants de notre siècle !
La mort du Prince de Gondé , plus que la
perte de cette bataille, à laquelle aâ^isla Henri IV,
personnes de distinction des deux partis , porta un coup terrible aux protestants. Cependant, la yictoire n'eut pas tout le succès que pouvaient en retirer les catholiques ; car Tamiral De Coligny conserva une partie du champ de bataille, et sauva , dans la retraite , les six mille hommes d'infanterie qui étaient restés àJarnac, et qui devinrent le noyau d'une autre armée. Arrivé à Jamac , il passa plromptement la rivière , et rompit le pont, qui n'a pas été rebâti depuis * ; on en voit encore quelques restes. Les protestants fuysdent dans le plus grand désordre ; ce qui fiit cause qu'ils ne furent pas poursuivis. Bientôt , une partie de Tinfiinterie et les débris de
la cavalerie arrivèrent à Cognac avec la Reine de Navarre , suivie du jeune Prince de Béarn et do fib aîné du Prince de Gondé Cette Prin« cesse courageuse , qui n'avait de femme que le sexe , l'esprit poissant aux affaires, le cœur in« TÎnciblé aux adversités , présenta son fils aux pro« testants , et traversa leurs rangs en leur disant : « Voici « mes amis, deux nouveaux Ghefr que » Dieu vous donne , et deux orphelins que je » vous confie ! » Le même jour , la cavalerie prit sa route sur Saint«-Jean-d'Angcly , sous la conduite de Goligny , qui rallia les fuyards au pont de Saint-Sulpîce, à une lieue de Gognac
Les catholiques , fiers de la victoire remportée sur les protestants , envoyèrent au Pape Les drapeaux pris sur le champ de bataille. Si le Prince de TÉglise se i^appela qu ils ctaicnt teints du sang d'un Prince assassiné, il dut déplorer le fanatisme de sa propre cause. Le même foor , Robert-Stuart , le meurtrier du Gonnétable De Montmorenci, fut pris et tué à coups depoigimrd. A minuit, le Duc d'Anjou fit chanter un Te- JDeum dans la ville de Jamac, au rapport de
* Mémoim de SoOy , tome f .
D'AubisDé;
2ë4 ÉILDLS mSTOftIQLËS
^idqttes hUtorient; mais nelon d'autres , il ne put pas s'en rendre maître (4 1). Il ne se contenta pas de se réjouir ; il insulta au cadavre de Condé, en le faisant attacker par dérision sur une vieille ânesse ; Teiposa aux railleries de la soldatesque y en le laissant, tout le jour, sous une galerie e&té-r rieure du château. Ce ne (ut que sur les remontrances de Garnavailet, son ancien gouverneur , que ce Prince cruel consentit à rendre le cadavre de Condé au Due De Longueville, son beau* frère.
Deux jours après, le Duc d'Anjou, informé qu'une partie de l'infanterie ennemie s'était retirée k Cognac , se présenta devant cette ville avec toute son armée et son artillerie , et la £t sommer de se rendre. Les protestants, ainsi poursuivis , n'ayant d'espoir que dans leur coa<» rage , donnèrent le commandement d'une partie des troupes au capitaine Pluviant , qui se porta à hi rencontre de l'ennemi, hors de la porte Angoumoisine^ et, par une attaque impétueuse , le força à se diriger du cèté du Petit-Parc , où se trouvait embusquée une nombreuse iiiianterie, qui fit sur les catholiques des décharges d'artillerie par les embrasures et les brèches pratiquées aux murailles. Cependant, le Duc
SLR L ANGOUMOIS. i85
Anjou, confiant dans tes forces, «^afiptocha encore de la Tille > conthnia de battre les remparts sur divers points ; mais à Tapproche de la nuit, il prit le parti de se retirer, après avoir perdu un grand nombre des siens cl deux drapeaux. Malheureusement les historiens de cette époque ne nous i»nt pas transmb d'antres détails sur ce siège : nous savons seulement que la ville Ait défendue par sept mille hommes d'in*
L'armée catholique, en partant de Cognac, se rendit sous les murs d'AngonUme , oà die
eut aussi peu de succès, malgré les inteUigen?» ces qu'elle avait dans la place. Montgwuneri, en quittant le champ de bataille de Jamac, s'y était dirigé avec un détachement, et y avait fait son entrée , quoique vivement poursuivi par les catholique.H. Dans cette retraite précipitée, une de ses compagnies fut détruite à Segonzac par me division de Tannée caUioKque commandée par le Comte De Brissac. En partant d'Angouléme , le Duc d'Anjou gagna le Périgord, et passa par Aùbeterre **, Comme cette ville était occo-
* D'Aubigné.
** De Thou. — Mézerai. — O Aubif né.
iôti ETUDES HISTORIQUES
pée par une £ûble garnison protestante , il la fit
battre pendant quelques jours par son artillerie, et s'en rendit maître par composition.
