‹ Etude historique sur l'AngoumoisChapitre 7 sur 30 · STS · texte numérisé non relu

STS

M4 £TUD£S HISTOaiQUES

Saînt-Jean-D'Angcly^ el celle de Cognac, qu'il

ût occuper par un Chef nommé Bateresse.

Alors eut Heu une trêve que ne sanctionna point la bonne foi de la faction des Guise, et pendant laquelle fiesme , le même qui , à la Saiat- Barthélemi , avait assassiné Famiral De Coligny , revenant d'Espagne, où 1 avait envoyé le Duc de Guise , fiit arrêté près de Jamac par un détachement de la garnison du château de Bouteville> où commandait encore le capitaine Berthoville. Prévoyant le sort qui l'attendait, l'assassin du grand homme offrit de l'or pour sa rançon , et promit de faire rendre la liberté à plusieurs protestants détenus par les catholiques. Toutes ces promenés forent inutiles; comment croire d'ailleurs à la parole d'un tel homme ? Cependant Berthoville , soit qu'il craignît des repré^ sailles, soit «pi'il ne voulât pas publiquement se couvrir de la honte d'un assassinat, contint sa foreur, ou plutôt, la dissimula. Un soldat , par ses ordres, conseille secrètement à Besme de se sauver pendant la nuit, et s'oôre pour lui en faciliter les moyens. En effet, la nuit couvre de son ombre les vieilles tours du château , le silence règne dans la plaine, et le soldat conduit Besme dans un chemin détourné pour lui faire

Smi.L'ARGOUlfOIS. WS^

gagnar le» champs; mut à peine vient-il deleipiitp ter et de recevoir peutretre de Tor pour récompense, que Besme- tomke^ an milieu d'un^ groupe de soldats qui l'attendaient , et reçoit la. mort *. Ainsi s'altadia aox mur» féodaux de fiouteviUe un souvenir sanglant de plus« Cependant , à cette nouvelle , le Baron de Ruffee, qui commandait à Augoulème }>our les catholique» y fit dwioder le corps de Besme j et le fit entmer dans cette ville (15).

L'année suivante vit se former la ligue, cette vaste conspiration du fanatisme et de l'ambition^- • qui bientôt diminua la puissance royale. Redoutant se» entreprises , la cour convoqua les États de Blois ^ et crut ne pouvoir diminuer l'influence de ses nouveaux ennemis qu en faisant assassiner le Duc de Guise. Mais en même temps, le Roi rétracta les promesses faites aux prolestants , qui aussitôt se répandirent dans les pro- Tiûce. etyorgaai.èrentleur.iorc«. Alor.,kiUi de Navarre appela aux armes ses partisans dans TAngoumois et dans les environs **. Dans le aieme temps, le Ouc de Mayenne obtint le com-^

♦ tS77.

An moU de ISfrier 4e Ii ukuo années

996 ËTWES HISSaaiaDBS

mandement d'une partie de l'armée catholique en Angonmois , et vint ounper à Bouteville , dont il se rendît maître; il n en partit ensuite que pour te porter sur La Rochdle ^ oè s'étaient retirés les protestants*. Irrité contre quelques ecclésiastiques de 1 Angoumois» qui montraient, selon lui, quelque tolérance pour les prolestants, ce Chef fanatique, pour les punir, les força de baptiser les cochons, les moutons et lea veaux, et de leur donner les noms propres de carpes ou de brochets. Infâme dérision que ne peut justifier Taveugle fanatisme d'un partisan ambitieux de la ligue! Bientôt après, parut un édit de pacitication qui fit cesser les hostilités Quelques années s'écoulèrent ainsi sans que les deux partis songeassent à s'attaquer ; mais leur réconciliation était loin d'être sincère*

Pendant ce temps-là , la ligue était devenue extrêmement puissante, et menaçait de porter une main hardie sur la couronne , qui, trop faible pour lui résister par elle-même , songea à unir ses intérêts à ceux du Roi de Navarre, occupé à visiter les relîgionnaires , tantôt dans

* B'Aiibîgoé.— De Thon.

^ 11^73 , au mois d'octobre.

