LA TRAITE DES NÈGRES ET SES HORREURS
Nous venons de voir à l'œuvre les premiers colonisateurs européens, et nous avons pu constater que « l'extermination des indigènes, comme le dit Augustin Cochin dans son très remarquable ouvrage sur l'abolitionde l'esclavage, a été presque partout la première page de l'occupation des colonies ».
Les sociétés artificielles et instables que sont les colonies d'exploitation passent, généralement, par trois phases économiques bien tranchées. Au début, la pleine liberté commerciale accompagnant l'ouverture d'un nouveau territoire plus ou moins vierge attire de nombreux petits propriétaires qui dirigent sur place ou fournissent eux-mèmes le travail de la mise en culture : les échanges se font dans des conditions normales. Cette première phase marque une ère de prospérité médiocre, mais générale. Vient ensuite une époque de culture intensive ; les domaines s’agrandissent et donnent leur maximum de rendement ; mais l'exploitation à outrance du travail indigène, régi par le sweating system ou par l'esclavage pur, a remplacé les arrangements équitables des associations d'hommes libres. Le plus grand nombre peine et vit misérablement pour entretenir l'opulence, souvent insolente, de quelques privilégiés. Enfin, troisième phase, la fertilité du sol diminue, les frais de production augmentent et la main-d'œuvre agricole enchérit : des colonies plus récentes se développent et les anciennes, malgré des droits protecteurs exorbitants, deviennent incapables de soutenir la concurrence.
C'est pour échapper à la fatalité de cet enchainement de
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lois économiques (1) et prolonger la durée de leur prospérité factice que les colonies d'Amérique eurent recours à l’esclavage et que les métropoles légalisèrent l’odieux trafie connu sous le nom de traite des nègres. Puisse l'horrible récit qui suit rappeler à la pudeur les coloniaux assez éhontés, en Allemagne, en Angleterre et même en France, pour préconiser, à l'aurore du vingtième siècle, une nouvelle applicalion de cet abominable système d'exploitation !
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Christophe Colomb, en débarquant à San-Salvador, le 12 octobre 1492, baïisa trois fois la terre et il y planta la croix, dit l'historien Roselly de Lorgues, puis il s’écria :
« Seigneur, Dieu éternel et tout-puissant, qui par ton verbe sacré as créé le firmament, la terre et la mer, que ton nom soit béni et glorifié partout! Qu'elle soit exaltée, ta Majesté qui a daigné permettre que, par ton humble serviteur, ton nom sacré soit connu et prêché dans cette autre partie du monde ! »
Quelques années plus tard, sous les auspices et la bannière de ce Dieu rédempteur qui prescrit aux hommes de s'aimer les uns les autres, les peuples chrétiens de l'Occident, altérés d'or, souillaient le sol du Nouveau-Monde en y traînant des « esclaves, pris comme du gibier, achetés comme du bétail et traités comme des chiens ».
Il est généralement admis que l'esclavage avait à peu près entièrement disparu de l'Europe vers le x11° siècle (2); sa réapparition date du xv° siècle.
« Les mahométans d'Afrique emmenaient à Lisbonne des nègres, pour les échanger contre les prisonniers qus 14s Portugais leur avaient faits. Ceux-ci eurent alors l’idée d'aller
(4) Il va sans dire que cette fatalité est, pour nous, toute relalive, étant la conséquence d'une succession de coulingences déplorables qui auraient pu très bien ne pas se produire.
(2) Michelet, Rapport à l'Académie des Sciences morales (1839) ; Wallon, Histoire de l'esclavage dans l'antiquité.