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eux-mêmes en acheter en Afrique, dans leur comptoir d’Arguin. Le 8 août 144% (1), un certain capitaine Lanzarote débarqua, pour la première fois, à Lagos, dans le royaume des Algarves, 235 esclaves noirs qu'il vendit. Ce commerce continua et, en 1539, la vente atteignait à Lisbonne 12.000 têtes. Les Espagnols imitèrent cet exemple. » (Augustin Cochin).
L'introduction des esclaves à Saint-Domingue remonte aux premières années du seizième siècle (2); on en importa à Cuba vers 1517; les autres îles des Antilles n’en furent pouvues qu'à partir de 1650.
Par une coïncidence frappante, la même année (1620) où une poignée d'hommes pieux, intelligents et honnètes débar-
(4) Déjà en 1#43, s’il faut en croire Bancroft, un Portugais du nom de Nunez Tristan, avait fondé une association pour faire conjointement le commerce de l'or et celui des esclaves,
(2) A. Bonnemain {Régénération des colonies, Paris, 1792) doune ja date de 1503, sans indiquer le point du Nouveau-Monde où se fit le premier transport.
« Saint-Domingue, dit Moreau de Saint-Méry, est le premier lieu de l'Amérique où il y ait eu des esclaves africains, et personne n'ignore qu'is y furent introduits comme cullivateurs d’après l'avis de Barthélemy Las Casas, qui en avait vu quelques-uns amenés par hasard à Saint-Domingue en 1505... Cet inconséquent projet d’asservir une race d'hommes pour obtenir l’affranchissement d'une autre, fut vivement combattu par le cardinal Ximénès, régent d'Espagne ; mais le gouvernement se laissa bientôt circonvenir et accorda l'autorisation réclamée par les colons. »
L'historien belge Scarsez de Locqueneuille (l’Esclavage, ses promoteurs et ses adversaires) croit pouvoir affirmer qu'il y eut des nègres dans les colonies d'Amérique dès l'année 1501, mais que c'étaient « des esclaves nés au milieu des chrétiens et dont le transport n'avait pas donné lieu au hideux cortège de crimes qui accompagna plus tard Ja traite proprement dite ».
A notre avis, c'est la date de 1501 qui doit prévaloir, car déjà en 4503, « le gouverneur Ovando avait défendu d'importer d'Afrique des esclaves (à Saint-Domingue), parce que ceux qu'on avait introduits s'étaient enfuis chez les Indiens. On prétendait même qu'ils pervertissatent ces derniers el les poussaient à la révolte ». (Moreau de Jounès, cité par Beaubrun-Ardouin),
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quaient de la May/flower pour fonder sur le continent américain l'établissement qui devait être Le berceau des Etats- Unis, un navire hollandais abordait à Jamestown, en Virginie, et y laissait vingt esclaves noirs.
L'accroissement du nombre des esclaves ne fut d’abord pas très rapide en Amérique, mais deux causes devaient bientôt l’accélérer : d’une part, le développement de la consommation du café et du coton ; d'autre part, les profits que donnait le commerce de la traite.
Après ces renseignements généraux, quelques détails ne paraîtront pas inutiles.
John Wesley dénomme l'esclavage « l'abrégé de toutes les infamies ». Canning définit un navire négrier : « la plus grande réunion de crimes sous le plus petit espace possible ». Robert Peel, premier ministre, déclara que «la traite des noirs a excité à plus de crimes qu'aucun acte public qui ait jamais été commis par aucune nation, quel que füt son mépris pour les lois divines et humaines. »
Pour que des Anglais, qui s’y connaissent en infamies coloniales, en arrivent à qualifier de la sorte un acte auquel la Grande-Bretagne prit une part si considérable, il faut, véritablement, que la mesure ait été comble. La sévérité de ces appréciations, comme on va pouvoir s'en convaincre, n’a en effet absolument rien d’'exagéré.
D'après l'explorateur Mungo-Park, dont nous aurons encore l’occasion d’invoquer l'irrécusable témoignage, les guerres en Afrique étaient de deux sortes : les guerres publiques, de peuplades à peuplades, précédées, comme en Europe, d'une déclaration préalable ; et une guerre spéciale, appelée tégria ou panyar (mots qui signifient vol, pillage, dans l'idiome africain), et qui consistait dans des expéditions nocturnes où quelques centaines d'hommes, sous la conduite d’un chef entreprenant, allaient surprendre à l’improviste des villages sans défense dont ils incendiaient les huttes et réduisaient les habitants en esclavage. Ces razzias existaient bien avant la venue des Européens en Afrique, mais il a été
= 49 prouvé (1) que la traite a eu pour effet de généraliser ces horribles expéditions, de les rendre plus fréquentes et plus atroces.