SDR L'AROOIiaOlS. MT

l'Angoumois, tantôt dans la Saintonge^. L'armée du Duc de Mayenne revint encore dans ce pays; mais ce général, instruit des projets d'nnion de Henri UI, n'attaqua alors aucune des places occupées par les protestants. Sa présence semblait n^avinr d'autre but que de montrer au Roi de Navarre qui! pouvait le combattre, si celui-ci révisait de faire cause comraniie axec Henri IIL Peu de temps après , il conduisit son armée dans le Périgord, et plus tard, à Bordeaux, pour empêcher que cette ^ille ne tombât au pouvoir des protestants **. Alors , Henri IV était à Bergerac, avec une partie de ses troupes» Sully, voulant se rendre près de lui, traversa une partie de l'Angoumois ; oblige de garder l'incognito pour éviter de tomber entre les mains des ligueurs, après avoir évité les Suisses à Villefagnan, il vint à Marthon, et descendit dans le faubourg St.-Martia; mais ne s'y croyant pas en sûreté , il se relira dans l'intérieur de la place, quelques moments après Le lendemain , à la pointe du jour , il apprit que, pendant la nuit, on avait 6it sauter avec un pétard la porte de l'écurie où Ton crut qu'il

* iSSS.

** 1586, aa mm de mm.

m ÊTUDGS JflSTORIQUES

araît laiité •€§ ckeyaux et ceux de sa soifeir

Malgré ces dispositions hostiles , il était sur le point de se mettre en route , quand un habitant du pays vmt Favertir qu'à quelque distance de là se trouvaient cinquante cavaliers bien armés, qui paraissaient vouloir le prendre. SuUy ne témoigna aucune crainte , mais répondit que, quoiqu'il ne fut pas protestant, il éviterait de tomber dans une embuscade. Alors , pour éclaircir ses doutes sur ce point , il fit habiller un homme de sa suite dans le costume du pays , et qui en parlait Pidiftme patois ^ avec ordre de s'avancer vers le lieu désigné. £n effet , Tenvoyé rencontra les cinquante cavaliers, répondit à lemn^ question» avec une indifférence affectée^ et leur annonça le départ de Sully pour le lendemain. Ceux-ci se retirèrent dans un bouig, à deux lieues de là, avec la résolution de revenir le lendemain dans le même lieu, pour attendre Sully, qui, informé de leur retraite , se remit aussitôt en route et rejoignit le Prince

Cependant, la Keine-mère^ Catherine de Médids , qui avait toujours été Famé des iactions ,

! Hémofres de SsUy, Ut. S. page âlO.

son VÈmûxmm, m

soutenant tantôt la lieruc , tantôt les protestants elleKoi de Navarre, songea sérieusement à mettre ce dernier dans le« intéréit de Henri III; Elle se rendit dans 1 An^oumois, où était le Prince, et eut quelques entrevues avec lui au château de Saint^Brice, près de Cognac , sur h rive droite de la Charente. Le Prince de Condé y accompagna Henri IV, qui, craignant quelque trahiton» se fit escorter par quatre régiments dont 1 un était toujours de ^arde au château *. Catherine de Médicis avait amené avec elle les beautés les pltis célèbres de sa cour , moyen de séduction que cette femme altière et ambitieuse employa souvent auprès de ceux dont elle connaissait le penchant à la volupté , lorsqu'elle voulait les mettre dans ses intérêts. Le Prince, en voyant toutes ces femmes , dit à la Reine , dont il connaiisait les intentions : « // n'jr a rien là que je » veuille / » — « Quoi i reprit celle-ci , avec dis- 1» simulation , aurais-je donc pris une peine » inutile, moi qui n'aime cpie le repos? Ha- >i dame, je n'en suis pas cause^ répondit Henri IV; » ce n'est pas moi qui vous empêche de coucher » dans votre lit ; c'est vous qui m'empêches de » coucher dans le mien. La peine que vous

30Q ËÏUJJËS mSTORIQUES

ir prenee Tout plaît et tous nourrit ; le repos est

n le plu» grand ennemi de votre vie ». Le Duc 4eNevers, qui accompagnait la Reine, représentant au Prince que ses espérances étaient chimériques^ et qu'il n avait même pas le pouvoir de lever un impftt à La Rochelle^ celui«ci répon- & fièrement : « Je fais à La Rochelle ce que je veux , parce que je n'y veux rien qui ne soit juste

Le château où cette entrevue eut lieu existe encore , de même que Tappartement qu'occupaient la Reine et les femmes galantes qui voulaienL séduire Henri l\ par l'attrait de leurs charmes : les propriétaires ont su y conserver plusieurs des ohjeU de cette époque. Les peintui'es à fresque ; qui sont au plafond el sur les cotés, représentent des sujets mythologiques riches de coloris et d'élégance : on dirait que le peintre vient d'y donner le dernier coup de pinceau* Le cœur de Henri IV , si prompt à se laisser entraîner aui séductions de b beauté , dut être mis à une terrible épreuve , dans cet

* Qtm Mme flit Kctt le as lepienfare «88.— MAnoîice de

Le-Gfind, lif. 3.-*-Péréfbe, Bbt. de Havi-Le-Oiend. --«M&BoiKS de Kef«re, tam S, page SSS.