Le souvenir de la bataille de Jarnac a l%uc aux lieux où elle fut livrée une certaine célébrité; l'étranger, <|ui parcourt cette plaine immense « croit encore y voir des guerriers s'y heurter de front, et se disputer au milieu du carnage une victoire dilBicile : l'ombre de Gondé y est encore debout avec toute sa gloire et son noble entliousiasme. Le laboureur y trouve les restes des guerriers tombes victimes du fanatisme et des factions. Les rêves de Timagination y grandissent le passé, et les plaines de Jarnac apparaissent comme le théâtre de la gloire Française ^ mais l'écrivain , qui ne cherche que la vérité de l'histoire , la réalité du drame, laisse de coté le merveilleux j saisit la vérité comme la lui montrent les chroniques du temps , se contente seulement de poser les laits et de les juger comme des enseignements historiques. Les protestants laissèrent les cadavres de quatre cents des leurs dans cette plaine ; les catholiques n'y perdireut que deux cents hommes.
La bataille de Jarnac ne fut qu'un brillant
8CR L'ARGOUHOIS. S8T
tournoi, où les deux partis, après s'être juré une haine éternelle, Toulaient triompher dans le sang Pun de Tantre. On n'y vit point cette véritable tactique militaire qui assure la victoire au général 4e plus habile; ce ne fat qn'une rencontre, ou les deux partis, comme pris à l'improviste , ne pouvant plus s'éviter, furent forcés de •combattre. On irit figurer dans les deux camps les personnages les plus marquants de rcpo([ue, pris dans les rangs de la Noblesse : des deux cotés, l'ardenr de la vengeance; mais nulle part l'amour de la patrie. La nation n'y ctait point sous les armes pour disputer par sa valeur les intérêts de tous. Point de patriotisme dans les rangs; les nobles étaient là seulement pour satisfaire des haines personnelles. Un seul y périt noblement en défendant son Prince, et Phistoire a' presque oublié son nom , tandis que celui de l'assassin Montesquiou vit encore.
La lutte fut acharnée quand les rivaux se rcn- -contrèrent; elle devait Pêtre, puisque la défaite d'un parti devait laisser à l'autre les emplois à la coinr, les dignités, les privilèges, en un mot , tous les honneurs qui peuvent suivre Porgueil de la naissance et de la fortune. Mais si le peu-
M «m» HUTOtiQUBS
pie souffrit de ces discordes civiles, le peuple apprit aussi à estimer les Grands à leur juste valeur, et à te servir pi» tard de sa force morale et de sa force phvsicjue, pour conquérir ses droits sur cette même Noblesse qu'il avait vue «i souv^t combattre en ehamp-des. La bataille de Jarnac offrit cette particularité assez remarquable , qu'on vit dans les rangs des deux partis trois Prince* du sang qui se disputaient le pou* voir, et qui tous trois périrent de mort violente aous le poignard de la même osoyanoe. Gondé meurt frappé par la main d*ttn catholique; le dernier des Valois tombe sous les coups d'un moine, et. Henri, qui monta après lui sur le tr6n6, meurt lui aussi frappe par la main d'un Gh are n tais ^ à qui le fanatisme religieux avait inspiré ses ftireun. Goligny , ce forme soutien de la reli^on protestante, et que des vertus et des cheveux biancs rendaient recommandable , fut aussi victime d'un lâche assassinat, et l'insulte faite à sa dépouille mortelle devait donner la mesure des vertus de la race dea Valois. Gomme si l'avenir eut touIu fournir une eiqiifttion à ses cendres , dans les mêmes lieux où sa valeur fut inhabile à venger le malheureux Goa* dé, tes champs de l'Angoumois furent témoins de la mort de son assassin •
8UR L'ANQOUHOIS. 380
Pendant tonte l'année suivante les deui
années se poursuivirent et en vinrent souvent aux maint. Une partie de celle des protestant! , après s'être réunie à Gonfolens , se dirigea du coté de Chabanais, où commandait le capitaine Laplanehe avec une £iiUe garnison ^'^t Cependant» résolu k se défendre jusqu'au dernier moment , en attendant d'être secouru par Montluc, ce Chef intrépide se décida à ruin^ une partie du château , qu'il ne pouvait conserver, à cause du petit nombre de ses soldats pour le défendre ^ une partie fut ainsi par lui livrée aux flammes* Les protestants placèrent leurs canons sous la halle, en face du château, et les dirigèrent contre la tour de Rochechouart, dont les murailles eiistent encore , et semblent n'avoir pas été réparées depuis cette époc[ue. Après une vive résistance, une brèche fut ouverte; les protestants s'avancèrent , montèrent k l'assaut et mas-
* 1569. — «D'Aiibigné. — Le U»», déc. de dée.
Ghabuab, andanne principtiité possédée eo 4S16 jpv SioMNi de EodwdMNMrt, Sieur De Toimaj-Chafeiile. ieenne de RodiedMiuM Fifiit epporlée en «ttriafe dam b naieen de Thooan : Culieriiie de TluMian la donna» ea i4flO, à leaa Oe Vendéne, doai le 11» , Jean m, prenait le titre de Prinee de GkalMiiaia. Ed IBSO elle fnt Yeodiie à Joachîai De Moeieaqaîoii : en 178S elle état poaaédée à litre de «Mnpniat. (Méiwnrea de H. De Bevlainvillieii ).