Autrefois, au dire des premiers explorateurs, les punitions étaient plutôt légères en Afrique ; le génie simple et naturel des indigènes les avaient proportionnées aux fautes. Les négriers survinrent, et l'on accommoda la jurisprudence africaine à leurs demandes : toutes les fautes, même les plus vénielles, furent désormais punies de l'esclavage. Le crime imaginaire de sorcellerie est celui qui fournissait le plus de victimes et le plus de profits aux chefs : d'abord, parce qu'il n'admettait aucune preuve discutable, ensuite parce que la condamnation entrainait la vente de toute la famille de l'accusé. Celui-ci était soumis à l'épreuve de l'eau rouge. eau généralement empoisonnée.
Parmi les causes d’'esclavage (2). Mungo-Park cite encore € l'oubli du lien conjugal » et surtout l’insolvabilité. Le créancier, par une perversion des lois originaires de l'Afrique également due à l'influence de la traite. eut le droit de vendre
(1) Résumé des intlerrogatoires relatifs à la Traite des Nègres, el qui ont eu lieu devant le Comité général de la Chambre des Communes d'Angleterre. (Imprimé par ordre du Parlement Britannique).
(2) L'esclavage africain, disons-le en passant, élait une sorte de vasselage patriarcal mille fois plus supportable que l'esclavage colonial. L'esclave, en Afrique, ne pouvait être vendu suivant le bon plaisir du maître indigène ; il fallait qu'il eût commis quelque crime. Maîtres et esclaves vivaient dans la simplicité des premiers âges ; ils mangeaient et travaillaient ensemble, soit à la maison, soit aux champs, et il n'y avait entre eux, affirme Mango-Park aucune distinction apparente. « Ni l'esclave parlait, s'il se plaignait, il trouvait des voix pour lui répondre, des cœurs pour compatir à sa peine » ; enfin il considérait son maitre comme un père de famille ayant sur lui l’autorilé paternelle,
Nous nous bâtons d'ajouter, pour sauvegarder les principes, que, même très atténué, un régime, odieux de sa nature, n’en reste pas moins odieux. La liberté ne comporte pas de degrés ; l'esclavage, sous toutes ses formes et dans toutes ses applications, doil être condamnée et flélri partout.
non seulement son débiteur, mais encore — au cas où celuici se dérobait aux poursuites, n'importe quel membre de sa famille, voire même un habitant quelconque de son village.
Les capitaines des vaisseaux négriers inventèrent bientôt un moyen beaucoup plus eflicace de se procurer des esclaves. Ils confiaient des marchandises aux indigènes, qui se chargeaient de les écôuler à l'intérieur et de revenir avec un nombre déterminé d'esclaves en laissant comme otages plusieurs membres de leur famille. Ces facteurs partent en tournée ; l'amour familial est pour eux un stimulant puissant qui les excite à revenir à l’époque fixée : mais, très souvent, ils sont eux-mêmes pris et vendus en route, ou bien ils arrivent juste à temps pour voir le navire filer avec les otages.
Quelques-uns de ces bandits avaient encore trouvé mieux : ils offraient des repas aux chefs du pays et, les ayant enivrés. ils tiraient d'eux l'autorisation de diriger des expéditions contre leurs propres sujets. D'autres, après avoir soufflé le feu de la discorde entre deux peuplades voisines, fournissaient des armes de rebut à l’une et à l’autre et recevaient en paiement les prisonniers des deux partis.
Le démon de la cupidité s'éveillant dans Fâme des indigènes, € on vit le riche séduire le pauvre, le rusé surprendre le borné, le fort se jeter sur le faible. On ne trouvait sur les chemins que des brigands qui faisaient main basse sur tout ceux qu'ils rencontraient. »
Dans un discours prononcé à la Chambre des Lords, le 26 juillet 1844, Palmerston fait le récit suivant :
« Le plus grand nombre des nègres destinés à la traite provient des chasses à l’esclave et du système organisé dans l'intérieur de l'Afrique pour voler des hommes.
» Quand approche l'époque de faire partir pour la côte des caravanes d'esclaves, des hommes armés entourent, pendant la nuit, un village paisible, l'incendient et s'emparent des habitants, tuant tous ceux qui résistent. Lorsque le village attaqué est situé sur une montagne, ce qui offre plus de difficultés pour la fuite, les habitants se réfugient quelquefois