SOK L'ANGOUMOIS. SOI

appartement ou ses T^ux ne rencontrèrent que des objets agréables. Après les avoir portés sur xette Psjché à-demi nue qui laisse tomber une goutte (rhuile sur TAmour endormi ^ il réfléchit peut-être aui tristes conséquences qui en résul* feraient pour son parti , s'il cédait à l'emportement de ses désirs (15).

L'année suivante *, Hcni i W laissa son armée dans l'Angoumois, jusqu'à la bataille de Coutras, après laquelle il donna rendez-vous à ses capitaines sur les confins de cette province et de celle du Férigord , pour se préparer à courir à de nouveaux dangers. La veille de la bataille de Goutras , Tarmée du Duc De Joyeuse campait à Ghalais, Calescum ^ vieille terre seigneuriale qui» des mains des ancien^ Comtes d'Angoulême avait passé dans celles d'une famille iliuslrc du Férigord. Ge fut là que les catholiques décidèrent de n'épargner personne dans le combat , pas même Henri lY , si l'on s'emparait de sa personne. De son côté, le Prince de Gondé avait réuni une armée dans l'Angoumois, et avait pris position à Montmoreau , en attendant les ordres

m ÉTUDES HISTORIOfJKS

du Roi de Navarre *. Au milieu de cette agitation des partis opposés , les Belles-Lettres brillèrent de quelque éclat dans l'Angpumoia» Élie Vinet , né à Barbezîeux , ae fit remarquer par une grande instruction et par un goût exquis dans la littérature latine. Un ponchant particulier , inspiré peut-être par un ' sentiment de nationalité, le porta à commenter Auzonne, dont il se regardait comme le compatriote, parce que ce poète du Moyen- Age , un des derniers de la puissance Romaine , était né non loin de TAngoumois. Êlie Vinet a fait aussi quelques recher^ ches sur les antiquités de Saintes et de sa ville natale ; mais cet ouvrage est loin de satisfaire l'esprit de recherche de notre époque (16).

Appelé à Bordeaux par sa réputation littéraire , il y passa plusieurs années dans l'enseignement des Belles-Lettres , et il y mourut , emportant avec lui les regrets de ses nombreux élèves et de tous les hommes qui surent apprécier son talent *\

Parmi les iavoris qui se rendirent les lâches esclaves des passions honteuses de Henri III , le

* D'Aubigné, — Mémom 4e Sdfy.

** MnnlSST..

SUR L AISGÛUMOIS. 308

Bttc d'Êpcmon te présente dans les pages de notre histoire comme la cause de quelques agitations qui troublèrent rAngoumois. Les cabales de cour, suscitées par les Guise, l'ayant contraint de s'éloigner de Paris dans Fintérêt de sa sûreté , il se rendit dans cette province dont il avait le gouvernement depuis la mort de Bellegarde , tué à la bataille de Goutras. Peu après son départ de Paris, on parvint à obtenir de Henri Ui Tordre donné à Normand, Consul d'Angouléme , et à Pierre-Desbordes , gouverneur militaire de la place , de ne laisser entrer personne dans cette ville, de cpielque rang et de quelque autorité qu'il fiit. Mais il y avait trois jours que le Duc d'£pemon était éudïli à Angottléme , et y commandait , quand cet ordre y arriva. Il lojïeait dans le château. Aussitôt Henri iV , dans la vue de iaire tourner à son profit les hostilités de la cour contre le Duc, l'envoya (oinplimenter , sondant ainsi ses dispositions, et cherchant, par des offres avantageuses, à l'attirer dans son parti. L'envoyé du Koi de Navarre chargé des négociations fut un nommé Delaborde. Le Duc d'Épernon, qui reçut en même temps les hommages de tous les nobles du pays , promit secrètement à Tenvoyc du Prince de se réunir à lui , en exigeant toute-

SOâ ÉTUDES HISTOBiailSS

fois que ce projet lût tenu secret pendant qucU que tempt. Dès cette époque, les partit en étaient venus au point qu'ils agissaient seulement pour leurs intérêts y sans croire à la justice de leur cause. Catholiques et protestants, tous tendaient à améliorer leur position , et n'avaient plus de conviction religieuse. L'intérêt pereesinel , Tégoïsme avaient pris la place du fanatisme, am moins parmi les Grands; car le peuple , au milieu des longs débats des factions , garde seul ses premières croyances. Les illusions de la iûule ne cessent, dans le& révolutions sociales^ que lorsque la victoire lui £iit trouver des maîtres où long-temps elle crut trouver des égaux.