890 ËTUDES fiLSTORIQUES
sacrèreni la gamiton, qui, ayeuglée par la fumée
de l'incendie poussée par le vent, ne put se porter vers le côté attaqué Dans le même tempa^ les protestants étaient encore maîtres de Cognac. Le capitaine Tors, qui commandait dans cette ville , ne se laissa point intimider à la nouvelle de la prise de Saint-Jean-d'Angély par les catholiques. Un envoyé se présente à lui avec une lettre de Sa Majesté , et le somme de livrer la place. Le vieux capitaine rend la lettre ^ en disant qu'il ne savait ni lire ni écrire, et que ses compagnons avaient cœurs et mains, et poitU itoreiUes. Après cette réponse, deux régiments de cavalerie de Tarmée des catholiques , commandés par La Valette et La Vauguyon, suivis de deux autres régiments d'infimterie , marché*
rent sur Cognac. V cett(î nouvelle, les protestants sortirent de leur^ remparts, marchèrent à leur rencontre, et arrêtèrent Tennemi ait pont de Javresac, où ils le tinrent en échec pendant deux jours. L'attaque et la résistance continuaient avec le même courage des deux cAtés, lorsque le gouverneur d'Angoulême , inibrmc, pendaut ce temps-là, du danger que courait la ville de Cognac I voulut y diriger une partie des forces
-* 6 juiUAt 1869.
dont il pouvait disposer; mais la garnison s'y
refusa, on ne sait trop par quel motif. Alors, il eut recours à ce stratagème qui lui réussit. U fit fermer les portes de bonne heure, et feignit , pour le jour suivant, une attaque sur un autre point; L'amour^ropre aiguillonna le cou* rage^ les soldats, la veille révoltés, demandé* lént, le lendemain, à suim leur Chef, croyant aller à Tassaut de toute autre Tille En effet, quand la nuit Ait venue, le gouverneur d'Angott* léme fit sortir une partie de la garnison , et la OHidnisit à son insu sous les murs de Cognac. Les soldats ne connurent pas leur poMtion, parce qu'ils arrivèrent avant le jour. Une partie esca* lada les remparts sans trouver de résistance^ et , croyant avoir surpris les habitants , se hata d'ouvrir les portes an reste du détachement. Ils ne reconnurent leur erreur que lorsque , rangés en ordre sur la phce publique, ils virent qu'ib n'étaient l'objet d'aucune disposition hostile de la part de la population. Alors, ils n'osèrent pas revenir sur leurs pas, et contribuèrent à défendre la ville contre les catholiques qui furent contraints de se retirer
* D'inUgoé.
GaUdneau, { Memoiif»). — J>'Aiibigiié. Voyei la note IS«.
Cependant, la haine des deux partis sémbla devoir s éteindre après tant de calamitcs publiques^ a la suite du traité ipii donna pour ga* rantie aux protestants la ville de Cognac * ^ que Condé et le Roi de Navarre s'obligèrent par serment à rendre deux ans après. Alors, l'Angoumoit vit passer sans crainte Tarmée des protestants, qui , quittant les places occupées par eux depuis long-temps , se rendaient à La Kochelle. Le peuple, sur qui pesaient tous les désastres de la guerre > crut voir la fin de ses malheurs dans une longue paix. Mais les passions ianatiques en avaient décidé autrement; le drame sanglant de la Saint-Barthélemi mit lin à ce calme apparent.
Lorsque Henri lU fiit monté sur le troue ,
les factions se ranimèrent encore à l'instigation des Guise, famille puissante, qui joua l'autorité royale au même jeu que ses passions ambitieuses* L'Angoumois ne demeura pas étranger au mouvement des partis ennemis. Le château de Bouteville fut encore une des premières positions occupées par les protestants de ce pays. Fiers de voir le Duc d'Âlençon ,
SUH L'AHGOOMOiS. m
irère du Hoi, prendre leur parti , iU se réu* nirent pendant la nuit du carnaval , s'avancèrent silencieusement au milieu des ténèbres, et esealadèrent le» murs, pendant que la garnison se livrait à la joie''. Les catholiques, pris ainsi à Ftmjmviste, fupent •Uigét de te rendre, après me ùihh résistance. Ainsi , ce view manoir des temps féodaux^ n souyent témoin des passions politiques et de la rivalité de l'Angleterre et de la France , vit de nouveau couler le sang Français. Tout le pays était encore sous les armes , lorsque le Duc d'Alençon se déclara le partisan des protestants, plutôt poussé par l'anH bition que par un attachement sincère à leur» croyances; en effet, la cour ouvrit des négociations avec ce Prince, le fit changer de résolution,. et pour garantie de l'exécution des promesses qui lui lurent faites, Henri 111 lui accorda la ville d'Angouleme et quelques autres. Mais l'autorité du Roi était si faible , qu'elle était souvent mcconnue par ses propres partisans : aussi, le gouverneur d'Angouléme refusa de livrer cette place et le Duc obtint en échange la ville de
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