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« Le Rôdeur, navire de 200 louneaux, venant da Havre, partait, le 6 avril 1819, de la côte d'Afrique (Rivière de Bonuy) avec une cargaison d'esclaves à destination de la Guadeloupe, Peu de temps après le départ, quelques esclaves amenés sur le pont pour prendre l'air réussirent à tromper la surveillance de leurs gardiens et se jelèrent à la mer. Le capitaine fit fusiller un certain nombre de ceux qui restaient et pendre quelques autres. Cet exemple terrifiant paraissant insuffisant, on prit le parti d'enfermer tous les esclaves à fond de cale. Bientôt une affreuse ophtalmie se déclara parmi eux. L'épidémie ne tarda pas à atteindre l'équipage, et ses ravages furent tels qu'il ne resta bientôt plus qu’un seul homme capable de diriger le navire. Sur ces entrefaites, le Rôdeur rencontra un grand vaisseau qui semblait flotter au gré des vents et des vagues. L’équipage de ce bateau, entendant la voix des gens du Rôdeur, se mit à pousser des eris douloureux en implorant des secours. C'était un négrier espagnol, appelé le Saint-Léon, que l'ophtalmie avait également attaqué et dont les esclaves et tout l'équipage étaient devenus aveugles. Le Rôdeur, dans l'état où il se trouvait lui-même, ne pouvait rien pour ces malheureux; il passa outre et, depuis, on n’a jamais plus entendu parler du Saint-Léon. Enfin, grâce au courage et à l'endurance de l'unique matelot qui avait conservé la vue à bord, le Rôdeur put arriver à la Guadeloupe, le 21 juiu. La première chose que fit l'équipage, dont qualre hommes sur vingt-deux avaient échappé à la cécité, fut de jeter à la mer 39 esclaves aveugles, pour ne pas avoir à les nourrir en pure perte, certain qu'en alléguant une nécessité quelconque, il toucherait des assureurs la valeur intégrale de la cargaison. »
Voici enfin le dernier fait :
« Au mois de mars 1820, la frégate Tartar, ayant à son bord sir George Collier, commandant l’escadre anglaise croisant dans les mers d'Afrique pour faire exécuter la loi d'abolition de la traite, donna la chasse à un navire suspect. Durant celte chasse, l'équipage de la frégate remarqua plusieurs barils flottant çà et à, mais personne n'eut alors l'idée de les examiner. Au bout de quelques heures, on aborda le navire poursuivi, qui fut reconnu êlre la Jeune Estelle, négrier français commandé par un nommé Olympe Sanguines. Interrogé, cet homme nia qu'il eût pour le moment aucun esclave à bord ; il avoua cependant qu'il en avait eu quelque temps auparavant, mais qu'il en
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avait été dépouillé par un pirate espagnol. Sa contenance parut tellement équivoque, que le lieutenant du T'arlar crut devoir ordonner la visite du navire. Un matelot anglais, ayant frappé sur un baril, en entendit sortir un vague son de voix humaine. Le baril fut ouvert sur-le-champ; on y trouva deux fillettes d'environ 12 à 44 ans, qui, transportées à bord du Zartar, furent reconnues par un marin qui les avait vues sur la côte d'Afrique, alors qu'il faisait lui-même la traite. Cet homme raconta qu’un certain capitaine Richards, négrier américain, était mort dans un village africain appelé Trade Town, laissant quatorze esclaves, au nombre desquels étaient les deux jeunes filles trouvées à bord de la Jeune Estelle. Le capitaine Sanguines, débarquant aussitôt avec son équipage, armé de sabres et de pistolets, s'était emparé des quatorze esclaves.
Le commodore anglais, après avoir reçu ces informations, ordonna une seconde perquisition, afin de retrouver les douze autres esclaves ; elle fut infructueuse. C'est alors que lui et ses officiers conjecturèrent, avec un sentiment bien douloureux, que le capitaine Sanguines, craignant que son navire ne fût saisi comme pirate, avait donné pour tombeau à ces douze malheureuses victimes ces mêmes barils qu’on avait aperçus flottants sur la mer, au commencement de la poursuite. Mais le Tartar avait fait, depuis, plus de vingt lieues de route, et quand bien même on eût pu espérer retrouver ces barils, il était hors de doule qu'aucune des victimes n'était encore en vie. »