Le Maire d'An^ouléme , gagné par Tor de la fjuction catholique, de concert avec quelques habitants d'Angouléme et quelques gentilshommes de la province, dont les principaux furent David- Bouchard, Baron d'iiubeterre, Benoit-Comband, Sieur de Méré , qui , avec un Cordelier , avait été porteur de l'ordre du Roi , Frotier , Sieur de la Messclière, et quelques autres, résolurent d^envoyer Souchet vers ViUeroy , ennemi personnel du Duc d'Epernon , pour l'informer que le favori de Henri 111 avait été reçu dans la ville avec tous les honneurs possibles, parce que

Smi L'ANGOUMOIS. 305

les ordres de la cour étaient arrivés trop tard ^ maïs qu'ils étaient prêts à les exécuter de point en point. En effet, ils comptaient pouvoir âicilement exécuter cette promesse , parce qu'ils avaient remarqué que le Duc allait io^$ les jours monter à cheval hors de la ville^ acconipagné de plusieurs jeunes seigneurs, et qu'on pourrait profiter d'un de ces moments pour fermer les portes 9 alors gardées par les bourgeois , k l'exclusion de la garnison.

Souchet arriva à la cour; mais comme sa mission était verbale , Villeroy hésita quelque temps à en faire part au Roi, craignant de paraître n'agir ainsi que par inimitié personnelle contre le Duc. Enfin^ Henri III en fut informé, et donna Tordre de s'emparer du Duc d'Épernon ; et que si Ton ne pouvait pas y parvenir, de se contenter de lui fermer les portes , mais de ne point attenter k ses jours. Sonchet, porteur de cet ordre arrache à la faiblesse du monarque , arriva k la hâte à Angouléme, d'où venait de sortir, par ordre du, Duc, un détachement

envoyé dans la Sainton^^e. Les habitants d'Angoulême saisirent cette circonstance , et choi* sirent ce même jour pour l'exécution de leur

m ÉTUDES msTOBiQues

projet Le Duc sortit , selon «a coutume , et au moment où on allait lui fermer les portes de fai ville, il rentra au château, d'on venait de sortir Madame d'Épernon, pour assister à la messe, dans TÀbbaye des Jacobins. Alors , les conjurés eurent recours à d'autres moyens* Le Consul Normand mande chez lui le gouver^ neur militaire de la ville , le retient prisonnier, et marche aussitôt vers le château, accompagné de quarante personnes portant des armes cachées sous leurs vêtements. Il laisse une partie de son escorte à la porte, avec ordre de s'emparer du poste du corps-de-garde, à un signal donné ; lui-même pénètre dans la cour du château , suivi de dix des siens et de deux autres per* sonnes en bottes de voyage, qu'il désigne comme 'deux courriers de la cour. Il passe ainsi sans opposition, et va ^roit à Tappartement du Duc, qui, dans ce moment, était occupé à sa toilette, Dans l'antichambre étaient plusieurs personnes attendant une audience , ou attachées a la maison, entr'au très Pierre- Aubin, conseiller du Roi au présidial d'Ângoulême , qui était Tenu informer le Duc des bruits tiui circulaient en viUe sur cette conspiration. Le Consul, étant

* De Thott. — 10 août 1588.

SUft L'ANGOUMOIS. 301

«ntré le premier, tire un coup de pistolet an cUrurgieQ Sorlin, qui lui répond par un coup de sabre. Cem qui étaient dans Tantichambre se défendirent si bien , qu'ils obligèrent les assailbuts à reculer , en leur criant de toutes leurs forcea que le Duc n'y était pas. Ce cri était pkMMsé k dessein pour informer d'Êpernon de la présence de ses ennemis. Cependant, Sorlin, étant promptement descendu, fait prendre les armes aux domestiques. Ceux-ci arrivent à la hâte et repoussent encore les conjurés. Dans le même moment, le tocsin sonne dana toute la ville, le

peuple se réunit en foule sur ks places publiques , et court aux armes à la voix de ceux qui l'excitent*

Le Duc , informé du danger qu'il courait , s'était barricadé dans son appartement, et refusait d'ouvrir. Les assaillants , effrayés de la résistance , perdirent courage , et furent encore vivement repoussés par une troupe de gentilshommes qui attendaient dans la cour que le Duc se montrât^ plusieurs d'entr'eux furent tués. Les autres, voyant qu'ils ne pouvaient forcer la porte, s'étaient retirés par un escalier dérobé. Poursuivis de près, ils se réfugièrent dans une cbambre voisine de U tour. Le Gmiol Nor^

-3or isnnns msToiuQUES

mand périt dan» cette attaque. ÂLors, le Duc^ ■ s'aperce¥ant qu'il n'y avait plut, d'ennends dans l'antichambre, sortit a la voix des gentilshommea, et, toua armés, iU se disposaient à aller attaquer kt conjurés , quand une servante viiM; leur dire que le père du Consul montait dan» le château par un endroit où eûitait une brèche à la muraille. Alors, sans perdre rien de son sangfroid , le Duc d'Épernon place trois hommes à l'entrée de Tappartement où étaient les conjurés, et court faire face aux autres; il tue de sa propre main le frère du Consul , qui avait déjà iranchi le passage , et court enauite à une autre porte du château que d'autres conjurés s'eflbrçaient de briser. Il la fait fortifier de tous les objets qui se trouvent sous sa main; place des hommes de garde dans toutes lea avenues, et attend une autre attaque.

Ainsi cerné par lesrevolftéa, le Duc d'Éper-

non était en proie à une vive inquiétude , parce qu'il n'y avait pas de vivres dans le château, et qu'il n'entendait pas le canon de la citadelle Les assiégés ignoraient que le gouverneur de <ette position militaire était retenu prisonnier*

SUR L'ANGOUMOiS. S09

D'un autre cAté^ la gamtton n'osait pat tirer mat les révokéf^ parce que le peuple menaçait d'eipoter le oeomundant an premier liottlet de canon lancé de la citadelle. Le lieutenant Des» kerdet , freve da gouTeineur de la citadelle où il commandait en son absence, sommé de se tendre 9 rciiitg connigevsement am révoltés , €t consent seulement à ne pas diriger son artil- Ime sur la viUe. Sur ces entrefaites, les conjurés rsnfemés ordonnent aux f^ens du Doc de se rendre, disant que les liabitants sont maîtres de la citadeHe, et qu'ils Tont bientôt transporter les canons contre le cbàieau. Pour accitrftre encore le cumolle et pour exciter la fimle à en finir promptement avec le Duc , les cenîms répandent le brait de l'arrivée des protestants aux portes de la ville. Dans le même asonaent^ Madame d'Épemon tort de réfute des Jacobins > où venaient de pénétrer les révoltés, et veut se sauver dans la ckadeUe. £lle est entourée ainsi que sa suite par le peuple en fu-mr, qui tue plusieurs de ses gens : elle demeure prisonnière entre les mains des séditieux. Tous les gentilshommes, soupçonné» d'être opposés au peuple , auraient été massacrés , sans Tintervention d un gentilhomme du voidinage qui les prît sofos sa protection.

Le Duc avait fait sortir par-dessus les murait" les un Talel de pied, poar aller à la hâte eipoier an Sieur De Tan^t , qui était à Saintes, 1»

position où il se trouvait, et lai demander de venir à son secours ; miHS cet envoyé fut arrêté par les révoltés. Cependant, Tangent, informé par d'autres personnes , marche aussitôt sur Angouléme. Le Duc , dans Pespoir de le voir arriver , refusa alors de traiter avec les rebelles , tandis que sa femme montrait de son côté un courage à toute épreuve* Le peuple voulait qu'elle engageât son mari à livrer la place , et menaçait de la poignarder si elle refusait. « Ma » vie , leur répondit^-elle , est moins précieuse w que l'honneur de mon mari. » Bourgoin, second Consul , eut un entretien , par l'embrasure d'une canonnière « avec le seigneur d'Ambleville , qui , enfermé dans le château , promit l'oubli du passé au nom du Duc, si les révoltés rentraient dans le devoir»^

Cependant, d'Épernon , pour forcer a se rendre le» séditieux renfermés dans le château , fit mettre le feu à la porte de rappartement; on prétend même qu'il livra à la torture le Consul Normand , qui , dangereusement blessé , res* pirait encore , et qu'il força les autres pri-

SUR L*ANG0ni01S. , 31f

•anaiers à écrire à leurs amis du dehors que leur mort était certaine s'ils continuaient d'attaquer le chàt('au« Âlors, 1 autre Consul, Bourgoin^ Yint demander au Duc d'Épemon d'envoyer un des sien^ pour traiter avec le peuple. Le procureur du Roi fut donné en otage, et Tabbé d'Elbènes, secrétaire du Duc, vint, au nom de son maître, parlementer aVec les Chefs des révol* tés et les principaux magistrats de la ville. Ceuxci» comprenant la mauvaise position où ils s'étaient placés y prétendirent n'avoir pris les armes que parce qu'ils croyaient la religion menacée. Dans le même moment , De Méré , principal instiga* teur de cette sédition, soulève encore le peuple, et, pour Texciter plus facilement,. annonce que le Baron d^Aubeterre vient à leur secours. Aussitôt cesse tout espoir de rapprochement; Tabbé d'Ëlbènes se retire, et le peuple reste toute la. nuit sous les armes.

Lé lendemam, les révoltés sonnent encore le*

tocsin; viennent se ranger en bataille devant le côté le plus faible du château; font quelques décharges d'artillerie, et se retirent, laissant quelques morts sur la place. Feu d'instants après, on annonça l'arrivée des troupes de Tangent, qur s'avançaient enseignes déployées. La crainte fit

us ÉTUDES HISTORIQUES

alors recommencer les négociations. Uftfirojel d'accommodement fut dressé , et allait être accepté , quand arriva François^Gonlard, Baron de Toverac, disant que le Baron d'Aid>eterre devait arriver le lendemain. L'espoir de ce secours, si Ion g -temps espéré, fit rompre les conférences» et la fureur des fiictieux ne connut plos de bornes. Ils violèrent honteusement le droit des gens en s'emparant de la personne de l'abbé d'Elbénes, qui s'était chargé de cette seconde mission* Us le traînèrent sous les murs de h citadelle, en le forçant d'ordonner à la garnison de ne plus tirer*

Cependant, le Roi de Navarre ^ instruit de h révolte d^Angoulémoi croyant le moment oppor* tun pour attacher le Duc d'Ëpernon à son parti, envoie à son secours des troupes commandées par François, Comte de La Rochefoucauld^ et Gaspard-Foacault-*De Beaupré. Ces troupes parurent en vue de la ville en même temps que celles de Tangent, et logèrent dans les faubourgs. Le peuple en fut effrayé, et craignit, par sa resis^ tance, de faire mettre la viUe au pillage; aussi « les principaux d'entre les séditieux se réunirent* ils en conseil chez révéque Charles-Bonio , Flo* rentin , qui occupait alors le siège d'Angouléme.

SUR L'ANGOUMÛIS. SIS

Ik eiiToyèrent déclarer au Duc d'Ëpemonr qu'Ut se 80imiettraient, à côndilimi qu'on accorderait la vie «auve aux révoltés du château, et que Tangent accepterait lea mémea conditîona pour ceux du dehors. L'accord fut conclu par les soins de Tabbé d'Ëlbènes, dont le caractère, pendant toute cette sédition, fut toujours digne d'éloges. On abattit aussitôt les barricades ; Madame d'Épernon fîit conduite au château avec tous les égards dus à son rang et à son sexe , et y entra par une échelle , parce que les portes étaient encore murées; le corps du Consul fut rendu au peuple, a condition qu^il serait inhumé tans cérémonie ; les gerililshommes, auteurs de la sédition, obtinrent aussi la permission de sortir de la ville, n y avait trente heures que le Duo et ses gens étaient privés de nourriture, et dépourvus de munitions pour se défendre* Quelle honte pour les Iftches conrthans d'im Frince cruel et licencieux , qui , à leur instigation , avait causé cette révolte, dont toute la peine retond>a sur les habitants î D'Épemon continuait d'habiter à Angoulême, avec la pensée de se rallier auRoî de Navarre, loraque Guise Ait assassiné aux £tats de Blois. Alors, délivré de son ennemi pmoanel, le Duc envoya informer le Prince protestant, qui était à Saint-Jean-d'Angély, de ta résolution

3M tmm mSTOBIQinBS

de rester iidèle aux catholiques 3 dès lovs tout projet d'alliance fiit rompu.

. Au rapport d'E^tieime Passer , dont nous citons les paroles , pour donner une idée de

Vétat du pays, à la même époque, le plus grand désordre régnait dans une partie de l'Angoumois.

u Nous sommes enûn arrivée à Cougnac, — il » était parti de Tours, — où, quand )e me serai » recognu, j'envoyerai messagers de toutes parts » pour exécuter la commission de la chambre , » encore que les chemins ne soient bonnement M ouverts aux comptables; car il y a tant de vo- » leurs sur.les champs, cpii, sous le masi|ue de » soldats, se diversifient tantost en ligueurs, tan^ » tost en royaux, pour tirer rançon des pas- » santt , qu'il est malaiaé de s'exposer sur les n champs , sans hasard de sa personne ou de sa M bourse. Au demeurant , nostre voyage a esté » long , pour les grandes troupes que Monsieur » d'Espemon conduisait ; pendant lequel , sans >i livres , je me suis amusé à lire les misères du » plat païs,.et ay trouvé que ce n'est pas sans >» raison que les ligueurs ont appelé leur parti » saine te ligue...... Nous sommes passez par tel

SUE L ANGOUttOIS. 315

» grand homf , dans lequel n'y avait que qua« » tare ou cinq pauvres mesnages , et cependant) ]> veulaot nous loger , représentions ce que » l'on dit de Saint-Jean-Baptiste : Fox cla^ » mantiâ in deserio. Voici qu'il y en avait » quelques-uns des nostres^ qui, pour se ga- 1» rantir de la faim, avaient recours à une man- )» vaisc paillasse , combien que ce soient choses » mal compatibles ensemble , que la faim et le N somhieil : ny pour cela , nos soldats n'estaient D pas plus gens de bien , es lieux où ils trou- » vaient a prendre. Jusqnes icy , vous avec eu » part à mon purgatoire y maintenant je vous » parlerai de mon paradis. Après avoir senti les » incommodités d'un chemin de quatorze jours^ » (e suis enfin arrivé à Congnac ; )e veux dire , » en un païs de promission. IL ne faut plus » qu'on me aolemnise nostre Toumune pour » le jardin de la France ^ il n'est pas en rien » comparable à cestuy} ou^ s'il est jardin, » cestuy est un paradis terrestre. Je ne vy ja- ^ mais telle abondance de bons fruicts , grosses » pavies , auberges , muscats , pofpmes , poires , » pescheS) melons les plus sucrins que jaye ja-*- » mais mangés* Je tous ajousterai saffran et » truffés; avec cela, bonne chair, bon pain, )> bonnes eami le possible ; et qui est une se-

%Î9 tiîIRMSS fflT0RtQinB

» conde ame de nous, bous viiM, tant blanc»- M qae dbîrets, qui dônnentt à l'ettomaek, non* » à la teste , grosses carpes , brochets et truites »*en abondance* Geste grande nvière iacogntie, » qui passait an tnmrs de l'ancien paradiê ter- » restre , s'est transformée en celle de la Cha- » rente , laquée , depuis la Tille d'Angoulesme » jusqu'à Saint-Satinien , où elle va fondre en » la mer — qui disent quarante-cinq lieues — ,est » bordée de préz ; et ponr n'eatre mal gisante , » comme yostre Loire , îamais ne ae déborde » que pour le profit du païs — ainsi que le Nil en » Egypte — , et pour abrenrer ces prairies quand » elles se trouTent altérées. Elle est encore se- >» condée d'une petite rivière nommée la Tou^

t> "nre Nous avons encore en cestny nottre

w paradis nne particularité qui n'estait en l'au«* » tre, car nous n'y avons le fruict de science » qui perdit Adam; ponr le moins, ignorons » tons les mauvais bruits de ce temps , qui ne » font que nous affliger ^ sans y pouvoir mettre » remède : qui fiiit que vivons eii quelque tran- » quillité d'esprit , au milieu de nos malheurs. » Brief, on appelle ce païs la Champagne , qui » est de cinq ou six lieues d'estendfie. Et je » crains que le semblable ne m'adviennc , qu à »> ce grand guerrier Hannibal, quand il se per-

m L'AMGOmfOIS. 317

» dit û» deUcUê dumpaim* Yoiu pensecex par ^ aycnture 4fue je me truffe : or , afin de ne

» rendre point vostre penser vain, je vous en- M Yoye un pacquet de Iruffiea, qui est le présent » d'un mien bois , que je Tdus prie de recevoir » de tel cœur qu'il vaus est envoyé. Âdieu »

Quand le poignard d'un moine fanatique eût ^Umné la mort à Henri ill, rAngoumois, plus que jamais , resta attacké an Roi de Navarre , et on y vit diminuer le nombre des partisans de la ligue. Le Duc d'Épemon, qui était sorti de cette province avant cette époque, après avoir reconnu les droits de Henri IV , y revint en son nom avec quelques détachements; mais Henri IV comptait peu sur sa fidélité.

Pendant toutes ces agitations politiques, le» Belles-Lettres eurent peu de succès, ou ne servirent qu'à des discussions oiseuses dont l'esprit de rancune faisait le fond. Ailleurs, on vit la poésie puiser toute la force de son enthousiasme au milieu des fiictions. Le Dante et Le Tasse en Italie , M il ton en Angleterre virent en quelque sorte édore la célébrité de leur génie au milieu

* Biticnne Païquir, BcdMiche» à» b Fnooe.

de Temportement de toutes les passions humaines* Ce fut le contraire en France ; et cela devait être , parce que le seizième siècle absorba toutes les capacités intellectuelles dans les dbausions religieuses. Cependant , rAn^oumois vit naître quelques hommes dont la réputation fut assez grande pour laisser après eux le souvenir de leurs ouvrages, comme monument informe d'une littérature qui ne se présente à nous qu'avec toutes les imperfections du langage. Favereau , Jacques, naquit à Cognac \ Ce poète, devenu plus tard conseiller à la cour des Aides, publia plusieurs ouvrages, et donna Tidée du Temple des Muses, A son imitation, Benserade composa dans la suite les Métamorphoses €p Ovide , mises en rondeaux (17). La même année, mourut à Angouléme, où il était né, l'écrivain Thevet dont presque toute la vie (ut consacrée à des recherches géographiques. Il voyagea en Italie, en Asie, et même dans le Brésil. A son retour, il iîit fait aumônier de Catherine de Médicis, et reçut les titres d'historiographe de France et de cosmo graphe du Roi. On trouve dans ses ouvrages, à défaut de génie, beaucoup d'érudition (18).

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SUR L ilNGOUMOIS. SI9

Tendant cette lutte sanglante d'one partie de la Noblesse contre l'autre , le peuple , entraîné dans l'un ou l'autre parti , avait espéré trouver M prospérité dans la protection des nobles <pi'il avait servis; il attendait aussi impatiemment la diminution des impots dont il supportait tout le poids; mais l'autorité royale s*étant ait fermie par la soumission de la plus grande partie des ligueurs, les impots ne furent point diminués. Alors , le peuple de TAngoumois , transporté d'indignation d'avoir si loncr-tomps souffert vainement, et de souffrir encore des rayages que élisaient dans ses champs des soldats indisciplines , courut aux armes , et se révolta de nouveau contre la perception des droits de gabelle Dabord, ce ne fiit que ponr se défendre; mais le nombre des mécontents s'étant prodigieusement augmenté , leur midace lit les mêmes progrès* Comptant sur leurs forces, ils se nom* mèreiit des officiers, et déclarèrent la guerre aux châteaux et aux gouverneurs des villes, lis s'emparèrent des défilés; interceptèrent toute communication entre les nobles , et mirent à mort quiconque était leur ennemi* C'était encore un drame enfanté par TesdaTage et Pignorance du

Afoyen-Age, et une nouvelle luUe de la force contre les privilèges. Le peuple voulait enfin ixrîser sa chaîne, dùt-il même la briser dans le sang des héritiers de la vieille féodalité. Cet état de choses dura pendant deux ansj immense anarchie^ où la haine grossissait comme un torrent contre le pouvoir royal; nouvelle Jacijuerie, amenée par toute espèce de souffrances et de privations ! La révolte s'étendit de FAngoumois au Poitou et au Périgord; partout c'était la même fureur et la

même haine contre les nobles. On vit quelquefois les révoltés réunis au nombre de quarante mille. Un peu plus d^nstruclion dans les forces numériques, et cette révolte eût hâté de deux siècles la révolution de 95. Enfin Masses, lieutenant du Roi en Angoumois, parvint à vaincre ceux de cette province, qu'on désignait soua le nom de Croquants '^^ après les avoir long-temps poursuivis.

 FAngoumois, où les idées de réforme aidèrent si puissamment à la grande révolution sociale qui occupa le quinzième et le seizième siècle, appartenait encore d'aider^ par le concours d'un de ses habitants, aux progrès de la littérature.

* Mésenî. — De Thoa.

Quand , après le choc violent des longucê rivalités d€S nobles et des idées reiifieuses, Fesprit humain se fut repose de tant de calamités publiques; quand son activité « plus libre dans sa carrière, put se livrer au travail de son imagination, qui long- temps n'eut d'autre rêve que l'intérêt des factions, les Belles-Lettres s'ouvrirent une carrière toute de progrès. Bakac , doué d'une rare érudition et d'un goût inconcevable pour cette époque , entreprit d'introduire des changements dans la langue Française, encore empreinte des locutions vieillies de divers idiomes, et la langue acquit sous sa plume plus de netteté et de précînon, et s'ouvrit un avenir de gloire. Cet auteur célèbre du seizième siècle naquit à Angoulême *^ où il devait aussi venir mourir , las des intrigues de cour et des cabales littéraires. 11 lut employé à Rome, pendant quelque temps , en qualité d'agent du cardinal de La Valette. De retour à Paris, ses écrits lui acquirent une brillante réputation vainement attaquée par la jalousie d'un homme d'église , le père Goulu , général des Feuillants , qui n employa son talent contre Balzac qu'à l'invective et aux personnalités. La lutte fut soutodue avec

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